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Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires: une analyse du déploiement américain dans le golfe de Guinée

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par Gen-serbé SINIKI
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques Publiques 2010
  

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Paragraphe 2. Les raisons liées à la spécificité de la région

Le golfe de Guinée offre de nombreuses opportunités que les entreprises et les puissances exploitent pour se positionner. C'est une zone au potentiel énergétique assez important et présentant de grandes possibilités d'investissement étant donné le manque de moyens techniques, humains et financiers des Etats.

A. Le golfe de Guinée : une région au potentiel énergétique avéré et à la production croissante

Depuis quelques années, les activités d'exploration s'intensifient dans cette zone et permettent la découverte de nouveaux gisements et leur exploitation.

1. les reserves énergétiques du golfe de Guinée

Le pétrole est un secteur dont l'intensification des activités d'exploration et de production illustre une forte croissance. De nombreuses estimations relatives aux réserves disponibles sont faites et varient d'un organisme à l'autre. En 2001, les réserves prouvées de pétrole de la planète plaçaient l'Afrique avec 10,2 milliards de tonnes de réserves de pétrole brut au troisième rang mondial des régions détentrices de pétrole derrière le Proche-MoyenOrient (93,2 milliards de tonnes) et l'Amérique du sud (13,0 milliards) ; et devant l'Europe orientale (8,1 milliards), l'Amérique du Nord et le Mexique (7,5 milliards), l'Extrême-Orient (6,0 milliards) et l'Europe occidentale (2,3 milliards)57.

Les activités d'exploration qui s'intensifient sur le continent permettent des nouvelles découvertes de gisements. Entre 2001 et 2005, les estimations des réserves en gisements sur le continent africain ont exponentiellement évolué, passant de 10,2 milliards à 80 milliards de barils. Les réserves du continent, en général, se situent essentiellement dans deux zones : l'Afrique du nord (Algérie, Egypte, Lybie et Tunisie) et le golfe de Guinée.

55 Michael T. klare Tom DISPATCH, « Le futur énergétique dessine la géopolitique de demain » disponible sur http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2761, consulté le 13 mars 2010, 13h 30.

56 Ibidem.

57 Michel KOUNOU, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara : analyse des fondements de l'économie politique du pétrole dans le golfe de Guinée, Yaoundé, Editions CLE, 2006. pp.39 et suivantes.

Tableau 1 : Situation des réserves dans le golfe de Guinée en 2005 (en millions des barils)

n.d

n.d

Benin

Cote

d'hynira

Tchad

Afrique du
cud

R.D. C

Mauritanie

Congo
Brazzaville

Guinee-
eauatoriale

Gabon

Sao tome et
Principe

Cameroun

Ghana

Soudan

35,5

0,1

1,5

1,2

0,25

0,1

0,01

0,08

0,5

0,82

1

2,5

5,4

Angola

Nigeria

Source : JAI, l'Etat de l'Afrique, Hors série, n° 8, 2005 ; US Energy Information Administration, country analysis, 2005 et CIA, the Wold Factbook, updated, 9 august 2005.

Le Nigéria demeure le pays du golfe de Guinée qui a les plus grandes réserves du pétrole. Si en 2001, certains estimaient ses réserves à 31,5 milliards de barils, elles sont passées à 35,5 milliards en 200558. Ces réserves sont tellement importantes qu'elles représentent quasiment le double de tous les autres pays africains détenteurs. Les estimations de l'Angola sont aussi en forte hausse grace aux découvertes au large de Cabinda et en offshore profond au large de Luanda. Autres découvertes importantes celles du Tchad (150 millions de barils dans les champs de Sedigui et du bassin du Lac Tchad ainsi que dans la région du Kanem et de Kumia)59. Mais les travaux d'exploration qui ont cours jusqu'à maintenant indiquent des nouvelles découvertes dans la région du Mayo Kebbi et du Salamat. La situation est similaire en Guinée Equatoriale avec les gisements mis en exergue au large de la partie occidentale de Malabo.

2. La progression de la production énergétique dans le golfe de Guinée

La production dans le golfe de Guinée n'a pas commencé à la même date. La plus ancienne est sans aucun doute celle de l'Angola qui a débuté en 1956. De 1990 à aujourd'hui, sept Etats (Guinée-Equatoriale, Soudan, Tchad, Afrique du Sud, Benin, Mauritanie, Sao Tomé et Principe) sont devenus producteurs du pétrole. Ce qui augmente la production globale de cette partie de l'Afrique. Depuis 2001, trois Etats (Tchad, Mauritanie, Sao Tomé) sont devenus producteurs du pétrole. Leurs productions sont en hausse permanente. Toutefois, les productions sont en baisse au Cameroun et au Gabon parce que ces deux Etats sont devenus très dépendant de leurs exportations, et tarissant par voie de conséquence leur réserves. Cependant, la production est particulièrement en hausse au Nigéria et en Angola. Ajoutés aux nouveaux producteurs de la région et aux autres, dont la production est plus ou moins

58 Jeune Afrique l'Intelligent, « l'état de l'Afrique », hors série, n°8, 2005, p.45

59 Ibidem

constante, on arrive donc à voir que le golfe de Guinée est en progression en matière énergétique60.

B. Les facilités d'investissement pour les multinationales pétrolières et le manque de

moyens techniques des Etats du golfe de Guinée

Il est admis en général que l'environnement sociopolitique en Afrique sub-saharienne est une cause de démotivation des investisseurs, surtout, étrangers. Pourtant, les régimes fiscaux marqués par des grandes facilités qu'offrent les Etats du golfe de Guinée aux multinationales sont une des principales raisons incitatives d'investir dans cette région. Depuis les années 1970, les gouvernements africains qui voulaient exploiter leurs ressources énergétiques ont présenté des facilités fiscales à leurs partenaires. Pendant les années 1990 qui y ont vu l'arrivée de nouveaux producteurs, ces facilités sont devenues plus grandes, en démontrent les régimes contractuels mis sur pied. En effet, historiquement, les conventions qu'on rencontre en Afrique sont les accords de joint-venture (accords d'association)61 et les accords de partage de production62.

Dans ces contrats, les plus grands avantages financiers vont aux multinationales. C'est le Nigéria qui s'affirme comme une exception en la matière. La Nigéria National Petroleum Corporation fait partie de deux consortiums où elle semble détenir les plus grandes parts. Dans un premier groupe où elle est en concurrence avec Shell, elle a 55% des parts contre 45% pour sa partenaire. Dans le second, elle détient 60% contre 40% pour Exxon-Mobil, Chevron Texaco, ENI/Agip et TotalFinaElf63. Dans les Etas où il n'existe pas de compagnies nationales, comme en Sao Tomé et Principe ou au Bénin, ces sont les entreprises étrangères qui se chargent de toutes les phases de l'exploitation.

Par ailleurs, la question du manque des moyens techniques en Afrique dans le domaine de l'extraction des ressources naturelles est un enjeu de l'affaiblissement du contrôle même de ce secteur de l'économie par les Etats producteurs. En effet, à l'observation des compagnies pétrolières dans le golfe de Guinée, on peut dire que les moyens techniques employés sont

60 Lire annexe sur l'évolution de la production du pétrole dans le golfe de Guinée, (p. C du présent document).

61 Il y a association entre les compagnies nationales et les compagnies étrangères. Ces dernières sont, en général, des opérateurs de bloc, c'est-à-dire celles qui sont responsables de l'exploitation, du développement et de la production d'un bloc pour le compte d'un consortium. Le partenaire étranger agit comme un contractant envers le gouvernement, finance seul l'ensemble de coüts de production, se rembourse les investissements effectués appelés cost oil et partage les profits « profit oïl » avec le gouvernement.

62 Il suppose que l'intégralité des dépenses d'exploitation et parfois de mise en production est assumée par la compagnie étrangère contre rémunération.

63 Michel KOUNOU, op. cit., p. 59.

essentiellement étrangers. Ceci est tributaire du fait que les Etats de la région n'ont pas l'expertise possible et les finances nécessaires pour acquérir une technologie dans le domaine qui est supposée être de haut niveau.64. La faiblesse des raffineries explique le fait que le pétrole africain soit foncièrement destiné à l'exportation, et ce d'autant qu'hormis l'Afrique du sud et le Nigéria, l'Afrique sub-saharienne n'est pas un consommateur avéré d'énergie.

Tableau 2 : Situation des raffineries dans le golfe de Guinée (2008)

Nigeria

Angola

Congo
Brazzaville

Guinea-
equatoriale

Gabon

Soudan

Cameroun

Afrique du
sud

R.D. C

Cote
d'Ivoire

Tchad

Ghana

Benin

Mauritanie

Sao Tome et
Principe

4

1

1

1

1

4

1

4

1

1

1

1

0

0

1

Source : US Energy Information Administration, country Analysis, 2005 et augmentée par nos recherches de 2008.

Section II : Augmentation de la production énergétique, émergence des nouveaux intérêts et accroissement des flux transnationaux dans le golfe de Guinée : une rencontre des risques d'insécurité

La production croissante de l'énergie dans le golfe de Guinée ne va pas sans conséquence sur la sécurité des Etats de la région. Elle occasionne l'émergence de nouveaux enjeux parce qu'il y a irruption de nouveaux acteurs non étatiques donnant lieu, au demeurant, à de nombreux risques d'insécurité. S'il faut admettre le pétrole ici comme facteur d'insécurité, il faut surtout noter qu'il y a insertion, dans cette partie de l'Afrique, de nouveaux flux économiques, démographiques et culturels auxquels s'ajoute la sempiternelle question de la répartition de la manne pétrolière par le pouvoir central.

Paragraphe 1. L'augmentation de la production comme facteur d'insertion de nouveaux flux économiques : multinationales, «économie des gangs » et gestion interne de la rente pétrolière

Le jeu de positionnement des compagnies pétrolières laissent entrevoir une concurrence marqué par la réalisation des bénéfices toujours exorbitants, pouvant avoir des conséquences sur le fonctionnement des Etats.

64 L'inexistence de structures de raffinage du pétrole africain explique donc, en partie seulement, l'incongruité qui oblige des Etats producteurs à brasser leur ressource naturelle en exportant leur production dans presque sa totalité, pour se retourner ensuite et importer du brut et raffiné à des coûts encore plus élevé, Michel KOUNOU, idem, p.72.

A. L'insertion des multinationales dans le champ de l'économie pétrolière africaine : entre logiques rentières et dynamiques prédatrices

Depuis le début de la production énergétique en Afrique, le pétrole a été l'affaire des entreprises étrangères. La progression des bénéfices de ces unités de production traduit les logiques qui structurent leur présence.

Tableau 3 : Evolution des bénéfices pétroliers nets des Super Majors entre 2000 et 2005 dans le golfe de Guinée

 

2000

2001

2002

2003

2004

2005

Exxon Mobil

17,72

15,32

11,46

21,51

25,33

36,1

Chevron Texaco

7,727

3,288

1,131

7,23

13,32

14,1

Total

8,035

7,564

6,638

7,705

8,866

12

Shell

12,813

10,301

9,656

12,313

18,18

25,3

BP

10,12

6,795

6,795

10,462

15,73

22,3

Source : Michel KOUNOU, 2006

Le cas de Total-Fina-Elf est fort illustratif de la « dialectique conquête de gisements/contrôle de production » dans le golfe de Guinée, en général, dans sa partie Afrique centrale, en particulier. Cette entreprise, à l'analyse du tableau ci-dessus, garde un grand dynamisme sur le continent ce, d'autant plus que 50% des réserves qu'elle contrôle se trouve en Afrique et, surtout, dans ce qui apparaît comme le pré carré français, au-delà de ses frasques hautement médiatisés65. D'après des chiffres plus récents pour cette compagnie, le continent représente 45% de sa production mondiale de pétrole et 14 % de celle de gaz en 2008 (soit en moyenne 33% de sa production d'hydrocarbures au lieu de 29% en 2000). En termes d'investissements en exploration et production, la part du continent dans ses investissements mondiaux du secteur est passée de 19% en 2000 à 33% en 2008, ce qui en fait, selon Total, « l'un des pôles de croissance du groupe ». Pour Eni, en 2008, 54% de sa production pétrolière sont réalisés en Afrique66.

65 Point n'est besoin ici de rappeler l'action d'un opérateur comme Elf dans la survie des régimes sous-régionaux ou dans la pérennisation des conflits. Qu'il s'agisse du conflit angolais ou de la guerre civile congolaise, on sait aujourd'hui que cette multinationale a financé toutes les parties en conflit et ce faisant, a accentué le caractère endémique de ces conflits. Joseph Vincent NTUDA EBODE, « pétrole et politique en Afrique centrale. Entre convoitises, instrumentalisation et marchandages : où est l'éthique ? », in Enjeux, n°14, Janvier - Mars 2003.

Lire dans ce sens François-Xavier VERSCHAVE et Laurent BECCARIA, Noir procès ; offense à chef d'Etat, les arènes, Paris, 2001 et François-Xavier VERSCHAVE, Noir silence ; qui arrêtera la Françafriqe ?, Les arènes, Paris, 2000. Ces documents donnent de nombreuses informations sur les dessous des relations tumultueuses entre Elf et les dirigeants africains ainsi que les conséquences de ces relations.

66 Jeune Afrique, « état de l'Afrique », hors série, 2009.

Aujourd'hui, avec plus de 400 compagnies présentes sur le sol africain, on peut dire que le continent représente une part croissante de leurs activités et de leurs investissements. Et la dimension que la rivalité et les jeux de positionnement prennent dans cet espace pousse chaque acteur à bâtir des stratégies toujours plus pointues. Ainsi, un rapport d'aoüt 2009, publié par le Royal Institute of International Affairs, analyse que les différents modes d'intervention de ces compagnies au Nigéria et en Angola se font soit directement par la conclusion de contrats pétroliers d'exploration et de production, soit par le financement connexe des secteurs de l'aval pétrolier et des infrastructures dans le cadre d'accords de type « oïl-for-infrastructure >>, trop récents pour en connaître la véritable portée à long terme67.En général, on admettra avec Michel Kounou que

parce qu'elles sont puissamment structurées sur le plan financier-leurs chiffres d'affaires respectifs dépassent parfois largement le budget, voire le Produit National Brut de nombreux Etats producteurs subsahariens- ces compagnies jouent un rôle actif en amont (exploration et production) ; les compagnies pétrolières étrangères ont structuré un monopole rigide leur permettant de pressurer les ressources stratégiques, à travers des mécanismes précis68.

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