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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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CHAPITRE IV :
LES ENJEUX DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE

Pour Pierre de Senarclens (1993 : 120), la réflexion des considérations de l'ordre international est indissociable des considérations éthiques et normatives. Mais en période de mutations rapides et de crises, les principes et les enjeux des relations internationales sont par définition incertaines. Les débats sur la « fin de l'Histoire » (Fukuyama, 1993) montrent combien il est hasardeux de se projeter dans l'avenir après l'érosion des croyances idéologiques de la Guerre Froide. Dans un contexte où les attributs de la puissance deviennent aléatoires, alors que les Etats disposant d'importants moyens militaires ou économiques hésitent à remplir les obligations politiques inhérentes à leur statut (Todd et Courbage, 2007), tout effort de prospective sur les principes de l'ordre international paraît risqué. Du moins, dans les circonstances où le rapport entre sens et puissance devient problématique, comme l'a si bien montré d'ailleurs Zaki Laïdi (1992). L'analyse des vicissitudes du positionnement de l'Afrique dans la politique étrangère du Japon depuis 1991, a cependant permis de relancer un certain nombre de débats sur les modalités qui le structurent.

Quel fondement, quel sub-jectum fait reposer la proactivité nippone sur le continent noir ? En d'autres termes, que recherche Tokyo à travers son déploiement politico-diplomatique en Afrique ? Quels enseignements peuvent tirer les Africains d'un pays qui a accompli avec un « éclat retentissant son développement industriel » (Elenga-Ngaporo, 2004 : 69) ? Il est question dans ce dernier chapitre consacré aux différents enjeux, de recenser les motivations prédominantes de l'activisme de l'Empire du Soleil-Levant sur l'échiquier africain. Mais aussi à l'aune du modèle japonais « d'apprentissage et de rattrapage technologique » (Nyambal, 2006 : 118), de revisiter la question du développement de l'Afrique. Chemin faisant, nous pouvons remarquer d'une part, que l'obtention d'un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, est devenue une obsession de la diplomatie nippone (section I). D'autre part, que les intérêts utilitaristes pour les terres africaines constituent désormais pour Tokyo, des priorités dans sa course à l'influence internationale (section II). Cette offensive japonaise doit conduire à une réelle prise de conscience des Africains, capable d'enclencher le processus du décollage du continent noir (section III).

SECTION I : L'OBTENTION DU SIEGE DE MEMBRE PERMANENT DU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES : UNE OBSESSION DE LA DIPLOMATIE NIPPONE

Une série d'études (Ntuda Ebode, 2003 ; Green, 2001 ; Drifte, 1998) usant d'arguments théoriques et empiriques démontrent que l'engagement du Japon envers l'Afrique révèle son désir de jouer un rôle catalyseur sur le plan international. Cet engagement a été généralement intéressé et surtout utilisé comme moyen pour permettre à l'Empire du Soleil-Levant d'obtenir le « précieux sésame » d'un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (Osada, 2001). En recherchant l'appui des capitales africaines (Hugon, 2006b : 380), Tokyo fait de la réforme de ce « sanctuaire de la diplomatie mondiale » un viatique incontournable dans sa quête d'un important rôle sur la scène internationale (A) en employant un puissant plaidoyer discursif (B).

A- La réforme du Conseil de Sécurité : un viatique pour un nouveau rôle international

L'accès du Japon à un nouveau rôle international passe par la réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette instance de la diplomatie mondiale qui reste dominée par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale (1) nécessite des ajustements (2).

1- le Conseil de Sécurité : une instance dominée par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale

Compte tenu de l'importance du vote africain à l'Assemblée Générale des Nations Unies et des ambitions du Japon d'obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité (Drifte, 2000 ; Nepote et Sybille de Vienne, 1999), il est devenu stratégiquement essentiel pour Tokyo de s'attacher à améliorer ses relations avec les pays de l'Afrique subsaharienne. Ces derniers en 1978, avaient déjà démontré leur capacité de nuisance, en contribuant à l'échec de l'élection du Japon comme membre non permanent de cette instance de l'ONU (Le Monde, 9 août 1979). L'objectif d'accroître le nombre de nations susceptibles d'appuyer la présence nippone sur la scène politique mondiale, notamment à l'Assemblée Générale des Nations Unies est devenu, dans un « monde en coagulation » (Plantey, 1993 : 372), un véritable enjeu diplomatique. Il a pris de l'ampleur lorsqu'en septembre 1992, «  le Japon a ouvertement annoncé son intention de devenir membre permanent du Conseil de Sécurité » (Sato et Alden, 2004 : 27). Il est utile de souligner que les efforts de l'Empire du Soleil-Levant pour améliorer son profil sur la scène internationale ont coïncidé avec l'augmentation de son APD en direction du continent noir ainsi que la mise sur pied de la TICAD65(*). La conséquence étant pour lui, «  l'obligation d'être perçu comme un soutien de causes diverses en faveur de la paix dans le monde, un facteur qui rendrait l'Afrique relativement attrayante, compte tenu des problèmes de développement du continent » (Ampiah, 2004 : 110)

L'ONU est née aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale avec pour ambition de maintenir la paix et la sécurité internationale, «  à partir d'un dispositif plus efficace que la SDN » (Blom et Charillon, 2001:115). Organe permanent des Nations Unies qui, à la demande d'un Etat ou du secrétaire général, peut siéger très rapidement lorsque la situation l'exige, le Conseil de Sécurité est la seule instance qui puisse prendre des décisions obligatoires applicables aux Etats membres, dans le cadre du maintien de la paix66(*). Mais il s'agit le plus souvent par voie de recommandations. Composé de quinze Etats, dix d'entre eux sont élus pour deux ans par l'Assemblée Générale sur la base d'un double critère : la contribution des pays candidats à la sécurité internationale (ce qui, en principe devrait se traduire par la désignation d'Etats bénéficiant d'un certain « poids » sur la scène internationale) et l'application du principe d'une juste répartition géographique (qui alloue trois sièges à l'Afrique, deux sièges à chacune des régions Asie-Pacifique, Amérique latine -Caraïbes et « Europe occidentale et autres Etats » et enfin, un siège aux Etats d'Europe orientale). Ce sont les membres non permanents du Conseil qui ne sont pas immédiatement rééligibles et la désignation à cette fonction temporaire ne va pas de soi. Environ 80 Etats n'ont jamais siégé au Conseil de Sécurité et une quarantaine n'a bénéficié que d'un seul mandat. Les cinq autres membres sont dits «  permanents » .Ils constituent les « P5 », jusqu'à présent club très fermé des principales puissances sorties victorieuses de la Seconde Guerre Mondiale : Etats-Unis d'Amérique, France, Chine, Royaume-Uni et Russie (qui a succédé à l'URSS en décembre 1991).

Ces membres de droit jouissent d'un autre privilège, qui fut mis au point par Churchill, Staline et Roosevelt lors de la fameuse conférence de Crimée qui se solda par les accords de Yalta de février 1945 (Gaddis, 2005). Ils disposent, grâce à ce que l'on appelle le « droit de veto », du pouvoir d'empêcher l'adoption de tout projet de résolution ne leur convenant pas. Après avoir été longtemps « bridé » (entre 1946 et 1990, ce « droit de veto » fut utilisé plus de 200 fois, en particulier par l'URSS), le Conseil de Sécurité est devenu véritablement opérationnel avec la fin de la Guerre Froide (Smouts, 1994). Depuis lors, le droit de veto n'a été utilisé qu'une dizaine de fois et le Conseil a adopté plus du double du nombre de résolutions que durant ses 45 premières années de fonctionnement. Et l'utilisation, naguère exceptionnelle, des pouvoirs confiés au Conseil de Sécurité par le chapitre VII de la Charte de San Francisco est devenue aujourd'hui quasi routinière. La fin de la Guerre Froide a également relancé ipso facto le débat sur la composition du Conseil de Sécurité et son élargissement67(*). De ce débat, il ressort la nécessité de procéder à des ajustements au sein de cette instance diplomatique.

2- Le Conseil de Sécurité : une instance nécessitant des ajustements

La nature même des Nations Unies (reflétée par sa structure réelle, si officieuse, cachée derrière son organigramme de façade infiniment démocratique), en plus de sa principale raison d'être aux yeux de ses fondateurs, a beaucoup plus à voir avec « le maintien du pouvoir des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale qu'avec l'accroissement de la démocratie politique ou économique partout sur la planète » (Bennis, 1996 : 46 - 47). Dans le même esprit, Pierre de Senarclens (1993 : 123) écrit que le Conseil de Sécurité dans la forme actuelle requiert de sérieux ajustements car, volens nolens « ayant été crée sur le modèle d'un concert de grandes puissances pour résoudre un type de conflits internationaux qui a perdu de son importance ».

En réponse aux voeux du corps diplomatique résidant à Yaoundé, le chef de l'Etat camerounais s'est prononcé également pour « une réforme progressive du système, onusien actuel qui tienne compte de l'évaluation des grands équilibres mondiaux au cours des dernières années et de l'émergence de nouveaux Etats. Une meilleure représentativité de notre organisation commune, en particulier du Conseil de Sécurité, accroîtrait sa légitimité et, on peut l'espérer, son efficacité » (Cameroon Tribune n° 8763/4962, 5 janvier 2007). Il a réitéré ce souhait en prenant la parole dans le cadre du débat général de la 62ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 200768(*). Au surplus, quatre des cinq membres permanents, hormis la Chine représentait en 1950, 36% de l'humanité. En 2003, cette proportion n'était plus que de 8%. Les dix autres membres, dits « élus », le sont pour deux ans et n'ont aucune prise sur les « P5 » qui, ensemble ou séparément, pratiquent la loi du plus fort. On comprend dès lors que la communauté internationale revendique un Conseil de Sécurité réformé pour traduire les réalités du monde d'aujourd'hui et incarner une nouvelle légitimité. Mais la double question qui reste posée est celle du choix et de la nature des pouvoirs à conférer aux membres à intégrer.

Boutros Boutros-Ghali (1992) a proposé « une réforme ambitieuse du système de sécurité collective »69(*). Le 20 mars 1997, un groupe de travail mis en place depuis 1994 par l'Assemblée Générale sur cette question et présidé par le Malaisien Ismail Razali a présenté un certain nombre de suggestions dont l'extension du Conseil de 15 à 24 membres. Ces propositions sont toujours sur la «  table des négociations ». La réforme du Conseil de Sécurité ne peut se faire que par une révision de la Charte des Nations Unies, qui doit être acceptée et ratifiée par plus des deux tiers (128 pays) du total des membres (192 pays), dont les cinq membres permanents qui ont le droit de veto. Pour cette raison, le gouvernement japonais continue à intensifier son offensive diplomatique pour que se réalise la réforme du Conseil de Sécurité. En mobilisant son APD en direction du continent noir et en initiant des processus multilatéraux comme la TICAD, l'Empire du Soleil-Levant compte sur le soutien des 53 pays africains, qui représentent environ 30% du total des membres des Nations Unies, pour rehausser son profil politique (Rose, 2000). De leur côté les Africains tiennent également, comme le soutient Ntuda Ebode (2003 : 130), «  le Japon comme une puissance stratégique d'appoint, le pays grâce auquel le continent pourrait entrer au Conseil de Sécurité ».

Nous passons ainsi de ce que Jean Daniel Aba (2001 : 622) appelle «  la diplomatie mère Theresa » à une diplomatie «  real politik » intégrale où l'Empire du Soleil - Levant emploie un puissant plaidoyer pro domo.

B- Le plaidoyer pro domo japonais comme technologie d'un discours diplomatique

Sur la question de l'élargissement du Conseil de Sécurité des Nations Unies, nous nous appesantissons sur les propres arguments du gouvernement nippon (1). Arguments qui par la suite ont eu à bénéficier du coup de pousse du rapport « Annan » (2).

1- Les arguments du gouvernement nippon

Depuis 1992, l'Empire de Soleil-Levant s'est doté d'un argumentaire qui lui permet de conforter sa position de postulant naturel et sérieux, « en vue de l'adjonction de sièges nouveaux de membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU » (Kamo, 2004 : 64).

Premièrement, depuis la création des Nations Unies en 1945, la communauté internationale a fait l'objet de mutations considérables avec notamment la Guerre Froide et son issue, la décolonisation, l'intégration régionale et la mondialisation. Le nombre d'Etats membres de l'ONU est passé de 51 à 192. Au cours de ces 60 années, le cadre institutionnel notamment celui du Conseil de Sécurité est en principe resté le même. Pour le gouvernement nippon, la composition de cette instance internationale devrait refléter la réalité du 21ème siècle et non pas celle de 1945. Outre les PED d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine qui doivent être représentés de façon permanente, « des Etats membres qui souhaitent et sont capables d'endosser des responsabilités dans le maintien de la paix internationale et la sécurité doivent jouer un rôle à part entière dans la prise de décision du Conseil de Sécurité » (MOFA, 2005b). Tokyo demande depuis longtemps la suppression sur la Charte des Nations Unies, des mentions d' « ennemis » (appliqués à des pays qui furent les vaincus de la Seconde Guerre Mondiale, notamment le Japon et l'Allemagne), les qualifiant d' « anachroniques ».

Deuxièmement, la contribution dans le maintien de la paix et de la sécurité internationale. L'Empire du Soleil-Levant supporte un cinquième des coûts des OMP de l'ONU, et cela se vérifie aisément en Afrique (voir graphique 2). Il a déployé des troupes pour participer à ces opérations et cinq à celles humanitaires, prouvant à l'occasion qu'il accorde une grande importance à la construction de la paix et des nations en phase post-conflit.

Graphique 2 : Financement des opérations de maintien de la paix de l'ONU en Afrique 2006

Source : www. mofa. go.jp

Si on observe à présent le tableau XV, qui affiche les quotes - parts de quelques contributeurs aux budgets réguliers des Nations Unies, il apparaît que l'Empire du Soleil - Levant se classe au deuxième rang avec 19.468% des cotisations estimées entre 2004 et 2006. une contribution trois fois plus importante que la France, quatre fois que le Royaume Uni, six fois que la Russie, vingt et une fois plus que la Chine.

Tableau XV : Quote-part de quelques contributeurs aux budgets réguliers des Nations Unies entre 2004 et 2006.

Etat

Date d'admission

Quote - part en pourcentage

Etats - Unis d'Amérique

24 octobre 1945

22,000

Japon

18 décembre 1956

19,468

Allemagne

18 septembre 1973

9,630

France

24 octobre 1945

6,494

Royaume - Uni

24 octobre 1945

5,076

Russie

24 octobre 1945

2,873

Chine

24 octobre 1945

0,901

Inde

30 octobre 1945

0,305

Brésil

24 octobre 1945

1,514

Afrique du Sud

07 novembre 1945

0,365

Nigeria

07 octobre 1960

0,070

Egypte

24 octobre 1945

0,069

Cameroun

20 septembre 1960

0,014

Cote d'Ivoire

20 septembre 1960

0,012

Ghana

08 mars 1957

0,007

Sénégal

28 septembre 1960

0,006

Source : www.un.org

Il a aussi alloué 2.1 milliards de dollars US entre 2001 et 2003 pour les programmes et les agences spécialisées ; devenant ainsi le deuxième contributeur mondial. Cette démarche appuie l'analyse de Luc Sindjoun, (2002 : 157), selon laquelle « la mesure de la puissance est fondée sur la prise en considération des ressources de divers ordres qui permettent à un Etat d'avoir de chances sérieuses de faire triompher sa volonté ou alors qui lui confèrent une position de suprématie sur l'échiquier géopolitique ». Tokyo s'engage à endosser d'autres responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité en mettant à profit l'ensemble de ses compétences et de son expérience acquises jusqu'à présent (MOFA, 2005b). Dans sa déclaration au cours de la 55ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies le 21 septembre 2004, le Premier ministre japonais, Junichiro Koïzumi l'a encore rappelé.

Troisièmement, la contribution nippone au développement mondial. L'archipel oeuvre activement pour atteindre les OMD dans des secteurs tels que l'éducation, la santé, l'eau et l'assainissement, et l'agriculture. Il promeut le concept de « Sécurité Humaine », qui vise à protéger et habiliter les personnes contre les menaces graves et importantes contre la vie humaine. Le Japon a instauré le fonds Trust Fund for Human Security au sein de l'ONU. Au mois de décembre 2004, le montant total des contributions s'élevaient à 256 millions de dollars US. Il s'est engagé à fournir 10 millions de moustiquaires d'ici la fin d'année 2007 pour éviter les infections de paludisme (MOFA, 2005 b). Que disent les réalistes de cette approche des relations internationales ?

Ils proclament que tous les Etats pratiquent la politique de puissance, mais précisent cependant que certains de ces Etats la pratiquent différemment des autres. Hans Morgenthau (1948 : 39) par exemple, n'observe que la quête de puissance comme principale finalité des Etats, pouvant donner lieu à trois types de politique étrangère. D'abord une « politique du statu quo », destinée à conserver sa puissance. Ensuite, une « politique d'impérialisme », destinée à augmenter sa puissance. Enfin, une « politique de prestige » destinée à afficher sa puissance. L'offensive diplomatique nippone obéit à bien des égards à une schématisation réaliste sui generis. Ce n'est donc pas une surprise que le Japon s'est déclaré favorable à la recommandation faite par Koffi Annan dans son rapport sur la réforme de l'ONU ; institution qui s'apparente désormais à « une organisation résiduelle » (Salame, 1996). Ce rapport présenté à l'Assemblée Générale des Nations Unies le 21 mars 2005, appelant à une décision sur l'élargissement du Conseil de Sécurité pourrait être considéré comme un coup de pouce aux ambitions diplomatiques nippones.

2- Le coup de pouce du rapport « Annan » aux ambitions diplomatiques nippones

Le rapport « Annan » déclare que le Conseil doit être « largement représentatif » et que sa composition devrait être modifiée pour « associer davantage à la prise de décisions ceux qui contribuent le plus à l'organisation sur les plans financier, militaire et diplomatique ». Le ministre des affaires étrangères, Nobutaka Machimura, a fait ainsi part, le même jour, de la réaction du gouvernement japonais : « le rapport du secrétaire général donne un nouvel élan vers l'application de cette réforme, conformément aux intérêts du Japon qui s'en réjouit » (Japan Brief / FPC n° 0523, 28 mars 2005). Lors d'une conférence de presse le 22 mars, Hiroyuki Hosoda, secrétaire général du gouvernement s'est félicité de ce rapport, « étant donné que le Japon a un très fort désir de devenir membre permanent, nous allons poursuivre nos initiatives diplomatiques ». On a par la suite assisté à une intensification du soutien exprimé à la candidature nippone : le 19 mars 2005, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleeza Rice, en visite au Japon, a annoncé que les Etats-Unis y sont favorables ; le 22 mars, Alexander Downer, ministre australien des affaires étrangères, a fait de même dans un discours prononcé à Tokyo ; le 27 mars, Jacques Chirac, Président de la république française, s'est exprimé dans le même sens lorsqu'il a rencontré le Premier ministre Koïzumi au Japon.

Quelles difficultés l'Empire du Soleil-Levant devrait surmonter pour voir son objectif se réaliser ? Il y a d'abord lieu de faire observer que le Japon est toujours visé par des demandes de réparation aussi bien symboliques que financières « en raison du comportement de son armée dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre Mondiale et au titre du traitement infligé aux prisonniers de guerre et de leur travail forcé » (Colonomos, 2002 : 132). La fin de la Guerre Froide a provoqué à son tour une entrée dans l'ère de la repentance en consolidant l'éthique du recours70(*). Si les relations internationales sont scandées par le couple du diplomate et du soldat, comme le souligne Raymond Aron (1984), l'on peut considérer la politique mondiale de la repentance comme une nouvelle variable, le résultat d'un mariage qui se prolonge dans « une lune de miel planétaire », celui de l'avocat et de l'historien. Cet espace se constitue, sous la forme d'une escalade que certains, comme Jean-Michel Chaumont (1997), ont désigné par la métaphore de la « concurrence des victimes », sans pour autant nous éclairer à l'instar des travaux de John Rawls (1996), sur la conduite morale des Etats, dans un monde qui pourtant foisonne d'injonctions éthiques.

Ensuite, l'autre difficulté pour la diplomatie nippone dans sa stratégie de reconquête de l'espace international est la demande, réitérée par le secrétaire général des Nations Unies dans son rapport, de voir les pays développés faire passer leur APD à 0.7% de leur PNB d'ici à 2015. Cet objectif, mentionné comme un « important critère de la contribution », requise pour les pays qui deviendront les nouveaux membres du Conseil de Sécurité, constitue un « impedimenta » pour le Japon pour qui ce pourcentage se situe actuellement à 0.2%. Répondant à une interview du quotidien nippon Asahi Shimbun, Yasushi Akashi, ancien sous-secrétaire général de l'ONU, a commencé par indiquer qu'il pensait que Tokyo pouvait se féliciter du rapport « Annan », sans cependant s'enthousiasmer outre mesure. Il a ajouté : « le fait que le Japon ne consacre que 0.2% de PNB à son APD donne une mauvaise impression (...). Pour être permanemment au Conseil de Sécurité, le Japon doit obtenir le soutien des Etats-Unis, des PED notamment africains, mais aussi s'assurer la compréhension mutuelle de la Chine et de la République de Corée » (Japan Brief/ FPC n° 0523, 28 mars 2005). Cette option aurait a priori l'avantage d'intégrer certaines logiques de la course à l'influence internationale, justifiant même la présence du Japon en Afrique.

* 65 Les analyses politiques ainsi que les medias japonais et internationaux sont unanimes à établir un lien entre la TICAD et l'ambition japonaise de postuler un siège parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies (voir aussi Aicardi de Saint - Paul, 1999).

* 66 En vertu du chapitre VII de la Charte de l'ONU, le Conseil est investi du pouvoir de prendre des mesures pour rendre ses décisions exécutoires. Il peut imposer un embargo et des sanctions économiques ou autoriser le recours à la force pour s'assurer que l'on donne effet à ses décisions. Mais il s'agit là d'un dernier recours, lorsque les moyens pacifiques de régler un différend ont été épuises et une fois qu'à été déterminée l'existence d'une menace contre la paix, d'une violation de la paix ou d'un acte d'agression.

* 67 Il serait en fait le second, puisque le 31 août 1965, le nombre des membres avait déjà été porté de 11 à 15.

* 68 Lire à ce propos Cameroon Tribune n° 8944/5143 du 28 septembre 2007.

* 69 Le texte de l'agenda est disponible sur <www.un.org/french/docs/sgf/agendaf2.htm>,celui du supplément sur <www.un.org/french/docs/sgf/agpaix.htm>.

* 70 Il s'agit d'une série de réflexions qui depuis des années 1970 appellent les décideurs politiques à un plus grand souci du bien être de leurs partenaires et posent la question de l'universalisation des principes moraux. D'après Ariel Colonomos (2002 : 129), la montée en force d'une éthique globale indique aujourd'hui un souci jamais égalé dans les affaires internationales vis - à - vis du corps souffrant.

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