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Déterminants socio-culturels de la persistence de l'excision à  Pira (Bénin)

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par Fabien Affo
Université de Lomé (Togo) - DES 2007
  

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Chapitre 3 : Approche méthodologique

La recherche sociologique nécessite une certaine rigueur dans la manière de l'envisager. C'est pourquoi une certaine démarche méthodologique s'impose pour arriver à mieux saisir la complexité de la réalité sociale. « Le propre de la méthode est d'aider à comprendre au sens le plus large, non les résultats de la recherche scientifique, mais le processus de la recherche lui-même. » (Kaplan cité par Grawitz, 2001). La méthodologie permet donc de clarifier comment sera mener l'étude. Dans le cadre d'espèce, elle présentera le cadre théorique, conceptuel et les techniques de collectes et d'analyses des données.

I- Cadre théorique

Le cadre théorique suppose le choix d'une théorie sociologique en rapport avec l'objet d'étude. L'étude des faits sociaux demeure la spécificité de la sociologie. Si cette dernière s'intéresse à l'étude des MGF, c'est bien parce qu'elles apparaissent comme une pratique sociale érigée en norme et reliée aux autres instances de l'environnement sociétal qui l'influe considérablement.

L'individualisme méthodologique de Raymond Boudon permettra de mieux comprendre la persistance des MGF dans la commune de Bantè.

Cette théorie dont R. Boudon est l'initiateur se fonde sur la compréhension des actions individuelles. « Le principe de l'individualisme méthodologique énonce que pour expliquer un phénomène social quelconque - que celui-ci relève de la science politique, de la sociologie et de toute autre science sociale particulière - il est indispensable de reconstruire les motivations des individus concernés par le phénomène en question et d'appréhender ce phénomène comme le résultat de l'agrégation des comportements individuels dictés par ces motivations » (Renouard, Montoussé, 1997).

Dans l'explication de la persistance des MGF à Bantè, il faut donc prendre en compte non seulement les motivations et ou raisons de chaque famille mais aussi le contexte social dans lequel s'est produit le phénomène. Boudon parlera lui en terme de `'rationalité des individus'' et de leurs familles, laquelle va peser sur les choix opérés.

Le cadre théorique étant ainsi placé, nous allons donner des contours précis à nos concepts pour éviter la polysémie de sens qui pourrait être attribuée à chaque mot.

II- Approche conceptuelle

Pour faciliter la compréhension du présent document, cinq concepts sont précisés. Il s'agit des facteurs culturels, des caractéristiques identitaires, des mutilations génitales féminines et des droits de l'homme.

Nous avons avancé l'hypothèse que la récurrence des MJF serait en partie imputable à l'existence d'une panoplie de facteurs culturels.

Afin de mieux appréhender le concept de culture, nous nous sommes référé à l'approche de Taylor. Bien que datant de 1871, elle demeure d'actualité même si on lui a reproché d'être un peu trop descriptive. Depuis Taylor, bien d'autres définitions de la culture se sont ajoutées ; Kroeber et Kluckhohn les ont colligées, classées et commentées.

Nous inspirant de la définition de Taylor et de plusieurs autres, nous pourrions définir la culture comme « ce tout complexe comprenant le savoir, les croyances, l'art, la morale, le droit, les us et coutumes et l'ensemble des aptitudes et habitudes que l'homme a acquis en tant que membre d'une société », (Primitive culture, 1871 :1)

L'explication de cette définition va nous permettre de mettre en lumière les caractéristiques principales qu'anthropologues et sociologues s'entendent pour reconnaître à la culture.

On notera d'abord que nous avons repris la formule de Durkheim et que nous parlons de « manières de penser, de sentir et d'agir ».

En second lieu, ces manières de penser, de sentir et d'agir peuvent être « plus ou moins formalisées »

Quoique complexe et multidimensionnelle, les facteurs culturels peuvent être envisagés selon deux perspectives :

- d'une part comme un héritage, un patrimoine qui se transmet de génération en génération ;

- d'autre part comme toute construction sociale dépendante de la hiérarchie sociale, qui se renouvelle au contact des autres cultures, et qui permet de garder les frontières d'une collectivité particulière mieux son identité.

L'identité d'un individu ou d'un groupe est constituée par l'ensemble des caractéristiques et des représentations qui font que cet individu ou ce groupe se perçoit en tant qu'entité spécifique et qu'il est perçu comme tel par les autres. L'identité est donc à la fois  une identité « pour soi » et une identité « pour autrui ».

Selon Claude Dubar, deux formes identitaires sont à distinguer :

- la forme communautaire dans laquelle l'individu est défini par son appartenance à une communauté (caste, tribu, religion, ethnie, nation, culture) et par une place au sein de cette communauté. L'identité est alors perçue dans une perspective essentialiste.

- et la forme sociétaire où l'accent est mis sur l'identité personnelle des individus qui de façon simultanée appartiennent à différents groupes qui leur fournissent des ressources d'identification ( on peut être à la fois étudiant, garçons, fils de médecin).

François de Singly parle dans la même perspective d'une « fluidité des identités » ; les mutilations génitales féminines dont l'excision, la forme la plus pratiquée au Bénin en fait partie.

Il est important de signaler que bien que le terme "excision" soit utilisé de façon courante pour désigner de nos jours toutes les formes de mutilations génitales féminines, il en existe plusieurs formes. Selon Nahid Toubia (1995), la mutilation génitale féminine ou circoncision féminine, est le nom collectif que l'on donne aux différentes pratiques traditionnelles qui ont pour conséquence l'ablation des organes génitaux féminins. Elle a poursuivi en précisant les trois formes de mutilation que sont la clitoridectomie, l'excision et l'infibulation.

L'excision quant elle est l'ablation du clitoris et des petites lèvres. Elle est pratiquée par quelques populations dans la Donga et dans l'Alibori.

L'infibulation consiste en l'ablation tant du clitoris, des petites lèvres mais aussi la partie intérieure des grandes lèvres est raclée et il s'en suit une suture des deux grandes lèvres. Un bâton est placé au niveau de l'orifice vaginal en vue d'empêcher que cela ne ferme après cicatrisation et permettre à la fille d'évacuer les urines. Cette forme d'excision est surtout pratiquée en Afrique orientale notamment en Somali, en Ethiopie, au Soudan, en Djibouti, etc.

La clitoridectomie se définit comme l'ablation" simple" du clitoris qui est un organe très sensible au point de vue physiologique au niveau de l'appareil génital féminin. Il a été montre que cette forme serait la plus pratiquée à Bantè. Pour la simplicité du discours, nous utiliserons dans le cadre de la présente étude le concept d'excision toutefois où il s'agira du type de MGF pratiqué dans la commune de Bantè.

Comme cela a été souligné précédemment l'excision est de nos jours le nom donné à toutes ces formes de pratiques mais elle est à distinguer de l'étirement du clitoris qui est une élongation du clitoris qui est aussi une forme de violence sexuelle sur la femme. Mais, il est admis à travers la littérature que le terme mutilation est surtout réservé aux formes de violence exercées sur les femmes qui entraînent des saignements. Elle a typiquement pour but de contenir l'activité sexuelle de la femme. Cela est une atteinte aux droits de l'homme.

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