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Dynamique de l'occupation sol dans des niayes de la région de Dakar de 1954 à  2003: exemples de la grande niaye de Pikine et de la niaye de Yembeul

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par Aminata DIOP
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar - DEA 2006
  

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II. LE CAS DE LA ZONE DE YEUMBEUL

Pour mieux comprendre le phénomène des inondations à Yeumbeul, nous allons d'abord présenter la situation topographique, ensuite parler du processus de remise en eau des cuvettes et des stratégies des populations et des autorités locales

Sur les 83 quartiers que compte la Commune d'Arrondissement de Yeumbeul nord, deux ont été recensés comme étant entièrement inondés. Ce sont les quartiers Médina Gazon et Darou Rahman I. Nous nous sommes uniquement intéressée à Médina Gazon. Sur les vingt quartiers partiellement inondés, trois quartiers ont été visités : Darou Salam IV/C, Darou Salam V/C et Léona Yeumbeul nord.

1. La situation topographique

Les altitudes varient de 0 à 16 m. Les altitudes les plus basses sont rencontrées aux lacs Ouarouaye et Youi. Les quartiers irréguliers de Darou Salam et Médina Gazon sont dans des dépressions situées à 5 m du niveau de la mer. Ils sont entourés de dunes culminant à 16m au Camp de la Marine et à 12 m dans le village traditionnel de Yeumbeul. Cette dénivellation justifie en partie la vulnérabilité aux inondations.

2. La revitalisation des niayes et l'inondation d'habitations

Avant les années 70, le site sur lequel se trouvent les quartiers Médina Gazon et Darou Salam IV/C et V/C s'appelait Reumbeut ou Yawax selon les sources. Il était selon le communicateur traditionnel interrogé, occupé par un marigot entouré de champs. A partir de 1970, les pluies sont devenues moins importantes et la dépression s'était considérablement asséchée. Le niveau de la nappe s'était abaissé et les sols sont progressivement devenus plus salés. Certains champs sont abandonnés et les propriétaires ont progressivement vendu les terres à des migrants venus en majorité de l'intérieur du pays.

Le quartier Médina Gazon est crée en 1978 et portait alors le nom de Darou Salam. Il regroupe principalement des migrants venus de l'intérieur du pays. C'est en 1998 que le nom a changé pour devenir Médina Gazon à cause du développement du tapis herbacé. En effet, le quartier est situé au coeur d'une dépression et sa caractéristique principale est l'importance du couvert végétal aussi bien dans les maisons que dans les rues.

C'est à partir de 1989 que les populations ont remarqué le retour de la pluviométrie. En effet, la région de Dakar a eu un cumul de 573,8 mm. Le site (Médina Gazon) a alors retrouvé ses caractéristiques d'antan c'est-à-dire l'humidité. Les populations ont vu leurs habitations être envahies par les eaux en hivernage. A partir de 1998 avec un cumul de 342,8 mm, la situation s'aggrave et l'eau stagne pendant toute l'année. Avec l'excédent pluviométrique des années suivantes, le phénomène est devenu récurrent. En effet, 1999 a enregistré 481,8 mm soit un excédent de 44 mm et 2000 un cumul de 580 mm soit un excédent de 143 mm par rapport à la moyenne de la période 1950-2003. Ainsi dans certains quartiers de Yeumbeul comme Darou Salam V et Médina Gazon les marigots sont complètement revitalisés. « Tous les cours d'eau se sont revitalisés, on dirait que maintenant on vit dans une île » nous a dit un occupant. Cependant, selon une personne âgée vivant dans le quartier de Aïnoumadhi I, « il ne s'agit pas d'inondation car en vivant dans une maison où on peut creuser et avoir de l'eau à moins de deux mètres pour faire ses briques et faire du maraîchage, on doit savoir que c'est une voie d'eau donc inhabitable, ces personnes sont venues trouver l'eau et non le contraire »

La stagnation permanente de l'eau est aussi le résultat d'une action anthropique. Il y a actuellement une imperméabilisation du substrat dunaire par les constructions ce qui accentue le ruissellement au détriment de l'infiltration. En effet, la texture sableuse des sols de dunes favorisait une grande infiltration des eaux de pluies ; actuellement le sol est à 54 % recouvert par des constructions et les eaux de pluies ruissellent vers la dépression qui, elle aussi, est occupée par des constructions.

Les dépressions ont une orientation longitudinale Nord-Est Sud-Ouest. Or les populations ont procédé à des remblaiements qui ont coupé la dépression en deux d'où la stagnation des eaux de part et d'autre du cordon de sable ou d'ordures qu'est le remblai. Cette situation entraîne la perturbation du réseau hydrographique. Aussi la proximité de la nappe (à deux mètres) explique la rapide saturation du sol et freine l'infiltration des eaux de pluies qui stagnent pendant toute l'année.

A Léona Yeumbeul Nord, les habitants associent l'inondation à la construction de la route. Des remblaiements ont été effectués à l'entame des travaux pour éviter l'inondation de la route par les eaux pluviales. Cette situation a contribué à accentuer la pente vers la dépression et qui y achemine toutes les eaux de ruissellement. Ainsi les constructions situées au coeur de la dépression, sont en permanence  inondées; celles qui sont situées sur les flancs de dunes sont partiellement et temporairement occupées par les eaux.

Les inondations sont aussi une des conséquences de l'arrêt du pompage et de l'exploitation de la nappe de Thiaroye sur laquelle repose le site de Yeumbeul. En effet cette nappe était exploitée depuis 1950 pour alimenter une partie de la capitale. En 1980, la nappe produisait 12000 m3 d'eau par jour; en 1993, 21000 m d'eau sont pompés quotidiennement à partir de sept forages. Cependant, au cours de ces dernières années, la nappe de Thiaroye est fortement polluée ( Senagrosol, 2003). Ainsi, les autorités ont décidé d'arrêter son exploitation. L'arrêt de ces pompages a provoqué le relèvement du niveau de la nappe même si par ailleurs le pompage a été prolongé pour certains forages afin d'éviter les inondations des zones basses.

Les inondations posent des problèmes de sécurité importants. En effet, les populations soulignent des risques d'électrocution à cause des installations très précaires. Dans le quartier de Darou Salam IV les poteaux électriques se détériorent (photo 4). D'après le délégué de quartier, la nappe était tellement proche que les agents de la SENELEC étaient obligés de placer les poteaux dans des supports métalliques remplis de sable avant de les enfouir dans le sol. Actuellement, les poteaux sont penchés à cause de la corrosion des supports qui ne parviennent plus à jouer leur rôle.

Photo 4: Détérioration des installations électriques à Médina Gazon

La situation est similaire pour les habitations, constamment exposées à l'humidité et à la corrosion des eaux saumâtres. Ainsi, à Médina Gazon, murs humides, fissurés et rongés par les eaux sont les manifestations de la dégradation et menacent les habitants « Le mur peut s'effondrer en pleine nuit et tuer nos enfants », nous a dit une femme qui habite Darou Salam IV/C.

Photo 5: Corrosion des constructions dans le quartier de Darou Salam IV/C

La revitalisation des anciens cours d'eau a isolé certains quartiers et certaines voies sont occupées par l'eau pendant 6 à 7 mois. La circulation des véhicules et des piétons devient ainsi de plus en plus difficile. Cette situation est en porte à faux avec les normes en matière d'urbanisme. En effet, « pour qu'une vie sociale soit possible, il faudrait que les populations puissent se déplacer et se rencontrer » (Claval, 1986).

Cet enclavement né de l'inondation des voies, porte atteinte à une bonne prise en charge sanitaire des populations résidents dans ces quartiers (Sané, 2003). Au poste de santé de Aïnoumadhi SOTRAC, l'infirmier a souligné que les évacuations des malades vers les structures de santé sont impossibles pour certains quartiers ce qui explique l'importance des accouchements à domicile. L'enclavement est accentué par l'inondation de la station services située à l'entrée de Yeumbeul qui gêne à certaines périodes de l'année l'accès à Yeumbeul et Malika

Photo 6: Inondation à l'entrée de Yeumbeul en 2005

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