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Paix et Education chez Kant. Esquisse d'une pédagogie de la paix

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - DEA 2007
  

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Chapitre II :

LES MOYENS ET LES MÉTHODES PÉDAGOGIQUES DE LA PAIX

Introduction partielle : Des germes du bien, germes de la paix dans l'humanité

 Il y a beaucoup de germes dans l'humanité et c'est notre tâche que de développer d'une manière proportionnée les dispositions naturelles, que de déployer l'humanité à partir de ses germes, et de faire en sorte que l'homme atteigne sa destination .

Réflexions sur l'éducation, p.102.

Notre préoccupation dans ce titre est relative à l'idée d'une existence certaine de germes de l'amour, du bien et de la paix dans l'humanité. C'est dans notre rapport à ces germes, notre manière de les concevoir et de traiter d'eux que nous participons à la marche de l'humanité vers la paix, vers son amélioration pacifique et vers sa perfection future dont elle est certaine.  « Car on ne trouve pas les principes qui conduisent au mal dans les dispositions naturelles de l'homme. L'unique cause du mal c'est que la nature n'est pas soumise à des règles. Il y a dans l'homme de germes que pour le bien 34(*) ».

La tâche des philosophes-éducateurs est de nourrir ces germes, de les développer et de les entretenir grâce à l'éducation à la paix de sorte telle que la jeunesse, la pépinière de demain soit des messagers pacifiques à l'échelle mondiale. La Providence parlera à chacun d'eux : allez dans le monde ---- Je vous ai donné toutes les dispositions au Bien. Il vous appartient de les développer et ainsi votre bonheur et votre malheur dépendent de vous35(*).

La providence obligerait ainsi l'homme à tirer de lui-même son propre Bien, le Bien universel, à faire le Bien par choix et pas le Mal ; c'est-à-dire à doter ses actions d'une moralité telle que celles-ci se trouvent ennoblies. Il est du devoir des éducateurs-philosophes à la paix de conduire petit à petit, dans les Lumières de la Raison, les dispositions techniques, pragmatiques et morales vers leur achèvement dans la Paix.

C'est ce que signifie « s'orienter dans la pensée de la paix ». C'est aussi dire avec Kant que « les lumières dépendent de l'éducation et à son tour l'éducation dépend des lumières 36(*) ». Les Lumières étant dans ce cas précis tout ce qui concours au Bien du monde, à la culture morale et à l'amélioration de l'humanité et de son cadre spécifique de vie, à la sortie de l'homme d'un état de mauvaise posture où l'irréflexion l'aurait mis. 

La paix étant sommeillante en l'humanité, il faut la réveiller ; les défenses de la paix sont enfouies dans l'humanité, il faut les exhumer au moyen de la pédagogie de la paix. L'espoir est d'ailleurs permis car la pédagogie de la paix a le pouvoir de re-dresser le bois courbe dont l'homme est fait. «  C'est une chose enthousiasmante (Es ist entzûckend) de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l'éducation et que l'on peut parvenir à donner à cette dernière une forme qui convienne à l'humanité. Ceci nous ouvre une perspective sur une future espèce humaine plus heureuse 37(*) », parce qu'elle sera en paix avec elle-même.

Effectivement l'homme ne cesse de donner un sens nouveau à son existence ; la culture n'a également pas achevé l'homme. C'est-à-dire que le processus de production ou de procréation de l'anthropos est toujours inachevé et inépuisable : l'homme n'est pas encore ce qu'il est ; il est en devenir. Autrement dit, il y a encore plein de possibilités imprévisibles et d'ouvertures dans l'éducation de l'homme. C'est la raison pour laquelle il se bat, affronte son environnement et décide librement de ce qu'il va faire dans le monde, avec le monde, à ses risques et périls. Seul l'ensemble de toutes ses actions et réactions conscientes conduit l'humanité vers une forme meilleure, vers la paix durable.

1. Les postulats pédagogiques de la paix

Ce qu'il faut entendre par "postulats pédagogiques" de la paix, c'est l'ensemble des valeurs sur lesquelles nous devons fonder la pédagogie de la paix ; c'est-à-dire qu'on ne voudra pas éduquer à la paix en " l'air " sans référence à aucun support, qu'il soit philosophique, moral ou culturel. Si bien que nous ne sommes pas sans savoir que tout rapport de l'homme à la pédagogie suppose au préalable la philosophie morale respectueuse des valeurs sociales, des règles et des principes culturels de la société humaine. Au nombre des postulats possibles, nous retiendrons :

1.1 L'existence d'une conscience universelle.

L'avènement d'une conscience universelle me parait être le fondement indispensable d'une pédagogie de la paix pour le futur.

Jean Laurain, De l'ennui à la joie, p.279.

Selon l'auteur des Fondements de la Métaphysique des moeurs, la conscience universelle, la raison commune est infaillible, si nous agissons selon la maxime que nous acceptons qui s'érige en loi universelle, valable pour tous. Elle est l'ensemble des valeurs communes telles que l'amour, le courage, la générosité, la liberté, la justice, l'égalité, etc. C'est elle qui permet ou qui donne à tout homme en tant qu'individu « toute facilité pour distinguer le bien du mal 38(*) », et dans ce cas précis, la paix de la guerre.

Valeur transcendante, l'avènement de la conscience morale coïncide avec le dépassement de soi, de la simple nature humaine, vers un idéal, un universel concret. Elle est dans un monde troublé de guerres, le moment d'une « prise de conscience progressive par un nombre toujours croissant d'individus mis en relation les uns avec les autres, des valeurs universelles qui sont leur raison de vivre profonde 39(*) ».

Elle est de ce fait fondamentale pour un ou des citoyens pris dans les tenailles de la violence toujours grandissante et qui recherchent le bout du tunnel qui les conduira à la paix durable. C'est fort de cela que prendre conscience de la violence déjà existante, des conséquences néfastes des conflits armés, c'est alors fonder la paix sur des bases solides et infaillibles, prometteuses d'un avenir radieux pour l'humanité aussi riche que diversifiée d'un point de vue culturel.

1.2 Le dialogue des cultures.

Il faut développer les sentiments d'humanité (Menschendliebe) envers les autres et ensuite les sentiments cosmopolites. Il y a dans notre âme quelque chose qui fait que nous prenons intérêt à notre moi, aux autres avec qui nous avons grandi et il faut ensuite que trouve encore place un intérêt pour le bien universel.

Kant, Réflexions sur l'éducation, p.201.

La culture, dit-on, est ce qui nous reste quand on a tout perdu. Elle est vectrice de valeurs humanistes. Elle fait de nous ce que nous sommes avant que nous ne voulions être ce que nous ne sommes pas ou pas encore en contact avec un autre que nous.

En effet, la culture de la paix à travers l'éducation est, dans une certaine mesure, une culture du dialogue des cultures. Car la paix est universelle et cosmopolite. C'est-à-dire que la maxime de toute action en sa faveur doit être impérativement universalisable d'un point de vue culturel. De façon intrinsèque, le défenseur du cosmopolitisme fait aussi allusion au sentiment ou à l'Esprit de tolérance40(*) qui doit animer les uns envers les autres en raison de l'humanisme que chacun incarne individuellement en sa personne, et qui fait que naturellement nous postulons tous à une égalité commune, à un respect mutuel de nos valeurs culturelles jugées inviolables.

Quelque soient la couleur de notre peau, notre appartenance sociale, nos opinions politiques, idéologiques et philosophiques, la culture a cette force de nous unir par-delà ces frontières naturelles.

Aujourd'hui plus qu'hier, la diversité culturelle tout comme les interactions culturelles ont fait de nous des "métis culturels" (Léopold Sédar Senghor). Le drame à éviter est que nous ne devenions pas des vomissures de la contre-mondialisation de la culture, ou encore des évadés culturels, pire des déracinés, véritables poisons du cosmopolitisme culturel. Nous devons davantage nous identifier aux valeurs éthiques et esthétiques de notre communauté locale, régionale, nationale et linguistique ; nous devons nous approprier de son histoire, de ses traditions, de ses us et coutumes et de ses modes de vie.

Nous devons aussi avoir le sentiment de subir, de partager ou de changer ensemble notre destin commun menacé par la guerre et son cortège de malheurs ; nous devons construire notre personnalité par l'éducation et l'épanouir en restant toujours actif dans le monde et sur le monde ; nous devons revendiquer notre identité culturel de façon pacifique, douce et envieuse, partout où elle est prise en otage par les saboteurs des idées noblement pacifiques.

C'est de cette manière que nous donnerons toujours l'exemple, la bonne image de nous-mêmes aux autres issus d'autres cultures ; nous les invitons ainsi à venir partager avec nous les délices de la culture. En donnant, en proposant, chacun reçoit plus qu'il n'offre : c'est le donner et le recevoir qui caractérise notre monde actuel. Si nous partageons tous presque les mêmes valeurs, si nous avons tous ou presque les mêmes habitudes culturelles, si la culture s'importe des quatre coins cardinaux du globe, il n'y a plus de raison que nous ne puissions pas trouver des solutions pacifiques aux différends qui nous opposent, que nous apprendrons ensemble à éviter, à prévenir par l'éducation, le dialogue et la culture.

La culture ou l'échange culturel est un cadre, un moyen de manifestation de la conscience universelle, de la raison commune qui nous dit que nous sommes un et indivisible. Quoi que nous fassions, la nécessité et les circonstances de la vie nous imposeront le choix de la paix à faire.

* 34 Réflexions sur l'éducation, p.108.

* 35Réflexions sur l'éducation, p.104.

* 36 Réflexions sur l'éducation, p.105.

* 37 Réflexions sur l'éducation, p.101.

* 38 Kant, Fondements de la Métaphysique des moeurs, traductions Hatier, Paris, 1963, p.26.

* 39 Jean Laurain, p.182.

* 40 Chez Todorov Tzvetan l'esprit de tolérance est conditionné par le principe que « je ne saurais être tolérant à l'égard des autres humains que si je postule au départ notre participation commune d'une même essence humaine, impliquant que les autres sont aussi dignes de respect que moi. Tel est en particulier le fondement de tolérance que je pourrais pratiquer à l'égard des étrangers et de leurs moeurs ». Les morales de l'histoire, Paris, éditions Grasset Fasquelle, 1991, p.191.

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