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L'Inde un enjeu cognitif et réflexif. Etude des voyageurs de l'Inde et des populations diasporiques indiennes

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par Anthony GOREAU
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - DEA 2004
  

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2) Une mystification de la terre d'origine : le cas des Sikhs de France.

« Les diasporas se fondent dans leur rapport avec le temps et la mémoire. Elles s'enracinent dans la longue durée [...] Le territoire existe surtout en tant que territoire d'origine, c'est-à-dire situé dans le temps et objet d'une mémoire »86(*).

Les communautés diasporiques indiennes en France maintiennent de forts liens affectif et matériels avec leur pays d'origine et arborent des signes mnémoniques qui rappellent leurs racines. La communauté Sikhe de France ne déroge pas à la règle, elle exerce des contacts multiples entre les groupes et organisent des activités visant à préserver cette identité. Mais au-delà de la mythification de la terre d'origine se fonde une certaine mystification ayant pour base une instrumentalisation de la mémoire collective.

La dimension n'est pas la même, il ne s'agit plus de marqueurs territoriaux, mais des liens qui s'immiscent entre la terre d'origine et la communauté dispersée. Relations qui se teintent d'un mythe prépondérant du retour, et de la volonté de créer un Etat (création dans la sécession).

La diaspora indienne à la différence de la diaspora juive ou arménienne ne s'inscrit pas dans une dimension traumatique liée à une déportation ou à un génocide ; il s'agit d'une diaspora marchande. Toutefois à l'instar de ces deux dernières, la communauté sikhe est animée par la volonté de créer un Etat où pourrait venir s'y rassembler les différents groupes dispersés. Volonté de création qui alimente le mythe d'un retour.

Les Sikhs comptent aujourd'hui environ 22 millions d'adeptes dans le monde, dont la plupart sont originaires de la région du Pendjab, dans le nord-ouest du Pakistan et dans les régions limitrophes de l'Inde, où les dix gourous fondateurs vécurent et enseignèrent. Cependant, l'émigration massive des Sikhs au cours du siècle dernier a entraîné la constitution d'une grande diaspora. On estime actuellement à deux millions le nombre de Sikhs vivant hors de l'Inde. Cette communauté sikhe en exil est issue de trois vagues d'immigration. Jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Sikhs du Royaume-Uni se comptaient par milliers. La deuxième vague fut celle de 1947, consécutive à la partition (entre l'Inde et le Pakistan). Le dernier flux migratoire sikh succéda à l'opération Blue Star, c'est-à-dire à l'assaut, par l'armée indienne, en juin 1984, du Temple d'or d'Amritsar, haut lieu des préceptes religieux sikh.

Les Sikhs sont assimilés et appelés punjabis (mais il ne faut pas faire la confusion, la communauté punjabi en France compte 15 000 individus87(*)), du nom de l'Etat dans lequel ils sont majoritaires : le Pendjab. En France au début des années 1980 (avant l'opération Blue Satr), ils étaient une centaine, aujourd'hui les représentants de cette communauté sont entre 5 000 et 7 000 (soit approximativement l'équivalent de 0.35% de l'ensemble de la communauté diasporique !), principalement installés dans les communes de la banlieue parisienne (particulièrement à Bondy, Aubervilliers, Drancy et dans l'Est). Ils ont ouvert plusieurs « gurdwara » ou lieux de culte, abritant le livre saint (livre saint des Sikhs : l'Adi Granth88(*)) en Europe (à titre de comparaison : un en Belgique, six aux Pays-Bas et onze en Allemagne, tous situés dans les grandes métropoles connectées aux réseaux internationaux par le biais d'aéroports ou de noeuds ferroviaires).

En France, on comptabilise cinq temples sikh (dont trois pour l'ensemble de l'agglomération parisienne), mais seul le plus ancien et le plus grand gurdwara de France, le Gurdwara Sahib se situant à Bobigny (s'il ne paie pas de mine du point de vue architectural : un simple bâtiment crépi de blanc que seul un fanion orange frappé du khanda, l'emblème sikh vient distinguer, il brasse un millier de fidèles) est recensé par les associations et réseaux Sikhs mondiaux.

Photo 8 : Le Gurdwara Sahib de Bobigny.

(c) Goreau, A. Mai 2004. Derrière la façade de cette maison, que seul un fanion orange frappé du khanda distingue, se cache en réalité le gurdwara sahib. Avant d'y pénétrer, à l'instar des temples hindous de l'agglomération, il est indispensable de se déchausser, mais en plus il faut se vêtir du turban et se laver les mains abondamment. Le rez-de-chaussée abrite les cuisines mais aussi une salle où sont entreposées les divers portraits de l'ensemble des gurus fondateurs. Bien sûr au centre de chaque pièce du Gurdwara siège en position centrale une photo aux dimensions imposantes du temple d'or d'Amritsar. Le rez-de-chaussée sert aussi de salle à manger. L'ensemble des membres affiliés au gurdwara peuvent s'y restaurer (chaque membre fournissant par mois l'équivalent de 10% de son salaire ; la somme étant répartie entre les frais de fonctionnement des lieux et l'assistance aux membres les plus nécessiteux). Le premier étage, est quant à lui réservé à la prière. Une zone de « circumvolution » fait face à l'Adi Granth.

D'ailleurs, le site Internet www.sikh.net divulgue l'ensemble des informations au sujet de l'accessibilité au lieu de culte, notamment à partir de Londres.

Ni hindous, ni musulmans, les Sikhs appartiennent à une religion syncrétiste, qui fit son apparition à la fin du XV siècle, avec son fondateur, Gourou Nanak89(*). Son recueil de poésie mystique constitue la base de toute l'activité religieuse dans les lieux de culte Sikhs ou Gurdwara.

Les Sikhs doivent être fidèles aux cinq articles dont le nom commence par un K (il s'agit de la plus importante contribution de Govind Singh, de son vrai nom Gobind Rai, à la tradition sikh qui fut la création de l'ordre militaire des khalsa en 1699. Les membres de cette fraternité des « purs » devaient marquer publiquement leur appartenance par les cinq « k ») ; prescriptions du livre sacré, le Granth Sahib : une longue chevelure jamais coupée (kes), souvent enserrée dans une longue mousseline de quatre à sept mètres généralement safran (couleur du sacrifice) ou bleu (couleur de la foi), un peigne en bois pour maintenir leurs cheveux bien soignés (khanga ou kangh), le poignard (kirpan), la longue culotte (kacch ou kaccha) et le bracelet d'acier autour du bras de la main qui tient le poignard (kera ou kara).

Les khalsa fondent l'orthodoxie de la religion sikhe et, c'est l'appartenance par les cinq « k » qui fonde l'identité de cette communauté.

Toutefois, cette identité est polymorphe c'est-à-dire à géométrie variable. Comme les autres communautés diasporiques de l'Union indienne, les Sikhs peuvent jouer de multiples facettes identitaires, et invoquer leur indianité, ou leur caractère panjabi, ou leur identité sikhe.

La mise en place de l'extra-territorialisation pour les Sikhs de France (mais de façon non exclusive) est consubstantielle du rêve de fonder un Etat séparatiste : le Khalistan (qui relève plus d'une patrie mythique).

Les divergences de représentation liant espace, identité et territoire sont inscrites au coeur du dilemme identitaire sikh : la représentation de l'espace panjabi, la représentation d'une identité sikhe et, enfin celle du territoire (de ce qui aurait dû constitué le khalistan). Le concept de territorialité, pilier de l'édification d'un Etat-nation imaginaire constitue l'argument central de la communauté sikhe diasporique.

La diaspora sikhe par le biais des NTIC, détermine à la fois une force de pression, un lobby, et fournit un appui au mouvement séparatiste in situ. En effet, il n'est guère difficile depuis n'importe quel poste Internet d'adhérer, de cautionner et de subventionner le National Concil of Khalisatan, l'un des principaux artisans du mouvement séparatiste en exil dont les liens se trouvent sur plusieurs sites portails : www.khalistan.net ou www.khalistan.com. Toutefois l'ensemble des membres de la communauté ne sont pas tous rassemblés derrière cette volonté et (d'après divers entretiens) espèrent seulement pratiquer leur religion dans leur terre d'accueil.

La communauté sikhe est contrainte de suspendre son identité dans un territoire imaginaire parce que désiré, convoqué, mais jamais réalisé. Dès lors, la construction d'une unité dans la dispersion ne se fait pas seulement en se référant à une mémoire collective et en maintenant un lien social, une certaine cohésion par des marqueurs territoriaux, ici les cinq « k », support d'une identité. Mais la référence à un peuple, à une nation qui n'a pas d'autre forme d'existence qu'à travers le mythe (la patrie mythique du Khalistan), est également un moyen de construire et de maintenir une unité et une identité. La construction politique se préparant dans l'ici pour la transposer dans l'ailleurs, même imaginaire est la pierre angulaire de la construction du lien social.

* 86 Bruneau, M. Diasporas et espaces transnationaux. France, Paris : Ed. Economica, collection Anthropos, 2004, 249p.

* 87Selon les estimations données par www.sikh.net

* 88 Sorte de Bible de 1 430 pages contenant l'enseignement de Gourou Nanak et des autres Gourous.

* 89 Désirant mettre fin aux conflits fréquents entre hindous et musulmans, il voulut faire en quelque sorte une synthèse de l'islam et de l'hindouisme. Il lutta contre les excès et les injustices de la caste des brahmanes et contre le sectarisme musulman, et entreprit de propager une nouvelle religion à base de monothéisme et de tolérance universelle. Il s'établit comme le grand gourou de cette nouvelle religion. Né hindou, Nanak croyait à la transmigration des âmes mais pas à l'intouchabilité. Il répudiait les propos de mépris de beaucoup d'hindous de caste à l'égard des parias.

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