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Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon


par Guillaume RIVET
UFR Poitiers - M1 sociologie et M1 philosophie 2008
  

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b. La fonction médiatrice de l'âme

L'âme du monde est unique et par nature bonne, puisqu'elle est divine (théion, èåßïí)76. C'est pourquoi elle a été chargée par le démiurge de régler le mouvement du corps du monde : « c'est plutôt première et antérieure par la naissance et par l'excellence que le dieu constitua l'âme, pour qu'elle puisse commander au corps et le garder sous sa dépendance77 ». L'âme est la seule à se mouvoir elle-même parce qu'elle est un corps composé du Même, de l'Autre et de l'Être. En effet seuls les corps composés peuvent se mouvoir, les corps simples ne pouvant qu'être mus78. Le mélange des trois entités a été divisé et lié suivant des proportions et un mouvement de révolution circulaire lui est appliqué79. Le démiurge a donc fait en sorte que l'âme contienne le corps du monde, afin de créer l'univers.

71 Op. cit., p. 116-117 (Phèdre 245 c-246 e).

72 Op. cit., p. 123 (Timée 34 a).

73 Ibid., p. 137 (Timée 43 b).

74 Op. cit., p. 192 (Lois X, 899 b).

75 Voir Chapitre I, 2, b, p. 19.

76 Ibid., p. 190 et p. 294 (Lois X, 898 c et Lois XII, 966 e).

77 Op. cit., p. 124 (Timée 34 c).

78 CHAMBRY Emile, Platon Thééthète-Parménide, Paris, GF Flammarion, 1967, p. 230 (Parménide 138 d).

79 Voir Chapitre I, 1, a, p. 7.

Le corps et l'âme du monde sont concentriques et l'âme englobe la totalité de l'univers, de son centre -- c'est-à-dire de la terre -- à la périphérie du ciel, de sorte que l'âme du monde tourne en cercle sur elle-même éternellement80. Elle entraine le corps du monde dans sa rotation : « il faut affirmer que c'est elle qui de toute nécessité conduit la révolution du ciel en veillant sur elle et en l'ordonnant81 ». Le mouvement de l'âme est par conséquent universel. Il existe donc la part visible du ciel, et la part invisible qui est l'âme et qui participe à la raison et à l'harmonie.

Ce mélange fait que l'âme perçoit le discours portant sur le sensible, car le cercle de l'Autre lui transmet les informations qui relèvent des opinions et des croyances. Elle perçoit de manière identique les révélations du cercle du Même sur la raison, qui produisent l'intellection et la science. Voici comment elle connaît l'Autre : « Dans une partie de cette section, l'âme, traitant comme des images les objets qui, dans la section précédente, étaient les objets imités, se voit contrainte dans sa recherche de procéder à partir d'hypothèses ; elle ne chemine pas vers un principe, mais vers une conclusion82 ». Et voici comment elle connaît le Même : « Dans l'autre section toutefois, celle où elle s'achemine vers un principe anhypothétique, l'âme procède à partir de l'hypothèse et sans recourir à ces images, elle accomplit son parcours à l'aide des seules formes prises en elles-mêmes83 ». L'âme est donc le processus qui synthétise les deux types de connaissances qui dérivent soit de la sensation, soit de l'intellection. En plus de la fonction motrice, l'âme du monde a donc une fonction cognitive, qui dérive de sa structure mathématique. Les mathématiques s'appliquent aussi bien dans le cercle du Même que dans le cercle de l'Autre, ce qui confère à l'âme du monde une caractéristique particulière. Elle est l'articulation entre le ciel et le monde sublunaire.

Elle fait aussi le lien entre la théologie et la rationalité ; la théologie s'exprime par le fait que Platon conçoit les planètes et les étoiles comme étant des dieux dont les mouvements dépendent d'une âme, alors que la rationalité s'exprime par la circularité de ces mouvements, laquelle découle de sa rationalité. Les dieux unissent deux notions, la notion de bonté et celle de rationalité, notions qui sont complémentées par la forme sphérique du ciel, par le

80 Op. cit., p. 126 (Timée 36 e).

81 Op. cit., p. 190 (Lois X, 898 c).

82 Op. cit., p. 355 (La République, VI, 510 b).

83 Ibid., p. 355 (La République, VI, 510 b).

mouvement circulaire des corps célestes et par l'harmonie qui y règne84. Le fait que l'âme soit immortelle et source de tous les mouvements, ainsi que la perfection de l'ordonnancement des astres, sont d'ailleurs les deux arguments dont se sert Platon pour conduire à la croyance aux dieux85. En effet, les astres, dont les corps sont faits de matière, sont doués d'âmes qui leur confèrent le mouvement ; or ces âmes sont celles des dieux olympiens. C'est pourquoi l'astronome, pour Platon, n'a pas à être athée pour autant ; l'astronome ne doit pas voir les astres comme des choses faites « que de pierre, de terre et de plusieurs autres corps privés d'âme86 ». Cela confirme la fonction cognitive de l'âme car, tout comme les dieux, rien de ce qui est objet de sensation et de science ne peut lui échapper87.

La régularité observable et déductible des mouvements célestes confirme que l'âme du monde a une structure mathématique. C'est pourquoi elle est dite raisonnable. Platon associe donc non seulement le mouvement à la vie, mais il corrèle également cognition et mouvement : « se soucier, commander, délibérer, et toutes les fonctions de ce genre ? Est-il pensable d'attribuer ces fonctions à quoi que ce soit d'autre qu'à l'âme, et ne devrions-nous pas affirmer qu'elles en sont les fonctions spécifiques ?88 ». Si nous ajoutons la cognition au fait que l'âme du monde participe au cercle de l'intelligible et à celui du sensible, nous pouvons en déduire que l'âme possède la connaissance de tout ce qui est. Sa fonction est aussi de combler l'écart entre la matière et l'intelligible ; l'âme du monde est à la fois un principe immortel et le moteur de la matière. L'observation montrant qu'il existe des règles et de la nécessité qui ordonnent la matière ne doit pas rendre matérialiste. Cela montre au contraire qu'il existe un principe à la source de cette perfection : comment « ces corps, s'ils étaient dépourvus d'âme, pourraient [...] obéir à des calculs d'une si merveilleuse précision89 » ? La réponse de Platon est qu'il « existe dans les astres un intellect qui est le guide des êtres90 ». Cet intellect est l'âme du monde.

D'autre part, le ciel dans son ensemble et tous les vivants sont la propriété des dieux ;
l'homme étant, de tous les vivants, celui qui révère le plus la divinité91. Le mouvement qui

84 Voir Chapitre I, 1, a, p. 7.

85 Op.cit., p. 294 (Lois XII, 966 d-e).

86 Ibid., p. 295 (Lois XII, 967 b).

87 Ibid., p. 197 (Lois X, 901 d).

88 Op. cit., p. 117 (La République, I, 353 d) et op. cit., p. 185 (Lois X, 896 d).

89 Ibid., p. 295 (Lois XII, 967 d).

90 Ibid., p. 295 (Lois XII, 967 d).

91 Ibid., p. 199 (Lois X, 902 b).

anime les dieux ne peut que se répercuter sur les hommes, puisque les dieux sont les gardiens des vivants, et que les humains forment une partie des troupeaux que les dieux possèdent92, comme l'exprime le mythe de Kronos93. Il convient donc de voir les conséquences du mouvement de révolution circulaire non seulement dans le domaine céleste, mais aussi dans le monde sublunaire, puisque « c'est de l'âme que viennent pour le corps et pour l'homme tout entier tous les maux et tous les biens94 ».

92 DIXSAUT Monique, Platon Phédon, Paris, GF Flammarion, 1991, p. 209 (Phédon 62 b).

93 Voir Chapitre II, 2, a, p. 44. Op. cit., pp.112-117 (Le Politique 271 c-274 d).

94 CHAMBRY Emile, Platon Premiers dialogues : Second Alcibiade-Hippias Mineur-Premiers AlcibiadeEuthyphron-Lachès-Charmide-Lysis-Hippias Majeur-Ion, Paris, GF Flammarion, 1967, p. 277 (Charmide 156 e).

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