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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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VII.4. UNE IDENTITE CULTURELLE CAMEROUNAISE AUTOUR DU PIDGIN.

Le pidgin et sa littérature pourraient avoir plusieurs qualificatifs : littérature ou langue de contestation ; celle des marginalisés, des opprimés, de la revendication. Or aucune langue ne peut se targuer une représentativité qui lui donnerait un rôle d'avant-garde dans la quête d'une langue identitaire camerounaise. Ici par exemple l'existence de plusieurs langues insolubles est difficilement acceptable dès lors qu'il faille les enseigner. C'est l'assurance de ce que le pidgin peut ouvrir les portes à la formation et à la construction identitaire autour de la pensée qu'il est une langue communautaire et véhiculaire.

Bien plus, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, aucune langue, pas même le Fufuldé dans le grand Nord du Cameroun, encore moins le Mongo Ewondo dans le grand Sud ne peut à l'image du pidgin ressortir et relater l'histoire, les conquêtes, les désespoirs et les réalités des camerounais. C'est l'unique langue au Cameroun qui raconte le mieux les différentes étapes de la colonisation, c'est-à-dire, du passage des Portugais, Allemands, Anglais et Français. Il est la mémoire, l'âme, voire le miroir du peuple camerounais. C'est la seule langue au sein de laquelle presque toutes les langues nationales du pays s'y retrouvent. Cette langue est la bibliothèque des camerounais, la conscience collective et par conséquent, elle forme l'identité culturelle des camerounais.

VII.4.1. Le pidgin : au-delà du foisonnement des langues camerounaises

Le Cameroun compte plus de 240 langues et 120 ethnies (selon Edmond Biloa dans Le Français en contact avec l'Anglais au Cameroun). Dans la recherche d'une langue dans laquelle pourrait se réaliser l'unité de la nation, plusieurs langues se disputent l'hégémonie et veulent assurément être parlées par d'autres camerounais. Ce que les non natifs ou non locuteurs ne sauraient admettre.

Ceci nous amène à penser à Tadadjeu qui résume le « profil idéal » du camerounais à travers un modèle baptisé « trilinguisme extensif ». Travaillant dans une visée éducative, il voudrait que les premiers pas à l'école soient effectués en langues maternelles, avant de continuer avec les langues officielles qui seraient beaucoup plus facilement apprises. Ce modèle s'appuie sur trois principes : l'insuffisance du «  bilinguisme officiel » à donner aux camerounais toute sa personnalité culturelle et linguistique ; la nécessité d'utiliser les langues locales comme meilleur vecteur d'identité culturelle et le besoin de reconnaissance des langues véhiculaires. (M.Tadadjeu, 187 :201). Cependant, qu'en pensent les populations ? Surtout lorsqu'on sait que depuis les années 80, le pays connaît une croissance démographique exponentielle.

La population dans bien des cas ne considère pas les langues locales comme étant des langues. Elle confond d'ailleurs « langues » et « dialectes », s'inscrivant de facto dans la dévalorisation des langues africaines qui date de la période coloniale : « une seule langue est enseignée dans les écoles, admise dans les tribunaux, utilisée dans l'administration ; (...).Toutes les autres langues ne sont que folklore, tutu, pampan ».( A.Kom,2002 :111-112). C'est ainsi que même des universitaires ont du mal à désigner les idiomes d'origine camerounaise comme étant des langues. Nous comprenons ainsi qu'inconsciemment, l'idée que le camerounais a des langues nationales est assez péjorative, car pour lui ces langues ne servent d'abord et presqu'exclusivement qu'à la communication intra ethnique.

Au-delà du critère du profil idéal du camerounais, mettons en lumière un autre critère de «véhicularité» d'une langue : celui du nombre de locuteurs. L'on pourrait ainsi ériger en langue nationale, celle ayant le plus grand nombre de locuteurs. Selon un témoin, pour le cas de Douala, ce serait probablement le Bamiléké.30(*) .Cependant, notre témoin est conscient de la possibilité d'être contredit, d'où l'utilisation de la marque d'hésitation «probablement  ».

En effet, s'appuyant sur la constitution du pays qui protège les minorités, les Douala s'estiment actuellement être envahis par les Bamilékés qui seraient devenus numériquement majoritaires dans leur ville. Ils ne pourraient en aucun cas accepter que le Bamiléké soit érigé en langue nationale.

Par ailleurs, les activités socio-économiquesdoublées à l'esprit du nationalisme ne favorisent pas l'utilisation d'une langue dans le cadre communicationnel interethnique. Ces langues n'ont de place que dans leur ethnie d'origine. Utilisées dans un espace extra ethnique, ces languespourraient transposer dans le cadre social, le microcosme familial.

Toutefois, au-delà de l'appartenance au groupe, les liens de solidarité peuvent naître sur cette seule base et fixera dès lors les limites d'une communauté dans laquelle ne serait accepté que celui respectant la norme linguistique considérée. (V.Feussi, 2006).

Dans un espace plus ouvert, on se rend compte que les langues officielles et locales ne suffisent pas. Le principe de territorialité a fait que chaque quartier et chaque groupement ethnique ait son marché. L.J.Calvet. (1994) évoque d'ailleurs cette organisation spatiale décrivant les villes africaines. Chaque quartier et donc chaque regroupement ethnique a son marché.

Cependant, il existe des marchés (comme le marché central de Yaoundé ou de Douala), où toutes les couches de la société sont représentées. En plus de la population Bamiléké majoritaire et visible dans son activité commerciale, une langue hybride y fait son apparition : le framcanglais qui brille par sa neutralité, à côté du pidgin English plus recommandé d'ailleurs pour les différentes transactions commerciales.

Bien que représentant une image péjorative, ne pas en parler c'est prendre de la distance par rapport au peuple. Il faut en conséquence la reconnaître et l'utiliser quand cela est nécessaire : au marché, dans la rue, les bureaux, quand le besoin se fait ressentir31(*).. Cette langue a malgré tout acquis ses lettres de noblesse, s'assurant une dimension véhiculaire, voire nationale. La marque d'extension traduit l'expansion du champ communicationnel de cette langue dans les villes, la seule après le français et l'anglais à pouvoir assurer une communication trans-ethnique. Il est l'unique langue de l'intimité puisque après tout, le français et l'anglais sont encore ces langues de l'école et de l'instruction. Enfin, l'on pourrait dire que le pidgin reste la langue de l'intégration dans les différentes sphères de la communauté.

* 30 Le Bamiléké, comme va le reconnaitre notre témoin, n'est pas une langue, mais un groupe de langue assez proches tant sur le plan linguistique que sociologique.

* 31 Nous nous rappelons avoir échappé à une agression une nuit dans la rue, grace à notre pratique du pidgin.

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