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Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires: une analyse du déploiement américain dans le golfe de Guinée

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par Gen-serbé SINIKI
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques Publiques 2010
  

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B. c La révanche de l'individu »86 : flux réligieux et migrations dans le golfe de Guinée

L'espace golfe de Guinée est aussi en proie depuis peu à une augmentation de nouveaux acteurs religieux et à des mouvements migratoires. S'agissant des flux religieux, on peut noter deux grandes tendances : la diffusion des Eglises, notamment dans la partie sud du golfe de Guinée, et celle de l'islam dans sa partie Nord.

Il faut reconnaître que la présence du christianisme et de l'islam n'est pas un phénomène nouveau. Cependant, la diffusion de ces religions sous une certaine forme s'accentue depuis un peu plus d'une décennie. Ainsi, « les dénombrements exhaustifs d'Églises récemment effectués par des coordinations d'Églises évangéliques dans plusieurs pays du golfe de Guinée, sur une initiative et des financements nord-américains, peuvent accréditer cette interprétation »87. Un peu partout fleurissent des communautés chrétiennes influencées par des prédicateurs américains prosélytes, qui prônent un « christianisme radical et ultraconservateur »88. Au Congo, par exemple, les guerres, la peur de l'insécurité, l'enrichissement rapide de certains groupes proches des pouvoirs successifs ont donc renforcé des polarisations socio spatiales qui étaient relativement faibles à Brazzaville avant 1991. Les quartiers résidentiels aisés sont peu étendus, mais l'on y observe une concentration significative des sieges d'Églises exogènes à forts moyens.

Dans l'espace nord du Nigeria, nord et centre du Tchad, nord du Cameroun et dans une certaine mesure nord Centrafrique, qui se situe sur une bande proche du Sahel, on retrouve un mouvement des musulmans sous l'impulsion des imams venus du golfe arabo persique et du Maghreb. Il s'agit d' « un déferlement agressif et intensif »89, par la mesure des moyens mis en oeuvre et la qualité des acteurs : Arabie Saoudite, Soudan, Koweït, Maroc, etc. En ce sens, « l'émergence des organisations islamiques, en milieu non musulman, voire même musulman, [est] ressentie avec frayeur a cause de la crainte d'une dérive islamiste et islamisant »90.

86 Concept qui explique le rôle de plus en plus important qu'acquiert l'individu dans les relations internationales, jusque très stato-centrées. Nous l'empruntons à Bertrand BADIE qui l'a développé dans << Flux migratoires et relations transnationales » in Etudes internationales, vol. 24, n°1, 1993, pp. 7-16

87 Élisabeth DORIER-APPRILL et Robert ZIAVOULA, << La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale: Théologie, éthique et réseaux » Hérodote, n° 119, La Découverte, 4e trimestre 2005, p.129

88 Ibidem

89 Gondeu LADIBA, << L'émergence des organisations islamiques au Tchad : causes, enjeux et territoires » in Enjeux, n° 21, Octobre-Décembre 2004, p.17

90 Ibidem.

Par ailleurs, les Etats du golfe de Guinée sont le théâtre, comme toute l'Afrique, de nombreuses migrations. Ceci est surtout dû à la perméabilité des frontières, à la présente dans plusieurs pays à la fois des mêmes peuples, ignorant donc les tracés de territoires. Déjà, la dynamique de l'Etat concourt à développer et à politiser tout mouvement de migration. Pour Bertrand Badie, le transfert de l'allégeance communautaire vers l'allégeance étatique implique, au moins, que l'individu soit connaissable, localisable, doté d'un domicile fixe91. Ce qui peut expliquer les difficultés de capture des populations nomades par les gouvernements tchadien, camerounais ou nigérian. Ainsi d'ailleurs, l'arbitraire du découpage de l'Etat-nation maintient la mobilité permanente des populations tribales africaines dont la structure communautaire exclut toute territorialisation.

Une autre forme de ces mouvements de populations, souvent sources de tensions même entre Etats, reste le phénomène des diasporas. L'augmentation de la production énergétique dans un Etat suscite la fascination des populations des Etats voisins qui perçoivent le pays producteur comme un nouvel Eldorado. Or, la constance des diasporas constitue une situation susceptible d'encourager l'affirmation nationale des Etats d'accueil ; « ils deviennent un prétexte pour la résurgence de l'orgueil nationaliste des populations d'accueil. Cette affirmation nationale glisse parfois dans la xénophobie et a une incidence considérable sur les relations internationales »92. On ne peut, de ce fait, pas être étonné par les refoulements à répétition qui structurent les agissements gabonais et équato-guinéen concernant la migration camerounaise.93 Si « la xénophobie ici est un processus de construction des citoyennetés gabonaise et équato-guinéenne ; d'affirmation de leur identité nationale et d'endiguement de l'influence camerounaise »94, il faut reconnaître que les diasporas ont toujours eu du mal en Afrique subsaharienne chaque fois que leur nombre grandit. Toutefois, l'observation de l'échange des diasporas entre le Cameroun, le Gabon, et la Guinée Equatoriale révèle la démarcation du

91 Bertrand BADIE, op. cit., p.13.

92 Yves Alexandre CHOUALA, << Le marquage diasporique du jeu interétatique de l'Afrique du golfe de Guinée (Cameroun, Gabon, guinée équatoriale) », in Enjeux, n°13, Octobre -Décembre 2002, p. 23.

93 Lors de la fête de son parti le 17 juillet 2000 au palais des congrès de Malabo, le président OBIANG NGUEMA déclarait : Faites attention aux étrangers et surtout aux Camerounais, car ces derniers ont eu de l'argent du pétrole avant, et leurs gisements pétroliers étant déjà épuisés, ils cherchent à nous envahir, cité par Yves Alexandre CHOULA, (2), << la crise diplomatique de mars 2004 entre le Cameroun et la GuinéeEquatoriale : fondements, enjeux et perspectives », in Polis, volume 12, 2004-2005.

94 Yves Alexandre CHOUALA, (2), ibidem. Selon l'auteur, dans le golfe de Guinée en général, le Nigeria et le Cameroun constituent des puissances diasporiques. Avec près de quatre millions de ressortissants installés sur le sol camerounais, près de 50.000 en Guinée Equatoriale et au moins 10.000 au Gabon, le Nigeria s'affirme sans doute comme la puissance diasporique du golfe de Guinée. Les Camerounais au Gabon avoisinent 50.000 et en Guinée Equatoriale ils sont près de 20.000.

premier par rapport aux seconds. Ces diasporas vivent entre deux Etats, celui de provenance et celui d'accueil. Leur existence quotidienne s'insère dans des multiples espaces interstitiels de sociabilité ; d'où l'hypothèse de (( citoyens de deux Etats et demi » dont parle Yves Alexandre Chouala, c'est-à-dire l'Etat d'origine, l'Etat d'installation et les multiples réseaux associatifs, affectifs ou ethniques dans lesquels s'investissent les diasporas entrainant aussi ce que Bertrand Badie appelle (( ía crise de ía citoyenneté »95. En tout état de cause, les échanges entre ces groupes peuvent concerner les armes légères, les drogues ou encore les pratiques liées à criminalité transfrontalière, productrices de crise de l'ordre étatique96.

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