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L'Inde un enjeu cognitif et réflexif. Etude des voyageurs de l'Inde et des populations diasporiques indiennes

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par Anthony GOREAU
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - DEA 2004
  

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B/ INTERCULTURATION OU SÉGRÉGATION ?

L'immigration originaire du monde indien, assez méconnue (donc mal chiffrée) en France, est apparue depuis une vingtaine d'années. Ces migrants ont fait leur entrée en France progressivement, se constituant en communautés et en réseaux. Leurs lieux d'origine sont divers : Pakistan, Bangladesh, Maurice, Union indienne, Sri Lanka... Par delà la diversité un groupe représente le contingent le plus nombreux : il s'agit des Tamouls.

Une partie des tamouls sont originaires des ex-comptoirs français d'Inde du sud (se confondant avec les ressortissants pondichériens, ayant pour point commun la civilisation dravidienne et la langue), dont beaucoup ont acquis la nationalité française (lors du processus de restitution des territoires à l'Union indienne). Il s'agit du premier anneau de migration. Un petit nombre vient des Antilles et des Mascareignes ; ce sont principalement des descendants des coolies des plantations (après l'abolition de l'esclavage , le manque de main d'oeuvre pousse les puissances européennes particulièrement Royaume-Uni, France et Hollande, à trouver d'autres solutions ; sous la pression des planteurs est mis en place le système de l'indenture, par lequel des volontaires indiens acceptent par contrat d'aller travailler dans les plantations pour une période de cinq ans).

Le second anneau de migration, la dernière vague si l'on peut dire, provient du Sri Lanka, et elle est à relier au contexte de guerre civile qui sévit dans l'île et qui oppose depuis quarante ans Cinghalais (bouddhistes) et Tamouls (hindous). Le nombre de réfugiés Tamouls à travers le monde est estimé à 700 000, soit le tiers de la population Tamoule du Sri Lanka avant guerre94(*). En France, les estimations oscillent entre 45 000 et 60 000 (certaines associations tamoules vont même jusqu'à donner le chiffre de 95 000) Tamouls qui seraient présent sur le sol français (« but only 300 have passed the stringent citizenship requirement to read and write French fluently »95(*)).

Ces réfugiés s'avèrent constituer des noyaux de peuplement principalement à Paris, dans des diverses villes de banlieues : Noisy le Grand, Montreuil, Nanterre, Garges-lès-gonesse (c'est à dire dans la couronne périurbaine nord de Paris) ; et, le quartier de la Chapelle en est le principal noeud commercial (la proximité de la Gare du Nord permet de faire le trajet du domicile en banlieue jusqu'à cette aire commerciale. C'est aussi un lieu d'une grande connexité avec l'Europe et principalement avec le Royaume-Uni).

L'intérêt dans cette partie n'est pas porté sur les modalités de l'immigration tamoule, sur une quelconque digression sur le statut de réfugié et les stratégies d'obtention des visas, mais sur l'émergence d'un espace de l'entre-soi et des liens qui s'établissent entre la communauté indienne et les français.

« Little India »96(*) du Faubourg-Saint-Denis, ou plutôt little Jaffna (du nom de la capitale des régions de langue tamoule du Sri Lanka) suscite à la fois intérêts, controverses et tensions entre les habitants, qui semblent se cristalliser sur cette présence tamoule : « cette communauté majoritairement Sri-lankaise, est très sympathique, serviable, pas violente [...] Mais elle rachète peu à peu tous les appartements et les commerces. La population locale est exaspérée. Surtout les personnes âgées. Le défilé du char de Ganesh aurait été perçu comme une provocation »97(*) (voir annexe 3).

1) Un territoire de l'entre-soi.

L'entre-soi est un réflexe, une nécessité : la fonction d'un tel espace de regroupement est d'assurer une transition entre l'ici et l'ailleurs, entre le monde indien et la France afin d'atténuer le choc. Cet espace préserve les modèles culturels, les institutions et les liens sociaux hérités de la communauté d'origine. Il limite les effets déstructurants du choc culturel au prix d'une agrégation/ségrégation qui règle le jeu des proximités et des distances avec la société environnante.

Ce regroupement constitue une sorte de pôle structurant où s'exprime de manière amplifiée la sociabilité tamoule et où se pratique de façon privilégiée l'entre-soi.

Toutefois dans cet entre-soi, il faut distinguer, dissocier la concentration résidentielle (couronne nord périurbaine de Paris) de la concentration commerciale et religieuse (quartier de la Chapelle). Par manque de temps et surtout par logique (l'inscription spatiale de la concentration commerciale et religieuse étant visible dans l'immédiat, flagrante) nous nous tiendrons qu'au deuxième point.

La dimension religieuse et l'éducation sont les fers de lance de ce territoire de l'entre-soi. Le quartier de la Chapelle offre la possibilité de retrouver et de consolider, d'affermir son identité culturelle. Ce quartier est l'expression d'une peur : celle de la perte de l'identité tamoule.

Pour aller contre cette angoisse, la communauté indienne et plus particulièrement les groupes tamouls, dans l'agrégation, ont développés divers organismes et associations à visée culturelle comme les temples et les écoles.

Par exemple, l'institut des hautes études universelles, située rue Philippe de Girard (donc à proximité du temple Sri Manicka Vinayakar Alayam) participe à ce mouvement de perpétuation communautaire. Cette école pratique le « bilinguisme » : en fait, elle donne des cours de français, d'informatique et offre du soutien scolaire, mais surtout on y trouve des cours de tamoul et de bharata natyam.

Au même titre que la cellule familiale, cette école apparaît comme une instance de socialisation et comme un lieu de sociabilité indéniable ; elle est un instrument de reproduction sociale et de contrôle communautaire. Elle constitue donc un lieu de socialisation et d'identification en dehors de la famille, du voisinage et de la communauté ; alors que le milieu scolaire « Français » peut représenter un espace d'éloignement communautaire, affaiblissant in fine la chaîne de transmission des valeurs et des savoirs. D'où la volonté chez les migrants Tamouls de créer un espace protégé qui assurerait la reproduction communautaire.

Cette école appartient à la sphère privée, la scolarité y est donc payante. Celle-ci est un enjeu fondamental pour les deuxièmes générations, leur permettant peut-être d'obtenir des emplois qualifiés. Car, le principal handicap des migrants tamouls est celui de la langue (« language is the major barrier for the 60,000 refugees in France, according to V. Sanderasekaram, 51, founder and trustee of the Sri Manicka Vinayakar Alayam of Paris »98(*)), le français est peu ou pas parlé, dès lors le spectre des activités rémunérées couvert par le groupe ne s'attache qu'à des emplois où il n'y a pas besoin de parler le français, comme « faire la plonge », agent d'entretien ou encore cuisinier.

Ainsi, cette école en permettant de maintenir le lien communautaire, par l'apprentissage du français offre des perspectives meilleures en terme de mobilité sociale de type verticale (qui correspondrait à une mobilité ascendante le long de l'échelle sociale en terme de catégorie socioprofessionnelle).

Hors de cette école, il est inutile de préciser qu'il doit exister tout un réseau d'écoles parallèles informelles, illégales, échappant à tout contrôle de l'Etat français ; ou plus simplement des formes abouties d'économie sociale et solidaire à l'instar de système d'échanges locaux entre groupe tamoul et groupe pondichérien (ce dernier maîtrisant mieux la langue française).

Pour les parents de la première génération (les premiers migrants des années 1970-1980), la présence d' « écoles tamoules » (au sens de structure formelle ou informelle véhiculant un enseignement collectif général, parfois même une doctrine notamment dans le cas des temples) est une occasion rassurante d'être entre soi, de contrôler les relations et les fréquentations de leurs enfants.

L'école permet ainsi d'amoindrir la distance culturelle et de participer à la construction de cette temporalité transitionnelle entre l'Inde (le monde indien) et la France.

Les temples aussi participent à cette fonction. Il existe trois temples pour les hindous à Paris. Mais il est fort probable, au même titre que pour les écoles, donc d'une manière informelle, qu'il existe d'autres lieux de culte, notamment des salles dans les villes de banlieue (mais nous n'avons pas eu d'informations à ce sujet là, ni par Internet ni par l'enquête de terrain).

Toutefois, il faut noter l'extrême souplesse de l'hindouisme concernant les lieux de culte (particulièrement avant la construction du temple Sri Manicka Vinayakar Alayam), en témoigne la fréquentation par de nombreux hindous de la basilique du Sacré Coeur. « Les Tamouls sri lankais à Paris, à la recherche d'un lieu de culte, se sont rabattus sur le Sacré Coeur, à défaut de trouver un temple hindouiste déjà établi. Cette église suggère certaines références : située au sommet d'une petite montagne, elle demande une ascension pour y accéder ; large et visible, elle s'impose à la vue comme la maîtresse de Paris ; ses coupoles volumineuses et blanches rappellent aussi bien les stupas bouddhistes par leur rondeur que les églises ceylanaises par leurs façades vastes et blanches [...] L'accès à l'église nécessite une ascension depuis la sortie du métro Anvers s'échelonnant à travers le parc sur sept niveaux. C'est une sorte de pèlerinage en miniature »99(*).

Dans le 18ème arrondissement, rue Philippe de Girard, se trouve le Temple hindou de Paris (temple Sri Manicka Vinayakar Alayam) dont la divinité principale est Ganesh ou Ganapati, le dieu à tête d'éléphant (selon les Purana, il a été créé par sa mère Parvati pour monter la garde devant sa salle de bains. Shiva, se voyant interdire l'accès à l'intimité de son épouse, coupe la tête du jeune homme sans savoir qu'il s'agit de son fils. Pour consoler Parvati, il promet de donner à Ganesha la tête de la première créature qui se présente, en l'occurrence un éléphant. Shiva donne en outre à son fils le commandement de ses armées de ganas, d'où son surnom de Ganapati, « chef des ganas »). L'entrée est entièrement libre. Il a été fondé en 1985 par Sanderasekaram, dont la famille a établi plusieurs temples dédiés au dieu Ganesh au Sri Lanka100(*). Suite au miracle de Ganesh buvant du lait en 1995, un défilé est organisé dans les rues de Paris par le temple et la communauté depuis 1996 pour célébrer l'anniversaire du Dieu.

Ce temple jouit d'une grande importance pour plusieurs éléments. Il est le seul organisateur du défilé de Ganesh, manifestation qui prend de plus en plus d'ampleur, et qui permet aux hindous de perpétuer une « tradition » ou du moins un héritage culturel.

L'organisation du défilé offre à l'ensemble de la communauté indienne une sorte de publicité bienveillante, qui compense les critiques quotidiennes et permet au temple de s'imposer au niveau religieux comme porte-parole de la communauté hindoue (tamoule, pondichérienne, télougou ou encore panjabi).

Le temple Sri Manicka Vinayakar Alayam, s'affiche comme le « temple hindou de Paris », cette réduction est liée à sa stratégie « promotionnelle » : sites Internet en plusieurs langues (français, anglais, allemand et tamoul), brochures et affiches ; or ce n'est pas le seul temple hindou (on comptabilise trois temples hindous dans l'agglomération parisienne dont deux en position centrale c'est-à-dire dans la commune centre et un récemment ouvert, en périphérie, à Evry, le Krishna Kadhy Temple).

En effet, il en existe un deuxième situé rue du Département. Celui là est dédié à Mariamman, déesse primordiale dans la pratique tamoule de l'hindouisme.

Ce temple est aussi fréquenté que le premier, mais accueil moins de visiteurs hors de la communauté Tamoule. Il organise des cours de Tamoul et de bharat natyam. Le bharata natyam est une forme de danse classique indienne originaire du sud qui a été sauvé au début du XXe siècle d'un oubli presque total101(*). Un spectacle typique comprend les parties suivantes : Ganapati Vandana (une prière traditionnelle d'ouverture au dieu Ganesh, qui écarte les obstacles), Alarippu (une présentation du tala, suite de syllabes chantées par la danseuse. Il s'agit en fait d'une invocation des dieux pour qu'il bénisse le spectacle), Jatiswaram (une danse abstraite où le rythme est scandé par le tambour. La danseuse montre ici sa dextérité dans le travail des pieds et la grâce des mouvements de son corps), Shabdam (la danse est ici accompagnée par un poème ou une chanson sur un thème dévotionnel ou amoureux), Varnam (la pièce centrale du spectacle. C'est aussi la partie la plus longue qui montre les mouvements les plus complexes et les plus difficiles. Les positions des mains et du corps racontent une histoire, habituellement d'amour et de désir), Padam (probablement la partie la plus lyrique où la danseuse exprime certains formes d'amour : dévotion à l'être suprême, amour maternel, amour des amants séparés puis réunis) et Tillana (cette dernière partie est une danse abstraite où la virtuosité de la musique trouve son parallèle dans le travail des pieds et les poses captivantes de la danseuse). Le spectacle se termine par la récitation de quelques versets religieux en forme de bénédiction.

Ce temple est aussi le siège de la fédération des associations tamoules de France (France Tamil Sangam). Cette association dont les prémices datent de 1970 (de la troisième conférence international du Tamoul à la Sorbonne) changeant de nom au grés des époques et des évolutions (Manavar tamil mantram ou associations des étudiants tamouls en 1970 ; Paris tamil sangam, association tamoule de Paris en 1972 ; et en 1983 France tamil sangam) fait partie intégrante de cet entre-soi communautaire et le consolide : elle publiait (nous ne pouvons ici qu'utiliser l'imparfait car il manque des informations sur la continuité de l'ensemble du faisceau des activités, même sur le site Internet de l'association) dans les années 1990-1995 deux journaux mensuels, Tamijosaï et Parimalar (en tamoul) et célèbre au mois de janvier la fête de Pongal.

Les temples exercent ainsi un rôle d'encadrement ; un rôle essentiel dans la perpétuation de la temporalité tamoule : ils imprègnent et impriment les rythmes de la vie sociale, donnent des repères fixes et temporels, par les trois pujas quotidiennes, par les rites mais aussi par les fêtes (pongal, défilé de Ganesh...).

Ces temples permettent donc de retrouver un repère temporel. De plus ils respectent le calendrier lunaire usité par les tamouls.

Ces lieux de ressourcement culturel, au même titre que la famille, que l'école sont des pôles structurant de l'entre-soi communautaire.

Dès lors une question se pose : quel est la nature des liens que la communauté tamoule entretient avec la terre d'origine, avec le Sri Lanka ? Le CCTF ou Comité de Coordination Tamoul France (situé rue des Pyrénées), affilié aux Tigres joue-t-il lui aussi ce rôle de pôle structurant ?

De même, le temple dédié à Mariamman affiche en ses lieux le portrait du leader des Tigres : Prabhakaran (recherché avivement et présent sur les sites d'Interpol) faut-il pour autant en déduire que cette communauté au même titre que les Sikhs est animée par le mythe du retour ?

Le CCTF, selon ses responsables comptabiliserait approximativement 10 000 adhérents, ce qui laisse songeur compte tenu de l'ensemble de la communauté tamoule évaluée entre 45 000 et 60 000 individus. Ainsi, la part de la population diasporique tamoule avivée par le mythe du retour ou du moins soutenant l'action des tigres et songeant à une patrie tamoule représenterait au plus bas 16.6% et au plus haut 22.2% !

En fait, le CCTF dispose d'une emprise étendue sur la communauté diasporique tamoule. Il investi tous les lieux du quotidien où se joue une confrontation entre l'univers du groupe et celui de l'extérieur, pour y favoriser un apprentissage des codes culturels. Il cherche ainsi à créer l'émergence d'un espace intermédiaire entre la sphère publique et la sphère privée pour contenir une certaine acculturation.

Il s'agit d'une manoeuvre pour favoriser l'entre-soi et de l'instrumentaliser afin de servir les intérêts des Tigres.

Enfin, l'entre-soi est favorisé par la dimension commerciale du quartier de la Chapelle. On assiste ici à un « commerce ethnique » qui n'a que pour seul débouché les membres de la communauté, l'ensemble des produits étant destiné à un groupe minoritaire. Produits qui correspondent à des pratiques culturelles particulières.

La marchandise est présentée à l'accoutumée, c'est-à-dire selon les habitudes du pays d'origine. Les inscriptions sur les étiquettes voir même sur les enseignes sont établies en langue d'origine, en tamoul.

La « décoration », ou plutôt le soin apporté à l'intérieur et à l'extérieur des différents magasins, manifeste explicitement l'appartenance communautaire.

La majorité des enseignes reprennent des noms et des éléments culturels familiers aux tamouls (Ganesha Corner, Lal Qila, Bollywood Paris ou encore Sarre Palace) ou des noms de lieux (auto-école Jaffna, Madras sweets ...).

Parmi cet espace de vente, des boutiques participent plus que d'autre à cet entre-soi communautaire, en proposant des produits « typiquement indiens » (bien qu'il soit assez malaisé d'établir un idéal-type, un modèle indien).

Ces boutiques jouent alors un rôle primordial de soutien communautaire. Ainsi parmi ces produits on pense aux denrées alimentaires. L'alimentation est un secteur incontournable de la Chapelle. Les habitudes alimentaires sont un élément culturel qui se maintien durablement, elles sont un emblème identitaire.

Le quartier joue un rôle central dans l'approvisionnement en denrées diverses souvent d'une extrême difficulté à trouver dans un notre contexte que celui d'agrégation communautaire et souvent à des prix prohibitifs (la communauté diasporique jouit souvent de liens durables avec la terre d'origine, de réseaux avec le « pays »). Les magasins proposent des produits divers mais toujours adoptés à une clientèle indienne. On y trouve facilement des sacs de riz de 50Kg en provenance du Panjab, différentes épices mais aussi les grandes marques de nourriture indienne comme pataks. Le 18ème arrondissement constitue un centre d'approvisionnement pour la population indienne.

On trouve également dans ces épiceries des journaux tamouls tels que le Tamil Guardian ou d'autres éditions en langue tamoule, ainsi que les deux journaux locaux Eelanadu et Eelamerasu. Mais les établissements qui remportent le plus grand consensus de la part de la communauté et ce, sans commune mesure, sont ceux qui sont consacrées à la location ou à la vente de vidéo et de cassettes de musique de films indiens.

On vient pour acheter les derniers succès de l'industrie cinématographique de Mollywood (industrie cinématographique en tamoul, M pour Madras) mais aussi de Tollywood (industrie cinématographique en bengali ou télougou) et de Kollywood (industrie cinématographique en malayalam, K pour Kerala) mais aussi les dernières musiques filmi (bandes originales des films) des compositeurs à l'instar de Naushad, Salil Choudary ou encore Ilaiayaraja.

La vidéo et la musique jouent un rôle essentiel dans la sociabilité et la constitution de l'identité tamoule en exil (on s'invite pour visionner les films mais surtout on s'imagine là-bas, la vidéo permet de retrouver une atmosphère, une ambiance, des couleurs de la terre d'origine...).

Photo 9 : Un des nombreux vidéoclubs du quartier de la Chapelle :

(c) Goreau, A. Mai 2004. Vidéoclub ne proposant que des films tamouls (TMS ayant pour signification Tamil Movies). D'ailleurs le propriétaire ne parle pas un mot français comme la plupart des acteurs commerciaux de la Chapelle. Les membres de la communauté s'y pressent pour acquérir les derniers succès.

Bien sûr, après l'alimentation et le cinéma, il y à les tenues vestimentaires ; on relèvera la présence de nombreux commerces de saris et autre tuniques. A cela s'ajoutent les bijouteries au goût des tamouls : c'est-à-dire des bijoux en or. Plus ciblés encore : les vendeurs de guirlandes de fleurs que les femmes se mettent dans les cheveux ou usitées pour les festivités hindoues.

L'ensemble commercial de la Chapelle offre aux tamouls la possibilité de recréer leur territoire d'origine, de replonger dans l'Inde à partir d'une aire de consommation complète ; on y retrouve tout ce qui faisait la spécificité du mode de vie dans l'ailleurs. On y vient pour se sentir chez soi, on y retrouve des odeurs (celles des épices, du chia, des différents plats cuisinés...) ; l'entre-soi communautaire participe bien évidemment au sentiment d'exterritorialité. C'est un prolongement de l'Inde en France. La Chapelle est aussi l'endroit où mobiliser les réseaux, toujours à base communautaire. Cette stratégie maintient des liens forts (« j'ai des relations avec le pays ») avec la terre d'origine, mais cache aussi une économie informelle, segmentant à l'infini les secteurs de distribution.

Cette recréation territoriale suscite aussi auprès de la communauté pondichérienne une certaine nostalgie. Cette communauté installée en France plus longuement et durablement, maîtrisant bien le français se mêle avec connivence à l'élaboration de l'ambiance du quartier, à la recherche d'un passé, des racines.

* 94 Hinduism Today. Special report. April 1997. En ligne, www.hinduismtoday.com

* 95 Ibid

* 96 Perrier, J.L. Little India à Paris. In : le Monde, 24 octobre 1992.

* 97 Tony Dreyfus, maire PS du dixième arrondissement, cité dans : Ternisien, X. polémique à Paris au sujet d'une célébration hindoue. In : Le Monde, 12 septembre 2000.

* 98 Hinduism Today. Special report. April 1997. En ligne, www.hinduismtoday.com

* 99 Robuchon, G. Pratiques sociales et pratiques religieuses des Tamouls au Sacré Coeur de Paris. In : Piault, M-H. Vers des sociétés pluriculturelles : études comparatives et situation en France. France, Paris : Ed. ORSTOM, 1987, p332-336.

* 100 Hinduism Today. Special report. April 1997. En ligne, www.hinduismtoday.com

* 101 L'origine du nom Bharata Natyam provient de Bharata, le nom indien de l'Inde et de natyam, le mot tamoul pour danse. Les gouverneurs britanniques désapprouvaient cette forme de danse car les seules femmes qui la pratiquaient étaient les devadasis, appelées "spécialistes des rituels du temple" ce qui ne trompait pas les Anglais, car en fait, leur spécialité était de prendre soin des besoins charnels des fidèles masculins, soit une forme de prostitution ritualisée. Les Britanniques interdisent, d'ailleurs, le système des devadasis en 1925. Une femme, Shrimati Rukmini Devi Arundale, élève alors le Bharata Natyam en une forme d'art, déconnectée de son passé controversé. Elle fonde l'école Kalakshetra dans la périphérie de Madras (aujourd'hui Chennai) pour l'enseigner et pour favoriser l'étude d'autres formes de l'art indien comme par exemple la musique. C'est une danse en solo, dans le style lasya, féminin et gracieux, par opposition au style tandava masculin.

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