WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
  

précédent sommaire suivant

CHAPITRE IX : LES EGLISES COMMEMORATIVES : DES NOUVEAUX REPERES ET SYMBOLES

Certains lieux, dans la tradition ancienne des Malagasy étaient sacrés. A ces endroits se liaient toujours des interdits3. Ces lieux, étant donné leur sacralité ; étaient toujours associés aux divinités. Des endroits où, en Imerina, les Malagasy entraient en relation avec les numineux4. Les sanctuaires ou Doany étaient et continuent de nos jours à exister ; en sont les preuves concrètes. Même à l'intérieur d'une maison malagasy, le coin Nord-est, est réservé exclusivement aux Dieux de la maison5. Aussi, des rites se déroulaient sur ces lieux sacrés afin de les honorer et demander leur bénédiction. Il y avait par exemple, des festivités spéciales lors de la période des semailles mais également de la moisson6. Les tombeaux ; les pierres et colonnes, Tsangambato et d'autres endroits figuraient également dans les lieux sacrés respectés des Malagasy.

Les douze collines7 représentaient également des lieux sacrés aussi bien pour le souverain que pour le peuple, durant les différentes monarchies de l'Imerina. Instaurées depuis le début de la royauté,

1 Fiangonana Tranovato Ambatonakanga ; ny Tantarany nandritra ny 110 taona 1977

2 Annale de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11 1970 RAISON-JOURDE (F.)

3 Taboo, RUUD (J.), Etudes des coutumes et croyances Malagasy Imprimerie Luthérienne 1970 : Il faudrait bien choisir l'emplacement idéal, le moment propice (consultation d'astrologues et devins) avant de construire une maison. D'après RATSIMIEBO (H.), dans l'ouvrage La cité des Mille, toutes constructions d'habitations étaient ; dans les temps anciens toujours liées aux destins zodiacaux.

4 La conception malgache du monde du surnaturel et de l'Homme en Imerina, MOLET (L.) Tome I, édition l'HarmattanParis

5 Fireham-pinoan'ny Ntaolo Malagasy traduction de Les conceptions religieuses des anciens Malagasy VIG (L.). Edition Ambozontany- Analamahitsy ; Karthala, 22-24 boulevard Arago 75013 Paris

6 VIG (L.) : cf. chapitre sur Toerana Masin'ny Malagasy (lieux sacrés des Malagasy)

7 D'Andrimasinavalona (1675-1710) au règne de Ranavalona III, les douze (12) collines sacrées furent Analamanga (Antananarivo), Ambohidrabiby, Alasora, Imerimanjaka, Antongona, Antsahadinta, Ambohimanga, Ilafy, NamehanaAmbohidratrimo, Amboantany, Ambohijoky et Ikaloy. Après avoir restauré l'unité merina, Andrianampoinimerina (1787- 1810) décida de consacrer les collines où résidaient ses douze épouses : Ambohimanga, Analamanga (Antananarivo), Ambohidratrimo, Ilafy, Ikaloy, Ivohilena, Merimandroso, Alasora, Miadamanjaka, Ampandrana, Ambohidratrimo et Ambohitrontsy. D'autres ouvrages affirment l'existence d'autres collines consacrées par les souverains qui se succédaient à la tête du royaume merina. Par la suite, Rasoherinamanjaka consacra Iharanandriana, Ranavalona II, Isoavinimerina et Arivonimamo, et Ranavalona III, Fenoarivo.

sur chacune d'elles se déroulaient des cultes en l'honneur des sampy, les dieux en ces temps. Sur ces sommets se trouvent des tombeaux de Vazimba ; des palais mais aussi les caveaux des rois et reines : les Trano Masina. Les sampy, dieux visibles et protecteurs de la cité s'y trouvaient également1. Les collines dites sacrées étaient des références pour tous. Mais avec l'arrivée des missionnaires européens, dans l'intention d'une évangélisation, de grands changements faisaient ses apparitions. Avec la conversion massive et l'implantation des foyers de culte, surtout les temples commémoratifs des Britannique, de nouveaux repères et références apparaissaient dans la capitale.

IX-1 DES REFERENCES TEMPORELLES ET SPATIALES FACE AUX DOUZE COLLINES DITES SACREES

Edifiés sur des sites dont Ellis, initiateur des projets de construction, n'avait pas choisi au hasard. Les quatre temples commémoratifs constituaient de nouveaux repères et références aussi bien dans l'espace que dans le temps. Par les faits Historiques importants qui s'y étaient produits, ces lieux ont gagné le rang d'endroits sacrés aux yeux des chrétiens Malagasy, face aux douze collines dites sacrées et vénérées par les païens. A coté des collines sacrées de l'Imerina, les temples commémoratifs constituaient également des lieux sacrés pour les chrétiens2. Ces sites gagnaient de nouveaux statuts. En effet, certains étaient considérés depuis toujours tels des lieux maudits et malfamés3. Faravohitra et Ambohipotsy en étaient. On y abandonna aux chiens et aux oiseaux le corps d'un condamné. Ambohipotsy était le lieu où l'on jetait toute impureté car c'est le côté Sud (les objets d'un mort : oreillers-nattes...)4. La colline blanche était également soupçonnée d'être un lieu hanté. Les quatre sites, monuments en pierre, devenaient des endroits sacrés sur lesquels des cultes se déroulaient en l'honneur du « dieu de l'occident » adopté par la population locale devenue pour la plupart des chrétiens. Aussi, les sites désolés et malfamés abritaient depuis, des temples commémoratifs, d'immenses lieux de cultes totalement étrangers à la population5. Face aux collines sacrées de la capitale, les quatre temples commémoratifs contribuaient à faire de l'Imerina le lieu de l'enracinement chrétien6. Ces temples, édifiés sur les sites de martyrs constituaient, en ces temps, la base du nouvel

1 I Madagasikara sy ny Fivavahana kristianina, édition Karthala- Ambozontany 1993 : Nalamin'Andrianampoinimerina ny sampy. Nomena lanja teo amin'ny Fanjakana. Miisa 12 ny sampy masina ho an'ny tany sy ny Fanjakana

2 La fondation des Temples protestante à Tananarive entre 1861- 1869 in Annale de l'université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11- 1970 RAISON-JOURDE (F.)

3 RAISON-JOURDE (F.) op. Cité

4 AMBOHIPOTSY, RAVEL (H.) 1968-, RAISON-JOURDE (F.)

5 Bible et pouvoir à Madagascar : Construction Nationale de l'identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle RAISON-JOURDE (F.) Thèse de Doctorat 1988-1989

6 Madagascar et le christianisme HUBSCH éd. Édition Karthala- Ambozontany 1993

enracinement religieux du royaume devenu chrétien, depuis la montée au pouvoir de Ranavalona II. Ils constituaient alors les nouveaux lieux sacrés de culte du royaume. De ce fait, les endroits sacrés, en l'occurrence le palais (rova) où l'on gardait les sampy de l'ancienne société perdaient leur valeur. Aussi, les temples commémoratifs devenaient des références temporelles incontournables pour la capitale. Ils contribuaient à faire de ces lieux des emplacements sacrés où se déroulaient des cultes de vénération d'un nouveau dieu et sont en perpétuelle continuation de nos jours. Ils commémorent le sacrifice des martyrs de la foi. En outre, ils témoignent à travers le temps, la triomphe du christianisme face à une religion traditionnelle. Ces monuments cultuels avaient pu rester intacts malgré les années et les intempéries qui avaient traversé le pays. Ils constituent donc ainsi de nouvelles références identitaires pour les chrétiens de l'Imerina. Les Memorial Churches sont des orientations pour la génération future. Ils font partie des séquences les plus importantes de notre passé, notre Histoire. Se référant aux évènements marquant qui se sont déroulés sur ces sites, les emplacements des temples commémoratifs constituaient également des lieux sacrés. En effet, face aux endroits vénérés et adorés des païens (tels les collines dites sacrées de l'Imerina et autres sites), ces lieux devenaient sacrés pour ceux qui adoptaient le christianisme. Ces endroits ont été vénérés depuis, en tant que lieux sacrés. Ceci du fait des sacrifices des martyrs de la foi. Des cultes et cérémonies en l'honneur du « dieu » s'y déroulaient hebdomadairement1.

Construits sur les hauteurs de la capitale, les temples commémoratifs couvraient bien le panorama de la ville d'Antananarivo. D'ailleurs, Ellis (W.)2avait remarqué, lorsqu'il les parcourait que : « combien ces sites étaient des points bien en vue par rapport à la topographie générale du site de la ville ». Ces sites se préparaient donc à accueillir des églises. A l'extrême Sud de la colline, le temple d'Ambohipotsy, est érigé en mémoire de l'évènement du 28 mars 1849. Elle donne une grande ouverture sur tout le coté ouest de la capitale. Faravohitra, le temple des petits enfants de la Grande Bretagne, quant à lui, occupe le coté nord de la colline. Ces temples attirent l'intérêt de tous, chrétiens ou non3. Ces temples commémoratifs et d'autres édifices cultuels ; au même titre que le palais avec une carapace en pierre, constituaient de nouveaux repères et références identitaires dans l'espace. Les temples commémoratifs constituent de nouvelles références spatiales pour la capitale. Ces monuments en pierre aussi bien que

1 Ranavalona II, lors de son Kabary le 29 octobre 1868, avait sorti une loi. Elle ordonnait qu'en Imerina, les marchés hebdomadaires qui se tenaient jusqu'alors les dimanches fussent transférés le lundi ou le samedi. Cf. La conception malgache du monde surnaturel et de l'Homme en Imerina Tome I, édition l'Harmattan.

2 Fiangonana Tranovato ambonin'Ampamarinana 1874- 20quatre. Ambohipotsy- Faravohitra et Ampamarinana, selon RAISON-JOURDE (F.) in Construction Nationale de l'identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle, sont effectivement biens situés pour s'imposer à la vue et pour donner l'ensemble de l'espace par la vue deux points étroitement liés à la symbolique merina du pouvoir. L'argument de la vue ne s'imposait nullement à Ambatonakanga.

3 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n°11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

d'autres édifices qui garnissent la haute ville forment des repères visibles de loin. Ces édifices monumentaux en pierre, avec des modèles européens font partie des marques distinctives de la capitale. A travers le temps, ils vont constituer, pour les générations futures des références et repères montrant l'enracinement religieux ainsi que la présence pour les chrétiens de nouveaux lieux sacrés face aux douze collines sacrées des païens. Ils étaient également, suivant le projet d'Ellis (W.) érigés en mémoire des chrétiens qui sacrifiaient leur vie pour la foi.

IX-2 SOUVENIRS DES MARTYRS DE LA FOI DU XIXe SIECLE

Le but ultime de la mission britannique par les idées fructueuses d'Ellis (W.) avant tout, c'était de rendre hommage aux personnes qui avaient été condamnées durant les persécutions sous Ranavalona I1. L'édification des quatre églises commémoratives avait pour but d'associer à des lieux de culte la mémoire de ces confesseurs de la foi2. Aussi, ces édifices cultuels, implantés sur les hauteurs de la capitale rappellent les évènements et faits marquant de l'Histoire du christianisme en Imerina mais également pour Madagascar. L'ardeur et la ténacité de la foi qu'avaient ces chrétiens se reflètent par ces édifices cultuels en pierre. Aussi, dans les temps à venir, ces monuments, robustes et durables vont continuer à témoigner la grandeur de la foi des Malagasy à un dieu qu'ils n'avaient jamais jusqu'alors, connu. Les Memorial Churches servaient également à montrer à tous, le changement ainsi que l'adoption du christianisme comme la religion de l'Etat.

Une des coutumes malagasy était ici, prise et utilisée par les missionnaires britanniques. On sait bien les usages de la pierre dans la civilisation malagasy. Celle-ci a été utilisée pour marquer des évènements ou bien de personnes. Avec la même matière, la pierre, les Britannique et les ouvriers locaux érigeaient des maisons entièrement en pierre (Tranovato) pour honorer dieu et pour la mémoire des martyrs

Malagasy. Les flèches grises et les cloches de ces Temples commémoratifs, selon Delahaigue-Peux3 se dressaient tels des Tsangambato. Visibles de loin, ces monuments permettront aux générations futures de se situer par rapport au passé qu'avaient vécu la capitale et ses habitants. Les temples commémoratifs, le temple du palais et autres édifices de la haute ville, témoignaient la volonté de changer un culte par un autre4. Leur construction annonçait l'installation définitive du christianisme à

1 Sous le règne de Ranavalona I, ELLIS (W.) a été autorisé à venir à Antananarivo et a pu parcourir les sites de persécution. Il avait alors remarqué combien ces points se prêtaient à la construction d'églises.

2 Madagascar et le Christianisme HUBSCH (B.), éd. édition Ambozontany/Karthala 1993

3 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

4 HUBSCH (B.) édition Ambozontany/Karthala 1993 op. Cit. Cette volonté d'adopter la religion des étrangers, comme l'affirme RAISON-JOURDE (F.) in Bible et pouvoir à Madagascar, invention d'une identité chrétienne et construction de

Madagascar, d'un coté et de l'autre, l'abandon des cultes traditionnels. Mais ces Memorial Churches contribuaient également à faire de ces sites des lieux sacrés, commémorant dans tous les temps à venir, les martyrs Malagasy. Ces lieux de mémoire et mémoires de lieux témoignaient le courage des chrétiens Malagasy qui sacrifiaient leur vie plutôt qu'abandonner leur foi. On peut alors parcourir de l'extrême Sud de la colline de l'Imerina jusqu'à l'autre bout, au Nord, trois sites où s'érigent des édifices cultuels importants pour les Malagasy. Ambatonakanga, même sur un endroit à faible hauteur, n'est pas du tout de moindre importance que les autres. Étant donné que c'est l'implantation du premier temple1 en pierre en Imerina mais aussi dans le pays. Ces sites devraient faire rappeler aux générations futures le supplice des chrétiens Malagasy mais aussi leur sacrifice. Ambatonakanga est dédié à Rasalama, première martyre malagasy (lieu où elle était emprisonnée). Celle-ci a été exécutée à Ambohipotsy, deuxième site de monuments de souvenir. Quatre chrétiens ont été brulés vifs en 1849, à Faravohitra, et 14 autres furent précipités à Ampamarinana la même année. Ce sont respectivement le troisième et quatrième temple, souvenirs monumentaux en pierre de taille, rendant hommage aux confesseurs de la foi chrétienne en Imerina.

Souvenirs matériels et esthétiques d'évènements très importants de l'Histoire de Madagascar, les temples commémoratifs constituaient les témoins de la foi des chrétiens malagasy. Les temples commémoratifs attirent la haute société. Ils intègrent les martyrs au coeur de l'Histoire malagasy et contribuent à faire des persécutions l'un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina2. Leurs lieux d'implantation devenaient depuis, des lieux vénérés (car lieux de sacrifice des Martyrs) en tant qu'endroits sacrés. En souvenir de ces sacrifices et du courage que ces personnages importants du christianisme de l'Imerina faisaient preuve, la Société des Missions de Londres (L.M.S) par les idées d'Ellis érigeait des édifices cultuels en mémoire de ces confesseurs de la foi. Ces monuments de pierre, trésors du patrimoine architectural se dressaient sur la colline de l'Imerina, avec leurs flèches telles des Tsangambato, commémorant pour des années, ces personnes. Les liens aux martyrs étaient rappelés par les chrétiens pour définir leur identité de chrétien malagasy. En effet, les temples commémoratifs étaient les témoins visibles de la nouvelle appartenance religieuse des Malagasy. Ces monuments commémorent également la massive contribution des Britannique dans l'évangélisation, en créant des

l'Etat étaient justifiée par la conversion des dirigeants de ces temps au protestantisme. Ils se faisaient baptiser le 21 février 1869. Lors du FISEHOANA, Ranavalona II avait à ses cotés une bible à la place des sampy royales qui peu de temps après avaient été brulés sous les ordres de la reine. Des nouvelles interdictions apparaissaient également. Le dimanche par exemple, le marché était interdit - arrêt de toutes les corvées et tous manoeuvres militaires.

1 Ambatonakanga, église protestante 1867- 1977. Les quatre temples figurent également parmi les neuf églises mères de la capitale.

2 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines, n° 11 1970

foyers de culte durable, en associant la mémoire des martyrs. Ces monuments de souvenir annonçaient également le début d'une révolution dans le domaine du bâti en Imerina. On assistait à l'apparition de nouvelles techniques de construction avec l'utilisation d'un matériau qui, auparavant, était réservé exclusivement à la demeure des morts. Donnons un dernier mot de synthèse à notre travail.

précédent sommaire suivant