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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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A - Environnement politique, économique et social de l'Empire du Soleil-Levant

En moins d'un siècle et demi que le Japon a entamé la transformation de ses structures socio politiques et économiques féodales, ses performances technologiques et commerciales sont impressionnantes et son développement spectaculaire. La réconciliation politique entre l'idée de représentation et celle de la légitimité (1), puis le flamboiement de sa situation économique et sociale (2) ont fait du Japon un symbole de réussite.

1-La réconciliation politique entre l'idée de représentation et celle de la légitimité

L'avènement de la constitution de 1947 annonce une réconciliation spectaculaire entre l'idée de représentation et celle de légitimité. Évolution rendue possible par la proclamation de la souveraineté populaire et l'affaiblissement corrélatif du statut public de la monarchie, le respect des droits fondamentaux de l'homme, le renoncement à la guerre, l'institutionnalisation du parlementarisme et la proclamation de la prépondérance de la Diète (pourvoir législatif) qualifiée d'organe suprême de l'Etat par rapport au Cabinet (pouvoir exécutif). Si les observateurs se trompent plus fréquemment sur la réalité politique japonaise que sur celle de ses voisins, c'est que le Japon possède l'appareil démocratique le plus complet hors de l'Occident et que l'on considère généralement qu'il appartient à la même catégorie géopolitique que les industries occidentales. Dans cette logique, si l'on excepte les dix mois (1947-1948) pendant lesquels des socialistes de tendance conservatrice ont participé à une coalition confuse, on peut dire que, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, un même groupe relativement restreint de politiciens joue à s'échanger les sièges ministériels, se contentant de faire une petite place à leurs seuls protégés sans que l'opinion publique paraisse exercer la moindre influence sur les décisions majeures (Vogel, 2006 ; Miyamoto, 1996 ; Eismein, 1988). Ce groupe de politiciens porte le nom de PLD8(*), une coalition de Habatsu ou clans politiques. Il est rare que le Japon soit présenté comme un pays à parti unique. Edwin Reischauer (2001) dit par contre que le peuple a une telle confiance dans les politiciens qui ont conduit la nation au succès économique (Jimintôt) qu'il ne se lasse pas d'eux. De la sorte, « l'opposition parlementaire au Japon ressemble au choeur de la tragédie grecque. Ses sempiternels commentaires sur l'état de la nation et ses lamentations sur les péchés du PLD sont aussi rituels qu'inoffensifs » (Vogel, 2006). Toutefois, il est à observer la certaine ébullition politique que connaît la scène japonaise ces dernières années avec l'avènement en 2003 du Parti Démocrate9(*) (PD). Cette formation politique que Philippe Pons qualifie de « parti omnibus » (Le Monde, 31 juillet 2007), regroupe le Nouveau Parti du Japon, le Parti Libéral et les Démocrates de gauche.

Avec la cuisante défaite aux élections sénatoriales partielles du 29 juillet 2007 dernier, « la pire essuyée par le parti conservateur depuis sa création en 1955 » (Le Monde, 31 juillet 2007), remarque le politologue Gerry Curtis de Columbia University, le Premier ministre Shinzo Abe après moult atermoiements a fini par démissionner le 11 septembre 2007. Affaibli par cette élection qui était aussi son baptême de feu électoral depuis son accession au pouvoir le 26 septembre 2006, il a été remplacé par Yasuo Fukuda, ancien Secrétaire Général du gouvernement, homme de sérail plutôt modéré. Loin de s'attaquer aux maux hérités ou non de la politique réformiste de son prédécesseur, Junichori Koïzumi, l'ancien Premier ministre japonais a porté ses principales priorités sur la renaissance de l'identité nationale et la révision constitutionnelle dans un contexte international en mouvement (Muto, 2006). Fils d'un ancien ministre des affaires étrangères, M. Abe appartient à une grande dynastie de la droite10(*) au passé sulfureux dans lequel son grand père, Nobusuke Kishi, a été ministre dans le Cabinet du général Tojo qui lança l'attaque sur Pearl Harbor. Plus jeune homme à 52 ans à occuper la fonction de Premier ministre dans l'après guerre et le premier né pendant cette période, Shinzo Abe n'a jamais renié vraiment ce passé familial dans un pays qui n'a pas officiellement demandé pardon pour ses crimes de guerres. Au contraire, il s'est rendu régulièrement au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les militaires « ayant donné leur vie pour le Japon », parmi lesquels quatorze criminels de guerre dont son grand oncle, Yosuke Motsuaka. M. Abe a été considéré par la gauche japonaise comme un politicien ultralibéral, archi conservateur et nationaliste. Ses adversaires dans la région n'ont pas hésité à le qualifier de « faucon ». Le 15 décembre 2006, le Sénat a approuvé la création du ministère de la défense11(*) et l'enseignement du patriotisme à l'école, voulus par lui.

Comme dans la plupart des monarchies constitutionnelles, l'empereur est le symbole de l'Etat et de l'unité du pays. Selon Maruyama Masao (cité par Eismein, 1988 : 137), « l'empereur est un être ambigu, puisqu'il est chargé de fonctions à la fois politique et spirituelle, et plutôt spirituelle étant donné que c'est un être qu'il est interdit de définir, qui échappe à toute tentative de définition. C'est un centre mais un centre caché ». Par définition, un centre caché ne prend pas de responsabilités. Ce qui incidemment ne l'empêche pas de s'imposer à ses sujets comme un être suprême et sacré et d'exiger d'eux la fidélité, par conséquent la responsabilité absolue. L'actuel empereur Akihito qui a accédé au trône en 1989 est le 125 ème du Japon. Le pouvoir judiciaire calqué sur le modèle américain revient à la cour suprême et aux instances inférieures telles que les cours d'appels, les tribunaux de première instance et les tribunaux de proximité. Il contribue à son niveau au flamboiement économique et social du Japon.

2-Le flamboiement économique et social du Japon

Après la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a connu une période de haute croissance économique due à l'essor rapide de l'industrie d'autant plus que « le système mis en oeuvre pendant la guerre a été conservé en tant que système économique après-guerre », a écrit Takafusa Nakamura (1985). L'Empire du Soleil-Levant s'est vite spécialisé dans les industries naissantes et exigeantes en savoir et en savoir faire dans la finalité de le faire savoir, comme à l'exposition technique annuelle de Tsukuba. Malgré le marasme économique des années 1990, le Japon demeure l'un des pays les plus prospères du monde avec un PIB estimé à 4 623 398 millions de dollars US en 2006 (Boniface, 2006). Les marques japonaises sont internationalement reconnues comme Toyota, Nissan, Sony, Fugifilm ou Panasonic. Tout comme la technologie nippone à l'instar de l'oeuvre de la firme Honda,  Asimo,12(*) le robot humanoïde qui peut parler et marcher. Les grandes banques du Japon sont, soit des émanations des puissants conglomérats bâtis sur la production industrielle (Fuji, Sumitomo, Mitsui ou Mitsubishi Bank) soit de grands groupes bancaires et commerciaux comme la Dai-Ichi Kangyo (la première banque du Japon) ou la Sanwa Bank. La bourse de Tokyo porte le nom du « quartier des guerriers » où elle est installée. L'indice Nikhei est l'équivalent du Dow Jones à Wall Street, du Footsie au Stock Exchange et de l'indice CAC à Paris. L'épargne des particuliers et celle des entreprises constituent de véritables «amazones financières », note Bernard Hamp (cité par Yoshikawa, 1998).

L'agriculture occupe une place de choix dans cette économie avec le développement du riz dont la grande partie est consommée par les Japonais. Sa faible portion de terres cultivables fait de lui, un pays de faible taux d'autosuffisance alimentaire. En revanche, l'archipel dispose avec ses 27 000 km de côtes, d'abondantes ressources maritimes avec une industrie piscicole très dynamique, occupant ainsi le premier rang mondial pour la pêche. Son système de transport est très développé avec un réseau routier et ferroviaire qui couvre pratiquement tout le pays et des services aériens et maritimes importants. « L'archipel nippon ne forme désormais plus qu'une seule île», souligne Philippe Pons (Le Monde, 15 Mars 1988).

Sur le plan social, malgré son ouverture au monde, le Japon est resté traditionnel (Okakura, 2006). C'est ainsi que parmi les sports les plus pratiqués figurent les arts martiaux. Qui ne connaît le  Summo (qui à l'origine était un rituel à caractère religieux et agricole), le  Kendo  (art du sabre), l'Aikido et le Karaté, sports de défense ou encore le Judo, dérivé du  Ju-jitsu  qualifié d' « art de souplesse », auxquels il faut ajouter le populaire tir à l'arc japonais, le  Kyudo ? Le côté culturel nippon se retrouve aussi dans leur habitat qui bien qu'il soit moderne, dispose toujours d'une pièce traditionnelle dont le sol est recouvert d'un tapis de paille appelé  Tatami.

Dans le domaine vestimentaire, l'habit traditionnel c'est le  Kimono, généralement en soie. Le système de l'enseignement public au Japon est quant à lui formé sur cinq types successifs d'établissements13(*). Pour Claude Chancel (1990 : 24), «  l'espoir de tous les débutants, c'est d'accéder un jour à Todai, l'université impériale de Tokyo ou aux quelques autres universités impériales ou privées de grand renom. Dès leur jeune âge, les Japonais commencent leur apprentissage dans la finalité de présenter ce concours ». Pour ce faire, il y a les  Juku, ces cours parallèles très prisés qui pullulent au Japon.

Le Japonais travaille dur pour payer son logement, pour financer les études de ses enfants, pour assurer la sécurité de ses vieux jours. Cela explique ses 2500 heures de travail par an. « C'est l'appartenance à l'entreprise qui donne son identité au travailleur japonais » ont remarqué Michel Albert et Jean Boissonnat (cités par Chancel, 1990 : 35). Avant de dépenser, les habitants de l'Empire du Soleil-Levant épargnent. Il s'agit d'une politique nationale inculquée très tôt aux enfants. Les Japonais apprécient les activités ludiques. Ils jouent presque chaque jour au Pachinko (jeu de billes d'acier) et s'intéressent aux Mangas14(*). Que pourrait-on relever de leur façon de penser ?

Généralement traduite par le mot « harmonie », la notion de Wa est liée aux idéaux d'homogénéité, de bienveillance, et constitue l'une des composantes fondamentales de la symbolique dans laquelle baigne l'existence des Japonais (Sabouret, 2005 ; Kitayama, 1988). Par les chemins qui mènent à la contemplation, à la méditation, à la délivrance, la plupart des religions pratiquées au Japon comme le shintoïsme, le bouddhisme ou le confucianisme, invitent au respect de la tradition, évoquant la pratique du Zen (Lavelle, 1997). Selon Dennis Gira (Cité par Eismein, 1988 : 114), les considérations sur l'origine de ces différentes traditions religieuses s'accordent assez bien avec les propos souvent avancés sur l'affirmation de la particularité du peuple japonais encore appelée le   Nihonjinron,15(*) véritable théorisation de la japonité.

Les enseignants, la presse et la télévision rappellent continuellement aux Japonais la nature unique de leur culture, la spécialité de leurs croyances, de leurs traditions et de leurs façons d'envisager la vie. Confirmées par de nombreuses références obliques dans des publications gouvernementales, ces idées font encore l'objet d'un matraquage systématique par le biais d'une littérature expressément vouée à cette théorie. On y trouve non seulement réitérée l'idée que les Japonais sont incomparablement différents mais fréquemment aussi, l'affirmation que le mode de vie japonais est préférable à tout autre au monde parce que supérieur. S'il se quintessencie parfois en d'improbables hypothèses,  le   Nihonjinron n'en exprime pas moins des croyances populaires, très répandues. Pour Karel Van Wolferen (1997 : 291), « on peut considérer les écrits du Nihonjinron comme autant d'essais défendant l'idéologie de la japonité contre l'avancée des idées occidentales sur les valeurs individuelles, contre le modèle politique occidental, et contre la menace que la logique occidentale fait peser sur la culture politique japonaise ».

Le raffermissement de l'activité économique laisse espérer que l'archipel émerge d'une décennie de stagnation. Selon le rapport publié en Avril 2006 par le FMI, la croissance nippone se situe aux tous premiers rangs des pays occidentaux (2.8% prévu pour 2007). Un résultat lié à la demande extérieure vigoureuse des pays comme la Chine et aux progrès accomplis dans la restructuration des entreprises et dans la réforme économique. On peut ici parler de « rerégularisation », une expression du chercheur en science politique Steven K. Vogel (2006), car l'Etat japonais continue à intervenir pour stabiliser les nouvelles configurations du marché. Toutefois, l'Empire du Soleil- Levant affronte encore pour devenir un « pays magnifique »16(*), plusieurs sérieux obstacles à une croissance durable, notamment une déflation tenace et une contraction continue des prêts bancaires et prix fonciers. Parallèlement, « la situation financière des administrations publiques continue de se dégrader, menaçant la viabilité budgétaire au moment même où le vieillissement démographique exerce des pressions croissantes sur la dépense publique » (OCDE, 2005 : 1).

* 8 Selon Karel Van Wolferen (1997 : 40), « le PLD ne possède ni organisation à la base, ni mécanismes fixes pour régler les questions de succession à sa tête et il ne représente aucun principe politique clairement reconnaissable. Il peut compter moins de 1,5 millions d'adhérents une année, plus de 3 millions l'année suivante et à nouveau moins de 1,5 millions l'année d'après. Au sens occidental du terme, ce n'est donc pas véritablement un parti »

* 9 Grâce à sa victoire aux élections sénatoriales du 29 juillet 2007, le PD conduit depuis 2006 par Ichiro Ozawa qui a bâti sa stratégie de campagne sur le thème « la vie de citoyens est la priorité », est la première formation politique d'opposition (voir Courrier International n° 877, 23 août 2007).

* 10 Lire Philippe Pons, « Shinzo Abe, prince de la droite », Le Monde, 21 septembre 2006.

* 11 Le tout Premier ministre japonais de la défense depuis 1945, Fumio Kyuma a présenté sa démission le 03 juillet 2007 après avoir déclaré que les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre Mondiale étaient inévitables. Ces propos avaient suscité de vives critiques de rescapés et certains parlementaires de l'opposition avaient appelé à sa démission. En présentant ses excuses, le ministre avait expliqué que ses déclarations avaient été mal interprétées et qu'il voulait dire que les bombardements étaient inévitables du point de vue américain.

* 12 Asimo peut reconnaître jusqu'à une dizaine de personnes, grâce à une carte à puce sans contact spécial portée par les humains. L'oeuvre de la firme Honda peut ainsi saluer à la japonaise, ou réceptionner des objets de la part d'une personne avec un bon rythme. Grâce à son capteur d'images et les capteurs dynamiques intégrés sur ses poignets,  Asimo est capable de porter un plateau de tasses de café. Ces capteurs dynamiques permettent également au robot de pousser un chariot d'un poids maximal de 10 kg. Voir aussi site Internet w.w.w.atelier.fr

* 13 L'école primaire  Shogakko, six ans de 7 à13 ans ; collège  Chugakko, deux ans de 13 à 15 ans qui marque la fin de l'enseignement obligatoire ; le lycée  Kotogakko deux ans de 15 à 17 ans ; l'enseignement supérieur  Daigaku, deux ans.

* 14 Plus qu'une BD, le Manga prend le pouls de la société japonaise et influence désormais l'évolution des mentalités. Cf. National Geographic France, « Japon sous l'influence des Mangas », Sept.-2007.

* 15 L'ouvrage de Peter Dale, The myth of Japanese uniqueness, fournit une étude détaillée et soigneusement pesée de ce phénomène. Dale fait aussi une excellente analyse des conséquences psychologiques de la rhétorique du Nihonjinron. Voir aussi Bernant Chung, « le Nihonjinron et l'internationalisation du Japon », Traverses, N°38.1986. Iwamachi Shinzuma, ancien Président du  Zenchu, une association des coopératives agricoles, s'exprimant devant un public de correspondants étrangers affirma que   «l'intestin des Japonais a un mètre de plus que celui des étrangers » et qu'en conséquence, nous devions bien comprendre que le boeuf américain ne convenait pas au système digestif des Japonais. La grande « preuve scientifique » de la nature unique des Japonais aurait, théoriquement, enfin été trouvée lorsque le docteur Tsunoda Tadanobu découvrit, au terme de ses célèbres travaux, que le cerveau japonais était différent du cerveau occidental, et même de presque tous les cerveaux du monde.

* 16 L'expression est de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe. Voir son discours de politique générale du 29 septembre 2006 sur <www.fr.emb-japan.go.jp/discours/07_00639_abe.html>

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