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La mutation du droit du mariage dans la vallée du fleuve Matitanana: du droit coutumier au droit d'inspiration musulmane

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par Francis Zafindrandremitambahoaka MARSON
Université de Perpignan - Diplome d'étude approfondie 2003
  

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SECTION 2 : LA RECHERCHE DES EQUILIBRES

§1: LES COMPENSATIONS MATRIMONIALES

Les compensations matrimoniales ont pour objectifs de rétablir l'équilibre social rompu par l'enlèvement de la femme. Bien que cette dernière consente volontairement au rapt, le ravisseur lèse forcément une autre personne.

Pour être plus précis, nous allons essayer d'envisager deux cas qui peuvent se présenter : tantôt la femme enlevée n'est pas encore mariée, tantôt elle l'est.

Dans le premier cas, le ravisseur arrache « sa victime » à l'autorité de ses parents. Ces derniers sont en l'occurrence la partie lésée.

Dans le second cas, le ravisseur s'approprie de la femme d'autrui, par conséquent, il l'arrache à l'autorité de son mari. Celui-ci est donc lésé.

Pour palier à ce déséquilibre que nous qualifions de social, le ravisseur doit apporter une compensation. C'est ce qu'on appelle compensation matrimoniale. Comme elle est indispensable pour la légitimation des enfants qui seront nés de l'union, la compensation matrimoniale ou familiale peut s'élever à une forte somme. Elle n'est pas seulement prévue pour les enfants, le ravisseur doit la payer pour sa propre survie. Tant qu'il ne s'en acquitte pas, il est en perpétuel danger. C'est-à-dire que la famille de la fille ou le mari déchu traque en permanence les fugitifs pour se venger de l'acte.

La fuite des futurs se justifie par cette crainte de représailles. Par contre, leur réapparition signale leur aptitude à payer le prix nécessaire pour dédommager toute personne lésée.

Cependant, le ravisseur seul ne peut pas contracter mariage. Il est indispensable qu'il soit soutenu par ses parents ou sa famille, voire par les chefs de son clan ou les anciens. Bien entendu, ceux-ci, dans la majeure partie des cas, ne vont servir que d'intermédiaires dans la réconciliation. Exception est faite pour le cas du prince Ali que nous avons vu plus haut. Ordinairement, en l'occurrence, c'est le ravisseur lui-même qui se charge de l'acquittement du montant de la compensation familiale exigée par la famille de la femme enlevée.

Revenons au manuscrit traduit par JULIEN relatant l'histoire du prince Ali.

Nous nous souvenons que les négociateurs qu'il a envoyés avaient proposé de payer une amende pour l'enlèvement qui constituait une violation de la loi matrimoniale musulmane mais qui est une pratique coutumière autochtone.

Voici l'extrait du texte commenté :

« Nous payerons avec des objets livrés par centaines, une rançon honorable, proposent-ils.

Et Ramakararube les ayant invité à s'exécuter, ils offrent de verser à l'Andriambuadziribe cent pesés d'or et d'argent, cent vaches, autant de génisses, de bouvillons, et de veaux non sevrés, cent couteaux, cent haches, cent pièces d'étoffe, la terre de Seranambe et la fertile plaine de Tampahimandri, en bordure et à l'ouest, rive droite de la Matatana, égale étendue aux marais de même nom. »45

La compensation matrimoniale peut donc consister en ces biens et par conséquent peut s'élever très haut.

45 JULIEN, Pages Arabico-madecasses, 1929, p.93

Nous avons ici à première vue confondu la compensation payée à l'Andriambuadziribe avec la sanction pécuniaire à laquelle Ali est condamné. Il ne faut pas se leurrer. La compensation matrimoniale n'est pas du tout une sanction. Tantôt c'est la famille de la fille qui la fixe, tantôt c'est celle du garçon qui en fait une proposition. Les familles acceptent la compensation si le ravisseur appartient au même rang social qu'eux et que si sa « conduite » est acceptable.

L'endogamie de classe a toujours été très forte chez les peuples de la région de Matatana. DESCHAMPS rapporte que « les sorabes racontent que les « Arabes » n'étaient pas seuls à bord de leurs bateaux : ils amenaient avec eux des kafiri (cafres) esclaves probablement ramassés sur les côtés orientales d'Afrique ou nouveaux convertis, persuadés de gré ou de force d'accompagner leurs propriétaires. » 46

A l'époque de la constitution du Royaume, par conséquent, il y a déjà eu une diversité de classe sociale. Nous savons que dans les petits sultanats de la région de Matatana, ce sont les musulmans qui ont été érigés en roi. Un esclave qui enlève une fille du roi par exemple, n'obtiendra pas le consentement de ses parents. Quel que soit la compensation qu'il va proposer, elle ne sera pas acceptée.

L'acceptation de la compensation familiale est la manifestation du consentement des parents à l'union.

Néanmoins, « si une femme du peuple était désirée par un chef... il procèderaient par enlèvement... sans se préoccuper de demander le consentement des parents de la fille » disait JULIEN47.

46 DESCHAMPS, Les Malgaches du Sud-Est, p.46

47 JULIEN, Institutions politiques et sociales à Madagascar, cité par MESSELIERE, Du mariage en Droit

Le lien social du ravisseur est donc important dans l'acceptation de la compensation matrimoniale. De même que sa « conduite ».

En effet, le ravisseur au bout de quelques jours, vient implorer l'indulgence et l'assistance de son futur beau-père, en lui offrant des boissons spiritueuses et des mets de choix, rapportait JULIEN48. Sans cette preuve de bonne conduite donc, la compensation ne serait pas acceptée.

Par contre, si le ravisseur respecte toutes les conditions requises, notamment après avoir enlevé la femme, s'il a envoyé des anciens pour négocier la compensation, si en plus il est issu de la même classe sociale que la femme et a fait preuve de bonne « conduite », et si malgré cela la famille de la fille refuse la proposition ou est réticente à toute discussion, la querelle est ouverte entre les deux familles. Cette querelle peut aboutir à une guerre.

C'est pour éviter cette impasse que les parents de la fille coopèrent.

Lorsqu'un accord est conclu entre les anciens et la famille de la fille sur la consistance de la compensation familiale, l'union est consacrée.

L'autorité sur la femme est transmise dès lors des mains de son oncle maternel à celle de son mari.

Par contre, s'il s'agit d'une femme déjà mariée, l'autorité sur elle est transmise au « ravisseur » des mains de l'ancien mari de la femme, car s'il accepte la compensation familiale, c'est qu'il consent au nouveau mariage.

L'équilibre social rompu par le rapt est, à partir de ces accords, rétabli. La famille de la fille ne traque plus les fugitifs. Le ravisseur, qui n'est que complice de la femme enlevée, ne craint plus la vengeance de son rival, l'ancien mari de la femme.

48 JULIEN, idem.

Il appartient à la famille de la femme d'organiser la cérémonie du mariage pour rétablir l'équilibre cosmologique rompu à cause du rapt.

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"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci