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Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon


par Guillaume RIVET
UFR Poitiers - M1 sociologie et M1 philosophie 2008
  

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2. Un devenir cyclique

a. Le mythe de Kronos

Nous en sommes à la seconde démiurgie, celle qui donne lieu à la création des mortels. Nous sommes dans le cercle de l'Autre, c'est-à-dire sous le règne du temps (chronos, óðüíïñ). Platon nous dit ce qu'est le temps et comment il a été conçu par le démiurge. Celui-ci n'est en fait qu'une image de l'éternité, une imitation de l'éternité qui se meut en cercle suivant le nombre, un simulacre progressant selon le nombre155. Ainsi, il est impropre de parler de temps pour l'être, qui est éternel et toujours au présent, mais il convient de parler au passé et au futur de ce qui est en mouvement et qui change, de ce qui est transmis par les sens. Le sensible est enchainé au mouvement (kinêsis, êßíçæéñ) du cercle de l'Autre, il est pris dans le Devenir. Il est sous l'emprise du changement (métabolê, ìåçcâïëÞ), sous le règne de la causalité, du temps et est, par conséquent, soumis à la corruption.

Le mouvement de révolution circulaire est donc lié au mythe de Kronos (ou Cronos), comme il nous l'est dit dans Le Politique. Le règne de Kronos se place dans un passé lointain et « la tradition nous rapporte un récit qui veut que la vie des gens de cette époque ait été extraordinairement heureuse, car tout leur venait en abondance et de façon spontanée156 ». Kronos commandait la révolution circulaire du ciel et ses subalternes, les démons, commandaient les troupeaux des vivants, à la manière de pasteurs. La raison de l'excellente administration et du bonheur est imputable au fait que Kronos avait placé au pouvoir non des hommes, mais des substances douées d'âmes, des démons (daïmôn, ä~ßìõí) supérieurs aux hommes, comme l'homme est supérieur au bétail. Les vivants sont privés de sexualité, naissent de la terre et sont tous domestiqués par les démons. Les besoins des vivants sont satisfaits par la nature, si bien qu'il n'y a ni travail, ni politique, ni prédation. La souffrance est inconnue, les hommes parlent de philosophie aux bêtes. Lorsque l'univers suit sa marche divine, les vivants passent de la vieillesse à la jeunesse avant de renaitre de la terre, dans un cycle de rajeunissement continuel. Les vieux rajeunissent, les adultes redeviennent adolescents et les adolescents nourrissons, corps et âmes. Le processus continue jusqu'à la

155 Ce sont les astres qui sont les nombres du temps, comme nous l'avons vu Chapitre I, 2, b, p. 19. Op. cit., p. 127-128 (Timée 37 d-38 b).

156 Op. cit., p. 232 (Les Lois IV, 713 b). Voir aussi : op. cit., p. 112 (Le Politique 271 d-e).

disparition des vivants, tandis que les morts renaissent de la terre. C'est la condition de l'humanité lors de son âge d'or. Cette situation bienheureuse caractérise le règne de Kronos. Il faut dire cependant que Kronos, à l'instar du démiurge, n'instaure l'ordre que dans la mesure du possible. Pourtant, sa présence aux commandes du monde permet d'engendrer beaucoup de bien, ce qui compense le très peu de maux qui subsistent.157

Mais Kronos et les divinités abandonnent le monde à lui-même, ce dernier conservant tout de même son ordre et son mouvement de révolution, mais dans le sens inverse de celui donné par le dieu. Les changements qui affectent le ciel ont alors une grande incidence sur le monde sublunaire. Lors de la rétrogradation du mouvement de révolution, il survient de surprenantes modifications pour les vivants. En premier lieu, le temps est comme suspendu pour eux : leur âge s'arrête et ils cessent de vieillir. Le mouvement de l'univers qui régnait est annulé ; quand il reprend dans le sens inverse à celui du précédent, il entraîne tous les vivants dans le nouveau mouvement. Les mortels supportent difficilement les changements brutaux, et « il est nécessaire qu'à cette occasion les êtres vivants soient détruits en grand nombre, et en particulier qu'il ne subsiste qu'un petit nombre d'hommes158 ». La secousse provoquée par l'opposition des élans contraires provoque un cataclysme dont les vivants pâtissent sévèrement. Cependant, quelques témoins survivent et permettent de narrer l'existence du cycle précédent à ceux du nouveau cycle, transmettant le récit du mythe. Les rescapés de la rétrogradation sont les âmes qui ont contemplé quelque chose de la vérité, ce qui les exempte d'épreuve jusqu'à la révolution suivante159.

Après la phase de destruction et quand le mouvement de révolution devient régulier, les
vivants tentent de reproduire l'harmonie qui régnait sous Kronos, mais sans y parvenir. Le

157 Ibid., p. 115 (Le Politique 273 c).

158 Ibid., p. 110 (Le Politique 270 c-d).

159 Comme il sera vu Chapitre II, 3, b, p. 51. Op. cit., p. 121 (Phèdre 248 c).

cycle de la dégradation progressive est maintenant de rigueur. La condition de l'humanité change donc aussi radicalement. L'oubli des enseignements du dieu et la nature imparfaite des vivants provoquent le vieillissement du monde et sa mise en péril. Privé de la gouvernance d'une divinité, l'univers est privé d'immortalité160. La déchéance est étroitement liée au naufrage dans l'océan de la dissemblance, car celle-ci met en péril l'être. L'harmonie et l'universalité font défaut au monde abandonné par la rationalité du divin, et c'est pourquoi il subit la déchéance et le désordre.

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