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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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VII.1.2. Langue pidgin : manifestation du vécu camerounais

L'analyse de Herder a permis de dévoiler au monde que la langue tout comme la littérature exprime une vision particulière de nation qui la parle. C'est ainsi que la langue pidgin est la manifestation de l'histoire du Cameroun.

Lors de nos enquêtes, le Chief Endeley de Buea (une notabilité établie dans la région), nous a dit que le pidgin est né depuis la période précoloniale. Il s'est répandu et s'est intensifié avec l'occupation allemande, anglaise et française. Il est né du voeu des camerounais qui ne pouvaient pas s'entendre à cause de la multiplicité de langues, du secret désir de ne pas se faire entendre par le maître colon et aussi du refus de l'assimilation.

C'est dire que, le pidgin est né du tumulte et de la révolte des camerounais de tous bords dans les plantations d'hévéa et de bananes, les constructions de routes, chemins de fer et les travaux forcés. Ce pidgin exprime le drame historique du peuple camerounais engagé dans la lutte acharnée contre la culture européenne et sa domination.

Le pidgin évoque le vécu quotidien du peuple majoritairement jeune qui refuse la marginalisation, la phagocytose, la pauvreté et l'exclusion. C'est une tranche d'âge qui réclame à travers cette langue une place et un statut social.

VII.2. LA LITTERATURE ORALE EN PIDGIN ET LA MONDIALISATION

Il y a des sujets qui transportent les hommes vers les cimes de leurs cultures profondes. Il y a d'autres qui tout en imposant une logique d'immersion dans la culture profonde des hommes, posent dans une logique constructive, des interrogations présentes. Le sujet de l'oralité fait partie de cette dernière logique et ouvre un pan de voile à une situation qui, loin d'avoir cessé d'être actuelle, inscrit l'homme dans son passé et impose une vision futuriste impliquant elle-même, les questions de ses redéfinitions et de ses révisions.

Si l'oralité est, en tant que principe de vie, primauté, prévalence d'un système social basé sur la transmission orale (et de toutes les activités sous-jacentes) de la pensée et des actes culturels collectifs au détriment d'une écriture, elle a, symbolisé et matérialisé l'essentiel du vécu du monde et bien particulièrement celui des peuples africains en général et camerounais en particulier. Il s'agit ici, de dire, si la littérature orale pidgin a une place à l'ère de la mondialisation ? Autrement dit, peut-on faire du pidgin une langue capable de s'adapter à cette nouvelle vision du monde surtout lorsque nous savons que la vie sociale, culturelle, commerciale, est faite avec et autour de cette langue ; au combien stratégique devant le fait colonial qui se parlait dès lors de bouches à oreilles, de générations en générations ? Bien plus, à l'heure des échanges tous azimuts, à l'heure où l'on parle de civilisation de l'universelle, à l'heure où la planète tout entière est engagée au rendez-vous du donner et du recevoir, pouvons nous parler pidgin et vivre son oralité, exprimée à travers ses genres une richesse qui n'a d'égal que la foule des expériences qu'elle donne à percevoir.

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