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L'Inde un enjeu cognitif et réflexif. Etude des voyageurs de l'Inde et des populations diasporiques indiennes

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par Anthony GOREAU
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - DEA 2004
  

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3) Une identité à géométrie variable :

« Le corps social devient le territoire en tant qu'il permet de fixer l'identité individuelle et collective d'où l'importance attaché à la culture »90(*).

L'identité constitue un point sensible des conditions d'émergence d'un lieu fort. La notion d'identité spatiale -à la fois identification à un espace et identité d'un espace- se trouve relancée quand on l'élargit à des appartenances multiples et dynamiques, à des choix individuels ou collectifs. La dimension spatiale des identités permet de vérifier que l'identité contemporaine n'est pas la simple expression d'un passé enfoui, mais, toujours, une tension entre une mémoire et une projection dans le futur, ces trois éléments (mémoire, identité, projet) se modelant mutuellement.

Véritable boîte à outils, l'identité se façonne selon trois composantes : ontologique, pragmatique et de valeurs (sa dimension ontologique permet à l'individu d'établir un sens à son mode d'être, à la somme de ses actions, la fonction pragmatique de l'identité lui permet de négocier son évolution ontologique dictée par les attentes sociales majoritaires. En réaction à ces perturbations intimes se développe la valeur de l'identité, sorte d'idéal-type de référence destiné à contrebalancer la réalité de l'identité).

Au quotidien, la stratégie identitaire opère dans la communauté, la famille et de façon individuelle.

Dans une situation minoritaire, la vie sociale communautaire se structure selon un ensemble complexe et mouvant de critères d'appartenance, dont le plus emblématique serait la langue (panjabi, tamoule et télougou pour les groupes les plus importante en France). Alimentée sur un plan démographique par les logiques de regroupement familial et de migration secondaire, la communauté remplit deux types de fonctions. Elle est à la fois source d'identité individuelle et collective par son souci de préservation des valeurs philosophiques, religieuses, linguistiques et politiques, de référence. Grâce à ses réseaux socio-économique, grâce à sa structure filandreuse (ou réticulaire), la communauté facilite l'intégration de nouveaux membres, et la mise au point ainsi que l'application d'un modèle d'intégration qui atténue le choc culturel.

En France, la diaspora indienne ne constitue pas une communauté mais plusieurs entités différenciées culturellement et linguistiquement (comme nous l'avons vu ci-dessus). Alors, pour plus de facilités et dans un objectif méthodologique, le terme « communauté » (à défaut d'employer le terme d'ethnie, trop connoté et peu approprié à la situation, ou celui de supra-communauté, qui reste à inventer) aura pour signification l'ensemble de la diaspora indienne installée en France, qui a pour point commun le même référent territorial. Et, « groupe » désignant les distinctions au coeur de cet ensemble.

La communauté indienne en France, apparaît comme « centrée », peu hybride. Les chiffres publiés en 1999 par l'INSEE91(*) corroborent ce point de vue. En effet, les mariages mixtes sont peu nombreux, ils ne sont qu'au nombre de 102 en 1999 (30 pour les époux, 72 pour les épouses). Il n'y a donc pas de métissage sporadique, physique.

Ainsi, le risque de morcellement, de fragmentation est moindre lorsque la communauté se fait une enclave hermétique face à l'acculturation.

La communauté se caractérise aussi par des stratégies groupales dont les 10ème et le 18ème arrondissements de Paris constitue l'archétype. Certains ont développés des activités professionnelles à grande échelle dans la restauration, le prêt à porter et le négoce (principalement du commerce des fruits et légumes) qui nécessitent des pratiques de réseaux.

La communauté permet le positionnement par rapport à l'altérité : les groupes indiens ou d'origine indienne peuvent se situer à une multitude de positions en fonction de leurs organisations sociales, de leurs perceptions identitaires, de leurs consciences historiques, de leurs constructions socio-spatiales ; de l'ensemble des signes de reconnaissance et d'appartenance qui font que le groupe se considère comme un groupe.

Jusqu'à maintenant, la territorialité de la population diasporique indienne installée en France, était envisagée comme médiateur de la relation sociale, du lien social entre l'ici et l'ailleurs. Mais la dimension communautaire permet de mettre le doigt sur le contenu de cette territorialité et dote celle-ci de certains attributs qui donnent forme à une socialité particulière : les termes de stabilité, durée, reproduction, contiguïté, localité, unité jalonnent cette acception.

La communauté permet de retrouver aussi une forme de citoyenneté dans le pays d'origine. Car certains groupes, comme les Sikhs, ne possèdent ni la nationalité française, ni la nationalité indienne, ni même le statut de réfugié politique (l'Inde étant la plus grande démocratie du monde).

Plus encore que la structure communautaire, la famille s'érige en rempart identitaire le plus solide et le plus visible contre l'acculturation et fournit en même temps la base de l'intégration dans la société d'accueil, dans l'ici.

La famille est la garantie de la reproduction des normes et des valeurs des différents groupes constituant la communauté indienne. Il n'existe pas de données précises compte tenue de la structure familiale des immigrés indiens en France, mais on pourrait penser qu'elle reconstitue le schéma de l'ailleurs, de la terre d'origine et se caractériserait dès lors par une structure élargie, rassemblant sous un même toit un groupe social assez large, assis sur plusieurs générations.

La famille se fait le gardien des traditions, des us et coutumes. Même pour la seconde génération issue de la diaspora pondichérienne, souvent brillante, plus autonome et qui n'a pas les moyens similaires de résister à l'acculturation que la première, sans distendre les liens familiaux, elle reconnaît à la tradition un seul territoire inaliénable : la cuisine, rien moins ce qui demeure quand on a oublié tout le reste.

Enfin, en étroite symbiose avec les deux autres niveaux d'analyse, la stratégie individuelle est assurément la plus complexe et la plus mouvante des dynamiques identitaires.

On recense un continuum de réactions personnelles face à la société française. Réactions qui sont modulées en fonction des capacités de l'individu de se détacher du conditionnement social, c'est-à-dire les mécanismes par lesquels le comportement d'un individu est influencé - sinon façonné - par son environnement social ou dans un sens plus restreint par des instances de manipulation (édifices religieux, associations...) émis par la communauté et de façon plus restreinte par les groupes « ethnoculturels ».

La diaspora émerge de la conscience qu'elle prend de sa dispersion. « C'est en reconnaissant peu à peu les lieux où elle se déploie qu'elle acquière progressivement la conscience d'elle-même et qu'elle peut se représenter l'espace physique sur lequel elle se déploie »92(*). Le couple mythification et mystification de la terre d'origine permettent d'entrevoir les mécanismes identitaires au sein de la communauté qui contribuent à forger une territorialité ou plutôt un sentiment d'exterritorialité fait de va-et-vient entre l'Inde et la France.

Mouvement alimenté par les NTIC qui permettent un recentrage identitaire permanent, un jeu fictif de constructions et de déconstructions à partir d'éléments intangibles.

Ce même mouvement conduit à la création dans l'ici d'un territoire de l'entre-soi et non d'un non-lieu, d'une a-topie au sens de MA MUNG. Selon lui, « ce qui différencie la diaspora des autres groupes migrants c'est l'arrachement du territoire d'origine, l'impossibilité de se reproduire dans un espace physique clos, circonscrit et tangible [...] De fait, elle est (la diaspora) conduite à le faire dans un espace imaginaire, fantasmé, reconstruit à l'échelle internationale [...] Elle a conscience de soi dans un non-lieu »93(*) .

Nous allons à l'aide d'illustrations précises démontrer que la diaspora indienne en France se reconstruit, au contraire, dans un territoire fixé, borné, clos et tangible (même si les NTIC introduisent un dépassement de ces limites et discontinuités).

* 90 Ma Mung, E. La diaspora chinoise - géographie d'une migration. France, Gap : Ed : OPHRYS, collection Géophrys, 2000, 175p.

* 91 Insee : La situation démographique en 1999 - Mouvement de population. Mariages mixtes et mariages entre étrangers par nationalité du conjoint.

* 92 Ma Mung, E. La diaspora chinoise - géographie d'une migration. France, Gap : Ed : OPHRYS, collection Géophrys, 2000, 175p.

* 93 Ma Mung, E. La diaspora chinoise - géographie d'une migration. France, Gap : Ed : OPHRYS, collection Géophrys, 2000, 175p.

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