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Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires: une analyse du déploiement américain dans le golfe de Guinée

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par Gen-serbé SINIKI
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques Publiques 2010
  

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Abstract

The oil in the Gulf of Guinea is having an increasing importance in the global energy geopolitics. It attracts the interest of great powers for many reasons including the U.S.A whose presence in this sub-region in Africa in very remarkable. If this oil has a macroeconomic impact on producing States and participates in energy security of the United States, it create the emergence of economic/migratory flows qui give rise to the decomposition of the security of the area thereby making it a crisis and conflict zone. This issue of oil, considered as a factor of security disorder, discredits the sociopolitical institutions in the Gulf of Guinea whose social features have already faded greatly. In the same way, this security disorder in the Gulf of directly Guinea threatens the national security of the United States and one of these aspects is in energy security.

This situation leads to the reconsideration of security frameworks on the part of each State. Security measures become a means to make credible this sociopolitical environment. Such an undertaking of mobilizing the States in the Gulf of Guinea individually and collectively presents itself as a way to restore the legitimacy of institutions, to ameliorate the management of oil resources, to contribute to multidimensional construction of peace inside the States as well as among the States in the Gulf of Guinea. According to the United States, it is first of all a means to secure the ways of energy supply, to be military well positioned in this region, a reality which corresponds with their global objectives on national security «after September 11». Generally, it is a question of power projection. As such, this orientation goes in hand with the American hegemonic tendency. Also, the wish to be present in the Gulf of Guinea leads Washington to deploy other features of its national security, which all help to maintain its power.

Key words: energy stakes, security logics, Gulf of Guinea, United States of America, National interest, governance, conflict, power, oil revenues, oil geopolitics

INTRODUCTION GENERALE

Le pétrole est donc une ressource indispensable pour chacun des pays qui ne peuvent s'en passer mais aussi un enjeu vital âprement disputé entre des pays aux économies faibles et où s'immiscent volontiers des Etats tiers.'

D

epuis la révolution industrielle et, plus particulièrement, avec la fin de la première guerre mondiale, l'énergie constitue un enjeu important qui cristallise les relations entre Etats au niveau international. De ce fait,

l'approvisionnement énergétique des sociétés contemporaines donne lieu à des flux marchands qui représentent environ un cinquième (1/5ème) du commerce mondial de marchandises. Au sein des ces relations énergétiques internationales, le pétrole occupe une place centrale : il couvre environ 40 % de l'offre mondiale d'énergie2.

L'histoire de l'énergie a connu un tournant particulier autour des années 70, avec la crise du pétrole. De ce fait, le pétrole est apparu comme une donnée stratégique dans les relations entre Etats et un enjeu de sécurité nationale et internationale. Dans ses analyses sur la dualité « pétrole et sécurité », Pierre Noël indique que durant cette période, pour la première fois dans l'histoire, en dehors de quelques épisodes localisés, l'enjeu énergétique segmentait l'espace politique international entre « amis et ennemis » - reprenant le critère d'identification du politique chez Carl Schmitt3.

Dix ans plus tard, c'est-à-dire dans les années 1980, on est passé à une période de profonde restructuration de la scène énergétique ; et, pour cause, le fonctionnement des marchés est devenu plus flexible, le nombre des pays producteurs de pétrole a augmenté, les compagnies multinationales sont redevenues des acteurs-clés du système pétrolier mondial, la concurrence s'est renforcée considérablement. Les années 90 verront l'émergence de nouveaux grands consommateurs de pétrole à savoir les « dragons » de l'Asie du Sud Est, les pays de l'Amérique latine et bien sür les anciens pays du bloc soviétique. Il faut aussi noter que cette période marque la diversification de producteurs. Dans le même temps, c'est le pétrole de la Caspienne qui vient renforcer la concurrence entre offrants au niveau mondial :

1 Roland POURTIER, « Les hydrocarbures du Golfe de Guinée », disponible sur http://fig-stdie.education.fr/index.htm, 13 avril 2010, 22h30.

2 Chiffres tirés de « géopolitique du pétrole », disponible sur www.atlas-monde.net/geopolotique_du_petrole, consulté le 13 avril 2009, 11h30.

3 Pierre NOËL, « Pétrole et sécurité internationale : des nouveaux enjeux », septembre 1998, disponible sur http://upmf-grenoble.fr/iepe/textes/Noel98.PDF, consulté le 20 décembre 2008, 17h 35.

la production aurait atteint 2 millions de baril par jour (Mb/j) en l'an 2000 et est estimée à 6 Mb/j en 2015, d'après le Département de l'énergie américain4.

Cette concurrence entre producteurs se produit à un moment où le golfe de Guinée devient une région productrice non négligeable. Les multinationales présentes sont françaises (Total-Fina-Elf), anglo-néerlandaises (Shell), américaines (Chevron, Texaco, Exxon Mobil), chinoises (China National Petroleum Corporation, CNPC; China Petrochemical Corp, SINOPEC) ou encore brésiliennes (PETROBAS)5. L'impératif est alors la diversification des sources d'approvisionnement. Cette diversification suppose la « conquête » des nouvelles régions ; d'où l'attirance du golfe de Guinée. Or, la question sécuritaire est une préoccupation permanente pour les investisseurs et les partenaires commerciaux du continent africain. La sécurisation de l'approvisionnement passe donc par la sécurisation de la région et des installations des compagnies productrices.

1. Contexte de l'étude

Les coopérations en matière de sécurité et de défense entre les pays africains et les puissances occidentales (dans la plupart des cas, les anciens colonisateurs) semblent, aujourd'hui, plus que jamais, considérées comme ayant de relents de colonialisme et sont taxés souvent de moyens de soutien à certains régimes autoritaires du continent. C'est ainsi qu'au moment où le golfe de Guinée devient une zone importante dans la configuration géopolitique actuelle du monde, des nouvelles puissances d'Asie et d'Amérique semblent être plus intéressées. Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis se retrouvent en concurrence depuis une décennie avec la France et la Grande-Bretagne dans cette région du continent6. La présence de ces puissances et des Etats-Unis, particulièrement, après le 11septembre 2001, qui au-delà des matières premières, investissent militairement sur le continent, pose quelques interrogations7. Ceci d'autant plus que le golfe de Guinée est en proie à plusieurs types d'actes d'insécurité : prises d'otages, rébellions armées, trafics d'armes et de drogues, plongeant les Etats de la région entre des défis internes (de paix et de sécurité, de conflits armés au regard de

4 Côme Damien Georges AWOUMOU, << le golfe de Guinée face aux convoitises », communication lors du de la 11e assemblée générale du CODESRIA autour du thème << repenser le développement africain : au delà de l'impasse, les alternatives », Maputo, 06-10 décembre 2005.

5 Idem, p.4.

6 Stanley HOFFMAN, << la France dans le monde : 1979-2000 », in Politique étrangère, n°2, 2000.

7 Sur les convoitises des puissances étrangères dans le golfe de Guinée, lire Côme Damien Georges AWOUMOU, Idem, p.5.

l'économie politique, d'environnement) et externes (de sécurité transfrontalière, d'intégration).

Par ailleurs, étant donné que le golfe de Guinée est devenu un espace de rivalité, la question de sa gouvernance est d'autant plus importante que les flux transnationaux, qu'ils soient d'ordre démographique, économique ou même culturel, défient les tracés des frontières des Etats de cette région au quotidien et sont des facteurs permanents de conflits.

2. Délimitation de l'étude

Etudier les logiques sécuritaires dans leurs relations avec les enjeux énergétiques dans le golfe de Guinée suppose de prendre en compte un certain nombre d'acteurs et de situer le travail sur une certaine étendue territoriale. Il s'avère que, pour des raisons de faisabilité, il soit pertinent de délimiter le champ d'étude, spatialement, temporellement (a) et matériellement (b).

(a) Délimitation spatiale et temporelle

Il est question de travailler sur le golfe de Guinée en tant que région constituée d'un ensemble d'Etats, dont les caractéristiques qui intéressent la présente analyse sont, particulièrement, la production de l'énergie et les dynamiques de sécurité. Parce qu'il est difficile à définir géographiquement, le golfe de Guinée apparaît, globalement, comme un espace « aux frontières incertaines mais désireux d'exprimer une identité collective singulière à des fins de différenciation identitaire, de pesée politique, de rationalisation économique, voire de légitimation politique interne. C'est un espace flou qui, par tâtonnement, tente (...) de dégager un " nous ", construit autour de significations régionales communes » 8. C'est surtout un « espaceenjeu »9 qui laisse entrevoir « d'énormes discontinuités, sources de son caractère crisogène ou belligène »10.

Du point de vue de la géographie physique, un golfe est une pénétration étendue de la mer dans le continent. En ce sens, le golfe de Guinée est situé dans la zone désignée par l'expression « Atlantique Sud-est ». Il s'agit, principalement, de la bordure occidentale du

8 Zaki LAIDI, Géopolitique du sens, Paris, Desclee de Brouwer, 1998, p.9.

9 Wullson MVOMO ELA, « Pétrostratégie et appels d'empire dans le Golfe de Guinée », in Enjeux, n°22, 2005, p. 13.

10 Ghislain Claude ESSABE, « Enjeux géopolitiques et tensions dans le golfe de Guinée: approche communautaire de règlement par la diplomatie parlementaire », projet de Thèse, Université Omar Bongo de Libreville, Libreville, 2008.p.10

continent africain, du détroit de Gibraltar au cap de Bonne Espérance. Entre ces deux extrémités, se localise l'espace atlantique centre-oriental. Il comprend les secteurs des pays des rivières du Sud et le golfe de Guinée, dans son acception la plus large, c'est-à-dire du Cap des Palmes à l'Angola. Ainsi, le golfe de Guinée réalise une synthèse de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique Centrale. L'Organisation Hydrographique Internationale définit le golfe de Guinée par une ligne (un arc de grand cercle) courant du cap des Palmes au Libéria jusqu'au cap Lopez au Gabon11.

Selon l'encyclopédie en ligne wikipedia, sur un plan de la géographie humaine, le golfe de Guinée est une zone hétérogène apparaissant comme un pôle de convergence des Afriques anglo-saxonne et latine (hispanophone, francophone et lusophone), des civilisations bantou et sahélienne, des religions chrétienne, musulmane et animiste. D'un point de vue institutionnel ou politique, le Golfe de Guinée12 s'entend comme « cette aire maritime ouverte, directement contiguë au littoral atlantique africain, entre la frontière ivoiro-libérienne, au Nord, et la frontière entre la Namibie et l'Angola, au Sud, et qui est la voie d'accès a l'océan mondial pour tous les Etats, riverains ou sans accès maritime, de l'Afrique Centrale et de l'Afrique Occidentale »13. Il s'agit ici d'une bande marine large de 12 milles marins. Les zones de juridiction restreinte ont une dimension théorique de 188 milles nautiques, dont 12 milles de Zone Contiguë et 176 milles de Zone Economique Exclusive (ZEE) proprement dite. Toutefois, Seuls les Etats bénéficiant d'une ouverture directe sur le golfe peuvent prétendre à l'exercice de l'une ou l'autre des prérogatives susmentionnées, dans l'une des zones marines définies par le droit international de la mer14. Ces Etats sont, du Nord au Sud : la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, Sao Tome et Principe, le Gabon, le Congo, le Congo Démocratique et l'Angola. Parmi ces Etats, huit ont mis sur pied la Commission du Golfe de Guinée (CGG), créée au terme d'une réunion qui s'est tenue, à Libreville, les 18 et 19 novembre 1999. Il s'agit de l'Angola, du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, du Nigeria, de la RDC et de Sao Tomé et Principe15.

11 << Golfe de Guinée >>, disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Golfe_de_Guinée, consulté le 23 décembre 2008, 23h

12 Il faut noter que le groupe nominal << golfe de Guinée >> dans son acception relevant de la géographie physique s'écrit avec un « g >> minuscule et dans son acception politique ou institutionnelle s'écrit avec un « G >> majuscule. Dans ce travail, nous utiliserons la première écriture qui est aussi celle admise dans les travaux géopolitique et de science politique en général. Lire Albert Didier OGOULAT, << Afrique centrale et golfe de Guinée : géopolitique des termes de l'échange entre deux regionymes sous-continentaux >>, in Enjeux, n°26, p. 9

13 Idem, p. 10.

14 Ibidem.

15 Ibidem.

Dans ce travail, la délimitation du golfe de Guinée est la même que celle qui relève du golfe de Guinée dit institutionnel ou politique. Toutefois, elle prendra aussi en compte son hinterland (notamment le Tchad, la RCA et les Grands-lacs) qui, d'après Côme Damien Georges Awoumou16, est essentiel dans l'analyse géopolitique de la région.

La présente analyse se situe à partir du 11 septembre 2001 jusqu'en 2009. C'est à partir de cette date du 11 septembre 200117 qu'il y a eu une configuration nouvelle qui est apparue dans la politique étrangère des Etats-Unis et partant la prise en compte des régions du monde, apparaissant jusque-là très peu importantes stratégiquement. Aussi, depuis cette date, les cartes politiques du monde ont considérablement changé. L'Afrique, et particulièrement le golfe de Guinée, est devenue stratégique pour des puissances dont la présence était, jusqu'alors, relative, comme les Etats-Unis. Pour des raisons de faisabilité, cette étude se limite à la fin de l'année 2009, qui correspond au début effectif de nos explorations sur le présent thème.

(b) Délimitation matérielle

Ce travail est une approche de l'étude de la Gouvernance à travers le prisme dialectique énergie/sécurité. Parce que la Gouvernance, en tant que domaine de savoir requiert une transversalité disciplinaire, il convient, dès lors, de convoquer des sous disciplines de la Science politique, fondamentalement les relations internationales. Celles-ci ont pour vocation d'étudier les acteurs et les facteurs d'interaction sur la scene internationale. Pour cette raison, en considération de l'espace géographique examiné dans le cadre de la présente étude, elles permettront de saisir les agissements au niveau aussi bien des Etats que des autres acteurs en présence dans le golfe de Guinée. Aussi, mener des recherches sur la relation pétrole/sécurité comme << objet politique » suppose la prise en compte des non-dits, des machinations, des stratégies et des alliances. De ce fait, comme l'analyse géopolitique permet de comprendre les « interactions entre le politique et le territoire, les rivalités ou les tensions qui trouvent leur origine ou leur développement sur le territoire»18 , y avoir recours sied au décryptage des enjeux énergétiques et des logiques sécuritaires dans les relations entre les Etats-Unis et les Etats dans golfe de Guinée.

16 Côme Damien Georges AWOUMOU, op cit. p.5.

17 Correspondant aux attentats contre les tours jumelles du world trade center de New-York et revendiqués par le groupe terroriste Al-qaïda, dirigé par le milliardaire islamiste d'origine saoudienne, Oussama Ben Laden.

18 Yves LACOSTE, cité dans << Géopolitique », disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Géopolitique, consulté le 13 janvier 2010, 12h 30.

3. Définition des concepts

Dans le cadre de cette étude, il est paru légitime, afin de rendre compréhensibles et intelligibles les propos qui y sont ténus, de procéder à la définition de certaines expressions dont l'usage est fréquent.

Enjeux énergétiques : Cette expression est la conjugaison de deux mots à savoir enjeux et énergies. Dans une acception courante, le terme enjeu renvoie à intérêt ; il signifie tout ce qu'on peut gagner ou perdre dans une compétition. Et la compétition elle-même est une recherche simultanée par deux ou plusieurs acteurs d'un même résultat. Quant à énergie, elle est l'ensemble de ressources du sous-sol ou non qui peuvent être exploitées pour servir de carburants. Il s'agit notamment du pétrole, du gasoil, du gaz. Nous choisissons de nous limiter au pétrole. Ainsi les enjeux énergétiques s'entendent, dans ce travail, d'une part, comme la compétition née et qui se développe autour de ces ressources, du pétrole fondamentalement et qui concerne toute l'exploitation, c'est-à-dire les phases d'exploration, de production et de commercialisation ; et, d'autre part, l'ensemble des flux qu'entraine cette exploitation.

Logiques sécuritaires : Ce groupe de mots est composé de « logiques » et de << sécuritaires ». Le terme logique renvoie à l'agencement, à une suite cohérente, à un ordonnancement entre plusieurs choses ou au sein des idées. Il s'agit d'interaction entre plusieurs éléments. Le terme sécurité, quant à lui, est utilisé dans plusieurs domaines et est, pour autant, polysémique.

Dans une première acception, il renvoie à l'état d'esprit d'une personne qui se sent tranquille et confiante. C'est le sentiment, bien ou mal fondé, d'être à l'abri de tout danger et risque ; il associe calme, confiance, quiétude, sérénité, tranquillité, assurance, sûreté. Dans ce travail, le terme sécurité renvoie à la sécurité nationale que d'aucuns appellent sécurité d'Etat. A propos, Penelope Hartiand-Thunberg écrit: « la sécurité nationale est la capacité d'une nation ~ poursuivre avec succès ses intérêts nationaux tels qu'elle les voit a n'importe quel endroit du monde »19. Une telle définition semble limitée dans son opérationnalité. Thierry Balzacq ne disait pas autre chose lorsqu'il signifiait que « cette définition n'est que partiellement vraie et partialement utile. Elle est partiellement vraie dans la mesure ot) certaines questions de sécurité n'ont pas besoin d'être articulées avant que l'on sache qu'un problème existe... *Elle+ est partialement utile

19 Penelope HARTLAND-THUNBERG, << National Economic Security : Interdependence and Vulnerability»,in Frans A. M. Alting von Geusau, Jacques Pelkmans (eds.), National Economic Security, Tilburg, John F. Kennedy Institute, 1982, p. 50.

parce qu'elle s'arrête aux actes du discours qui font qu'une question devient sécurisée si une élite décide d'en parler dans ce sens ))20.

C'est en se rapportant et en discutant les travaux de l'école de Copenhague, notamment Barry Buzan pour qui, « dans le contexte du système international, la sécurité désigne la capacité des États et des sociétés a préserver l'autonomie de leur identité et leur intégrité fonctionnelles ))21, qu'il fournit une définition plus intéressante. Il part de ce qu'il appelle la « sectorisation )) de la sécurité. Parce que les enjeux actuels donnent lieu à une volonté d'étendre l'application du concept de sécurité à d'autres domaines que le domaine politicomilitaire à savoir l'économique, le sociétal et l'environnemental, il pose deux questions à partir desquelles il bâtît sa définition. « La sécurité pour qui et la sécurité pour quelles valeurs et par rapport à quelles menaces ? )) On comprend justement que la première question consiste à clarifier le référent ou le sujet de la sécurité (individu, État, région, système international, etc.). La seconde pousse à spécifier le secteur concerné (économique, environnemental, politique, sociétal, etc.) et surtout à savoir quelle valeur est menacée par l'ébranlement d'un des secteurs susdits. A partir de ces deux questions, la sécurité nationale apparait comme la somme de la sécurité de chaque référent et de chaque secteur. De ce fait, la sécurité nationale est « par delà ses aspects militaires... la défense du territoire, la permanence des institutions et la protection des populations ))22.

On peut donc dire que les logiques sécuritaires renvoient aux agencements entre les différents éléments de décomposition et de recomposition sécuritaire, notamment dans le domaine de sécurité nationale comme pensée et mise en oeuvre par les pouvoirs publics compte ténu de l'évolution et de la complexification de l'environnement où ces éléments doivent être implémentés.

Intérêt national : Dans un sens premier, le terme intérêt s'entend comme ce qui est utile ou profitable à quelqu'un. Dans le domaine politique, il sied de préciser que son usage remonte aux traditions de la philosophie du « contrat social ))23. Ainsi pour Hobbes, il a servi de ferment à la conclusion du « pacte social )). Selon Machiavel, c'est une ligne de conduite dans

20 Thierry BALZACQ, « Qu'est ce que la sécurité nationale?», in La revue internationale et stratégique, n° 52, hiver 2003-2004, pp 33-50.

21 Barry BUZAN., People, States, and Fear : An Agenda for International Security Studies in the Post-Cold War Era, Londres, Longman, 2e éd., 1991, p. 65.

22 Pascal CHAIGNEAUX (dir.), Dictionnaires des relations internationales, Paris, Economica, 1998, p.348

23 Sur l'apport des « contractualistes » dans la conceptualisation de l'intérêt national, lire Jean Jacques ROCHE,
Théories des Relations internationales, collection « politique », éd. Montchrestien, 6e édition, 2006, p. 13 et suiv.

les relations entre les nations. Des lors, l'intérêt national, dans la philosophie politique, est ce qui est avantageux pour un Etat ou ce qu'il doit acquérir parce qu'il estime être tel. Mais plusieurs définitions peuvent être données à cette notion. Elle est utilisée par les hommes politiques pour définir ce qu'ils trouvent de profitable pour la nation24.

Il a fallu attendre le développement du réalisme comme théorie internationaliste pour que l'intérêt national entre dans le domaine de la science politique et soit considéré comme une catégorie analytique de la politique étrangère. L'intérêt national est utilisé, ici, comme une adaptation à la politique étrangère de l'expression « intérêt général », en indiquant ce qui est meilleur pour la nation dans ses relations avec d'autres Etats. Cette utilisation du terme met l'accent non seulement sur la menace que l'anarchie du système international peut représenter pour la nation, mais aussi les contraintes externes sur la marge de manoeuvre, les intérêts et la puissance des autres États, et d'autres facteurs hors du contrôle de la nation comme la localisation géographique et la dépendance vis-à-vis du commerce extérieur25. Cet usage analytique du terme qui met l'accent sur le rôle de l'État comme l'incarnation de l'intérêt de la nation a aussi été critiqué. On lui reprochait « l'absence d'une méthodologie convenue à partir de laquelle l'intérêt supérieur de la Nation peut être testé. Certains auteurs ont fait valoir que l'intérêt supérieur est, néanmoins, objectivement déterminé par la situation de l'État dans le système international et ne peut être déduit d'une étude de l'histoire et la réussite ou l'échec des politiques. D'autres auteurs admettent que l'intérêt national est interprété de façon subjective par le gouvernement qui mène l'action »26. On retombe alors à l'usage rhétorique et « politicien » du terme ; autrement dit, l'intérêt national serait simplement ce que l'homme politique pense être.

Les travaux néo-réalistes « post deuxième guerre mondiale » permettent de comprendre qu'on ne doit nier l'existence des valeurs supérieures à l'intérêt des Etats27. L'intérêt national est donc la poursuite de la puissance même en dehors du territoire national. Les premiers éléments qui le sous-tendent sont la survie de l'Etat et la sécurité, ensuite viennent la poursuite de la richesse et la croissance économique. Parce que l'intérêt national ne va pas de soi, chaque nation égoïste devrait prendre en compte les intérêts concurrents des

24 Dans la tradition française de la diplomatie, c'est le Cardinal de Richelieu, pendant la Guerre de Trente Ans, qui basait son action sur la notion d'intérêt national, à laquelle il préférait d'ailleurs l'expression « raison d'Etat ». Lire Henry KISSINGER, diplomatie, Paris, Fayard, 2000, 860p.

25 « Intérêt national », disponible sur http// www.answer.com /topic/national-interest, consulté le 13 janvier 2010, 11h.

26 Ibidem.

27 Jean Jacques ROCHE, op. cit., p. 56.

autres nations. Cette sorte de réciprocité dans les jeux d'intérêt national a pu être définie comme un mécanisme permettant aux Etats d'accepter des concessions dans des circonstances particulières, pourtant peu favorables à la collaboration28. Ceci parce que, pour maximiser ses gains, un Etat est amené à cohabiter avec les autres, au besoin à dissimuler ses intérêts inavoués derrière des paravents tels que la démocratie29 ou mener des guerres contre les autres nations.

Entendu comme tel, dans ce travail, l'intérêt national renvoie au sens que lui donne l'école néo-réaliste des relations internationales, c'est-à-dire ce que chaque Etat gagne ou estime lui être profitable présentement ou dans l'avenir, aussi bien dans le domaine économique, politique que culturel même si cela dépendrait des relations de domination vis-à-vis des autres.

4. Intérêt de l'étude

Le présent travail présente deux intérêts.

> Intérêt scientifique

Sur le plan scientifique, la présente étude s'inscrit à la suite des recherches déjà menées sur la géopolitique du golfe de Guinée. Elle aide dans la compréhension de la mise en oeuvre des outils de gouvernance à travers le rapprochement de deux phénomènes, à savoir l'exploitation pétrolière et la sécurité, souvent étudiés isolement, l'un de l'autre. Il est question, ici, de saisir les enjeux énergétiques comme facteurs, en même temps, de décomposition et de recomposition du champ sécuritaire. Cette étude montre les interactions entre les Etats sur la scène internationale et dans « l'espace golfe de Guinée » ; principalement, les rapports entre des Etats aux positions de puissance asymétriques. Il s'agit de comprendre au sens de François Thual, qui veut quoi ?, avec qui ?, comment ?, pourquoi ? Autrement dit, si « identifier les acteurs, analyser leurs motivations, décrire leurs intentions, repérer les alliances en gestation ou, au contraire, les alliances en voie de déconstruction, que ce soit au niveau local, régional, continental ou international»30 peut aider dans l'appréhension du sujet, il demeure que sa spécificité réside dans la construction d'une analyse méthodique d'objets

28 Robert JERVIS, « security regimes », in Stephan d. Krasner, International regimes, Inthaca and London, Cornell university press, 1983, P.182.

29 Jean Jacques ROCHE, op cit. p.57.

30 François THUAL, Méthodes de la géopolitique. Apprendre à déchiffrer l'actualité, Iris, Ellipses, 1996, p.9.

politiques dont les medias brouillent l'intelligibilité et relèguent simplement au champ de l'évènementiel.

> Intérêt social

Ce travail permet de comprendre les différentes stratégies des acteurs en présence, mais sert, surtout, de fondement à la construction multidimensionnelle de la paix dans le golfe de Guinée, en aidant à voir le rôle des populations en tant qu' « acteurs » dans la production de l'insécurité et de la sécurité. Ce travail permet aussi de saisir les déterminants sociaux de la recomposition de l'ordre sécuritaire en vue de faire de l'exploitation pétrolière, non plus seulement une malédiction, mais une opportunité de développement humain et économique en Afrique, d'une manière générale.

5. Revue de littérature

La construction de ce travail a été marqué par la rareté des ouvrages spécifiques sur la question; cela peut être dû au fait que « l'Afrique est l'arlésienne des ouvrages de géopolitique », pour reprendre Philippe Hugon31. Toutefois, la littérature à laquelle nous avons eu accès ou qui aborde les rapports entre l'énergie et la sécurité, en général, dégage quatre grands axes : d'abord, que l'énergie est une donnée stratégique mondiale, ensuite, que certains facteurs poussent les plus grands consommateurs à diversifier leurs sources d'approvisionnement et, qu'en l'occurrence, l'Afrique et le golfe de Guinée notamment, devient une opportunité qu'il convient de sécuriser.

Chaque puissance développe une politique spécifique en matière d'énergie. Et, pour cause, l'énergie présente une particularité fondamentale : c'est la source quasi unique de carburants pour les voitures, les camions et les avions. Pour Jean Pierre Favennec et Phillipe Copinschi, sans pétrole l'activité économique s'arrête, les armées sont paralysées. Le pétrole est une ressource vitale pour les États, et peut être en cela un enjeu potentiel de guerre. C'est aussi, un élément important du commerce international... L'énergie, en général, le pétrole notamment, représente donc une «rente dont le partage entre les différents acteurs, essentiellement les États producteurs et les compagnies pétrolières, est un enjeu considérable, d'autant que le pétrole est la source principale de revenus pour de nombreux pays et qu'une

31 Philipe HUGON, Géopolitique de l'Afrique, Armand Colin, 2006, p.6.

baisse significative des prix a des conséquences catastrophiques pour les grands exportateurs (pays de l'OPEP mais également Mexique, Russie, voire Norvège)32.

Au delà de cet aspect purement économique, les enjeux géopolitiques caractérisent grandement l'énergie et contribuent à son positionnement comme ressource d'envergure mondiale. Jean Pierre Favennec et Philipe Copinschi notent deux points essentiels: d'une part, les grands pays consommateurs de pétrole, à l'exception de la Russie, sont également de grands importateurs (États-Unis, Europe, Japon). Inversement, les grands pays producteurs sont de grands exportateurs. D'autre part, les deux-tiers des réserves de pétrole sont localisés au Moyen-Orient et, particulièrement, dans cinq pays : en Arabie Saoudite (25% des réserves mondiales), en Irak (11%), au Koweït, en Iran et aux Émirats arabes unis.33 Cette analyse recoupe en partie celle de Pierre Noël, surtout, concernant les portées géopolitiques de l'énergie. Cependant, il fait remarquer que l'équilibre depuis les années 90 dépend de la Caspienne qui, de par sa production, se situe en arbitre34.Un tel environnement ne peut créer qu'une situation de grande dépendance des consommateurs vis-à-vis des producteurs.

La dépendance énergétique est accentuée par une demande intérieure très forte. En effet, l'énergie fait partie intégrante de la politique étrangère des grandes puissances. Or, définir la politique étrangère suppose, selon Marcel Merle, prendre en compte quatre paramètres fondamentaux : le changement des mentalités, le progrès technique, les transformations économiques et les transformations du système international. Ces dernières procèdent de l'internalisation des problèmes internationaux et l'internationalisation des problèmes internes35. Ainsi, les politiques d'approvisionnement s'inscrivent dans cette logique.

Les raisons de la diversification des sources d'approvisionnement sont différentes selon les auteurs. Pour Cyril Oby36, elle est motivée par deux grandes raisons : d'abord, l'insécurité dans le golfe arabo persique ; ensuite, l'expansion rapide des importations de pétrole de la Chine et de l'Inde. Ce raisonnement relève du conjoncturel. Se référant à

32 Jean Pierre FAVENNEC et Philippe COPINSCHI, << Les nouveaux enjeux pétroliers en Afrique », in Politique africaine, n°89, mars 2003, pp. 127-148.

33 Ibidem.

34 Pierre NOEL, op. cit., p.4.

35 Marcel MERLE, la politique étrangère, Paris, PUF, 1984, p. 17 et suiv.

36 Ciril OBY, << Pétrole, sécurité internationale des États-Unis et défi du développement en Afrique de l'Ouest » in CODESRIA, Bulletin, Nos 3 & 4, 2005, p. 39.

l'histoire même de l'énergie au cours du siècle dernier, Pierre Noël37 explique que les producteurs arabes disposent d'un avantage comparatif très important lié au coüt de développement relativement bas dont ils jouissent. Depuis les années 1970, ces pays limitent très fortement le développement de leur capacité pour soutenir un prix mondial largement supérieur au prix concurrentiel. Or, de telles politiques portent en elles même les germes de la diversification de l'offre. Se basant sur la politique énergétique américaine depuis le premier choc pétrolier des années 70, il indique que l'Amérique n'accorde pratiquement aucune importance géopolitique à cette question. Elle cherche plutôt à emmener les pays producteurs à baisser leurs pressions qui se fondent généralement sur la baisse de la production qui a pour conséquence l'augmentation des prix sur le marché. Il s'agit finalement d'une politique de sécurisation d'« un bien mondial collectif». Ainsi, la diversification est plus une question liée aux prix sur le marché mondial et au risque de dépendance qu'à la sécurité au Proche-Orient.

A la question pourquoi cet intérêt pour le golfe de Guinée, les hypothèses sont nombreuses et variantes selon les auteurs. Pour Yves Boyer, il existe essentiellement trois raisons : la présence d'une forte communauté noire aux Etats unis, l'importance de vote des pays africains à l'ONU où ils représentent un tiers des membres dans les organisations multinationales (groupe de 77, Banque Mondiale, etc.) et la présence des matières premières, particulièrement, le pétrole38. Pour Bruno Hardy, deux raisons plutôt conjoncturelles expliquent cet intérêt. D'abord,

la Guerre au Terrorisme est un aspect prioritaire pour la sécurité nationale des ÉtatsUnis et certaines régions du continent sont des terrains fertiles a l'enracinement de réseaux terroristes. L'intensification de ces activités, dont certaines sont associées ~ Al Qaeda dans bon nombre de ces pays, laisse présager que le continent sera à moyen terme un champ de bataille dans la Guerre au terrorisme. La perméabilité des frontières, la présence de grandes zones non gouvernées, les tensions ethniques et les révoltes fréquentes sont un terreau fertile pour ces réseaux39.

Ensuite, l'objectif de développement et d'opérations humanitaires fait également partie de la politique étrangère des Etats-Unis. La question énergétique vient, selon lui, derrière dans

37 Pierre NOEL, ibidem.

38 Pierre NOEL, « les Etats Unis et la sécurité pétrolière mondiale : politique pétrolière américaine et production d'un bien mondial collectif », CFE, juillet 2004, p.18.

39 Bruno HARDY, « Les Etats-Unis et l'Afrique : Perspective de Sécurité. » in les chroniques du GERSI, vol. 3 n°3 mars 2008, p. 13. Lire dans le même sens, Philipe HUGON, op. cit., p.100-113.

le déploiement américain dans le golfe de Guinée. Il reconnait, toutefois, qu'à elle seule, cette région renferme près de 7% des réserves mondiales en hydrocarbures. Celles-ci sont aussi importantes que celles de l'Iran, du Venezuela et du Mexique réunis. Le Nigéria, pays dans lequel une bonne partie de ces ressources est située, est le plus grand exportateur africain de pétrole. En novembre 2007, il exportait plus de 39 184 000 barils par jour vers les États-Unis. Si on y ajoute l'importation provenant du second producteur africain, l'Angola - qui pour la même période exportait 12 459 000 barils par jour aux États-Unis - ainsi que les autres États producteurs (Gabon, Guinée-Équatoriale, Tchad), la région dépassait le Moyen-Orient au niveau des exportations vers les États-Unis40.

Jean-Pierre Favennec et Philipe Copinschi voient plutôt dans cette attirance pour le Golfe de Guinée des raisons de distance entre l'Afrique et l'Occident. Ainsi, soulignent-ils, que de par sa situation géographique, le golfe de Guinée est considéré par les États-Unis et l'Europe comme une « source de pétrole privilégiée » étant donné que le transport du pétrole du Proche-Orient en Amérique pose des difficultés surtout pour les coûts financiers et sécuritaires.41 Les États-Unis en particulier déploient depuis la mi-2002 des efforts considérables pour multiplier les livraisons de pétrole en provenance du golfe de Guinée.

L'Afrique est devenue prioritaire et Washington n'hésite visiblement plus à déployer une présence militaire sur ce continent. En l'espace de deux décennies, le continent est passé de grand négligé à celui de plaque tournante dans la politique de défense des États-Unis. Pour Bruno Hardy, l'Africom est devenue une porte d'entrée pour les Américains sur le continent. En revanche, on relèvera avec Cyril Obi, que bien qu'Africom soit une porte d'entrée, les américains ont délimité le continent par zones. A ce niveau, chaque zone obéit à une politique sécuritaire donnée. Si l'Afrique sahélienne répond au besoin principal de lutte contre le terrorisme, le golfe de guinée, par exemple, répond à d'autres logiques que sont la protection des importations en énergies, les ventes d'armes et une probable implantation de base navale dans les eaux São-toméennes42. Pour Pierre Noël, il apparaît important pour les américains de sécuriser les routes d'approvisionnement (le golfe de Guinée, l'oléoduc Tchad--Cameroun et l'oléoduc Higleig--Port-Soudan à l'est) et également les sites d'extraction de la région. En tout état de cause, « c'est la sécurité des flux pétrolier mondial qui est un intérêt stratégique pour les

40 Bruno HARDI, idem, p. 15.

41 Jean Pierre FAVENNEC et Philippe COPINSCHI, op. cit., p. 22.

42 Ciril OBY, op. cit., p.12.

américains- mais pas seulement parce que l'Amérique s'intéresse a la sécurité de ses alliés mais bien parce que les conditions d'approvisionnement sont déterminées sur un marché mondial »43. Cette sécurisation passe par la mise en place d'une politique de coopération en matière de sécurité.

6. Problématique

Dans toute la phase exploratoire de ce travail, il apparait que les grandes puissances consommatrices et importatrices d'énergies, notamment les Etats-Unis, s'intéressent à l'Afrique et au golfe de Guinée, en particulier. Cette convoitise dont fait l'objet la région est tributaire du fait qu'elle est inscrite dans la pétrostratégie de ces différentes puissances. Elle devient un espace de rivalité. Mais les jeux entre les Etats d'une part et les acteurs privés, d'autre part, ou même entre les deux à la fois, concourent au renforcement des risques d'insécurité, voire de conflit. Le pétrole dans la sous-région apparaît comme un facteur de conflits. Le golfe de Guinée se transforme, désormais, en territoire crisogène et polémogène. Dès lors, en quo! les enjeux l!és a l'exploitation de l'énergie, part!cul!èrement du pétrole, dans le golfe de Gu!née permettent aux Etats de cette rég!on et aux Etats-Un!s de répondre à leurs log!ques sécur!ta!res?

7. Hypothèses Afin de répondre à cette interrogation, nous avons deux hypothèses.

Hypothèse 1

L'intensification de la production énergétique dans le golfe de Guinée augmente les risques d'insécurité pour les Etats de la région et devient, de ce fait, une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Autrement dit, plus la production énergétique augmente, plus les menaces et l'insécurité deviennent importantes pour chaque acteur étatique.

Hypothèse 2

La sécurisation du golfe de Guinée est un enjeu majeur pour l'intérêt de la région et des Etats-Unis. Autrement dit, elle est une réponse aux défis de préservation de la paix, de répartition des rentes pétrolières pour les Etats de la région ; en même temps, elle permet aux Etats-Unis de garantir leurs approvisionnement, de se pré positionner militairement et de mettre en oeuvre les autres dimensions de leur sécurité nationale.

43 Pierre NOËL, op. cit., p.11.

8. Cadre méthodologique

La méthodologie que suit ce travail est guidée par un cadre théorique et une technique de collecte et d'analyse de données, qui de part l'actualité du présent thème, nous éviterait de tomber dans l'événementiel.

Cadre théorique

« La théorie, écrit Kenneth Watz, isole un domaine de façon à pouvoir le traiter intellectuellement *...+. Isoler un domaine est donc la condition première pour développer une théorie »44. Le système international donne à lire la réalité politique comme autonome, ce qui permet d'ailleurs de construire des théories. Le réalisme parait intéressant à plus d'un titre pour rendre compte de la présence américaine dans le golfe de Guinée. En effet, l'approche réaliste, dans la tradition de Hans Morgenthau ou Raymond Aron, considère que la scène internationale est un environnement anarchique où le comportement des acteurs que sont les Etats est basé sur leurs intérêts à agir et la guerre. Mais l'usure et la complexification des relations entre Etats laissent plus enclins à opter pour le néo-réalisme aussi appelé réalisme structurel ou structuro-réalisme, développé, principalement, dans la science politique américaine autour des années 70, à travers l'ouvrage de Kenneth Watz. Considérant que le seul déterminant du comportement des unités, en l'occurrence les États, est l'anarchie du système international, la théorie néo-réaliste corrige les erreurs et les égarements philosophiques de sa devancière, le réalisme dit classique. Admettant l'entrée en jeu des acteurs non étatiques, le néo-réalisme utilise le paradigme de la sécurité comme principe cardinal pour le besoin d'intérêt dans les relations entre Etats. Cette théorie permet d'analyser la compétition autour du pétrole du golfe de Guinée comme facteur d'anarchie qui est en même temps un enjeu d'intérêt et de sécurité nationale pour les acteurs étatiques en présence.

A cela, il sied d'ajouter la méthode stratégique développée par Crozier et Friedberg45. Cette approche, quant à elle, est une méthode organisée autour d'actions finalisées et calculées. Elle a pour but de permettre aux acteurs engagés dans une entreprise quelconque de minimiser les pertes tout en maximisant les profits. L'acteur au sens de Crozier et Friedberg est celui dont le comportement et l'action participent à structurer un champ, c'est-à-dire, à construire des régulations. L'objectif de ces auteurs est d'expliquer la construction des règles

44 Cité par Jean Jacques ROCHE, op. cit., p.40.

45 Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, l'acteur et le système, Paris, Seuil, 1981.

(le construit social) à partir du jeu des acteurs empiriques, calculateurs et intéressés. Ces acteurs sont dotés de rationalité, même si elle est limitée ; ils sont autonomes et rentrent en interaction dans un système qui contribue à structurer leurs jeux. Les acteurs que sont les Etats dans notre travail interviennent dans un système de relations entre eux, en même temps que ce système doit et peut s'ajuster à des contingences et des changements de natures diverses. On comprend, dès lors, que le système dans lequel se trouvent les Etats-Unis et les Etas du golfe de Guinée est conditionné par des jeux et des contingences dues au changement du système international et donne aux acteurs en présence la capacité de calculer leurs différentes interactions.

Technique de collecte des données

Ce travail est essentiellement documentaire. Une de ses caractéristiques est que le document étudié n'est pas établi par le chercheur et qu'il n'exerce aucun contrôle sur la façon dont il a été établi46. Ainsi, la sélection opérée permet d'interpréter ou de comparer des matériaux pour les rendre utilisables. Aussi, les articles de revues scientifiques, les ouvrages, la presse, les discours, etc. sont indiqués, pour ce faire. A cela, il sied d'adjoindre la méthode empirique qui, elle, permet d'observer directement les faits c'est-à-dire prendre la mesure des enjeux énergétiques et logiques sécuritaires dans le golfe de Guinée à travers le déploiement américain et l'action des Etats de la région.

46 Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, p. 513

PREMIERE PARTIE

ENJEUX ENERGETIQUES ET DECOMPOSITION SECURITAIRE DANS LE
GOLFE DE GUINEE

L

a production du pétrole dans le golfe de Guinée suscite des nombreuses convoitises. Les acteurs de cette << ruée vers l'or africain>> sont nombreux et n'ont pas tous les mêmes objectifs. Ils sont étatiques ou non, chacun avec

des fortunes diverses. Aussi, l'intensification de la production permet l'augmentation des flux transnationaux, fussent-ils économiques, politiques, démographiques ou religieux, portant, les uns aussi bien que les autres, les germes de la décomposition sécuritaire dans cette zone de l'Afrique.

Dans le même sens, la région occupe une place de choix dans la politique énergétique des Etats-Unis. Cependant, en se positionnant comme acteur étranger majeur et << grand client >> du pétrole sub-saharien, Washington contribue à sa sécurité énergétique, élément fondamental de sa sécurité nationale. Mais les risques d'insécurité dans le golfe de Guinée ont directement un impact sur sa sécurité énergétique, et donc sur sa sécurité nationale. Il convient de comprendre que l'augmentation de la production énergétique, si elle est une opportunité, participe de la production d'un désordre sécuritaire pour les Etats du golfe de Guinée (chapitre 1) et partant, pour les Etats-Unis (chapitre 2).

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