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Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires: une analyse du déploiement américain dans le golfe de Guinée

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par Gen-serbé SINIKI
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques Publiques 2010
  

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B. Sécuriser le personnel

Le personnel des multinationales pétrolières peuvent aussi être des cibles potentielles des

actes de délinquance : les bureaux des dirigeants placés dans les grandes villes, et surtout les raffineries. Dans cette hypothèse les moyens utilisés sont différents de ceux pouvant être utilisés dans les cas suscités. Les agents chimiques et biologiques, au système de détection peu fiable, à la faible « traçabilité » et aux difficultés technologiques limitées, afin de tuer un nombre élevé de personnes, grâce à leur capacité de nuisance immédiate importante, en provoquant une désorganisation de l'économie concernée.

Dans le golfe de Guinée, la zone la plus marquée reste le delta du Niger. Les compagnies qui exploitent le pétrole dans cette région interrompent constamment leurs activités parce que justement leurs personnels sont souvent pris en otage.

Paragraphe 2 : L'opportunité d'un pré positionnement américain dans le golfe de Guinée

La présence militaire américaine répond à un besoin pressent de positionnement des soldats dans les quatre coins du monde. Pour ce qui est du golfe de Guinée, il s'agit d'un pré positionnement qui répond au besoin de pacification de la région et à une logique sécuritaire globale basée sur l'expansionnisme militaire.

A. L'expansionnisme militaire américain et son prolongement en Afrique L'expansion est une expression forte de la puissance militaire américaine. En effet,

elle permet non seulement de donner une dimension internationale à l'armée mais favorise surtout le développement économique. Ainsi, les dépenses militaires constituent un antidote aux effets déstabilisateurs des désaccords sociaux. La menace de guerre est un instrument de stabilité des gouvernements et elles assurent l'allégeance des citoyens à l'Etat201. Ceci explique l'attitude que les Etats-Unis adoptent face à des menaces extérieures. En réalité, les

200 Ce sont les arguments « pragmatiques » qui visent particulièrement la réduction des coüts, l'efficacité et la flexibilité qui ont justifié les décisions prises ces dernières années, en particulier dans les pays anglo-saxons, dans le domaine de la sécurité au sens large (sécurité publique et armée). Ainsi, la multiplication des acteurs privés de la sécurité est également expliquée par un changement paradigmatique - du gouvernement à la gouvernance - dans le domaine de la sécurité internationale.

201 Lire, notamment, Jacques FONTANEL et Fanny COULOMB, Galbraith, économiste de la paix, Paris, Collection « innovations », L'Harmattan, 2005.

enjeux économiques deviennent fortement dépendants des aspects militaires de la puissance américaine.

Les Etats-Unis sont présents militairement, directement ou indirectement, dans le monde entier. Il est certain que la position dominante des Etats-Unis constitue un atout majeur qui pourrait leur permettre, à l'avenir, d'imposer leurs choix aux autres acteurs. Elle constitue, en effet, un formidable moyen de pression et pourrait représenter une véritable « arme économique » en cas de conflit avec certains pays (la Chine par exemple).

En Afrique, l'expansion militaire américaine se confond avec la politique de la lutte contre le terrorisme. Il s'agit, avant tout, de contrôler les sous-régions susceptibles d'être des territoires propices aux terroristes, menaces à la sécurité nationale des Etats-Unis. Il faut, pour ce faire, convoquer les approches classiques de la géopolitique pour expliquer la nécessité d'un pré positionnement américain en Afrique du golfe de Guinée. Il existe trois types de puissances : terrestre, maritime et nucléaire. Puisque la puissance terrestre a cessé d'avoir une très forte influence au bénéfice de la puissance maritime, eu égard à la capacité de celle-ci d'être partout sans beaucoup d'entraves ; et étant donné que la puissance nucléaire n'est possédée que par quelques Etats, la puissance maritime reste, au bout de compte, celle que recherche toute puissance moyenne. Les Etats-Unis, étant une superpuissance, donc détenant tous ces types de puissance, envisage renforcer leur présence dans les eaux du golfe de Guinée pour contrer toute autre puissance. Ceci est d'autant plus stratégique que « tout îlot qui est en dehors du continent et qui émerge au-dessus de hautes mers et au-dessus des Océans est une possession étrangère, de la même façon tous les points stratégiques qui rapprochent l'Afrique des autres continents appartiennent aux puissances étrangères et ils sont parmi les endroits les plus surveillés du monde.»202 Les Etats-Unis peuvent facilement contrôler les routes d'approvisionnement du pétrole en provenance du golfe de Guinée. D'ailleurs, « les eaux internationales autour de l'Afrique sont occupées par la flotte des grandes puissances, car celui qui contrôle le rimland ou l'anneau maritime autour du continent africain contrôle fatalement l'Afrique *...+ A cause de l'histoire des pays africains et de leur totale dépendance en armements militaires, il suffi sait d'encercler le continent pour contrôler facilement les pays, car il devient ainsi possible d'observer tout ce qui y entre et tout ce qui en sort »203.

202 Fweley DIANGITUKWA, « la surveillance des côtes d'Afrique centrale par des équipes de gardes-côtes : un impératif pour la sécurisation maritime de la sous-région » in Enjeux, n° 26, 2006, p. 26.

203 Ibidem.

Aujourd'hui, on assiste à l'érection de trois sous-régions particulièrement «intéressantes» pour la lutte contre le terrorisme et, subséquemment, au déploiement et au contrôle par l'armée américaine. En plus du golfe de Guinée, il faut compter la Corne de l'Afrique et le Sahel-Sahara. Historiquement, la position géostratégique de Djibouti a provoqué l'intérêt des militaires occidentaux. Auparavant, cet Etat n'abritait qu'une base française, née d'un accord de coopération militaire entre les deux États, au lendemain de l'indépendance du pays, en 1977. Selon la presse204, pour 30 millions de dollars par an, les américains louent, depuis septembre 2002, le camp Lemonnier, où ils ont installé près de 2 000 hommes, un poste de commandement et une << task force >> chargée de contrôler le trafic maritime de la zone. L'objectif de ce mécanisme est de couper les voies d'accès vers la Somalie, pays sans État ni gouvernement, considéré comme la tête de pont d'Al-Qaïda en Afrique orientale.

Dans le Sahel-Sahara205, les menaces viennent des salafistes et d'autres mouvements islamistes. Pour ce faire, en attendant de disposer d'une base dans la région, les américains ont lancé une politique d'encadrement des forces gouvernementales. En 2003, l'initiative Pan Sahel, un programme de formation accélérée des armées subsahariennes (coût : 100 millions de dollars), a été lancée. En 2005, l'initiative, désormais baptisée Fintlock, a été étendue à trois pays maghrébins (Algérie, Maroc et Tunisie). Son financement a également été revu à la hausse (500 millions de dollars) avec un rythme de manoeuvre militaire annuel206. Déjà, selon Le Monde diplomatique207, les 23 et 24 mars 2004, les chefs d'état-major de huit pays (Tchad, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Sénégal, Algérie, Tunisie) ont participé, pour la premiere fois, à une discrete réunion au siege du commandement européen de l'armée américaine (US-Eucom), à Stuttgart. Cette rencontre, dont les travaux sont restés secrets, concernait la << coopération militaire dans la lutte globale contre le terrorisme >> ; elle traitait du Sahel, zone tampon entre le Maghreb et l'Afrique noire, entre les zones pétrolières du Nord et celles du golfe de Guinée.

204 Ouazani et Jean-Dominique GESLIN, << zones sous hautes surveillances >>, sur jeuneafrique.com/info, mis en ligne 01/10/2007 à 18h:19, consulté le 10 janvier 2010.

205 Sur les cartes géopolitiques africaines des Etats-Unis, le Sahel et le Sahara constituent une seule zone.

206 Ouazani et Jean-Dominique GESLIN, idem, consulté le 10 janvier 2010.

207 Pierre ABRAMOVICI, op.cit., p. 16.

B. La mise en oeuvre des mécanismes de sécurisation à travers les dispositifs militaires

La volonté d'une sécurisation réelle du golfe de Guinée s'est accentuée à partir du moment où cette zone a changé de configuration dans la politique énergétique des Etats-Unis, et coïncidait aussi avec la lutte contre le terrorisme. En effet, les visites de militaires de haut rang, notamment celles du général Carlton Fulford à Sao-Tomé et Principe en 2002 et du général Charles F. Wald au Nigéria, en Angola, au Gabon et à Sao-Tomé et principe, en mars 2004, peuvent être examinées comme les germes de cette volonté. Ensuite, le programme de formation des forces équato-guinéennes dans le cadre de l'African Crisis Response Initiative (ACRI), l'ouverture au Nigéria, Anchor State (Etat-pivot), de la politique de sécurité des Etats-Unis en Afrique de l'Ouest, d'un centre de formation militaire du Joint Combined Arms Training System (JCATS), à Abuja, l'organisation au Cameroun, en mai 2004, d'une session de l'African Center for Strategic Studies (ACSS), la supervision militaire de la sous-région par le commandement européen de l'armée américaine (USeucom), sont significatifs de la volonté des Etats-Unis de prendre position dans le golfe de Guinée et d'y «établir un mandat régional»208. Mais des sources officielles américaines, la sécurisation du continent est une question antérieure à cette série d'événements. Mais dans le cadre de la guerre déclarée au terrorisme international, d'autres zones du continent deviennent aussi importantes du point de vue sécuritaire. Depuis 2007, est né Africom, le commandement militaire américain pour l'Afrique.

Les concepteurs du Commandement militaire des Etats-Unis d'Amérique pour l'Afrique comprenaient les rapports importants entre la sécurité, le développement, la diplomatie et la prospérité en Afrique. Par conséquence, le Commandement militaire des Etats-Unis d'Amérique pour l'Afrique, ou l'AFRICOM, a adopté une structure des effectifs très intégrée, une structure qui inclut une représentation important de personnel venant du Département de l'Etat, de l'USAID, et d'autres agences gouvernementales américains qui travaillent avec l'Afrique 209.

Il s'agit aussi de rationaliser les opérations menées par les États-Unis en Afrique, en réunissant dans une seule et même structure tous les pays du continent - à l'exception de l'Égypte -, jusqu'à présent répartis dans trois commandements différents : le Central

208 Wullson MVOMO ELA, op cit., p.13.

209 http://www.africom.mil/indexFrancais.asp, consulté le 28 décembre 2009, 18h.

Command (CentCom), basé en Floride, le Pacific Command (Pacom), situé à Hawaii, et l'European Command (Eucom), installé à Stuttgart, en Allemagne. À terme, ce redéploiement permettra à l'Amérique de n'avoir plus qu' « un commandant qui travaille avec les Africains quotidiennement, au lieu de trois différents qui ont chacun d'autres priorités relatives à leur région », selon le sous-secrétaire à la Défense, Ryan Henry210. La structure devrait pouvoir compter sur un millier d'hommes environ.

L'autre nécessité pour Africom est de s'établir sur le continent à partir d'une base. Déjà de nombreux pays africains se montrent retissant pour l'installation de l'état-major d'Africom sur leurs territoires. Dans le golfe de Guinée, l'armée américaine a pu contourner l'opposition des Etats africains en établissant une station radar à São Tomé211, nouveau venu au club des pays producteurs de pétrole. Cette implantation permet de sécuriser les approvisionnements en provenance de l'Angola, du Gabon, du Congo, de la Guinée équatoriale et du Nigéria212. Il faut retenir, au demeurant, que la préoccupation numéro un de Washington demeure focalisée sur l'équilibre géopolitique de la zone et sur la stabilité des pays producteurs de brut.

Section 2 : Les dimensions fortement hégémoniques de la sécurisation du golfe de Guinée

Après la guerre froide, les Etats-Unis se sont engagés dans la protection de l'avancée du monde occidental. Parlant de la politique géoéconomique des Etats-Unis, Jacques Fontanel dit que c'est le besoin de sécurité globale qui en est le fondement213. Aussi, le développement économique est un instrument de promotion de stabilité politique... Les Etats-Unis se sont engagés dans la recherche de l'hégémonie, seule politique permettant, à leurs yeux, de maintenir un niveau de sécurité nationale suffisant. Une telle entreprise est subordonnée à la puissance militaire dont la vertu serait d'empêcher la guerre sans renoncer pour autant aux

210 Jean-Baptiste MAROT, « les GI débarquent », in Jeune Afrique, N°2571, du 18 au 24 avril 2010.

211 Il s'agit d'un système de surveillance dont le coût est estimé a 18 millions de dollars et dont la portée couvrira l'Afrique centrale en général, et le golfe de Guinée en particulier. Selon Jendayi FRAZER, secrétaire d'État déléguée aux Affaires africaines, cette zone est le théâtre de nombreuses formes de criminalité. La pêche clandestine représente un manque à gagner annuel de 1 milliard de dollars pour les pays riverains. Au moins vingt-cinq actes de piraterie ont été recensés en 2005 dans ces eaux qui restent un point de passage important pour le trafic international de la cocaïne. Quant aux violences que connaît depuis un an le Delta du Niger et qui ont fait plus d'un millier de morts, elles provoquent d'importantes ruptures d'approvisionnement en hydrocarbures. Source : Jeune Afrique, « Radars américains » article mis en ligne le 02/01/2007, disponible sur jeuneafrique.com, consulté le 15 décembre 2009.

212 Ces programmes accompagnent une stratégie reposant sur la notion classique d'"Etats pivots" ; l'assistance militaire est, en effet, orientée prioritairement vers certains Etats, considérés comme susceptibles d'assurer la stabilité régionale.

213 Jacques FONTANEL, op. cit., p. 356.

principes des intérêts nationaux. La puissance militaire américaine devient un instrument au service des intérêts nationaux qui eux-mêmes résident sur l'idée d'une paix mondiale214. Plus concrètement, « la politique des Etats-Unis dans le golfe de Guinée s'inscrit dans une logique d'hégémonie globale »215. Il s'agit d'une volonté de domination et de prosélytisme incontestable.

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