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La place de l'hospitalité dans une prestation touristique sur mesure


par Aureliana Paula Florencio
Nouvelle Sorbonne - Master 2 2012
  

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2.1.1 Approche sociologique de l'hospitalité

Une revue de la littérature existante sur les concepts d'hospitalité montre un grand nombre d'ouvrages qui s'y rapporte.

Pour Gotman, « L'hospitalité comporte toute une gamme de dons et même une part de sacrifice, si ces dons doivent altérer la position du donateur, soit de manière négative, en le privant, soit de manière positive, en opérant un changement en lui. » (2001: 149).

Elle voit dans l'hospitalité une démarche qui consiste pour l'hôte à donner de sa personne, voire à faire des sacrifices personnels.

Cette notion de don est développée par Mauss comme quelque chose de naturel, ancrée dans les racines de nos sociétés. « On peut et on doit revenir à de l'archaïque ; à des éléments ; on retrouvera des motifs de vie et d'action que connaissent encore des sociétés et des classes nombreuses : la joie à donner en public ; le plaisir de la dépense artistique généreuse ; celui de l'hospitalité et de la fête privée et publique » (2002 : 93).

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Il explique ce phénomène du don par des mécanismes de société basiques : « Les sociétés ont progressé dans la mesure où elles-mêmes, leurs sous-groupes et enfin leurs individus, ont su stabiliser leurs rapports, donner, recevoir, et enfin, rendre. Pour commencer, il fallut d'abord savoir poser les lances. C'est alors qu'on réussit à échanger les biens et les personnes, non plus seulement de clans à clans, mais de tribus à tribus et de nations à nations et - surtout - d'individus à individus. » (2002 : 105).

Toutes les relations sociales qui impliquent le don sont alors basées sur cette séquence : « donner, recevoir et rendre ». Le contact humain n'est pas établi comme un contrat, mais comme une « loi non écrite » qui commence par un don de quelqu'un qui génère le retour et qui implique un nouveau don et rendre dans un processus sans fin.

Pour aller plus loin, Godbout explique le don dans l'hospitalité par le besoin de faire partie de quelque chose : « Pourquoi donne-t-on ? Si on admet ce qui précède, la réponse est simple : pour se relier, se brancher sur la vie, pour faire circuler les choses dans un système vivant, pour rompre la solitude, faire partie de chaine à nouveau, transmettre, sentir qu'on n'est pas seul et qu'on « appartient », qu'on fait partie de quelque chose de plus vaste, et notamment de l'humanité, à chaque fois qu'on fait un don à un inconnu, étranger, vivant à l'autre bout de la planète, qu'on ne verra jamais. » (1993 : 25). L'hospitalité relèverait donc d'une manière de se sentir intégré dans une société, que ce soit en tant qu'hôte, qui partage une partie de son mode de vie, ou en tant qu'invité qui se sent incorporé dans un nouveau milieu.

Mauss analyse en somme que le don n'est jamais totalement altruiste, désintéressé, il répond à des normes sociales voire même à des stratégies. C'est ce qu'il appelle des "dons offensifs", puisque donner implique de recevoir. Aussi, il est possible de considérer que les éléments d'hospitalité, a priori non monnayables, car non objectivables, en sont incompatibles avec une rémunération. Toute la difficulté étant de mettre un prix à cette hospitalité latente.

Toutes ces approches basées sur le don permettent d'expliquer le concept d'hospitalité en dehors de tout contrat d'argent. Le « donner, recevoir, et enfin, rendre » de Mauss permet aussi de voir l'hospitalité du point de vue de l'invité, puisque sous cet angle, cela amène l'invité dans le domaine de l'échange. En effet, le don implique implicitement un retour sans que la forme ne soit définie ni même définissable. Si l'invité n'est pas dans l'état

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d'esprit du rendre, par un échange de politesse ou de quelconque bons procédés, alors le concept d'hospitalité ne peut pas fonctionner.

C'est ce que dit Gotman lorsqu'elle écrit : « L'hospitalité peut être définie comme ce qui permet à des individus et des familles de lieux différents de faire société, de se loger et de se rendre des services mutuellement et réciproquement. (É) L'hospitalité suppose aussi et peut-être surtout un dispositif, un cadre, un protocole qui garantit l'arrivée, la rencontre, le séjour et le départ de l'hôte. » (2001 : 3). Cette référence à un cadre nécessaire, appliquée à l'hospitalité dans le tourisme, implique que des règles tacites soient respectées.

On a précédemment défini l'hospitalité brésilienne comme étant informelle, tout en soulignant que cela pouvait poser des problèmes culturels. De ce point de vue, l'hospitalité brésilienne, ne répondant pas au « protocole » le plus commun, peut paradoxalement être un frein à une hospitalité adaptée à toutes les cultures. Par exemple au Brésil, le fait de serrer dans ses bras quelqu'un qu'on ne connaît pas, peut être mal perçu par un français, alors que c'est tout à fait naturel pour un Brésilien.

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