WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'importance de la route dans le développement socioéconomique d'une région : exemple de la départementale 200 ou boucle du Blouf

( Télécharger le fichier original )
par Ansou MANE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Certificat d'aptitude à l'enseignement moyen (CAEM) 2007
  

précédent sommaire suivant

PROBLEMATIQUE

La Boucle du Blouf ou D200 est une voie de communication qui assure la desserte des villages de l'Arrondissement de Tendouck ; une route qui intéresse plus de quarante mille habitants avec des productions fruitières importantes.

Le choix de ce thème s'explique non seulement par un désir de faire mieux connaître notre terroir à ceux qui ne le connaissent pas assez (donc l'intérêt de ce sujet pour nous) ; ce choix est aussi guidé par l'importance politique et sociale ainsi que l'actualité du sujet (c'est face à la dégradation de cette voie et ses effets que la route du Blouf a fait l'objet d'un traitement médiatique important au cours de ces dernières années).

Enfin, le choix de ce sujet entre dans le cadre de l'application de la recherche documentaire, un volet important dans la carrière d'un enseignant. Par ailleurs, l'étude des voies et moyens de communication est abordée à presque tous les niveaux du cycle moyen en Géographie ; ce qui constitue une autre source de motivation pour nous.

Pour réaliser ce dossier, nous avons procédé par une recherche documentaire à travers la construction d'une bibliographie dont les outils sont :

- des dictionnaires généraux ;

- une encyclopédie ;

- des ouvrages généraux et spécifiques ;

- des sources Internet ;

- un quotidien ;

- des archives.

Cette bibliographie a été complétée par des enquêtes, des visites sur le terrain, des entretiens.

C'est par ces procédés que nous avons pu collecter des données qui sont à la base du document que nous soumettons à votre appréciation.

PREMIERE PARTIE : PRESENTATION DU CADRE D'ETUDE

Introduction

La Départementale 200 ou Boucle du Blouf traverse une région aux caractères physiques et humains monotones. Sur le plan physique le Blouf qui correspond administrativement à l'Arrondissement de Tendouck, a des caractères subguinéens (selon les données fournies par le Service Départemental de l'Agriculture de Bignona).Du point de vue humain, c'est une région homogène exclusivement habitée par des diola. Les activités économiques sont pour l'essentiel agricoles avec une prédominance d'activités traditionnelles.

Situation et localisation du Blouf

1. Carte : le Blouf dans la région de Ziguinchor

Carte no1

2. Situation et localisation

Le Blouf est une partie du département de Bignona (à l'Ouest de Bignona). Cette région correspond à l'Arrondissement de Tendouck. Elle est limitée au Nord par le Baako*(dans le Diouloulou), au Sud par le département de Ziguinchor, à l'est par la commune de Bignona

et à l'Ouest par un ensemble d'estuaires* qui débouchent un peu plus loin sur l'Océan Atlantique.

k

Le Blouf correspond aussi aux anciens cantons des Djigouttes Nord et Djigouttes Sud (d'après les archives : code 11D1/0150). Aujourd'hui le Blouf comprend vingt villages et une commune rurale ; cinq communautés rurales : Affiniam , Bagaya , Balingor , Bessire , Bodé ( Ebouck ) , Boutégol , Bouteum , Dianki , Diatock , Diégoune Djimande , Ediamath , Elana , Kagnobon , Kartiack , Mandégane , Mangagoulack , Mlomp , Tendouck , Thiobon et la commune rurale de Thionck-Essyl

La traduction du mot Blouf paraît complexe parce qu'elle ne fait pas l'unanimité d'un village à l'autre. D'après certains habitants du Blouf même, ce nom serait dérivé de « oulouf» c'est-à-dire les non initiés. C'est à partir de ce nom qu'on parle de la Boucle du Blouf comme on dirait la route du Baol ou la route du Fouta

B. Le cadre physique

1. Le relief

Sur le plan structural le Blouf est une région qui se caractérise par de bas plateaux atteignant rarement dix (10) mètres d'altitude, des plaines, de nombreuses vallées arrosées par une multitude de cours d'eau pour la plupart saisonniers (d'après le Service Départemental de l'Agriculture de Bignona) ; sauf les cours d'eau envahis par la mer. La partie haute (ici la notion de est relative) du Blouf correspond à l'Est notamment Diégoune, Djimande, Kagnobon jusqu'à Kartiack ; une zone caractérisée par l'importance de la latérite.

La zone basse est une sorte de corniche* allant de Thiobon à Affiniam ; donc l'Ouest du Blouf qui est la zone des sols hydromorphes* principalement.

2. Le climat

Dans le Blouf le climat est dans son ensemble subguinéen. Cependant on note quelques variations entre l'Est chaud et moins humide (c'est la zone continentale avec Diégoune, Djimande, Dianki, Bessire, etc.) et l'Ouest plus humide et moins chaud (la bande de terre depuis Thiobon jusqu'à Affiniam).

Les températures moyennes en période de chaleur varient entre 26°c le matin et 34°c dans la zone côtière alors que dans la zone continentale elles sont de l'ordre de 28°c et 36°c. En période de froid on constate que l'Est est plus frais le matin et la nuit mais en début d'après-midi on note des températures qui peuvent monter jusqu'à plus de 30° (d'après le Service Départemental du Développement Rural de Bignona)

Les cumuls pluviométriques d'après les données de certaines stations comme celle de Tendouck, peuvent aller jusqu'à 1059mm en moyenne. Cependant, on note des différences entre les années. En 1994 les cumuls à Tendouck ont donné 1445mm contre 692mm en 1983 une année de sécheresse (voir tableau ci-après)

TABLEAU 1 : Pluviométrie à la station de Tendouck (1980 à 2006)

Année

Cumuls en mm

Année

Cumuls en mm

1980

716,1

1994

1445,2

1981

1025

1995

1237,6

1982

942,2

1996

889,3

1983

692,8

1997

1002,4

1984

864,9

1998

1080,5

1985

1144,2

1999

1379,4

1986

1060,4

2000

1206,3

1987

1303,3

2001

1153,3

1988

1166,0

2002

819,0

1989

1359 ,9

2003

1165,3

1990

1071,6

2004

749,0

1991

996,1

2005

1079,2

1992

809,7

2006

1130,0

1993

1104,0

Moyenne

1059,1

 

Source : Service Départemental du Développement Rural de Bignon, janvier 2007

3. La végétation

Photo 1 :( Sékou Mané).

Forêt galerie au pont de Thionck-Essyl (septembre 2007)

En raison des conditions climatiques plus ou moins favorables et de l'hydrographie, on note une végétation abondante dans le Blouf. Selon le Service Départemental des Eaux et Forêts, on rencontre principalement deux formations végétales dans le Blouf : la savane arborée à l'Est et la forêt secondaire à l'Ouest. Les espèces ou essences y sont variée ; des arbustes aux grands arbres : elaeis guinéensis (palmier à huile) sous forme de forêt galerie* depuis Thiobon jusqu'à Affiniam, parkia biglobosa (néré) un peu partout mais qui connaît aujourd'hui les effets de la sécheresse surtout dans les zones moins humides, daniellia oliveri (baline en diola) avec sa sève qui est récoltée pour en faire de l'encens, ceiba pentendra (le fromager), dialium senegalensis (solom), detarium senegalensis (ditakh), etc.

La mangrove*est représentée par des espèces comme le rhizophora racemosa et avicennia africana. Les arbustes sont représentés par combretum micrantum (kinkéliba), guiera senegalensis (nguer), icacina senegalensis.

L'herbe y existe abondamment, notamment andropogon gayanus.

Des espèces comme carapa procera (touloucouno en mandingue et boukounoum en diola), pterocarpus erinaceus (vèn) sont en voie de disparition.

Les forêts, en raison de leur importance et de l'exploitation abusive qu'elles subissent, sont protégées à travers l'érection de certaines en forêts classées* ; c'est le cas de la forêt entre Tendouck et Bagaya (source : Service Départemental des Eaux et Forêts de Bignona ; données obtenues par enquête)

4. L'hydrographie

Photo 2 (Sékou Mané)

Nouveau pont de Tendouck (septembre 2007)

Le réseau hydrographique du Blouf est composé essentiellement de rivières, de mares, de marigots et pas de fleuve. Ce réseau est assez dense pendant l'hivernage contribuant ainsi à l'irrigation des nombreuses rizières dont certaines sont conquises dans la mangrove. De nombreux cours d'eau, du fait des changements climatiques ont disparu en laissant survivre une végétation abondante de palmiers à huile. La plupart des ponts (Tendouck, Thionck-Essyl, Ediountou*) sont le fait de la présence de ces cours d'eau. D'autres cours d'eau sont envahies par la mer et pour éviter la remontée de la langue salée dans les terres de culture, des digues sont aménagées dans les villages concernés. (Données fournies par le service départemental de l'agriculture)

C. Le cadre humain

1- Population : origines, évolution et évolution

Selon des récits oraux racontés dans chaque village, les populations qui occupent la terre du Blouf seraient venues d'ailleurs (pour la majorité). Cependant il est difficile d'identifier les populations authentiques de cette région. A titre d'exemple, les populations d'Affiniam, de Bouteum, du hameau* de Djilapaho et de Thionck-Essyl seraient originaires de Bandial* dans le département de Ziguinchor. Les autres indiquent vaguement l'Est qui d'après certains correspondrait au Gaabou où cohabitaient diola et autres ethnies qui peuplent la Casamance.

A part Djilapaho qui est rattaché à Affiniam, Boutégol, Ediamath et Bodé le reste du Blouf est constitué de gros villages dont la moyenne dépasse 1000 habitants. Selon les estimations de la Direction de la Statistique et de la Prévision, la population de l'Arrondissement de Tendouck (sans la Commune de Thionck-Essyl) était de 39461 habitants au 31 décembre 2005 et les projections donnent 43404 habitants en 2015. D'après le Service Régional de la Prévision et de la Statistique la population de Tendouck était de 30173 h en 2004 pour une superficie de 902 km2 et 8806 h pour la Commune de Thionck-Essyl ; soit un total pour le Blouf de 38979 h. Le dernier recensement dont les résultats ont été corrigés et publiés en 2007 donne une population totale de 38164 h pour tout le Blouf dont 19524 femmes.

La densité de population tourne autour de 43 h/km2 (cf. Répartition de la population selon la circonscription administrative page 8, Direction de la Statistique et de la Prévision, année 2005).

Mais ce chiffre cache les disparités dans l'occupation de l'espace. Le centre, occupé par des forêts, est presque vide. La petite Boucle depuis Diégoune (ancien Djigouttes Nord) est la partie des gros villages alors que dans la partie Sud c'est seulement Tendouck et Balingor qui font office de gros villages.

Après une période de forte émigration vers les années 1973 en raison de la grave sécheresse qui a sévi dans la région, on assiste de nos jours à un début de rurbanisation*qui concerne surtout les retraités et des jeunes qui ont perdu tout espoir de trouver un emploi en ville. Même si l'émigration des jeunes filles continue, elle n'est pas aussi importante qu'autrefois car la plupart des jeunes filles sont élèves ou étudiantes et de plus en plus certaines s'intéressent au maraîchage.

Tableau 2 : Estimations de la population de Tendouck de 2005 à 2015 : (tableau simplifié)

Unité administrative

31.12.2005

31.12.2006

--

--

--

31.12.2015

Arr. de Tendouck

39461

39880

--

--

--

43404

C.R. Diégoune

7294

7371

--

--

---

8023

C.R. Kartiack

7125

7201

---

----

--

7837

C.R. Mangagoulack

8690

8782

--

--

--

9558

C.R. Mlomp

1016

1026

----

--

--

1177

C.R. Balingor

6191

6257

--

--

--

6809

NB. C.R. : communauté rurale

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique janvier 2006.

2. Population : ethnies, langues, religions

Le Blouf est presque exclusivement habité par des diola (plus de 99%). Une minorité de peulh, surtout des commerçants et des bergers, est notée dans presque tous les villages. Quelques familles mandingues existent à Kartiack et à Thiobon et de plus en plus, ces peuples allogènes* s'intègrent au milieu culturel diola.

Le diola est la langue parlée au Blouf. Cependant cette langue a des variantes ; donc des dialectes* et même dans ces dialectes on note des accents en fonction des origines de la population et du voisinage. C'est ainsi que Tendouck, Boutégol, Elana, Bodé, Mangagoulack, Bagaya, Diatock (voisins) ont à peu près le même accent. Bessire, Dianki et Kartiack sont linguistiquement proches du Baako (dans l'arrondissement de Diouloulou). Thionck-Essyl, bien que distant de Affiniam, Bouteum, et Djilapaho, leur est très proche sur le plan linguistique à cause de leurs origines. Kagnobon, Diégoune et Djimande d'une part et d'autre part Balingor et Mandégane ont leur accent. Thiobon et Ediamath se rapprochent avec l'introduction de beaucoup de termes mandingues dans leur dialecte. Mlomp constitue une particularité ; son dialecte ne s'apparente qu'au karone* dans le Kafountine*

Malgré toutes ces différences, ces peuples partagent la même culture. A titre d'illustration, l'initiation (« boukout») qui permet au garçon d'acquérir certaines aptitudes, est un trait commun à ces villages.

Sur le plan religieux, le Blouf est majoritairement musulman. Aujourd'hui il n'y a presque plus d'animistes dans la région. L'animisme a disparu avec sa pratique qui est le fétichisme ; même si on peut noter ça et là des processions* de femmes menées par des prêtresses* en temps de malheur.

Le christianisme est présent à Thionck-Essyl, Boutégol, Tendouck, Mangagoulack, Elana (à plus de 99%), Affiniam, Bouteum, Kartiack. Des villages comme Mandégane, Diégoune, Djimande, Kagnobon, Bagaya, Diatock, Thiobon n'ont pas de chrétiens.

Le Blouf est une terre composée de villages. Malgré les efforts de modernisation (électrification, adduction d'eau), on n'y trouve aucune ville même s'il y a la commune rurale de Thionck-Essyl qui est en voie d'urbanisation.

D. Les activités économiques

1. Les activités traditionnelles

a. Les cultures vivrières

Par la durée que prennent les travaux champêtres consacrés au riz (depuis le semis jusqu'à la récolte) ainsi que l'importance de cette céréale dans l'alimentation (le riz est un véritable produit de civilisation en milieu diola), la riziculture est de loin la première activité traditionnelle, sinon la première activité économique du Blouf. Il est très difficile de donner des chiffres sur la production de riz du fait de certaines pesanteurs socioculturelles (le cultivateur n'aime pas qu'on parle de sa richesse de peur qu'on lui jette un mauvais sort) mais aussi des difficultés des services compétents en la matière (les services de l'agriculture) à recenser les productions.

Cependant il faut noter que le riz « nourrit son homme ». Il n'est pas rare de voir certaines familles couvrir leurs besoins alimentaires (le riz se mange au petit déjeuner, au déjeuner et au dîné) à partir de leurs propres productions en bonne année pluvieuse. On se permet parfois de vendre du riz à la boutique pour des dépenses. Le Général Economique et Commercial, une grande boutique à Thionck-Essyl, créée par des ressortissants de Thlonck-Essyl en France, agit dans ce sens en achetant le riz produit localement pour le revendre moins cher aux populations pendant l'hivernage.

Le riz se cultive exclusivement pendant la saison des pluies dans les bas-fonds* inondés et dans des zones non inondés (le riz de plateau de plus en plus abandonné à cause de la divagation des bêtes). La variété la plus cultivée est oryza glaberina mais aussi oryza sativa (riz asiatique) qui connaît une forte spéculation du fait de son cycle végétatif court

Le mil, longtemps laissé pour compte, a fait une percée extraordinaire dans le Blouf, surtout le mil sanio. En raison de son cycle végétatif court et de ses exigences hydriques modestes, le mil est en train de changer les habitudes alimentaires des populations du Blouf. Le plat de riz au matin est peu à peu remplacé par la bouillie de mil appelée « moni ». Ici la production ne se calcule pas en poids ou volume mais en bottes de mil. Comme c'est une céréale qui n'est pas suffisamment intégrée dans les habitudes alimentaires, la production couvre souvent les besoins des populations.

Le mais y existe mais en jardin de case ; ce qu'il n'occupe pas de grandes surfaces. Aujourd'hui il fait l'objet d'une grande spéculation agricole avec l'introduction de la variété hybride plus productive. Dans les jardins de case on trouve aussi du haricot dont la principale zone de culture est l'espace compris entre Kartiack, Dianki et Bessire ; la patate douce, le taro, le manioc et un peu d'igname complètent le tableau des cultures vivrières.

b. La cueillette

En raison des conditions climatiques favorables, la végétation est abondante. Les forets offrent non seulement leur bois de chauffe et d'oeuvre, mais aussi et surtout des fruits sauvages très prisés des populations locales et des citadins. Ainsi le detarium (ou ditakh en wolof) cueilli à Mlomp, Thiobon principalement à partir d'octobre jusqu'en janvier, en fonction de la période de maturité, est transporté par camion et vendu à Bignona, à Ziguinchor, à Dakar.

Le « madd » ou saba senegalensis le « troll » (sifemb en diola) ou andolfia sont cueillis en grande quantité entre Diégoune, Djimande, Kagnobon, Bessire, Dianki jusqu'à Thlonck-Essyl ; dans presque tous les villages du Blouf. Les villages de Dianki et Bessire sont les principaux domaine de dialium guineense (solom en wolof). Le fruit de « touloucouno » (carapa procera) est récolté pour être transformé en une huile utilisée dans les soins de certaines maladies respiratoires comme la toux, l'asthme ; les courbatures, le rhumatisme, etc. Cette huile est vendue très chère (plus de 5000f le litre dans le Blouf)

Le palmier à huile donne l'huile de palme, des balais à partir des feuilles, des chevrons pour la confection des toits des maisons. Aujourd'hui la production d'huile de palme a beaucoup baissé à cause de la diminution du volume pluviométrique et feux de brousse qui détruisent chaque année une partie des palmeraies.

La foret offre aussi le gibier qui est composé de rongeurs dont le lièvre, de ruminants comme l'antilope, d'oiseaux (surtout la perdrix).

En mer le ramassage de coquillages ainsi que la récolte des huîtres dans les estuaires*depuis Thiobon jusqu'à Affiniam alimente un commerce largement tourné vers l'extérieur (Bignona, Ziguinchor, Dakar)

c. La pêche artisanale

Dans le Blouf, il est rare de voir un village sans pêcheur ; mais c'est principalement l'extrême Ouest, plus poissonneux qui concentre le plus grand nombre de pêcheurs. Dans cette zone, d' après un document de la Direction de la Prévision et de la Statistique sur la région de Ziguinchor en 2005, sont capturés des barracudas, des capitaines, des carangues (saka), des ethmoloses (obo), des machoirons (Kong), des grondeurs perroquets (sompattes). La carpe (avec toutes ses variétés) ainsi que le mulet sont les espèces les plus représentées et les plus consommées dans le Blouf.

Des captures importantes sont réalisées ici et varient selon les périodes ou saisons. En période de froid le poisson descend dans les mers profondes et le produit est difficile à trouver même pour la consommation locale (constat que nous avons fait à l'occasion de nos enquêtes).Passée cette période, on ne va plus au débarcadère ; ce sont les pêcheurs ou les « bana bana » qui passent de maison en maison pour écouler leur produit.

De loin Thiobon dépasse les autres débarcadères du Blouf. Malgré l'utilisation de moteurs hors-bord*, de plus grandes pirogues et la tentative de modernisation initiée par le Projet de Développement de la Pêche Artisanale dans la région de Ziguinchor (PAMEZ), le secteur de la pêche reste encore artisanal ; c'est une des principales causes de la faiblesse des prises car le matériel et les méthodes de pêche n'ont presque pas changé depuis des décennies.

d. L'élevage

L'activité pastorale reste essentiellement traditionnelle et extensive.

L'espèce bovine qu'on y élève est le taurin* qui résiste à la trypanosomiase et à certains insectes vecteurs de maladies tropicales. Les troupeaux de bovins appartiennent à des familles et il est rare de voir une famille sans bêtes. Mais ce « trésor » est gardé longtemps secret ; ce sont les funérailles et surtout l'initiation* qui le révéleront. Dans cette zone les populations craignent plus la destruction des cultures par les bovins que l'insuffisance des pluies.

L'élevage concerne aussi et surtout les petits ruminants comme les chèvres (caprins), les ovins ainsi que les volailles. L'âne, utilisé dans le transport, s'y adapte mais pas le cheval.

Comme chez le peulh, l'élevage en pays diola (le Blouf ici) est une activité de prestige sentimental. On est satisfait d'avoir des un grand troupeau mais il est rare tuer une bête pour améliorer son alimentation, sauf quand elle agonise ou quand elle est vieille. Les rares occasions de mise en valeur de l'élevage sont les funérailles et l'initiation.

2. Les activités modernes

C'est principalement dans l'agriculture, notamment les plantations et le maraîchage que le Blouf a beaucoup réussi. Chaque année des tonnes de mangues de diverses variétés (mongo Tendouck, ket, Kent, diourou, saralion, etc.) depuis la plus hâtive (saralion) jusqu'à la plus tardive (ket), sont récoltées. En Casamance le Blouf fait partie des plus grands producteurs de mangues.

La production d'agrumes (orange, citron, mandarine, pamplemousse) est en net recul en faveur de l'arrondissement de Diouloulou, en raison de la diminution des pluies.

La banane existe, mais en faible quantité. Un fait important à signaler, les G.I.E. de femmes qui auparavant s'occupaient de maraîchage seulement, s'investissent désormais dans les plantations. En 2001 par exemple, la seule vente de mangues a permis au G.I.E. des femmes de Kaffanta (un sous-quartier de la commune de Thionck-Essyl) de gagner 1500000f et depuis cette date elles n'ont jamais gagné moins d'un million sauf en cas d'attaque de la mouche blanche. A Mlomp, le G.I.E. des femmes de Balokir (un quartier de ce village) produit chaque année plus de 2 tonnes d'oignon (le violet de galmi*) sans compter une importante production de tomate. Le G.I.E. Banga de Bougotir, un autre sous-quartier de Thionck-Essyl qui a gagné le deuxième prix du chef de l'Etat pour la promotion de la femme en 2003, puis un prix d'honneur en 2004, évolue dans un grand verger où il y a des arbres fruitiers et des produits maraîchers.

L'arachide est cultivée dans cette région mais non seulement elle occupe de petites surfaces, ses productions sont faibles. En effet, cette culture qui aurait pu se développer dans cette zone est confrontée à la divagation du bétail, mais aussi et surtout les singes qui sont très friands d'arachide, sans compter les rats et les perdrix. Dans ces conditions, tous ceux qui cultivent l'arachide la récoltent au prix de beaucoup de sacrifices.

Le mais, autrefois culture vivrière, est en train de faire une percée dans le Blouf avec l'utilisation de nouvelles variétés (le mais hybride*)

Malgré l'utilisation de ces nouvelles variétés et le développement de la plantation, l'agriculture reste dans son ensemble traditionnelle. Le tracteur n'est pas encore connu au Blouf alors que la traction animale est faiblement introduite.

3. Le commerce

En raison de l'importance des autres activités économiques, le Blouf est une région dynamique en matière de commerce. Cette activité fait vivre beaucoup de familles.

Les produits d'exportation de la zone sont les produits agricoles, notamment les produits de plantation comme les mangues, les oranges, les citrons ; les produits maraîchers (surtout la tomate) ; les produits de la cueillette comme le « madd », le produit de parkia biglobosa (néré et nététou), l'huile de palme, l'huile de carapa procera (touloucouno), les balais. Ces produits sont vendus dans les villes comme Bignona, Ziguinchor, Dakar et sont transportés par camion à travers la Départementale 200 ou Boucle du Blouf qui fait l'objet de la présente étude ou par pirogue jusqu'à Ziguinchor (à partir de Thionck-Essyl, Elana, Bouteum, Affiniam).

En retour le Blouf reçoit des marchandises diverses (matériaux de construction, denrées et autres produits de consommation courante) sous forme d'importations. Ces produits sont vendus principalement dans des boutiques existant au Blouf principalement le long de la Boucle du Blouf. A part Thionck-Essyl qui a un petit marché qui ne fait même pas 200 m2, on n'en trouve pas d'autre dans la région ; il n'y a pas de marché hebdomadaire sauf que des marchands ambulants (des baol baol) passent d'un village à l'autre.

De plus en plus, de jeunes commerçants du Blouf achètent des produits locaux qu'ils revendent à Ziguinchor, à Dakar ou ailleurs. Or, pendant des décennies ce commerce était dominé par des étrangers venus pour la plupart de Dakar ; des commerçants très connus dans le Blouf : Alla Bèye, Thioune, Mamadou Dia etc.qui fréquentent cette partie du département de Bignona en fonction de la récolte des oranges, des mangues tant que le Blouf est accessible, c'est-à-dire quand la route du Blouf est praticable

Conclusion

L'étude de la région du Blouf a permis de décrire ses principales activités économiques ; surtout dans le domaine de l'arboriculture, un secteur très dynamique malgré la modestie des moyens de production. Mais il faut noter que la survie de ces activités et même des populations de cette région dépend largement de l'existence de voies de communication adéquates car la clientèle est en dehors même du Blouf ; d'où l'importance de la route dans le développement socioéconomique.

précédent sommaire suivant