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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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I.1. QU'ENTEND-T-ON PAR PIDGIN ?

Le pidgin est un mot qui suscite beaucoup de controverses parmi les linguistes. Il a été défini différemment par les auteurs.,Sselon Rockford et Mc Whorter, le pidgin a une fonction sociale. Il est un moyen de communication limité qui se réduit uniquement entre des personnes ayant deux ou plusieurs langues. Entre des personnes ayant des contacts répétés ou étendus. Par exemple à travers le commerce, l'esclavage, les migrations.

Todd (1992) quant a lui dira que le pidgin est une lingua-franca qui émerge afin de satisfaire et de faciliter les besoins de communication entre les praticiens de langues hétérogènes forcés à un contact soutenu et permanent.

Cette définition du pidgin n'est pas satisfaisante dans la mesure où il est développé pour des besoins bien spécifiques, et qui s'éteint ou meurt une fois le but visé atteint. Le pidgin dans ce genre de contexte est celui qui était parlé au Vietnam par les Américains durant la guerre du Vietnam. Ce pidgin disparut aussi avec la fin de ladite guerre.

La définition évoquée plus haut ne s'applique pas au pidgin, langue véhiculaire comme celleui du Tok pisin en Nouvelle Guinée, Sango en République Centrafricaine et le Cameroon Pidgin English parmi tant d'autres qui sont utilisées comme première langue véhiculaire par lseurs locuteurs (Alan, Tosco 2001 :17).

Toutefois, cette définition renferme quelques lacunes dans la mesure où l'on n'a pas reconnu l'existence d'un pidgin répandu ou développé dont les fonctions vont au delà de celles de la communication.

Cependant, Holm (1998:5) cité par Wardhaugh (1987) considère le pidgin comme:

a reduced language that results from extended contacts between groups of people having no language in Common. Its involves when there is need for some form of verbal communication, perhaps for trade, but no group learns the native language of any other group for social reasons that may include lack of trust or close contacts.

.

Traduiction littéralement,le pidgin selon Holm est une«lingua franca» qui émerge afin de satisfaire les besoins de communication entre praticiens de différentes langues ou groupes ethniques d'origines diverses.

L'anthropologue Pierrette Thibault définit le pidgin comme  une langue contractuelle qui est un amalgame d'éléments linguistiques de deux ou de plusieurs langues et qui émergent dans le cadre de transactions effectuées, grâce à un processus de restriction et de simplification de l'une des langues de ces groupes. Il s'agit généralement de celui qui occupe une position de supériorité sociale. [...].

Autrement dit, la langue du group dominant fournit la plus grande partie du vocabulaire du pidgin. C'est le superstrat. La (ou les) langue(s) du (ou des) groupes dominé(s) forme(nt) le substrat.  Elle(s) contribue(nt) de façon moins évidente au pidgin  (ibid. :163). Précisons toutefois que lorsqu'un pidgin devient une langue maternelle, on ne l'appelle plus pidgin, mais il devient un créole.

Foley, (1988) précise cependant que deux conditions sont nécessaires pour qu'un pidgin se développe : il faut qu'il existe un fossé social entre les locuteurs du superstrat et ceux du substrat (condition qui rend compte de tous les pidgins apparus dans le contexte colonial et esclavagiste) ou tout de moins qu'une symétrie caractérise les rôles sociaux et économiques (condition qui rend compte de la plupart des pidgins indigènes)

Cependant, notre auteur nous fait remarquer que, presque toutes ces définitions sur le pidgin sont matières à controverse. Mais, ce que Foley ne nous dit pas dans sa définition, c'est si l'on peut parler de pidgin lorsque deux langues seulement sont impliquées.

La question qui restera suspendu après les différents arguments avancés par Foley sur la définition du pidgin sera celle de savoir si l'on peut qualifier la contribution du substrat de moins évidente ou importante que celle du superstrat ? A cette question, Claire Lefebvre dira que si les esclaves ou les clients en viennent à utiliser le pidgin entre eux, ce qui fut certainement le cas chez les esclaves, on doit s'attendre à ce qu'ils accolent le vocabulaire du superstrat à la grammaire de leur langue maternelle.

Mc Mahon (1994:253) quant à lui en ce qui concerne le pidgin parlera des «  pidgins ». À cet effet, il dira que «  les pidgins » se développent dans une situation où les différents groupes de personnes ont besoin de certains moyens de communication, mais n'ont aucune langue commune. Fernandez (1998:212) affirme que «un pidgin est une langue composée d'éléments de plusieurs autres langues (au moins, plus de deux), et utilisé principalement pour «des contacts commerciaux ».

DeCamp (1971, cité par Romain (1993:23) définit le pidgin comme «une langue vernaculaire qui est caractérisée par un vocabulaire limité, une élimination de nombreux mécanismes grammaticaux tels que le nombre et le genre, et une réduction drastique des fonctions redondantes ». Trudgill repris par Mbangwana (2004 :23-44) définit le pidgin comme une variété de l'anglais. Autrement dit, c'est une langue issue d'une simplification de l'anglais. Trudgill étend son propos en affirmant que le pidgin dans la plupart des cas a un vocabulaire et une grammaire limités , de plus, il renferme en son sein beaucoup d'irrégularités grammaticales.

Cette définition parle de simplification qui est un phénomène normal en pidgin, mais, il n'a pas parlé de comment est-ce que le contact des langues a donné naissance à cette simplification. De plus, la question que l'on pourrait se poser est celle de savoir si cette restriction et cette simplification ne s'appliquent qu'à l'une des langues, le superstrat ? Pierrette Thibault pour répondre à cette question soutiendra que dans le contexte de l'esclavage, les Africains provenaient plus ou moins de la même région, de sorte que les langues maternelles de plusieurs d'entre eux étaient apparentées. Afin de communiquer entre eux, ils ont sans doute négocié la reconnaissance d'éléments communs dans leurs grammaires par un processus de simplification. N'oublions pas qu'un pidgin est employé dans les transactions spécifiques au départ, c'est un code spécialisé et une fois qu'il s`est stabilisé, il comporte peu de variations.

Hymes (1971), cité par Romaine (1993:24) affirme que « la pidginisation est un processus de changement complexe comprenant une réduction de la forme intérieure, avec la convergence, dans le contexte de restriction de l'utilisation .La pidginisation est généralement associée à la simplification de la forme extérieure ».

Autrement dit, pour beaucoup d'auteurs, le pidgin et le créole sont des langues simples. L'hypothèse malheureusement restera vague et dangereuse, tant que la « simplicité linguistique » n'aura pas été définie en termes de linguistique, et plus particulièrement dans le cadre d'une typologie comparative. Ceci veut dire qu'on devra aussi définir un type qui ne serait pas simple. Au plan grammatical, est-il absolument juste de dire qu'il s'agit d'une simplification ? Sans doute, à condition d'admettre (hypothétiquement) que la simplification n'est pas le rejet de ce qui est compliqué, mais plutôt le maintien, ou mieux, l'accueil de structures phonologiques et grammaticale. Les plus fréquentes ne seraient elles pas précisément les plus économiques pour l'esprit ? Il y a en toute langue des lignes de moindre résistance, une langue de base se définit non seulement sur le plan lexical, mais aussi sur le plan de l'organisation grammaticale. Ce n'est plus de simplification qu'il faudrait parler, mais d'une épuration ou d'un drainage sur lequel viennent se greffer des réflexes linguistiques acquis avec et par la langue première. Ce sont les interférences.

David Decamp, (p. 16 de son introduction) rejoint cette définition et veut montrer que les pidgins et les créoles minimisent la redondance en syntaxe, ce qui serait donc un effet de simplicité. C'est par exemple le cas du créole de la Jamaïque, di bwai-dem, transposant « the boy them » et signifiant « the boys ». La marque de pluralité serait redondante dès qu'apparaît un numéral ; elle disparaît donc, preuve de la simplicité toute-puissante : di trii bwai « the three boys ». Ceci et plus explicite dans des langues africaines et David Decamp parle dans son Introduction de  «  type économique ». Par exemple dans les langues des groupes kwa et mandé, mais aussi le sango, le lendu, la pluralité, quand elle est explicitement signifiée par un morphème grammatical (par exemple, une modalité nominale), n'est généralement pas compatible avec une pluralité exprimée lexicalement (par exemple un syntagme où intervient une détermination numérale ou quantitative), à la différence de langues du type à morphématique différenciée (ouest-atlantique, voltaïque, tchadique, bantu). La modalité nominale dans les langues de type économique implique une pluralité déterminée, comptable, totalisante, et son occurrence dans les textes est infiniment moins fréquente que dans les langues de l'autre type. Le yoruba, le lendu, pour ne citer que ceux-là, sont même très restrictifs quant à l'expression de la pluralité.

Toutefois, ayant constaté que les pidgins ont diverses morphologies, la question est de savoir si les conditions de naissance du pidgin English au Cameroun sont les même que celles évoquées plus haut

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