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Déterminants socio-culturels de la persistence de l'excision à  Pira (Bénin)

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par Fabien Affo
Université de Lomé (Togo) - DES 2007
  

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3- Conditions de la mutilation génitale féminine sur les femmes à Bantè

Dans le monde, chaque année, au moins deux millions de fillettes et de jeunes filles sont menacées de mutilation génitale, soit environ 6000 par jour (Nahid Toubia, 1995). Ces filles éprouvent des douleurs, des traumatismes et souvent de sérieuses complications physiques comme des saignements, des infections qui peuvent\entraîner la mort. A Bantè, la prévalence des MGF est estimé a 12,2%. Le présent chapitre permettra d'étudier les conditions dans lesquelles les femmes subissent la MGF et de dégager les conséquences sanitaires qui en découlent. Dans cette section, il sera abordé les questions sur les conditions sanitaires des MGF ainsi leurs conséquences sanitaires.

A Bantè, les mutilations génitales féminines se pratiquent en majorité sur les petites filles. En effet, la réponse à la question sur le moment de l'excision montre que 78,7% des femmes ont été excisées lorsqu'elles étaient petites filles et 10,9% des femmes lorsqu'elles étaient jeunes filles. Seulement 10,4% ont subi la pratique de MGF étant grandes filles. Ce constat est confirmé par le fait que l'âge médian à l'excision est de 7 ans.

En effet, cette excision est pratiquée à Bantè sur les femmes d'âge moyen compris entre 8 et 9 ans. L'âge médian à l'excision est atteint à 7 ans ce qui coïncide avec l'âge modal. Ce qui suppose qu'a l'âge de 7 ans la moitié des femmes enquêtées a déjà été excisée. Le niveau de maturité des femmes excisées sera examiné selon la zone d'enquête et selon le département.

Les petites filles subissent en majorité la mutilation génitale féminine (MGF) dans l'arrondissement d'Atokolibé (88,0%) et de Koko (56,8%). Par contre, les grandes filles sont en grande partie excisées dans l'arrondissement de Pira (53,8%). On peut conclure que le niveau de maturité des filles excisées varie d'une zone à une autre: à Atokolibé la MGF est surtout pratiquée dans la petite enfance, période de haute sensation et une période d'inconscience où les filles ne peuvent pas se souvenir des maux dont elles avaient souffert; celles de Pira qui ont été excisées à un niveau de maturité avancé prouvent mieux relater les douleurs qu'elles avaient ressenti.

Il existe trois formes de mutilation génitale féminine: la clitoridectomie, l'excision et l'infibulation. La clitoridectomie est la forme la plus pratiquée au Bénin (75,8%) contre 22,6% d'excision et 1,6% d'infibulation. Une enquête menée par "Population Council" dans les formations sanitaires au Burkina-Faso et au Mali a révélé que la c1itoridectomie est la plus répandue au Mali (74%) et l'excision est la forme plus pratiquée au Burkina.

Les pratiques de MGF sont tributaires de réalités socioculturelles au nombre desquelles on peut citer la religion, ethnie etc. Pour ce qui concerne la religion, on constate que la pratique des MGF se fait comme suit: religion traditionnelle (55,7%), Catholique (13,0%), islam (8,3%) et sans religion (19,5%). La proportion élevée des femmes excisées des religions traditionnelles pourrait être attribuée au fait que les communautés nago sont fortement des religions traditionnelles. Sur 100 femmes excisées fidèles de la religion traditionnelle 93 ont subi la clitoridectomie. Les femmes catholiques, musulmanes et sans religion excisées ont subi la c1itoridectomie dans les proportions suivantes: 81,6%, 75,6 % et 74 ,0%.

La quasi-totalité des filles ont été excisées par les femmes (97,6%). Les interventions des hommes dans la pratique de la MGF ne représentent que 2,4%. Ce faible effectif d'hommes ayant réalisé l'opération d'excision se rencontre dans l'arrondissement de Koko. Cette situation est le reflet de la réalité sociologique de Bantè qui consiste à ce que les hommes s'occupent de la circoncision des garçons et les femmes s'occupent de l'excision. Il faut signaler que les femmes exciseuses n'ont aucune qualification chirurgicale. Elles utilisent des matériels non stérilisés à plusieurs cas d'excision. Ceci peut être à la base de plusieurs problèmes sanitaires notamment la transmission du VIH.

Les attitudes des femmes face à la mutilation génitale féminine sont multiformes du fait qu'on se place dans le contexte socioculturel et du fait que les femmes sont imprégnées des conséquences sanitaires et psychologiques de la MGF. Ce sont les conséquences sanitaires qui guident plus les attitudes des femmes. C'est pourquoi, Asma El Dareer déclare dans la note introductive de son livre «Woman, why do you weep? » ce qui suit: «j'ai été circoncise en 1960 à l'âge de 11 ans. Je me souviens de toutes les phases de l'intervention et la pire est survenue quand la blessure s'est infectée. Quand j'ai 18 ans, ce fut le tour de ma petite soeur; j'étais absolument contre sa circoncision. Mon père insistait pour la méthode sunnite (clitoridectomie) alors que ma mère souhaitait la méthode pharaonique (infibulation). Ma soeur a fini par subir une intervention intermédiaire, en fait, semblable à la pharaonique. Ses souffrances m'ont fait, encore plus que mon propre cas, haïr la circoncision ». Les attitudes des femmes Bantè face la MGF seront observées à travers les raisons d'acceptation de la pratique de la MGF, l'appréciation sur l'excision et les avis et moyens préconisés pour la suppression de l'excision à Bantè.

La pratique de la mutilation génitale féminine a été appréciée par les femmes comme suit :

- près de 71 % des femmes enquêtées considèrent la MGF comme une mauvaise chose;

- seulement 10,2% de ces femmes ont déclaré que la MGF est une bonne chose.

La mauvaise appréciation donnée par les femmes pourrait être attribuée au niveau élevé d'information des femmes sur les effets néfastes de la pratique d'excision sur la vie sexuel1e de la femme au cours des campagnes de sensibilisation relatives à l'éradication de la pratique de MGF par les ONG.

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