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Freemium et presse quotidienne numérique


par Thomas GUSTAVE
Université d'Aix en Provence - Master 2 2013
  

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VI. Les lecteurs et la presse numérique :

Dans cette dernière partie nous allons étudier les usages des lecteurs-consommateurs avec l'actualité et la presse numérique.

Se baser uniquement sur le Benchmark des principaux modèles ne permet de voir que le côté économique, pourtant ce sont les consommateurs eux mêmes qui ont une partie des réponses, nous chercherons à savoir quels sont les moyens qui permettraient de les fidéliser au mieux et ainsi les pousser à payer pour un contenu qu'ils jugerons nécessaire.

Tout d'abord nous allons nous attacher à mettre en lumière ces changements à travers un bloc conceptuel, pour cela nous allons étudier la mutation des usages sociaux de l'actualité pour ensuite nous diriger vers la nouvelle norme culturelle que représente le gratuit. Enfin nous terminerons cette étude théorique en étudiant de plus près la génération Y et son usage de l'information.

Enfin nous terminerons cette partie en réalisant une suite d'entretiens avec des lecteurs-consommateurs de presse écrite pour cerner les usages des lecteurs d'aujourd'hui.

La mutation des usages sociaux de l'actualité :

Mon étude exploratoire m'a permit de mettre en évidence l'implication du facteur social dans la crise de la presse, et l'ensemble des mouvements économiques sont accompagnés d'une mutation profonde de la relation des français à la presse et plus précisément à l'actualité (Étant la principale matière de la presse écrite je m'appuierai principalement sur l'étude de cette dernière).

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En effet, il apparaît qu'à l'intérieur de la presse écrite, les quotidiens et journaux d'actualités sont ceux qui soufrent le plus, par rapport par exemple aux magasines qui se révèlent plus en phase avec les attendent des lecteurs d'aujourd'hui74.

Je m'appuie durant cette première sous partie sur les travaux de GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien, qui mettent en lumière une modification primordiale : « la gamme étendue des sources médiatiques ainsi que l'évolution dans les manières de s'informer reconfigurent pour partie le rapport que les citoyens entretiennent aux contenus d'actualité et à leurs utilités sociales »75.

Il s'opère depuis très longtemps déjà un élargissement des répertoires d'usage de l'actualité : la presse, la radio, la télévision et aujourd'hui Internet. Cet élargissement s'accompagne d'une segmentation générationnelle évolutive. En effet, chaque génération ne se répartie pas également sur chacun des supports de l'actualité cités plus haut.

On remarque bien sur une tendance au mix média (les usagers utilisent l'ensemble des supports pour s'informer), mais « les couplages médiatiques comprenant internet » sont largement majoritaire (59%), alors qu'à contrario les couplages traditionnels ne représentent plus que 35%76.

Ainsi grâce à l'élargissement des supports de l'actualité et de l'information, les usages se déplacent et se modifient, à l'avantage d'Internet, le support numérique est aujourd'hui plus en phase avec les nouveaux usages sociaux propre à l'actualité et à l'information.

La première raison pour laquelle les internautes préfèrent Internet pour s'informer sur l'actualité est sa réactivité, et la possibilité d'accéder aux contenus à n'importe quel moment77.

Ce besoin d'instantanéité est primordial dans l'accès à l'information aujourd'hui, cela semble d'ailleurs s'accentuer chez les nouvelles générations (Nous reviendrons sur ce point lors de notre dernier chapitre qui étudiera plus précisément la génération Y).

7" CHARON Jean-Marie (2010), De la presse imprimée à la presse numérique, Le débat français, Réseaux 2010/2 n° 160, p. 260.

7 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n° 160-161, p. 225-253.

76 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n° 160-161, p. 230.

77 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n° 160-161, p. 230.

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De même il ne semble pas y avoir de réel phénomène de désintéressement pour l'actualité, en effet jamais la population française n'a été autant sollicitée par des contenus d'actualité. Et Internet confirme cette évolution, grâce à la multiplicité des sources médiatiques la population est d'avantage consciente et au courant de l'actualité qu'avant.

Bien sur cela ne traduit pas un réel souhait des individus à s'informer, pour les internautes, « 32% affirment être très intéressés par l'actualité en général, 51% moyennement, 17% peu ou pas du tout »78.

Les personnes consultant le plus Internet pour l'actualité sont aussi celles consommant le plus les autres médias traditionnels, Internet ne serait ainsi qu'un moyen supplémentaire de s'informer.

L'étude de GRANJON & LE FOULGOC sur laquelle je m'appuie rejoint mon développement sur l'organisation économique des sites de presse en première partie.

Nous avions vu qu'il était plus rentable pour un site Internet de presse de publier des contenus généralistes pour être plus facilement indentifiable par le référencement des moteurs de recherches. Les comportements des internautes rejoignent ce constat, puisque « 47% d'entres eux reconnaissent surfer sur des sites généralistes contre 14% pour des sites spécialisés »79. Les moteurs de recherche sont très utilisés par les internautes, ils recherchent l'actualité par leurs intermédiaires, pour un gain de temps et d'efficacité.

De plus sur l'ensemble de la population internaute les « contenus sémiotiques », c'est à dire articles « écrits » classiques restent les plus plébiscites, considérés plus objectifs et complet. Le format presse dit « classique » est donc encore le plus légitime.

Cette tendance est cependant à reconsidérer pour les nouvelles générations, on remarque des usages très différenciés selon l'âge, principalement les plus jeunes. Je développerai ce sujet dans ma troisième sous partie.

Mon étude montre aussi une évolution dans les rapports aux médias en général. En effet, cette relation avec l'actualité n'est pas la même pour toute la société. On remarque ainsi une segmentation sociale.

78 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 230.

7A GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 232.

Aujourd'hui la population évolue dans un « bain médiatique », dans lequel l'accès à l'information et à l'actualité est très facile mais aussi extrêmement important.

Cet excès d'information n'est pas vécu par tous les individus de la même manière, très souvent perçu comme une « abondance qui pèse sur le plus grand nombre »80.

En effet, cette abondance médiatique peut entrainer des inquiétudes et des incompréhensions face à un environnement de plus en plus complexe. Cela peut porter par exemple à un recentrage de l'intérêt sur l'information régionale ou nationale.

On retrouve moins cette tendance chez la classe sociale des plus diplômés, ces derniers sont ceux qui se saisissent le mieux des multiples opportunités qu'offre les nouveaux moyens d'information.

Seul la « routine d'information » ne semble pas être bouleversée par l'arrivée d'internet, ce dernier vient simplement se greffer aux habitudes établies : radio le matin dans la voiture, presse quotidienne, sites d'information dans la journée au travail ou à la maison, journal télévisé le soir.

La principale habitude en mouvement est l'apprivoisement du « tout gratuit » par les consommateurs.

Ces derniers n'estiment plus devoir payer pour avoir accès à l'information, internet et les quotidiens gratuits s'inscrivant dans cette tendance, ils se voient être de plus en plus plébiscités.

Ce sujet fera l'objet de la prochaine sous partie.

80 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 236.

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Le « tout gratuit » comme nouvelle norme :

L'intégration du « tout gratuit » grâce notamment à Internet a changé la façon des internautes d'aborder les contenus de presse, en effet à travers ce nouveau modèle économique la valeur a été déplacé.

Pour beaucoup comme le théoricien du cyberespace John Perry Barlow, ce modèle est représentatif de l'économie du futur, lequel sera fondé d'après lui sur « les relations plutôt que sur la propriété »81.

Le « tout gratuit » s'est emparé de la presse et surtout de l'actualité, permettant de distiller à longueur de temps des informations brèves et synthétiques sur plus ou moins tous les sujets possibles.

Pour les éditeurs cette normalisation du gratuit les oblige à s'aligner, mais aussi de rechercher de nouveaux moyens de tarification de leurs biens informationnels.

Socialement cette facilité d'accès à l'information grâce à sa gratuité, engendre autour d'un site internet un « effet catalyseur de conversation »82.

La gratuité d'un contenu permettra une promotion à coût zéro, et augmentera sa visibilité, plus les gens en parleront (partage via les réseaux sociaux, mails...) plus il y aura de trafic pour le site internet.

A partir de cet effet catalyseur, on peut observer un effet de communauté autour de certains sites internet. La presse les grands quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro on beaucoup misés sur ce phénomène social numérique.

En effet, les personnes se sentant proches idéologiquement de tel ou tel journal, auront tendance à faire partager leurs lectures à leurs amis sensibles aux mêmes contenus.

Cet effet de communauté, prend son essence dans la confiance octroyée à ses amis et dans les contenus qu'ils partagent. Les réseaux sociaux ont un rôle très important dans ce phénomène puisque qu'ils se retrouvent en plateforme relaie de la confiance.

81 Sophie BOUDET-DALBIN (07/2011), La culture du gratuit à l'ère d'Internet », www.mythe-imaginaire-societe.fr.

82 Sophie BOUDET-DALBIN (07/2011), La culture du gratuit à l'ère d'Internet », www.mythe-imaginaire-societe.fr.

Ainsi Facebook, au même titre que les moteurs de recherche est aussi un moyen de se saisir d'informations et de l'actualité, les éditeurs devront certainement évaluer ce terrain pour l'investir efficacement comme lieu de croisement de l'information et donc de leurs contenus.

De plus Internet permet une relation particulière entre les journalistes, éditeurs et les lecteurs. Ces derniers peuvent critiquer, échanger, fournir des avis et des informations supplémentaires. Cette interactivité peut même aller jusqu'à l'apport de contenu de « non journalistes », par exemple « Rue 89 » et « Le Post » deux pure player83, on choisit d'intégrer à leurs contenus des blogs et articles d'internautes faisant partie de la communauté.

Une interrelation est alors créée entre journalistes experts et internautes de base, permettant un ajouts de contenus gratuitement.

Cet enrichissement de la communauté par la communauté est appelé le Crowdsourcing. Il permet à travers le modèle économique du gratuit, une co-création de valeur importante.

Cependant toutes ces utilisations sociales de l'information, sont en constante évolution et le resteront tant que les technologies feront de même : « Il faut aller au-delà de la technique : innover, c'est réinventer métiers, modes d'organisation et styles de management. En d'autres termes, innovations technique et socio-organisationnelle forment un tout indissociable»84.

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83 Sites de presse uniquement Online.

84 André-Yves PORTNOFF (2003), Sentiers d'innovation, Lavoisier, Paris, p.64.

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La génération Y :

L'arrivée d'internet a effectivement chamboulée les habitudes de consommation d'une partie des lecteurs, mais la catégorie de personnes où cet impact est le plus important reste chez les plus jeunes, chez les représentants de la génération Y (entre 15 et 30 ans).

Ces derniers, les digital natives, ont grandis avec Internet mais aussi avec les usages propres à ce média, c'est à dire l'instantanéité, la variété, et le partage.

Clairement même si l'on pouvait segmenter la population en différentes couches d'âge, la génération Y fait figure d'exception tant ses usages diffèrent de ses ainés.

La presse écrite papier ne correspond plus vraiment aux attentes de cette génération, les usages diffèrent avec l'âge et ces derniers se retrouvent plus en accord avec les possibilités qu'offre internet.

En premier lieu cette génération marque un fort intérêt pour le support média propre à internet qui permet une variété d'usages, mêlant vidéos, blogs, radios musicales, et articles en tout genre. Les jeunes piochent dans l'immense réserve d'information qu'est internet dans le but d'être au courant et « à la page » des nouveautés issues de ses centres d'intérêts.

Évidemment cette consommation très diverse demande une parfaite connaissance de l'outil Internet, ce qui est une spécificité de la génération Y85.

Cette consommation qualifiée d'hybride, fait émerger des articles correspondant à cette attente, plus courts, contenant des compléments multimédia (vidéos, photos), enrichis en liens hypertextes pour un meilleur référencement, il permettent une lecture certes plus rapide, mais aussi plus superficielle.

Les jeunes se sont totalement appropriés cet usage d'internet, et délaisses plus que les autres générations la presse papier et les livres86, le net étant en phase avec leurs modalités de consommation, appelée la « consommation zapping », permettant de passer d'un sujet à un autre en toute liberté et très rapidement.

85 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 242.

86 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 242.

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Cette pratique très présente chez les jeunes, permet de piocher des informations sans forcément lire tout un article ou un développement, cela permet de s'exposer à une large variété de contenus, mais d'une façon plus superficielle.

« Cette mix pratique que constituent leurs routines médiatiques ressaisies par la logique réticulaire d'internet, les engagent (génération Y) peut être plus facilement dans des modes de consommation plus flottant »87

Ce constat se confirme dans les fréquences de consommation de la presse des jeunes internautes, les durées de consultation diminuent alors que leurs fréquences augmentent88.

Cette façon de s'informer grâce à internet fait naitre une lecture passive, les individus ne recherchent plus vraiment une information précise (pour ce qui est de l'actualité), mais surfent sur des sites leurs offrant tout un choix d'information, ils se saisissent ensuite de ce qui les intéressent. La prolifération des sites généralistes est représentative de ces comportements. Ainsi dans ce nouveau cadre, l'information synthétique devient une véritable valeur ajoutée, ce qui est à contrario beaucoup moins recherché et même critiqué par les générations plus anciennes.

Comme nous l'avons évoqué plus tôt, les réseaux sociaux sont un terrain propice au partage de contenus d'actualité et d'articles de presse en général. Mais chez la génération Y, la fréquentation quotidienne de ces sites internet atteint des pourcentages très élevés (environ 60% des jeunes européens ont un profil sur un réseau social), la possibilité d'échanger des contenus augmente donc sensiblement.

Les individus appartenant à cette génération sont les prochains actifs de la société (cela est déjà le cas pour les plus âgés), les usages propres à cette génération tendent donc à se généraliser. Les éditeurs de presse doivent se saisir de ces comportements pour adapter au mieux leurs contenus et les sites de presse numérique. En étudiant de prêt les usages de la génération Y, on peut entrevoir les usages futur liés à la presse écrite. Et pour l'instant cela est plutôt de mauvaise augure pour la presse papier, il s'agira par conséquent de bien répondre aux besoins qui vont émerger dans les prochaines années.

87 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 242.

88 GRANJON Fabien et LE FOULGOC Aurélien (2010), Les usages sociaux de l'actualité, L'Expérience médiatique des publics internautes, Réseaux, 2010/2 n 160-161, p. 243.

Cette partie a permit de mettre en lumière l'importance de l'impact sociologique dans l'évolution des usages de l'information et de la presse écrite.

Internet permettant ces nouveaux usages, le média attire un nombre chaque année plus important de lecteurs.

Pour la plupart le net ne remplace pas un autre média mais vient en complément, et c'est chez les plus jeunes (génération Y), que l'ont retrouve des comportements très orientés sur le numérique au détriment principalement de la presse papier.

Il s'agira donc de rester à l'écoute des besoins des jeunes générations pour pouvoir adapter au mieux le modèle de la presse numérique.

Entretiens qualitatifs semi directifs :

Pour cette dernière sous-partie, je vais tenter de mettre en lumière les nouveaux usages de consommation de la presse numérique, pour pouvoir cerner les besoins des lecteurs-consommateurs, et compléter ainsi mon guide des bonnes pratiques concernant les offres Freemium des quotidiens français.

Pour cela j'ai conduis six entretiens semi directif, chacun durant entre 30 minutes et 1 heure, en tentant d'aborder le plus de sujets possible autour de ma problématique, à savoir, la presse écrite papier et numérique, la fidélité à un quotidien, les sites d'information, la crise de la presse, le format Freemium, les nouveau usages de consommation... Le compte rendu complet des entretiens sera fournit en annexe.

La sélection des interviewés s'est faite par rapport à leurs âges respectifs pour tenter d'avoir des retours représentatifs de la population puis dans un second temps vis à vis de leurs relations à la presse, tous consomment la presse écrite mais leurs usages diffèrent, il était important de pouvoir étudier l'ensemble de ces pratiques pour prendre suffisamment de recul sur ma problématique et mes futures préconisations.

Je résumerai dans un premier temps chaque entretien, en faisant ressortir les sujets abordés et les notions mises en avant. Pour ensuite tenter de décrire les relations modernes des lecteurs avec leurs journaux, avec le gratuit, et le payant.

Interview n°1 avec Francis Gustave :

Entretien avec Francis GUSTAVE, dépositaire de presse pour les régions de l'Ariège, de la Cerdagne et du Capcir, 52 ans.

Francis Gustave lors de son entretien a évoqué dans un premier temps son métier, distributeur de presse, responsable d'une zone rassemblant l'Ariège, la Cerdagne et le Capcir avec 150 bureaux de presse. Son entreprise comprend 15 employés pour 7 tournées différentes.

Son entreprise distribue l'ensemble des quotidiens que nous avons étudié, nationaux et régionaux.

Son métier est en pleine restructuration, le secteur perdant du chiffre d'affaires chaque année, on impose aux distributeurs de presse de faire des économies d'échelle, il y a 20 ans il y avait un millier de distributeurs comme Mr Gustave aujourd'hui on est passé à 90 dépositaires pour tout le pays.

Il faut donc se diversifier et Mr Gustave essaye aujourd'hui d'attirer d'autres produits qui pourraient vouloir profiter de son réseau de distribution comme la livraison de produits commandés sur Internet (Zalando...).

De plus l'une des façons de concurrencer le numérique est pour lui le portage, réussir à distribuer aux domiciles des lecteurs n'importe quel quotidien est un avantage très important pour que le papier perdure. De même il met en lumière les suppléments du week-end qui ont boostés les ventes ces dernières années, ils sont très populaires.

Concernant le numérique il pense que ce dernier qui avait tant fait peur aux éditeurs et aux différents métiers du secteur, est aujourd'hui considéré comme un support différent de lecture et de consommation qui vient compléter le papier. Pour lui le numérique ne cannibalisera pas le papier. Surtout dans des régions comme l'Ariège où les usages de l'information ne sont pas encore trop penchées sur le numérique, et ce cas concerne une grande partie du pays et des générations plus âgées.

Il relie directement les nouvelles générations au support numérique, de part son format plus synthétique et le fait que son accès soit très souvent gratuit, l'effet prix est essentiel nous dit-il ! Il met d'ailleurs en exergue que les plus fortes baisses concernent très souvent les titres les plus cher. De même la presse adolescente est elle aussi en baisse, ce qui transcrit un désintérêt des jeunes pour la presse quotidienne et les magazines.

Il nous rappelle ensuite que c'est le « print » qui finance aujourd'hui le « web », payer des journalistes uniquement pour le web n'est pour lui pas suffisamment rentable.

Pour l'instant il rappelle que les revenus web grâce à la publicité n'est pas suffisante pour réellement faire décoller la presse numérique.

Il rappelle aussi que les éditeurs ne veulent pas trop étoffer leurs sites internet, fournissant des articles moins complets pour amener à acheter la version papier, et cette pratique continuera encore d'après lui et les éditeurs tant que la rentabilité numérique ne sera améliorée.

Cependant il nous rappelle que certains éditeurs investissent beaucoup au développent d'applications mobile comme Le Monde et Le Figaro qui communiquent beaucoup en interne dans le secteur.

Mais pour Mr Gustave, un basculement pourrait survenir dans les 10 prochaines années, lorsque le réseau de distribution des journaux papiers sera trop déficitaire ce dernier pourrait être amené à disparaître sans aides extérieures comme celle de l'État par exemple.

Interview n°2 avec Kevin Gomez :

Entretien avec Kevin GOMEZ, lecteur-consommateur de presse écrite numérique, Chômeur, 22 ans.

Kevin nous avoue très rapidement que concernant la presse écrite papier il ne consomme que très rarement, La Dépêche ou l'Équipe quelques fois lorsqu'il en a l'occasion, très souvent lorsqu'il voyage en train ou en avion Il donne comme raison première le coût de ces derniers.

Son lieu principal d'accès à l'information et à l'actualité est internet, avec tout d'abord les agrégateurs de contenus comme celui de Yahoo ou Google actualités qui proposent une vue rapide des informations qui regroupent les principaux sites d'informations.

Pour lui l'atout principal du web est l'utilisation des brèves informationnelles.

Lorsqu'un article n'est pas suffisamment détaillé il nous dit alors chercher sur Internet en multipliant les sources diverses, il nous avoue ainsi trouver ce qu'il recherche à chaque, seul le temps de recherche lui est incertain.

Il reconnaît cependant lorsque l'on aborde sa passion du foot, consulter des sites internet pour leur qualité d'investigation et d'analyse comme « LePhocéen.fr », c'est uniquement pour ce genre de contenus vraiment qualitatifs et uniques nous dit-il qu'il serait prêt à payer un abonnement.

De même il aborde l'Humanité, quotidien auquel est abonné son père, il le consomme parce ce que son accès est pour lui gratuit mais évoque la possibilité de s'y abonner lorsqu'il aura des revenus réguliers. Principalement là aussi pour ses contenus qualitatifs et sa ligne éditoriale.

Il nous dit aussi suivre certains journalistes via Twitter et leurs blogs respectifs, Pierre Menez et Romain Zanutti, pour la qualité de leurs analyses. Si un des ces journalistes venaient à changer de support d'information (TV, radio, journal payant), il se dit prêt à les suivre et même peut être à payer pour ça.

Pour lui aussi, la presse écrite papier est amenée à périr d'ici une quinzaine d'année, au détriment de la presse numérique, le papier étant un élément polluant et trop cher à produire. Pour justifier ces propos il appuie aussi sur le désintérêt des nouvelles générations pour l'actualité, « ils sont tous uniquement sur leurs jeux vidéos » nous confie-t-il.

Cependant il ne met pas la littérature et les romans dans le même panier, lorsque l'on lit un nombre de pages conséquent pendant un laps temps important le papier n'est pas remplaçable par un écran.

Interview n°3 avec Florence Navarro :

Entretien avec Florence NAVARRO, lectrice-consommatrice de presse écrite papier et numérique, étudiante, 21 ans.

Florence est très intéressée par l'actualité, grâce à ses études elle peut consulter gratuitement et tous les jours les Échos et l'hebdomadaire Le Point, ce qu'elle fait dès qu'elle trouve le temps.

Elle ne se déplace chez le marchand de journaux que lorsqu'elle rentre chez ses parents en Ariège où elle préfère acheter Le Monde, Courrier International et des magazines de mode. Pour les quotidiens c'est l'ouverture sur l'actualité du monde qui l'intéresse avec une préférence pour les dossiers d'investigations étoffés, de même elle achète de temps en temps des journaux anglais surtout pour pratiquer la langue. Quand à Courrier International elle trouve le titre très utile pour développer sa culture générale.

Pour ce qui est de la mode, une de ses passions, elle achète très souvent des magazines divers comme Cosmopolitan, Elle, Style Paper, mais n'est pas prête aujourd'hui à s'abonner ni aux magazines de mode ni aux quotidiens d'informations.

La raison principale est le prix. Elle aussi si elle bénéficiait d'un revenu fixe pourrait tout à fait s'abonner à ces derniers, pour l'instant sa périodicité d'achat est d'une à deux fois par mois.

Pour l'actualité elle utilise beaucoup la Tv avec la chaine BFM, qui propose l'information de façon synthétique et rapide soit sous forme de journal soit en bandeau défilant en bas de l'écran. Cependant elle ne consulte que très rarement l'actualité sur Internet, elle a créé il y a quelques mois un compte Netvibes (agrégateurs de flux d'information) quelle ne suit plus du tout depuis.

Internet n'est pas sa tasse de thé, pour elle lire sur un écran n'est pas agréable, elle préfère le contact avec le papier qui est pour elle primordial, cependant elle émet des réserve par rapport au format journal (format Berlinois) qu'elle ne juge pas pratique, préférant le format A4.

Mais elle reconnaît une liberté d'expression plus importante sur Internet qu'avec la presse papier, cela grâce aux blogs et sources diverses, c'est pour elle le principal avantage d'Internet avec l'instantanéité de l'information.

Cependant elle nous confie ne pas aimer la presse papier gratuite à l'image de 20 minutes ou de Métro, qu'elle ne juge pas suffisamment qualitatif et dans lesquels la publicité prend trop de place.

Pour finir elle aussi voit la fin de la presse écrite pour les quotidiens d'ici 10 ans, elle met en avant l'impact écologique et les difficultés rencontrées par le secteur avec la baisse constante des ventes. Même si elle personnellement continuera toute sa vie si on lui permet d'acheter la presse quotidienne papier, elle pense faire partie d'une toute petite minorité au sein de sa génération pour pouvoir constituer un marché suffisant.

Interview n°4 avec Serge Artigaud :

Entretien avec Serge Artigaud, lecteur-consommateur de presse écrite papier et numérique, Manager pour la société Airbus, 53 ans.

Serge fonctionne à l'accroche éditoriale, lorsqu'il se rend chez le marchand de journaux il n'a pas d'idées précises de son achat. Et choisit alors par rapport aux sujets traités dans tel ou tel journal ou magazine.

Il a longtemps été abonné à l'Express pendant 6 ans pour ses sujets de fond mêlant politique économie et actualité et sa ligne éditoriale ainsi qu'au magazine Première pendant 20 ans. Mais il s'est désintéressé peu à peu ces dernières années lassé des formats respectifs des deux titres, il nous avoue avoir envie de nouveauté mais n'a pour le moment pas remplacé ces deux titres par des nouveaux.

Aujourd'hui sa fréquence d'achat est une fois par mois, ses achats concernent souvent Le Monde, l'Expansion, l'Express, Paris Match.

Il ne sent pas le besoin de se rendre plus souvent chez le marchand de journaux, et nous avoue que le prix n'a pas vraiment d'importance pour lui, simplement cette fréquence convient à ses besoins.

Il consulte aussi l'actualité sur son téléphone grâce à des applications de brèves informationnelles, il ne consulte jamais un article long sur son ordinateur ou son mobile préférant pour cela le papier.

De même le format papier mais gratuit comme 20 minutes ne lui correspond pas, il nous dit que ces formats sont trop reliés aux transports en commun qu'il ne fréquente pas.

Il observe autour de lui que les nouvelles générations n'achètent plus de presse écrite papier, et n'utilisent pratiquement plus qu'internet pour s'informer. Il appuie sur l'instantanéité de

l'information que permet internet, c'est pour lui ce qui plait aux jeunes, ces derniers trouvant le format papier trop inconvénient.

D'après Serge la survie des quotidiens passe par internet. De plus il faudrait d'après lui que les titres de presse soient plus polyvalents en mêlant d'avantages de sujets, quitte à intégrer des rubriques people. La mutualisation est pour lui une des solutions à l'image de certains quotidiens anglais comme Le Sun.

Mais même s'il reconnaît que la publicité est indispensable, il nous dit être sensible à ce que l'équilibre dans le contenu des journaux ne bascule pas du côté de la publicité qui l'irrite à forte dose.

Concernant les abonnements Premium pratiqués par les journaux sur internet il n'a jamais été tenté de s'y abonner, il reconnaît que ce format correspond davantage aux journaux spécialisés et non généralistes pour que le fait de payer soit justifié. Pour l'Express par exemple il serait prêt à payer aux alentours de 5€/mois.

Pour lui le papier ne disparaitra pas complètement, quitte à être obligé de s'abonner pour recevoir le format papier s'il n'est plus en vente libre.

Interview n°5 avec Grégory Bastide :

Entretien avec Grégory Bastide, lecteur-consommateur de presse écrite papier et numérique, Ingénieur pour la société Airbus, 31 ans.

Grégory lit de nombreux titres de presse, mais sans régularité précise. Ces lectures peuvent aller de l'hebdomadaire Le Point, aux magazines de mode et d'architecture comme le mensuel The Good Life, ce dernier se démarque à son sens par sa ligne éditoriale novatrice et la presse investigatrice qu'il pratique. Cependant il ressent le besoin d'une périodicité plus récurrente certains mois en achetant l'hebdomadaire QG mais fonctionne à la une pour se décider.

Grégory apprécie les sujets approfondis et la presse d'investigation qui amène une réelle valeur ajoutée, pour cela il est prêt à payer le prix nécessaire.

Sur internet il consulte très souvent le site rue 89, et achète parfois leur mensuel papier qui compile des articles sélectionnés du mois précédent en y joignant les commentaires les plus

intéressant ce qui ajoute nous dit-il une réelle valeur ajoutée. Pour une fois c'est internet qui fournie un contenu supplémentaire au papier.

De même pour l'actualité il avoue que le support papier n'est plus adapté alors qu'internet permet l'instantanéité nécessaire. Pour cela il utilise l'agrégateur de contenus Google news pour son formalisme, et choisit ensuite sur quel journal se relayer.

Pour lui il est important de ne rien rater, et ces sites relayant une masse importante d'informations est la meilleure façon d'être au courant de tout à ses yeux.

Pour lui la presse papier ne peut être légitime que pour des enquêtes de fond.

Cependant il reconnaît un niveau éditorial sur internet beaucoup moins abouti, parfois c'est une faute d'orthographe, d'autre fois une superficialité dans l'analyse.

Ainsi il se sépare des sites de journaux généralistes, qui sont concurrencés directement par les agrégateurs, et ne consulte pratiquement plus que les sites et journaux spécialisés comme Les Échos pour certains sujets.

Dans ce sens il reconnaît que Le Monde à bien réagit en créant plusieurs blogs et forums de débats autour de son site généraliste qui se veulent plus spécialisés (politique par continents, économie par pays...).

Pour lui les gens ne sont pas prêt à payer pour avoir de l'information générale et dématérialisée, la publicité reste la meilleure option nous dit-il, pour le financement de ce secteur. Il faudrait une valeur ajoutée matérielle pour justifier le fait de payer.

Il reconnaît que la forte personnalité d'un journaliste et son sens particulier de l'analyse pourrait le pousser à suivre un journal, il prend l'exemple de Nicolas Doze journaliste sur BFM Tv, mais de là à payer pour ça il garde des réserves.

Pour l'instant il ne se voit pas s'abonner à un compte Premium d'un quotidien français, et les personnes qui s'abonnent aujourd'hui c'est à son avis pour une ligne éditoriale précise qui se démarque comme Le Figaro à droite ou Libération à gauche.

Pour lui les quotidiens de presse généralistes ainsi que les quotidiens locaux seront amenés à disparaître s'ils ne s'adaptent pas d'avantage.

Il amène l'idée que chaque article et son auteur pourraient être rémunérés par rapport à son audience, il compare ça à YouTube qui rémunère aux nombres de vues. Cependant il relativise ce concept qui justifierait encore plus la course à l'audience, au clic et donc aussi au scandale au détriment de la qualité et de l'analyse. Il propose alors que cette rémunération soit

à la seconde et au temps passé sur l'article avec une activité de lecture qui puisse être vérifiée. Bref pas facile à mettre en place.

Cette crise que traverse la presse nous dit-il, pourrait aussi amener à l'émergence de supers structures regroupant tout un panel de titre de presse qui couvriraient la plupart des sujets, dans ce cas précis on pourrait justifier un abonnement général payant. Mais cela pourrait aller contre le pluralisme de la presse.

Son principal frein à l'abonnement Premium est au final le fait de limiter les sources, avec internet il est essentiel pour lui de pouvoir jongler entre les différents titres, et s'abonner reviendrait à s'enfermer dans une seule source.

Interview n°6 avec Jeremy Lourtet :

Entretien avec Jeremy Lourtet, lecteur-consommateur de presse écrite papier et numérique, Ingénieur pour la société Airbus, 30 ans.

Jeremy consulte la presse que depuis l'arrivée d'Internet. Ce dernier utilise beaucoup Google Actualités pour s'informer à partir des brèves informationnelles, il se redirige ensuite vers les sites qui l'intéressent, et cela 2 à 3 fois par jour.

Pour la vue globale de l'information il utilise le plus souvent Internet, et n'a recourt au format papier que dans certains cas, le plus souvent cela concerne des magazines spécialisés (technologie, surf, automobile). Il trouve rarement une qualité similaire sur Internet gratuitement et préfère payer pour la qualité des articles, de plus le format papier correspond mieux à ces usages de lectures relativement long, pour lui aussi lire sur un écran n'est pas très agréable.

Le seul magazine auquel il a été abonné fût GuitarTab pendant 3 ans.

Il fait une séparation entre information générale à laquelle il accorde moins de crédit au site et aux sources et information spécialisée pour laquelle il va plus davantage faire attention quitte à y passer plus de temps. Il ne se déplace jamais chez le marchand journaux sauf en sachant à l'avance qu'un titre spécialisé sort et qu'il veut l'acheter, et il utilise internet pour se renseigner. Il suit aussi certains journaux et magazines sur Facebook qui relayent sur leurs pages respectives les grandes informations du moment et qui renvoient sur leurs sites internet.

Sa grande priorité est la fraicheur de l'information, et internet est le moyen le plus direct qui lui permet cet accès. Ne suivant pas un titre en particulier, il serait davantage prêt à acheter à la carte plutôt que de prendre un abonnement sur le long terme. Seuls des sujets de pointes peut communs peuvent le pousser à payer.

Un service qui intéresserait Jeremy serait celui d'un modérateur qui ne sélectionnerait que les commentaires les plus percutants, alors que les forums sont souvent inondés de messages plus ou moins intéressants.

Il ne se voit pas s'engager pour l'instant, la seule solution serait peut être des abonnements sur 1 ou 2 mois ou encore des achats à la carte.

Synthèse des résultats et premières préconisations:

Je résumerai dans cette sous-partie les sujets récurrents qui constituent les usages actuels de l'actualité qui ont été traités lors des entretiens pour nous permettre de tracer des lignes directrices très utiles pour l'élaboration de nos préconisations finales.

Le confort de la lecture papier :

Un point commun à tous nos interviewés était l'expérience de lecture que procure le papier, qui est irremplaçable par un écran. Le papier reste et restera d'après nos entretiens le support de prédilection pour les livres, et les articles long. Même chez les lecteurs de moins de 30 ans cette pratique se vérifie89. Ainsi un journal qui propose d'importants articles d'analyses de plusieurs pages sera plus facilement lu en format papier.

Cependant une réserve est formulée au niveau de l'impact écologique qu'entraîne la production de papier en quantité importante, la dématérialisation faisant faire non seulement des économies financières mais aussi écologiques.

La liberté du net :

Internet se démarque avant tout par sa liberté de consultation et d'expression. En effet, chaque interviewé a abordé la question de la liberté d'expression sur Internet, qui est d'après eux plus importante et libre que sur les autres médias. De plus l'instantanéité de l'information que permet le web est au centre des nouveaux usages qui se dessinent, ainsi l'actualité qui est en constante évolution se destine davantage aujourd'hui à internet qu'aux journaux papier, ces derniers ne pouvant pas suivre le rythme. Le compte rendu de l'actualité ne pouvant plus se permettre d'être fait à la journée, mais à la seconde.

L'omniprésence de la publicité :

Qui dit Internet dit publicité. Même si sa nécessité est comprise par les interviewés pour la bonne tenue financière des journaux en ligne, elle est mal reçue lors des consultations de ces derniers. Il apparaît essentiel qu'un équilibre correct entre contenus journalistiques et publicités soit maintenu, considéré déjà comme discutable par certains comme Grégory, que la sur exposition à la publicité d'un journal peut faire fuir de manière rédhibitoire.

89 Interviews de Kevin et Florence.

La complémentarité du web et du papier :

Tous s'accordent à dire que l'avenir de la presse passe par la complémentarité des supports web et papier. En effet, les usages des lecteurs vis à vis des deux supports ne sont pas les mêmes, le web ayant le monopole de l'information brute et instantanée, que l'ont consulte rapidement sans approfondissement, parfait pour le traitement de l'actualité. Et le papier relayé aux articles de fond, spécialisés, rares, que l'on consulte pendant un certain temps pour leur qualité d'investigation et de rédaction.

La qualité n'est plus aujourd'hui une caractéristique essentielle du traitement de l'actualité sur internet, les lecteurs numériques avouent d'ailleurs davantage recroiser les sources qu'avec la presse écrite.

Les usages propres aux nouvelles générations :

Les lecteurs les plus jeunes que nous avons interviewés présentes de nombreux usages en commun, avec par exemple l'utilisation des agrégateurs de contenus internet comme Google Actualités90, qui permettent une vue globale de l`actualité en temps réel à travers des brèves informationnelles, le principe est ensuite de relayer les lecteurs vers les journaux traitant des différents sujets. Il pourrait être intéressant pour certains journaux de créer leurs propres agrégateurs quitte à relayer aussi leurs concurrents, mais cela génèrerait du trafic sur leur propre site internet.

Le facteur prix est très important pour les lecteurs les plus jeunes, nos deux interviewés de moins de 30 ans bien que très intéressés par l'actualité (étudiant et chômeur) ne sont pas prêt aujourd'hui à débourser une somme récurrente dédiée aux journaux. Mais ils nous confient que cela peut changer lorsqu'ils auront un salaire fixe. Pour l'instant ils préfèrent utiliser Internet ou la Tv pour s'informer rapidement au quotidien.

Le rapport temps / argent :

Nos lecteurs n'attachent pas la même importance au facteur prix, alors que pour les plus jeunes comme nous venons de voir le prix est important, à partir du moment où les interviewés bénéficient d'un salaire ils sont davantage prêts à débourser pour des journaux et magazines papiers. C'est là ou le modèle du Freemium est intéressant puisqu'il permet de

90 http://news.google.fr/

répondre aux besoins basiques des lecteurs avec le gratuit, quitte à passer plus de temps pour trouver une information de qualité, et aux besoins de rapidité des clients préférant payer pour avoir directement accès aux articles complets et détaillés.

L'importance de la spécialisation :

Dans l'ensemble de nos entretiens, seul un contenu spécialisé et suffisamment rare peut pousser les lecteurs à payer un abonnement. Il est ainsi demandé une ligne éditoriale unique et différente permettant de se démarquer et de se positionner en monopole d'une ligne de pensée ou d'analyse. Certes cela est loin d'être simple mais cette différenciation semble être la principale voie pour justifier un abonnement Premium. De même il est demandé que la réflexion soit poussée, en somme qu'un réel travail journalistique soit réalisé pour justifier l'achat de ce dernier.

Dans le même sens, la présence de personnalités fortes et reconnus est un plus pour fidéliser les lecteurs, cela passe peut être par une meilleure médiatisation des journalistes et responsables de rédaction.

Des services personnalisés pour se démarquer :

Un abonnement Premium doit être accompagné de services personnalisés, pour rendre celui ci « unique » et « dédié ». Nous avons l'exemple de Gregory, qui reconnaît que le traitement des commentaires les plus intéressants sur un site d'information peut être une véritable valeur ajoutée. Quitte à devoir organiser des forums ou boites à idées pour collectées les avis et propositions des lecteurs abonnés.

La mutualisation des titres et des contenus :

Globalement les lecteurs veulent avoir le choix et pouvoir consulter un panel très important de sujets. Pour cela ils jonglent entre les différents journaux et utilisent des agrégateurs de contenus. Un aspect abordé lors d'un des entretiens91, qui permettrait cette mutualisation des contenus serait une mutualisation des titres, en forme de méga structure où le lecteur serait libre de lire et d'accéder à un vivier très important d'information, et pour cela il serait prêt à payer.

91 Grégory Bastide.

De nouveaux moyens de rémunération :

De même il faudrait aussi adapter les moyens de rémunération des articles, en permettant par exemple l'achat à l'unité (article précis ou articles concernant un sujet...).

Le but étant de ne jamais bloquer un lecteur prêt à payer pour un contenu, en imaginant toutes les formes que peuvent prendre ses besoins.

L'enfermement de l'abonnement :

Pour finir, il est indispensable de ne pas enfermer le lecteur Premium dans un mode de consommation trop restreint, il doit pouvoir varier sa consommation pour ne pas se sentir étouffer.

Réponses aux hypothèses de recherche et à la problématique :

Dans cette dernière sous-partie je m'attacherai à répondre à ma problématique à travers mes hypothèses de recherche en formulant pour cela mes préconisations finales.

Comment les éditeurs de presse doivent-ils adapter leurs offres Freemium de sorte à
amener les lecteurs-consommateurs de presse numérique quotidienne vers un
abonnement payant ?

H1 : Une offre Freemium doit pouvoir proposer un choix mêlant le support numérique et le support papier.

Au terme de notre étude il apparaît que l'avenir de la presse passe par la mutualisation des supports de lecture. Le numérique ne remplace pas le papier, mais les deux doivent se développer et avancer ensemble. Les éditeurs sont dans l'obligation de proposer des offres d'abonnement permettant l'accès aux deux supports. D'ailleurs cette notion est bien comprise par les quotidiens français que nous avons étudiés puisque tous proposent des offres mêlant le web et le papier.

Cependant il semble qu'un travail est possible dans les passerelles qui permettent de jongler entre le papier et le numérique.

On pourrait imaginer le papier relayer du contenu d'internet, à travers par exemple l'exploitation des commentaires qui sont considérés comme une réelle valeur ajoutée, ou encore imprimer les articles les plus lus et commentés du site internet à l'intérieur du journal papier. Jusqu'à maintenant c'est le contenu papier qui fourni le site internet, mais l'inverse peut aussi être vrai. En mutualisant au maximum les supports et les passerelles entre ces derniers le lecteur sera davantage prêt à s'abonner pour un service plus complet.

Nous l'avons vu dans nos entretiens le support papier conserve incontestablement une valeur ajoutée de part son confort de lecture, en cela sa disparition n'est pas encore d'actualité.

Certains quotidiens comme La Tribune ont fait le choix du tout numérique pour limiter les coûts de production, il semble cependant qu'il soit encore un peu tôt pour les grands quotidiens en France de suivre cet exemple, en effet cela ne peut marcher qu'avec une cible jeune ou très à l'aise avec le numérique, ce qui est encore très rare chez les principaux quotidiens français.

Cependant sur une période plus éloignée (10 ou 15 ans), les personnes que nous avons interrogées voient toutes sans exception la disparition de la presse papier comme nous la connaissons aujourd'hui. Le facteur écologique qu'entraîne le papier, et son coût de production posent de réelles questions sur le long terme. On pourrait par exemple imaginer un jour que la livraison du quotidien papier ne sera possible que lorsque le lecteur sera abonné au service Premium, ainsi il n'y aura plus de problèmes d'invendus pour les éditeurs qui fonctionneront en flux tendu mais ce sera la fin du commerce des marchands de journaux.

H2 : La version numérique d'un journal doit être différente de la version papier pour créer une valeur ajoutée à chaque support.

On considère comme différente l'offre gratuite dont la principale valeur ajoutée est la gratuité de son homologue payante qui elle est plus complète. Ceci compose le modèle Freemium et ces différences sont la base du modèle. Ces différences sont donc obligatoires.

Mais la question qui est plus intéressante est de déterminer si l'offre Premium numérique doit être différente de l'offre papier payante.

Jusqu'à maintenant les quotidiens proposent avec leurs offres Premium le journal papier qui sort en kiosque ainsi que ce dernier au format numérique (PDF par exemple).

Soit le même contenu mais sur les deux supports, libre au lecteur de vouloir l'un, l'autre, ou les deux.

Notre étude terrain nous montre que les lecteurs attendent aujourd'hui plus de la version numérique. On pourrait imaginer une version numérique proposant des services supplémentaires comme l'intégration de liens vers d'autres sources, des traductions d'articles étrangers intégrés au développement, ou encore l'ajout de photos et vidéos qui sont sources de valeurs ajoutées, ce journal complet pourrait aussi intégrer une interactivité sous forme de forums entre abonnés et journalistes.

Pour l'instant ces services existent parfois déjà mais séparément et propres au site internet et aux contenus gratuits et sont donc relativement simples et peut attractifs.

Mais produire une version numérique interactive est pour l'instant difficilement réalisable pour des questions de moyens, la presse écrite ne pouvant pas financer une presse numérique différente parce qu'elle ne rapporte pour l'instant pas suffisamment. Aujourd'hui la presse papier fournit la presse numérique.

Et ce journal interactif demanderait des moyens (personnes pour créer les contenus, puis pour gérer les espaces d'échanges) propres à sa création et à son développement.

Je pense que cela viendra à changer, et l'appartenance des quotidiens à de grands groupes ou grosses fortunes comme nous l'avons vu grâce à la cartographie des acteurs pourra certainement permettre de débloquer des investissements importants pour rester compétitifs. Mais dans ce cas et si cela venait à se produire, il faudra surtout apprendre à communiquer sur cette nouvelle presse Premium numérique pour que les lecteurs y prennent goût.

Et pour cela le Freemium est un modèle adéquat, il suffirait par exemple d'instaurer une durée limite d'essai de 30 jours pour fidéliser une petite partie des lecteurs et les transformer en client Premium.

H3 : L'offre Freemium des quotidiens doit être personnalisable.

C'est une notion qui est beaucoup revenue lors des entretiens, les lecteurs de presse numérique ne veulent pas être contraints à choisir une offre par défaut.

Pour que les lecteurs franchissent le pas de l'abonnement il faut pouvoir adapter son offre au maximum. Pour cela Le Figaro ou Le Monde proposent déjà tout un panel d'offres pour les éditions de la semaine, du week-end, ou encore avec ou sans les suppléments.

Mais il faut aller encore plus loin en proposant par exemple un abonnement moins cher mais 100% mobile avec l'envoi du journal complet directement sur les Smartphones.

Le lecteur doit pouvoir accéder à l'offre Premium sans avoir à payer 25 euros par mois ce qui est aujourd'hui très souvent rédhibitoire. Le numérique permet justement cette segmentations des offres sans sur coût, il serait donc temps de casser les prix pour des abonnements moins complet mais plus personnalisés.

H4 : Une place importante doit être laissée au gratuit pour optimiser l'audience d'un journal.

L'interface gratuite des sites internet des journaux permet d'attirer un maximum d'internautes, qui viennent consulter les articles gratuitement, cette offre gratuite est donc indispensable aux sites internet des quotidiens.

Cependant très peu s'abonnent puisqu'ils estiment obtenir satisfaction des contenus gratuits, la formule Premium et payante n'ayant pas à leurs yeux de réelles valeurs ajoutées.

Le traitement de l'actualité se prête à ce format, les lecteurs n'estimant ne pas avoir à payer pour de l'information brute, ils préfèrent d'ailleurs utiliser les agrégateurs de contenus pour suivre l'actualité, les quotidiens se retrouvant ainsi en concurrence directe avec les moteurs de recherche.

Il s'avère qu'il sera très difficile pour les journaux d'informations trop généralistes de se faire une place sur Internet et encore plus de faire payer leurs contenus. Le financement par la publicité convient mieux à ce modèle.

Le format Freemium correspond davantage aux journaux qui possèdent une ligne éditoriale unique voire atypique, les lecteurs sont prêts à payer pour ce qui est rare. De même une analyse et une méthode d'investigation propre à un journal permet là aussi de justifier une offre payante, et les journaux que nous avons étudiés rentrent tous dans cette ligne directrice (nous reviendrons sur le cas de La Dépêche et des quotidiens régionaux lors de l'hypothèse n°6).

Dans ces cas là le modèle Freemium est justifié, mais la question importante devient de savoir quelle place laisser au gratuit ?

Plus un titre à de l'influence et une différenciation marquée et plus il peut se permettre de réduire la part du gratuit de façon à davantage pousser les lecteur vers l'abonnement. Les journaux La Croix, Le Figaro, ou encore Libération pourrait essayer de minimiser la part du gratuit sur leurs sites internet grâce à leur lectorat fidèle à l'image du New York Times au États-Unis. Il s'agit alors pour chaque quotidien de convenablement mesurer jusqu'où ils peuvent limiter leurs contenus gratuits sans faire fuir leurs audiences (en terme de choix d'articles/de complémentarité/de temps de consultation...).

H5 : Les éditeurs doivent façonner leurs offres Freemium de manière à séduire en priorité les lecteurs de la génération Y.

Les lecteurs de la génération Y sont plus familiers des usages de l'information propres au numérique, cependant ils ne sont pas les plus gros consommateurs d'actualité et de presse écrite. Et il ne faut pas que les éditeurs en voulant se rapprocher des jeunes générations délaissent leurs lecteurs historiques qui sont la cible principale des offres Freemium mais surtout des abonnements Premium.

Les lecteurs de la génération Y et leurs usages de l'actualité doivent être correctement identifiés, et les éditeurs sont dans l'obligation pour les amener à consommer leurs contenus de créer non un modèle entier leur étant destiné mais des offres segmentées répondant à leurs attentes. A savoir de la rapidité, de la flexibilité, à des petits prix.

La plupart des réductions concernent les étudiants mais il faudrait qu'elles soient élargies à l'ensemble des populations de moins de 30 ans, pour capter le lectorat relativement jeune.

De même les enfants et adolescents qui peuvent paraître désintéressés de l `information devraient pouvoir consulter ou recevoir une version numérique des quotidiens gratuitement pour les habituer à lire et consulter un journal complet et non une suite d'articles trouvé sur le net, en les habituant jeunes ils deviendront peut être des lecteurs Premium en vieillissants.

Les éditeurs doivent se donner les moyens de capter l'attention des nouvelles générations, aujourd'hui cette population qui reste une petite partie de leur lectorat, est jugée infime aux yeux de la population globale de lecteur pour réellement investir dans des offres adaptées.

H6 : Les offres des quotidiens nationaux et régionaux doivent être différentes pour correctement s'adapter à leurs cibles respectives.

En s'appuyant sur notre Benchmark nous avons observé que les quotidiens régionaux qui décidaient de se positionner sur le numérique et de créer une offre Freemium à l'image de La Dépêche reproduisent les formules déjà développées des quotidiens nationaux à savoir un site gratuit et une version numérique du journal pour les abonnés Premium.

Tout ce qui a été dit jusqu'à maintenant à travers les cinq premières hypothèses de recherche est aussi vrai pour les quotidiens régionaux. Les offres Freemium sont donc compatibles entre journaux nationaux et régionaux, de part leurs grandes ressemblances et leurs buts communs

chaque clientèle est différente celle d'un journal de droite et de gauche autant qu'un journal régional ou national.

Seulement leurs cibles répondent encore plus à certains leviers, principalement générationnels (d'après notre enquête terrain nous pouvons en déduire que le lectorat de ces derniers est relativement âgé).

Dans l'ensemble de mes entretiens seule une personne lis tous les jours un journal régional mais cette dernière travaille dans le milieu de la presse est n'est pas représentative (Entretien n°1 : Francis Gustave).

Les changements qui touchent les quotidiens nationaux touchent donc encore plus les régionaux.

Pour l'instant leur audience ne chute pas beaucoup plus que les quotidiens nationaux (voir partie 3), mais on peut imaginer que ce ne sera pas durable et les pratiques de lectures seront encore plus difficilement transposables au numérique de part la population âgée qui consomme ces journaux.

Et même les titres les plus distribués comme Ouest France, ou Sud Ouest, pourront se retrouvés fragilisés s'ils ne s'adaptent pas au mieux.

Mais ils bénéficient aujourd'hui d'une audience fidèle, ces journaux étant propres à une région ou des départements, ils sont en ce sens unique et très spécialisés, il leurs faudra ainsi garder et même renforcer cette forte relation avec leurs lecteurs mais en intégrant le numérique, La Dépêche par exemple offre la tablette numérique pour la souscription à leur offre Premium, pour convertir ses lecteurs vers le numérique.

Pousser le numérique jusque dans nos campagnes les plus reculées : voilà un défi intéressant mais complexe.

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