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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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SECTION II : LE JAPON EN AFRIQUE OU LES LOGIQUES D'UNE COURSE A L'INFLUENCE INTERNATIONALE

D'après Dean Achison (cité par Brewster, 1985), la politique étrangère est l'ensemble de la politique nationale considérée à partir des exigences imposées par le vaste monde qui s'étend au-delà de nos frontières. Ce n'est pas une juridiction, c'est un point de vue, un système de valeurs, le plus important peut être aujourd'hui pour la survie d'une nation. Clairement, elle « n'a qu'un seul objectif, la protection et la promotion de l'intérêt national » (Mouelle Kombi, 1996 :10). Outre les motivations géostratégiques et politiques, le déploiement de l'Empire du Soleil-Levant sur le continent noir depuis plusieurs décennies, répond des intérêts utilitaristes inhérents à l'accès aux ressources naturelles et à la présence de ses firmes sur des marchés protégés (A). Il est la matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance sur l'échiquier international (B).

A- Les intérêts utilitaristes comme paramètres d'une consolidation graduelle de la présence nippone en terres africaines

Sur le continent noir, la diplomatie économique du Japon est caractérisée par la recherche de matières premières et les stratégies de présence de ses firmes (2). Elle découvre ainsi en l'Afrique, un terrain utilitariste qui prend de l'importance (1).

1- L'Afrique comme terrain utilitariste prenant de l'importance pour l'Empire du Soleil - Levant

Depuis longtemps, les Japonais connaissent le commerce. Leurs corsaires furent actifs sur les mers autour de l'archipel. L'histoire économique du pays nous révèle le rôle considérable des marchands dans le décollage économique du Japon (Yoshikawa, 1998 ; Sautter, 1993 ; Guillain, 1972). Au XXème siècle, le pays du Soleil-Levant doit gérer une multitude de dépendances, explique Claude Chancel, (1990 : 95).

La dépendance énergétique : le pays importe pratiquement 100% du pétrole qu'il consomme, plus de 90% du gaz naturel et plus de 80% du charbon dont il a besoin. Il faut ajouter à cette liste l'uranium. La dépendance pour les matières premières : on sait l'importance historique de l'industrie textile nippone. Le pays importe 100% du coton brut et de la laine qu'il travaille, en plus du bois, du pétrole et du charbon nécessaire pour les fibres chimiques. Le Japon importe aussi 100% de ses besoins en bauxite et en nickel, près de 100% du minerai de fer et plus de 98% du cuivre qu'il utilise. Le pays dépend de l'étranger aux deux tiers pour le bois et la pâte à papier. La dépendance alimentaire : à l'exception de la production du riz, désormais excédentaire, mais au prix élevé, l'Empire du Soleil-Levant doit importer des fruits (agrumes), de la viande de boeuf, les deux tiers du sucre qu'il consomme, 90% du blé et 95% du soja ainsi que des aliments pour animaux. « Le Japon est à la fois un pays presque totalement dépendant de l'extérieur pour ses approvisionnements en matières premières, en particulier minérales et un exportateur de produits manufacturés, perçu comme particulièrement agressif par ses partenaires commerciaux et alliés » (Giraud, 1988 : 59). La crise pétrolière de 1973 a rendu nerveux les responsables japonais, de telle sorte qu'ils ont entrepris de parcourir le monde, en dehors du Moyen-Orient dont ils dépendaient à 80% des besoins en hydrocarbures, pour trouver des sources d'approvisionnement en énergie plus fiables et envisager leur politique en matière de ressources naturelles avec plus d'attention qu'auparavant.

L'Afrique subsaharienne est dès lors devenue lato sensu une source féconde de ressources naturelles stratégiques avec le pétrole et l'uranium notamment. Dans cette optique, « le Nigeria, avec son pétrole, et l'Afrique du Sud, avec ses métaux rares, ont fait l'objet de dangereuses convoitises » (Ampiah, 2004 : 95). Ce n'est pas une coïncidence qu'un ministre des affaires étrangères du Japon pour une grande première, en l'occurrence Toshio Kimura, visite en 1974 l'Egypte et quatre pays d'Afrique subsaharienne (Ghana, Nigeria, RD CONGO et Tanzanie). Cet intérêt pour le continent noir se manifeste à nouveau en 1979, aussitôt après la deuxième crise pétrolière, avec le déplacement du ministre Sunao Sonoda dans cinq pays d'Afrique subsaharienne (Nigeria, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tanzanie et Kenya). M. Kimura a plus tard expliqué les deux mobiles de sa visite dans ce continent. Primo, il s'est inquiété de la vulnérabilité de l'économie japonaise dont la base matérielle est faible et, dans ce contexte, « l'Afrique, avec ses immenses richesses dans ce domaine, mais qui restait un terrain quasi vierge pour la diplomatie économique nippone, prenait une importance toute particulière » (Sato et Alden, 2004 : 17). Secundo, il n'a pas pu rester indifférent au ressentiment populaire, crée par l'extension des activités financées par des capitaux japonais dans plusieurs pays d'Asie du Sud-est. Tirant les leçons de ces expériences négatives, il a souhaité établir des relations avec les pays africains. L'on comprend pourquoi les principaux bénéficiaires de l'aide japonaise ont souvent été les pays miniers comme le Niger, le Sénégal , la Zambie71(*), la RD CONGO (ex-Zaïre), le Nigeria, la Guinée et le Botswana, constatent d'ailleurs Jean-Jacques Gabas et Claire Mainguy (1998 : 50).

C'est ainsi que pour David Sogge (2002 : 66), l'Empire du Soleil-Levant a aussi placé le commerce au centre de son aide. Un instrument de bonne conscience qui tendrait à se substituer à toutes les transformations qui auraient été nécessaires dans les relations internationales (Comeliau, 1998 : 202). « Ce changement correspondait en réalité à une stratégie devant permettre au Japon d'échapper aux accusations des Etats-Unis et de l'Europe sur les énormes bénéfices commerciaux extérieurs qu'il avait réalisés au cours des années 1980 » (Kamo, 2004 : 56). Toujours est il que ç'a été le prix à payer pour demeurer sous la protection militaire de Washington à une époque où la Guerre Froide faisait rage (Aicardi de Saint-Paul ; 1998 : 148). Selon la direction des statistiques du commerce du FMI en 2003, sur la période de dix ans entre 1992 et 2002, les exportations totales en provenance des pays africains vers les pays asiatiques ont doublé, passant de 10 à 20 milliards de dollars US. En ce qui concerne le Japon pour l'année 2001, les importations totales en provenance des pays africains avoisinent 4.5 milliards de dollars US. Elles portent pour les postes les plus importants sur les minerais (34%) et les produits industriels (26%) notamment l'automobile (MOFA, 2001b).

2- La recherche des matières premières et les stratégies de présence des firmes japonaises

Les Japonais sont intéressés par les matières premières du continent africain et déploient à cet effet un certain nombre de stratégies de présence de leurs firmes. En 1995 par exemple, Mitsui Busan a investi 28 millions de dollars US en Afrique du Sud, dans une joint-venture avec Consolidated Metalurgical Industries pour la production de ferrochrome. Mitsubishi Corporation a pris 53.4%, équivalent à 45 millions de dollars US de la South African Company Hernic Ferrochrome. Le projet alimente Mitsubishi avec des « réserves minières à long terme de chrome, suffisantes pour produire 1 million de tonnes de ferrochrome au cours des 40 prochaines années » (Réseau de la Japan Corporate News, 10 Octobre 2002). A plus grande échelle, Mitsubishi Corporation est également partenaire dans la Mozal Sarl, un projet d'aluminerie au Mozambique, qui a été mis en oeuvre en mai 1998. Sa participation à concurrence de 25% dans la production de métaux non ferreux compte « parmi les investissements les plus importants effectués dans ce domaine par une seule compagnie japonaise »72(*).

En ce qui concerne les volumes d'exportations des produits industriels notamment ceux communiqués par l'industrie automobile japonaise, l'on s'aperçoit que le marché domestique africain en véhicules neufs (built-up) a progressé. Pour l'année 2000, l'Afrique du Nord comme zone continentale apparaît au graphique 3, comme le plus gros client des industries automobiles japonaises. Le chef de file est bien entendu l'Egypte (24 841) suivi par la Libye (7 918), la Tunisie (6 360), le Maroc (5 596) et l'Algérie (4 821). Hormis cette zone, les pays africains qui sortent du lot sont l'Afrique du Sud (21 715), le Nigeria (7 816), le Kenya (3 093) et l'Ile Maurice (1 560). En Afrique centrale le Gabon fait un score honorable avec 1296 véhicules neufs achetés. Il est à souligner que Toyota avec la vente de 210 000 véhicules hybrides en 2005 a accédé au premier rang de constructeur automobile mondial au détriment de General Motors, qui a détenu ce spectre pendant plus de 70 ans (Ecofinance du 13 au 19 novembre 2005). Le constructeur japonais est le seul présent sur tous les marchés de la planète.

Graphique 3 : Les exportations japonaises en véhicules neufs en Afrique en 2000 et 2001

Source : Jeune Afrique Economique n° 336 du 17 décembre 2001 au 13 janvier 2002 P. 30

En bout de ligne, deux pays africains bénéficient plus particulièrement du commerce et des investissements nippons. « L'Egypte, au Nord avec une certaine stabilité régionale, puis l'Afrique du Sud, pays le plus méridional d'Afrique, pour des raisons de stratégie industrielle en direction de l'Océan indien », croit savoir Anne Androuais (2004 : 121). Le premier a effectivement obtenu au cours de l'année 2002 près de 220 millions de livres égyptiennes, en termes d'investissements directs extérieurs japonais. Il importe vers l'Empire du Soleil-Levant, plus de 69 millions de dollars US. Le second entre 1998 et 2002, a comptabilisé rien que dans le secteur matériel de transport, 31 opérations et investissements pour un montant de 80.4 milliards de yens. Autant d'éléments qui autorisent Jeanne Essengue Essono (1991 : 2) à affirmer que « le Japon a encore besoin de l'Afrique, qui ne possède pas d'industries lourdes, alors que les produits japonais ayant acquis une crédibilité au niveau mondial, rencontrent la concurrence sur les marchés saturés des pays industrialisés ».

Pour Philippe Hugon (2006b : 380), c'est donc la recherche des matières premières et les stratégies de présence des firmes japonaises qui dominent. Le 02 octobre 2005 par exemple, la Libye a eu à attribuer des concessions d'exploration pétrolière selon le système de l'appel d'offre. Il a concerné 44 blocs on shore et off shore couvrant une superficie de 100 000 km². Parmi les sociétés bénéficiaires qui ont obtenu des participations dans des périmètres en association avec la compagnie pétrolière nationale libyenne, on note au tableau XVI que cinq sont nippones. L'ensemble de celles - ci a versé 21 millions de dollars US sur les 103 millions soit un peu plus de 20%.

En outre, huit pays africains à savoir : le Cameroun, le Ghana, le Kenya, le Sénégal, La Tanzanie, la Tunisie, l'Ouganda et la Zambie sont déjà ciblés par la TICAD Exchange.

Tableau XVI : Contrats d'exploration pétrolière en 2005 en Libye

Compagnie

Pays

Montant (en millions de dollars)

Nippon/Mitsubishi

Japon

2.5

Japex/Nippon/Mitsubishi

Japon

1.7

Teikoku/Mitsubishi

Japon

12.0

Japex

Japon

3.0

Total/Inpex

France/ Japon

1.8

CNPC

Chine

6.1

Pertamina

Indonésie

15.0

ONGC

Inde

6.0

Oil India/Indian Oil

Inde

3.0

ENI

Italie

11.5

Statoil

Norvège

3.0

Norsk Hydro

Norvège

7.1

Statoil/BG

Norvège/Royaume Uni

1.0

BG

Royaume Uni

15.0

Exxon Mobil

Etats - Unis

1.5

Tatneft

Russie

6.0

Turkish Petroleum

Turquie

7.3

Source : Financial Times, 06 octobre 2005

En somme, Tokyo veut disposer à travers le continent noir d'un  moyen pour avoir un accès aisé aux matières premières, tout en créant un marché pour les produits nippons. A la même occasion, il espère développer certaines parties de l'Afrique subsaharienne par la construction d'usines pour ses entreprises manufacturières, usines à partir desquelles les produits japonais pourront être exportés vers les marchés européens et chinois par exemple. L'archipel voudrait aider activement l'Afrique subsaharienne in situ « à mieux s'intégrer dans l'économie mondiale, pour autant qu'il puisse en tirer des avantages économiques substantiels » (Ampiah, 2004 : 110). Cette proactivité nippone sur l'échiquier africain souligne en tout cas, « le début d'une nouvelle guerre d'influence » (L'Express International n° 2932, 13 au 19 septembre 2007). Elle s'inscrit dans un processus porteur d'enjeux et façonné par l'intrication des rôles entre acteurs « rationnels», au sens du concept de stratégies que se font Michel Crozier et Erhart Friedberg (1977 ; 41 - 46), mettant ainsi en relief la matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance.

B- La matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance

Dans une scène internationale par essence « une arène où l'éthique est exclue, un enfer réfrigéré où la sperenza n'a pas lieu d'être » (Colonomos,  2002 : 115), la présence croissante du Japon en Afrique depuis 1991 s'explique également d'après Philipe Hugon (2006b : 380), à sa rivalité avec la Chine. Deux aspects retiennent ici dès lors notre attention.  Les contours de cette rivalité sino japonaise en terres africaines (1) et le réveil des ambitions militaires de l'Empire du Soleil-Levant (2).

1- Tokyo et Pékin voire New Delhi ou la guerre d'influence en terres africaines

La dimension onusienne demeure essentielle dans la rivalité qui existe entre Tokyo et Pékin en terres africaines. Comme le souligne le Général Xiong Guangkai (1997), les pays africains représentent à eux seuls plus de deux tiers des effectifs de l'ONU. Jusqu'au début des années 2000, la question du vote au sein de la commission des droits de l'homme semblait constituer un élément important. Cette importance s'est réduite depuis que les grandes puissances ont renoncé à présenter des résolutions « antichinoises ». Des éléments nouveaux sont apparus, confirmant l'importance de ce vote africain : la réforme des Nations Unies et l'éventuelle entrée du Japon au Conseil de Sécurité. Ils font ressortir « un véritable duel diplomatique entre Pékin et Tokyo dans l'arène africaine » (Niquet, 2006 : 362). La Chine tente d'obtenir de son côté, le soutien à l'ONU des pays africains sur la question de la définition des zones économiques exclusives qui l'oppose au Japon en mer de Chine, en leur offrant un « package diplomatique ».

Pékin joue ainsi de son double statut de PED et de grande puissance capable de peser sur des grandes orientations stratégiques du monde, une position à en croire, Xiong Guangkai (1997), que nul ne peut lui contester. L'exemple de la résolution sur le Darfour adoptée en 2004, fortement édulcorée par la Chine, en constitue une bonne illustration (Braud, 2005). L'Empire du Soleil-Levant et l'Empire du Milieu se retrouvent par ailleurs sur le champ des OMP de l'ONU en Afrique, bien que sur le fond, la Chine ne s'engage que modérément dans le règlement des conflits, très réticente devant la nécessité de prendre parti. Elle déploie toutes les armes du « soft power » défini par Joseph Nye (1990) comme « la capacité d'obtenir ce que l'on peut par l'attraction plus que par la coercition ». La Chine a cependant ouvert trois usines de fabrication d'armes légères au Soudan près de Khartoum, d'autres usines de munitions et d'armes ont également été construites au Zimbabwe et au Mali. C'est aussi en Afrique qu'elle a trouvé un marché pour ses avions d' « entraînement » K 8, fournis à la Namibie, au Soudan et au Zimbabwe (Hilsum, 2005).

La puissance montante de la Chine crée un dilemme pour ses voisins. Les pays d'Asie sont manifestement confrontés à des objectifs contradictoires dans leurs relations avec Pékin. Ils entendent bien sûr tous s'inscrire dans la dynamique de croissance, mais ils ne souhaitent pas que cette puissance économique altère significativement la posture diplomatique et stratégique de la Chine. La difficulté est particulièrement claire pour le Japon. Comme Washington, « Tokyo privilégie l'intensité croissante des liens économiques pour renforcer l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale et favoriser l'adoption par ce pays de politiques pragmatiques » (Mistral, 2006 : 343). D'un autre côté, la relation bilatérale Chine-Japon reste marquée par des souvenirs historiques mal assumés et le renforcement de l'axe Washington-Tokyo a toujours été perçu à Pékin comme « un contre-feu préventif » à l'encontre d'une influence chinoise croissante. L'équilibre est tout aussi difficile à redéfinir pour Séoul, Pékin jouant un rôle pivot dans la gestion de la crise Nord coréenne. La Chine est donc dans tous les esprits73(*). La dimension politico stratégique de l'intérêt chinois pour l'Afrique se complète dans une synergie particulièrement dynamique, d'un volet économique diversifié et d'importance croissante, notamment dans la prise de marchés dans le domaine clé de l'énergie, mais aussi dans les minéraux, le bâtiment et les travaux publics (BTP) ou le marché des biens de consommation courante. Pour la Chine, l'Afrique présente le double intérêt d'être un réservoir de ressources et un vaste marché accessible aux produits chinois (Niquet, 2006 : 366).

Depuis 2004, la Chine est le second importateur de pétrole africain, derrière les Etats-Unis et devant le Japon74(*). Pékin importe du pétrole d'une dizaine de pays africains, d'abord du Soudan (12% des importations) où la Greater Nile Petroleum Operational Company (GNPOC) est détenue à 40% par la compagnie chinoise d'Etat, China National Petroleum Corporation (CNPC) et ensuite de l'Angola. L'importance du marché chinois est par ailleurs vitale pour ces deux pays, puisque 60% de la production de l'Angola sont exportés vers l'Empire du Milieu.

Les pays du golfe de Guinée voient leur importance s'accroître (Niquet, 2006 : 368 ; Owona Nguini, 2005 : 8 ; Ntuda Ebode, 2004 : 44-47). Le Président Hu Jintao s'y est rendu en 2007 pour développer les accords pétroliers avec le Cameroun et le Nigeria, après avoir été une année avant au Gabon et en Guinée Equatoriale. La stratégie chinoise en Afrique est particulièrement dynamique et joue ouvertement au paradigme du « gagnant-gagnant » et du principe de « non ingérence » qui s'oppose aux choix des puissances occidentales et surtout du Japon (Hugon, 2006b ; 381 ; Gaye, 2005 : 4). Cette stratégie répond au demeurant à une certaine attente des Africains qui, depuis la fin de la Guerre Froide ont constaté un retrait des occidentaux75(*). Le soutien ouvert à des régimes particulièrement discutables, au Soudan ou au Zimbabwe, met la Chine en porte à faux avec l'ensemble de la communauté internationale « responsable », et entre en contradiction avec le discours officiel de Pékin sur l'émergence pacifique et le rôle de grande puissance intégrée que la Chine occupe. Pour Philippe Braud (2006), il ne fait l'ombre d'aucun doute que l'Empire du Milieu apparaît en Afrique « comme essentiellement prédatrice, selon le modèle hier mis en oeuvre par les puissances coloniales » avec comme corollaire un trafic illégal souvent mentionné, mais dont les chiffres sont difficiles à établir et à vérifier (Lafarge, 2005). La stratégie de Pékin qui permet aux régimes les plus contestables de la région de reconstituer une économie de rente fondée sur l'exploitation massive des ressources naturelles, sans réel transfert de richesses ou de savoir faire vers les populations locales, pourrait rendre moins efficaces les éventuelles pressions exercées pour obtenir une amélioration de la gouvernance et une démocratisation des régimes en place.

N'ayant pas de multinationales minières et pétrolières de grande envergure, le Japon n'a jamais été accusé par quiconque de piller les ressources naturelles. Il a laissé aux compagnies nationales ou aux multinationales des autres pays industrialisés le souci de les exploiter. Cette politique d'approvisionnement qui met en avant la puissance d'acheteur, est apparue comme « moderne » aux yeux des pays protecteurs du Tiers monde, mais aussi de l'Australie et du Canada (Giraud, 1988 : 73). Grâce au volume de sa population, à sa forte croissance, à ses performances dans les secteurs à haut niveau technologique et à son arsenal militaire, l'Inde s'impose à son tour comme l'autre puissance émergente qui rivalise avec le pôle Japon/Etats - Unis d'Amérique. Elle est présente par les réseaux de la diaspora en Afrique de l'Est (Kenya, Ouganda), en Afrique du Sud et dans l'Océan indien (Maurice, Madagascar). Les sociétés indiennes ont investi dans le phosphate (Maroc, Sénégal, Tanzanie), dans les télécommunications (Malawi) dans le transport routier (Sénégal) et dans les secteurs de pointe où elles ont de nombreux avantages mais également dans le domaine pétrolier. L'Inde a en partie aligné sa politique africaine sur celle de la Chine avec de nombreuses dérogations aux droits (Hugon, 2006b : 380). La reconnexion du continent noir au système international après l'afro pessimisme des années 1990 est aujourd'hui, selon Ntuda Ebode (2007), facilitée par l'importance des forêts du bassin du Congo dans l'équilibre écologique mondial et son écosystème, l'émergence du golfe de Guinée comme un acteur majeur, la globalisation de la lutte contre l'immigration africaine et le terrorisme. Cette lutte contre le terrorisme est de nature à réveiller les ambitions militaires nippones.

2- Le réveil des ambitions militaires nippones

Il reste que le Japon serait très vulnérable en cas de conflit mondial d'extrême tension géopolitique, coupant ses voies maritimes d'approvisionnement (Ntuda Ebode, 2003 : 126 ; Addler, 2002 : 322 ; Giraud, 1988 : 74). On peut penser à l'avenir, de même que le Japon accordera une attention plus soutenue à ses problèmes de sécurité stratégique des approvisionnements, il voudra accéder à plus d'autonomie en matière de défense. Il est certes vrai que jusque là, le Japon qui est entièrement dépendant de l'extérieur, dispose de la plus grande sécurité ; il peut tenir d'après l'OCDE (2005) 125 jours en cas de rupture des approvisionnements, suivi par l'Allemagne (102 jours), la France (96) et les Etats - Unis d'Amérique (82). Le Premier ministre Shinzo Abe, tout comme son prédécesseur Junichori Koïzumi, avait annoncé, au prétexte de la « menace Nord coréenne76(*) », son intention de modifier par referendum, l'article 9 de la constitution pacifiste, pour permettre de transformer les FAD (240 000 hommes très bien équipés) en véritables forces armées, susceptibles de prendre part à des actions de sécurité collective et d'intervenir avec ou sans feu vert onusien sur des théâtres extérieurs (Muto, 2006 ; Serra, 2005 ; Mayaudon, 1997).

Une intention désormais encouragée à Washington77(*) par l'entourage du Président George W. Bush, qui souhaite disposer en Asie du Nord-est d'un allié militairement puissant pour contenir la Chine dans le cadre de « la lutte contre la terreur » (Mistral, 2006 : 342). Encore que, un principe pragmatique affirme la nécessité du nucléaire comme dissuasion du conflit armé et de sa propre utilisation au nom d'une raison de l'homme et au vu de l'histoire de cette arme (Nye, 1986). Pointées du doigt par Tokyo pour l'absence de transparence de ses investissements militaires, la Chine et la Corée du Nord ont été désignées comme « préoccupations sécuritaires » dans le programme nippon de défense nationale pour l'année fiscale 2007. Les inquiétudes stratégiques du Japon vis-à-vis du régime de Pékin sont renforcées dans la perspective d'une éventuelle réunification de la Corée. Celle-ci signifierait l'émergence d'une puissance moyenne potentiellement détentrice d'armes nucléaires et dont la diplomatie a des accointances avec la Chine dans une période où « la possibilité d'un conflit interétatique majeur demeure plus élevé en Asie que dans d'autres régions du monde » (National Intelligence Council, 2005).

Depuis la fin de la Guerre Froide, l'Empire du Soleil-Levant dans une posture inédite, semble bien décidé hic et nunc à s'affirmer comme une puissance diplomatique et militaire de premier rang sur la scène régionale et au plan international. Malgré des équipements militaires très sophistiqués et un budget de la défense important - environ 40 milliards de dollars US annuels - le Japon est limité dans ses interventions à l'étranger par sa constitution pacifiste (Muto, 2006 ; Ishihara and Mahathir, 1994)  et par le blocage de sa candidature comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Pour retrouver un pôle diplomatique à part entière et un statut de puissance militaire « normale », le renforcement de l'alliance politique et stratégique avec les Etats-Unis d'Amérique reste la pierre angulaire de la politique étrangère nippone, malgré la réprobation d'une partie de l'opinion publique (Le Monde Diplomatique, avril 2006). Le Japon collabore au développement avec les Américains, d'un système de défense antimissile et autorisera à partir de 2009, un porte avion nucléaire à mouiller dans la base navale de Yokosuka. Recroquevillée sur la relation privilégiée qu'elle entretient avec Washington, la diplomatie nippone prend le risque d'une marginalisation sur la scène asiatique et peut être internationale.

Au total, nous pouvons convenir avec Chris Alden (2004 : 11) que la diplomatie discrète du Japon contraste bien sûr avec l'exubérance de la Chine dans l'expression de ses intérêts et la progression soutenue du commerce et la présence humaine de l'Inde sur le continent africain. Pour l'ensemble de ces trois pays, l'Afrique est désormais le lieu pour venir exprimer des ambitions mondiales et réaliser des objectifs économiques. Il s'agit maintenant pour le continent noir comme enjeu de cette offensive des pays asiatiques en général et du Japon en particulier, de savoir tirer le meilleur bénéfice pour son développement. D'où l'exigence de son nécessaire sursaut.

* 71 Lire aussi David Thomson, « Zambie : Tokyo chasse en Afrique », L'Express International, n° 2932, 13 au 19 septembre 2007.

* 72 « L'environnement d'investissement en Afrique du Sud : les grandes lignes du projet Mozal », JOI, mai 2002. Lire à ce propos l'allocution du Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi à la TICAD III en annexe 3.

* 73 Selon un sondage Ipsos-Reid d'août 2007, 54% des Américains considèrent que « l'émergence de la Chine comme une hyper puissance constituerait une menace pour la paix ».

* 74 Lire J.Eisnman et D. Stewart dans « China - Japan oil rivalry spills into Africa ». Cet article est disponible sur <www.atimes.com>, 17 novembre 2005.

* 75 Robert Mugabe n'exprimait pas autre chose en mai 2005 à l'occasion du 25ème anniversaire du Zimbabwe : « il nous faut nous tourner vers l'Est, là où se lève le soleil » (cité par Hilsum, 2005).

* 76 La Corée du Nord est un argument permanent pour le passage rapide du Japon à l'arme atomique. On sait bien que le Japon est aujourd'hui le pays qui possède le stock de plutonium le plus élevé au monde. C'est aussi un pays remarquable par le surdimensionnement de son programme spatial, qui ne servira pas éternellement à envoyer des satellites. Pour Alexandre Addler (2002 : 321), « il suffirait de deux coups de tournevis pour que le Japon fabrique 3000 à 5000 ogives nucléaires dans l'année. Et il suffirait d'une reconversion minime pour que les programmes spatiaux se transforment en création de missiles intercontinentaux ».

* 77 Le rapport Quadrennal Defense Review 2006 du Pentagone disponible sur <www.defenselink.mil/pubs/pentagon/>, souligne la menace que présente le renforcement des capacités militaires chinoises « qui mettent déjà l'équilibre régional des forces en danger ».

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