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La délinquance dans le canton de Coussey durant le premier XIXème siècle

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par Hugues Herbillot
Université Nancy 2 - Master 2009
  

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3. La part de la conjoncture dans la délinquance.

Les délits peuvent être la conséquence d'un contexte particulier, de mauvaises récoltes poussent certains cultivateurs à enfreindre la loi pour leur survie. Le contexte de crise devient un facteur important, pour expliquer la délinquance202(*).

a. La disette engendre la délinquance.

L'histogramme suivant répertorie tous les délits liés directement au manque de nourriture. On observe ainsi un pic pour l'année 1817.

Figure 21, Délits liés à la disette.

· Les périodes les plus maigres.

Le manque de nourriture est depuis toujours un problème important pour les populations, puisqu'il menace leur survie. Le canton de Coussey n'est malheureusement pas à l'abri de ces aléas frumentaires, à partir des principaux délits trahissant une situation alimentaire critique, nous avons réalisé le diagramme suivant qui met en évidence quelques années difficiles au cours de la période.

· Trois périodes se distinguent nettement. 

La première débute en 1810 et s'achève en 1814. D'une durée de cinq années, elle ne transparaît qu'au travers des vols de nourritures jugés devant le juge de paix, avec une moyenne de deux vols par an et de quelques délits de chasse.

La seconde période est d'une durée similaire, avec un pic pour l'année 1817. Avec treize vols de nourriture constatés, la fin de cette seconde période semble cependant moins grave alimentairement, puisqu'on y trouve plus que quelque rares délits de chasse, de vaine pâture ou de mendicité.

La troisième période difficile dure de 1823 à 1831, soit une dizaine d'année au cours desquels on relève 87,5 % des délits de vaine pâture, 41,66 % des cas de vagabondage et 58,82 % des délits de chasse.

· De mauvaises conditions climatiques causent de mauvaises récoltes.

Il convient de s'interroger sur les origines de cette insuffisance de nourriture. Les mauvaises récoltes dues à une météo capricieuse expliquent l'explosion des délits de subsistance pour la décennie 1820. Se conjuguent des « hivers remarquables par la rigueur et la durée du froid203(*) », et des étés alternant « intensité et continuité de la chaleur et humidité ».

La seule décennie 1820, concentre trois des six plus froids hivers de la première partie du XIXème siècle. En 1827 et en 1830 les températures atteignent
-20°C dans le canton, pendant des périodes de quatre-vingt-dix jours sans dégel et de plus de cinquante jours de neige.

Les étés 1828, 1829, 1830 et 1831 sont dans les Vosges, les quatre étés les plus humides, de la première moitié de XIXème siècle. Avec plus d'un jour de pluie sur deux en été, pour des températures fraîche. Les précipitations sont exceptionnelles, la pluie tombe ainsi sans discontinuer pendant vingt-cinq jours en juillet 1828.

Le pic de délinquance de 1817 avec un nombre exceptionnel d'affaires de vol de nourriture204(*) trouve comme principale explication 99 jours de pluie en cinq mois, et un mois de juin totalisant trente jours de pluie.

Christian Pfister voit dans l'origine des crises agricoles, la conjonction de plusieurs facteurs météorologiques. « Les ensembles des modèles climatiques qui caractérisent les crises de subsistances ont été élaborées à partir de la combinaison des sept facteurs suivants :

-pluviosité excessive en automne ;

-précocité de l'hiver ;

-précipitations excessives en hiver ;

-pluviosité excessive du printemps ;

-basses températures au printemps ;

-basses températures en été ;

-pluviosité excessive pendant la récolte 205(*)». Plus le nombre de ces facteurs est important, plus la crise de subsistance sera grave.

La sécheresse n'est pas en reste pour expliquer de mauvaises récoltes, 1825,1826 et 1827 se font remarquer par « la disette de la pluie », avec jusqu'à 26 jours sans pluie en août 1825 et 1826.

Une conjonction exceptionnelle de plusieurs années très sèches puis pluvieuses, déstabilise toute une économie agricole avec comme conséquence une multiplication des délits.

· Entre psychose et souffrance réelle, la multiplication des «délits vitaux« en temps de disette.

Un rapport de tournée générale du commissariat de police de novembre 1813 nous démontre que les épisodes de crise frumentaire peuvent être amplifiés par l'intervention de l'homme. On y apprend que « les cultivateurs cherchent à favoriser la hausse des céréales en retardant le battage des grains et en refusant de les vendre206(*) ». « On a remarqué en effet après un certain bruit répandu dans les alentours, qu'il entrait en France des blés étrangers207(*)».

Toutes ces inquiétudes sur le prix des grains entraînent certains commerçants à frauder. Ainsi, en 1811, à Rouceux, en pleine crise frumentaire, un commerçant est accusé d'être un « vendeur de grains de fausse mesure208(*) ». On assiste au cours des crises de subsistances à des hausses du prix des blés, « les prix du pain blanc ont triplés de juillet 1816 à juin 1817, ceux du froment ont quadruplé ; ceux de l'orge ont plus que quadruplé, [...] quand à la pomme de terre, son prix sextupla209(*) ».

Le manque de nourriture, les rumeurs d'accapareurs de blé, et le climat de tension extrême conduisent au piratage de cargaisons de grains. Des habitants du village de Houécourt210(*) pillent de dette façon une charrette remplie de grain qui était destinée à un commerçant du village. Tout commence par une charrette s'approchant du village, les villageois questionnent le conducteur sur la nature de la cargaison, celui-ci restant évasif, se crée un attroupement au coeur du village. Certains habitants montent sur la charrette et transpercent les sacs pour voler les pois et le blé qui était caché au milieu de la cargaison, d'autres s'emparent de sacs entiers. Le commerçant à qui était destiné la cargaison intervient mais se fait insulter de « gros cochon de vendeur de blé211(*) » et « d'accapareur212(*) ». Le rapport de police précise que les plus acharnés ont déclaré vouloir tout simplement « du blé pour une cuite pour nourrir leurs enfants213(*) ».

La disette est la principale cause du délit, elle conduit les populations à commettre d'avantage d'infractions par nécessité comme le vol ou le délit de chasse. Il ne faut cependant pas oublier tous les délits connexes commis en temps de crise frumentaire comme les escroqueries, ou les agressions qui sont directement liées au climat de carence alimentaire. Les chiffres de la délinquance peuvent également être renforcés par d'autres facteurs tels que la conjoncture politique ou économique.

* 202 (Cf : Annexes d'illustration, Annexe VIII. Evolution du nombre de condamnés en correctionnelle, selon la conjoncture, p 192).

* 203 CHARTON, M, LEPAGE, H, op. cit., p 130.

*

204 Nicolas Cordier de Grand est jugé en par la Cour d'Assise d'Epinal, pour un assassinat commis en 1817. Le meurtrier, surpris alors qu'il volait de la nourriture, porte un coup mortel à la fille de la maison. Le délinquant voyant la porte ouverte, rentre pour chercher du pain, n'en trouvant pas il y prend un peu de beurre, de lait et de fromage, quand il se fait surprendre par la fille de Mangin. Celle-ci s'indigne de sa présence en lui disant « -je le dirai à mon papa que tu bois comme cela notre lait et que tu cherches dans nos armoires ». Ce à quoi l'assassin répond « -j'ai trop faim et je n'ai trouvé personne dans les maisons pour y avoir du pain ». Il déclare dans son interrogatoire avoir en outre dérobé quatre francs en pièces de cuivre qu'il a mis dans un petit sac lié aux deux bouts et qu'il est allé cacher « dans un trou d'un mur de l'écurie de son père pour avoir du pain ».

* 205 PFISTER, C, « Fluctuations climatiques et prix céréaliers en Europe du XVIe au XXe siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, [En ligne]. 1988, n° 1, p 29. Consulté le 13/03/2009. URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1988_num_43_1_283474

* 206 AD Vosges, 4M32, Coussey, 1813.

* 207 Ibid.

* 208 AD Vosges 22u44, Rouceux, 1811.

* 209 LEUILLIOT, P, « De la disette de 1816-1817 à la famine du coton (1867) », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, [En ligne]. 1957, n° 2, p 317-325, consulté le 14/03/2009. URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1957_num_12_2_2641

* 210 AD Vosges, 22u41, Houécourt, 1809.

* 211 Ibid.

* 212 Ibid.

* 213 Ibid.

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