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Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
  

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VIII-2 L'IDEE DE MEMOIRE

Chaque évènement qui se déroulait dans la société traditionnelle malagasy était marqué par l'érection d'un vatolahy ou pierre levée2. L'usage de la pierre dans la commémoration n'était pas étranger à nos ancêtres. Dans son projet, Ellis avait les perspectives de créer les premiers foyers de culte durables dans la cité des mille. Il était également question d'associer à ces lieux les mémoires de ceux qui y ont perdu la vie. Aussi, les édifices cultuels avaient suivi la même ligne que les pierres commémoratives de nos ancêtres. Ils portent même le nom de Memorial Churches. Les temples commémoratifs sont des témoins de grands évènements marquant le XIXe siècle de l'Imerina. En les voyants, on arrive à se souvenir de l'une des phases cruciales de l'Histoire malagasy. Ambatonakanga ; Ambohipotsy ; Faravohitra et Ampamarinana sont les témoins de la foi des chrétiens Malagasy. Associées à cette ténacité de la foi, il y avait les interdictions de Ranavalona I de ne pratiquer autre religion que celle des ancêtres. Des persécutions avaient été lancées à l'encontre de ceux qui persistaient à suivre le « Fivavaham-bazaha ». Aussi, les temples commémoratifs sont les pierres levées des Martyrs de la foi incluant la persécution et la condamnation à mort des chrétiens. Les flèches et cloches des temples se dressaient tels des Tsangambato3. Les quatre monuments, aussi bien l'un que l'autre, constituent des mémoires de lieux mais également des lieux de mémoire. Ambatonakanga, premier édifice cultuel durable (en pierre) de la capitale, était le lieu de l'emplacement de la prison de Rasalama, la première martyre Malagasy. Cette martyre de la foi a été exécutée à coup de sagaie à Ambohipotsy en 1837 ; le deuxième site de construction. Faravohitra, quant à lui, était l'endroit où les quatre chrétiens de caste noble (Andriamasinavalona) périrent. Ils furent brulés vifs sur des buchers.

1 Firaketana ny Fiteny sy ny Zavatra Malagasy Tome I Imprimerie Industrielle de Tananarive, janvier 1937

2 « Pierres levées » in Les transformations de l'Architecture funéraire en Imerina LEBRAS (J.F.) 1971 - Les vatolahy dans le Fisakana mémoire de maitrise RANDRIANANDRASANA

3 DELAHAIGUE-PEUX

Ampamarinana, le dernier des temples commémoratifs fut bâti en la mémoire des 14 chrétiens enroulés dans des nattes puis précipités du haut de la falaise de Tsimihatsaka.

Edifiés sur les sites des martyrs, les temples commémoratifs constituaient les nouvelles bases d'un enracinement religieux. Ils témoignaient l'adoption du christianisme mais également la conversion massive du royaume merina. Les dirigeants de ces époques se faisaient, de ce fait, baptiser le 29-02- 1868. Une nouvelle orientation du régime1 s'annonçait puisque des croyances ancestrales ont été remplacées, voire même, supprimées, laissant place aux us et coutumes étrangers. Ajouté à tous ces évènements, Ranavalona II faisait construire un temple à l'intérieur de l'enceinte même du palais.

Photo.9 Photo.10

Photo. 7 : Ambatonakanga : lieu d'emprisonnement de Rasalama (dans un temple en bois devenu un étable plus tard), première Martyre Malagasy (1837). Conçu avec un style normand, il était également le premier édifice cultuel en pierre de la capitale. Il était ouvert au culte le 22 janvier 1867.

Photo. 8 : Ambohipotsy : lieu d'exécution à coup de sagaie de Rasalama et d'autres chrétiens, martyrs de la foi (1837). Au devant, (à gauche de la plaque, au premier plan) une stèle commémorant cette condamnation à mort. Son inauguration datait du 17 novembre 1868. C'est un temple avec une flècheclocher : « Norman style »

1 Madagascar et le christianisme HUBSCH (B.) éd, 1993

Photo. 11 Photo. 12

Photo 11 : Faravohitra : A cet endroit avaient péri les quatre Martyrs de caste « Andriamasinavalona » brulés vifs sur des buchers le 28 mars 1849. L'inauguration de ce temple à un style classique s'effectuait le 15 septembre 1870.

Photo 12 : Ampamarinana : Du haut de cette falaise granitique ; nommée en ces temps Tsimihatsaka (emplacement actuel en relief du nom de la capitale), 14 chrétiens y furent précipités. Les cadavres furent ensuite acheminés vers Faravohitra pour y être brulés. Le temple, également de style classique a été inauguré le 28 mars 1874.

Les temples commémoratifs se dressaient tels des monuments qui rendaient honneur aux chrétiens Malagasy ayant souffert et perdant leur vie durant le long règne de Ranavalona I. Ces édifices marquaient également la réouverture des coopérations malgacho-britannique. Ils montraient les liens inséparables entre l'Histoire des deux nations. La forme et l'aspect des bâtiments devaient rappeler aux générations futures, l'origine britannique de ces structures1. Vues les grandes contributions des Britannique dans ces constructions mais aussi dans beaucoup d'autres domaines, ces bâtiments sont des morceaux d'Angleterre implantés dans la capitale.

Ces temples commémoratifs occupent incontestablement des places vraiment importantes dans l'Histoire de l'Imerina mais également pour toute Madagascar. Ils témoignaient les différents

1 Propos d'ELLIS (W) cité par RAISON-JOURDE (F.) in Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat

changements apportés par les Européens. Souvenirs matériels d'évènements de notre Histoire, les quatre temples commémoratifs, contribuent, selon Raison-Jourde (F.)1 à faire des persécutions, l'un des chapitres le mieux fixé de la tradition merina. En plus de la commémoration des Martyrs de la foi, les Memorial Churches nous aident également à nous souvenir des grands initiateurs de ces travaux mais aussi des ouvriers Malagasy qui y avaient participé. Leur savoir faire et génie créative se matérialisaient par ces monuments.

Les Tranovato constituent sans le moindre doute, des témoins visibles des phases de l'Histoire de l'Imerina. Avec leurs unités architecturales et la matière première de construction, ces monuments sont des héritages matériels et culturels des générations futures. Ces monuments changeaient définitivement l'utilisation de la pierre. Cette matière, étant donné qu'elle était prohibée pour la construction d'habitation des vivants ; s'usait pour la demeure des morts et aussi pour la commémoration d'évènements ou de personnes. Les Memorial Churches jouent les mêmes titres et rôles que ces derniers. Dans ces recherches, Delahaigue-Peux affirme que parce qu'ils ne savaient pas écrire, les rois d'autrefois firent des pierres leur titre d'héritage ; un titre durable et qui ne serait jamais détruit2. Les temples protestants ; oeuvres d'Ellis (W.) et de ses collègues du London Missionary Society, des foyers de culte durables3 selon le but de leur construction, font partie des trésors du patrimoine architectural de la capitale. Ils sont des héritages pour les générations futures. Etant donné que ces temples constituent à la fois des lieux de mémoire et des mémoires de lieux, et que la matière principale de leur construction est la pierre, ce sont des monuments qui participent à la conservation de notre Histoire. Ces temples ont pu traverser le temps du fait qu'ils ont été construits avec la pierre. Un matériau robuste, résistant à toutes agressions extérieures. Les quatre Temples commémoratifs ; solides et durables, oeuvres et dons des Britannique étaient ; selon Sibree4, des témoins dans les temps à venir de la fermeté et le courage des chrétiens Malagasy qui avaient sacrifié leur vie plutôt que de renier leur foi envers le christianisme. Ces édifices religieux donnent une image et une nouvelle conception du matériau pierre ; considérées longtemps comme le droit exclusif des morts. Elle devenait des matériaux

1 Annales de l'Université de Madagascar série Sciences Humaines n° 11 1970

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

3 Fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861- 1869 in Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11 1970 RAISON-JOURDE (F.)

4 « We thus gave the Malagasy Christian O4 substantial and durable house prayers which will testify in all time to come to the steadfastness and courage of those to whose fidelity to conscience and to truth their country owe (...) Great building have always been a power and have given a certain fixed and enduring character to all systems with which they have been connected » in SIBREE 1924.

idéals et admirables pour construire des habitations. Les Memorial Churches sont des pierres levées1 dédiées aux Martyrs de la foi. Considérés comme tels, ils devenaient l'un des évènements marquant de l'Histoire merina. « Ils attirent la haute société et contribuent à faire des persécutions, l'un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina. Leurs inaugurations devenaient l'un des grands moments de la vie de la capitale2 ». Un nouveau cadre culturel était mis en place. On accordait une importance capitale à ces endroits.

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