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Déterminants socio-culturels de la persistence de l'excision à  Pira (Bénin)

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par Fabien Affo
Université de Lomé (Togo) - DES 2007
  

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II- Niveau d'information des enquêtés (es)

Tous les interviewés ont reconnu dans leur grande majorité avoir déjà entendu parler de l'excision et des ces conséquences. Les entretiens individuels ont permis d'enquêter huit exciseuses, dix filles excisées, cinq époux de femmes excisées et sept époux dont les femmes n'ont pas été excisées.

Les filles excisées l'ont été sur décision de leurs parents.

Aucun des jeunes époux n'a eu sa conjointe excisée, cependant, un de ces époux projette de faire exciser son épouse pour obéir aux exigences du beau-père.

Les enquêtés reconnaissent les risques de la pratique. Aussi, les enquêtés pensent-ils que cette pratique disparaîtra un jour. Cette phrase est pleine de sens ; cela suppose que la pratique est toujours vivace.

Par contre, une exciseuse estime que la pratique ne va jamais disparaître, elle affirme « je ne peux même pas songer à l'abolition de l'excision, c'est une pratique qui est encrée dans les moeurs donc impossible de l'interdire ».

Figure 2 : Répartition des enquêtés selon le sexe et le niveau d'instruction

Source : Résultat d'enquête

Le niveau d'information sur la pratique de l'excision à Bantè varie aussi par rapport au niveau d'instruction des femmes. C'est ainsi qu'on remarque que le niveau de connaissance de cette pratique augmente avec le niveau d'instruction. Il passe de 53,6% pour les femmes n'ayant aucun niveau d'instruction et 59,4% pour les femmes du primaire contre 68,4% pour les femmes ayant atteint le niveau supérieur. Ce résultat laisse présager que les campagnes d'information et de sensibilisation sur les MGF notamment à travers les médias et autres supports sont, de façon plausible, plus reçues par les femmes lettrées que par les femmes illettrées.

La religion est l'une des variables culturelles capitales dans l'analyse des comportements des hommes en matière de fécondité et de mortalité. Elle a été considérée jusqu'à présent par nombres d'observateurs et d'analystes comme l'un des principaux déterminants de la pratique de l'excision dans le monde. Or, dans le cadre d'une étude réalisée dans les localités de Karimama et de Kandi, cette variable n'a pas donné d'effet significatif sur le niveau d'information ni sur la pratique de l'excision (DJAGBA, 2000). Toutefois, il faut remarquer que cette étude est limitée à deux localités. Donc, il serait intéressant ici, après l'analyse descriptive, de concevoir un modèle d'analyse des facteurs explicatifs de la pratique de l'excision qui fasse ressortir les différentes variables qui influencent la pratique de l'excision à Bantè.

On peut établir un ordre de classement des religions selon le niveau d'information sur l'excision comme suit: traditionnelle (72,4%), aucune religion (68%), catholique (56,5%), autres religions protestantes (56%), islam (45,3%), protestante méthodiste (45%), autres religions (40%), christianisme céleste (37%) et autres religions chrétiennes (32,6%).

En répondant aux questions concernant l'instrument utilisé pour exécuter l'opération la plupart des gens interrogés ont répondu : `'...un seul et unique instrument est utilisé même en cas d'interventions successives lors d'une même cérémonie.'' Et ce couteau sert pendant plusieurs années durant.

Cet instrument est un patrimoine qui se transmet de génération en génération et il n'existe aucune mesure de stérilisation, reconnue médicalement comme telle, qui intervienne en préalable à toute intervention. Seules des méthodes traditionnelles de stérilisation sont appliquées. Par exemple le couteau est trempé dans un bouillon de feuilles et de racines. En guise de mesure d'hygiène on prononce des paroles incantatoires puis, on plonge les instruments dans une eau saupoudrée d'une potion magique. Ils sont ensuite exposés à une fumée, tout aussi `'magique''.

Parfois toutes fillettes de 5 à 10 ans d'un même village sont excisées le même jour avec le même matériel et souvent `'sans aucune précaution d'hygiène.''

Chez les femmes ayant d'enfants, lors de l'opération, un petit enfant est posé sur sa poitrine. L'opération se fait de deux manières : l'ablation du capuchon du clitoris et des petites lèvres ou l'ablation de tout le clitoris et des petites lèvres. L'excision est reconnue comme un acte de courage.

Le pansement de la plaie se fait souvent à l'aide d'eau chaude infusée et de savon traditionnel. Une vielle décrit les soins apportés : `'la fille, après l'opération, doit porter une couche imbibée de beurre de karité. Le lendemain, à domicile, deux décoctions de feuilles servent à laver la plaie ; on peut aussi utiliser la décoction d'écorce de néré. Ainsi, chaque matin et soir la même séance est reprise jusqu'à cicatrisation complète de la plaie. Une alimentation spéciale faite de sauce à base de feuilles séchées de gombo, de haricot et de viande à laquelle on ajoute de l'eau potassée, contribue, selon les idées avancées, à accélérer la cicatrisation de la plaie. Cette sauce, aussi consommée par les nourrices, aurait des vertus cicatrisantes et accélérerait le rétablissement physique de l'excisée.

Dans 40% des cas, les parents géniteurs ont pris la décision de faire exciser leurs filles. La question que l'on puisse se poser est de savoir dans quelle intention les parents désirent-ils de faire exciser leurs filles ? N'est-ce pas à cause des avantages liés à la pratique ?

A la question `'Avez-vous l'intention de faire exciser vos filles ?'' un homme répond : `'mon épouse peut me contredire en voyant exciser la fille à mon insu.''

Certains hommes sont contre l'excision et que ce sont leurs épouses qui y tiennent absolument.

Ce qui paraît paradoxal est que, certaines victimes en sont aussi les plus farouches défenseuses.

A la question : `'Les hommes préfèrent-ils les femmes excisées ou non excisées ?''

- 5 femmes ont répondu qu'elles ne savent pas,

- 3 femmes ont répondu que les hommes aiment les femmes non excisées,

- 19 femmes ont répondu que les hommes préfèrent les femmes excisées.

Sur 16 jeunes hommes qui ont répondu à la question `'allez vous faire exciser vos filles ?'', les réponses varient de la façon suivante :

De nos jours, la tendance est d'exciser les femmes à l'âge adulte, parfois même après plusieurs accouchements. Le choix de l'âge dépend de la volonté soit de l'excisée soit de ses parents. Autrefois les filles étaient excisées entre 15 et 20 ans, avant le mariage. De nos jours l'excision a lieu après un ou deux accouchements pour éviter, paraît-il, la stérilité. Cette réflexion nous prouve que les opérations génitales sont susceptibles de provoquer la stérilité. La croyance populaire est parfois basée sur une vérité constatée par les grands-parents mais que ceux-ci n'expliquent pas.

Le prix à payer pour chaque cas est une somme de 2000 FCFA, en plus des présents tels que lait, fromage, poules et oeufs. Ainsi, les femmes qui s'adonnent à cette profession ont tout intérêt à ce que cette tradition se perpétue surtout quand elles savent que le nombre de leurs patientes s'évalue annuellement par dizaines. En dehors des tarifs et des revenus courants liés à l'opération proprement dite, les exciseuses usent de multiples astuces pour gagner encore plus d'argent. Il suffit pour cela que la fille, sous l'effet de la panique ne retienne pas l'urine ou les matières fécales pour que le tour soit joué : l'exciseuse crie au scandale, son couteau a été endommagé par la fillette et, il faut un dédommagement si on ne veut pas courir le risque d'exposer la propre famille de la victime et l'exciseuse à une grande malédiction. Pour réparer la faute, les parents paient généralement un boeuf, un mouton, une poule, des colas ou autres choses citées par la chirurgienne devenue sorcière pour la circonstance. Il arrive aussi, que l'exciseuse use d'un autre stratagème pour gagner plus d'argent. Dès qu'elle ouvre les grandes lèvres du sexe de la fillette, elle pousse un cri de stupeur qui alerte tout le monde. La raison ? La patiente n'a pas un sexe normal, elle a un sexe `'blanc'' réputé mortel pour tout homme qui s'en approche. Or laissé tel, est très dangereux, voire mortel pour tout homme qui oserait le toucher. Il faut donc refaire les choses pendant qu'il est encore temps. Les parents paient alors plusieurs têtes de bétails à l'exciseuse, car elle seule sait ce qu'il faut pour changer la couleur du sexe de la fille.

Comme cela a été rappelé dans la partie méthodologique, il était d'abord question de se rendre compte du niveau d'information des femmes sur la pratique de l'excision à Bantè avant de leur demander si elles ont été excisées ou pas et leurs avis sur d'autres aspects. La question il propos de l'information sur l'excision est une question dichotomique. A cet effet, on se rend compte que 55,5% des femmes ont répondu "avoir entendu parler de la pratique". Il serait alors intéressant de savoir les disparités en matière d'information selon la zone d'enquête, le milieu de résidence et par rapport aux caractéristiques socio-démographiques des femmes enquêtées.

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