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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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VII.4.2.Une voie pour l'unité camerounaise autour d'une langue commune : le pidgin

Littéralement, la langue est l'ensemble des signes propres à un peuple ou un groupe humain. Elle est destinée à assurer la communication entre les différentes composantes du groupe social considéré. Au-delà de la fonction communicationnelle, la langue a aussi une fonction culturelle et identitaire. Elle sert de critère de différenciation entre les individus vivant sur un même territoire, sur une même aire géographique. Fonction culturelle car, la langue qu'elle quelle soit sert de véhicule de valeurs au sein d'un groupe, mais aussi de mémoire, ou de moyen de conservation de ses valeurs qu'elles soient alimentaires, vestimentaires, musicales idéologiques ou culturelles et dans ce dernier point Eno Belinga (1985 :13) affirme que :

 la totalité des manières de penser, de vivre, de travailler, de sentir et la totalité de ce qui résultede ces activités, telles que se sont constituées dans une communauté particulière. C'est pourquoi dans une nation déterminée, la culture est d'abord héritage..

Le pidgin est une langue véhiculaire. Il est la résultante d'une situation de contact de langues diverses et différentes. Il est un composé à la fois des langues nationales et des langues officielles. Il n'est pas l'apanage d'un seul groupe, mais de plusieurs groupes ethniques. Nous savons que le premier élément de toute culture c'est la langue. Alors, si le pidgin regorge en son sein des bribes de langues progressivement mises ensemble à l'entame des poussées coloniales sur les côtes du Cameroun pour répondre aux nécessités de communication entre les fils et les filles du Cameroun, arrachés à leur localité d'origine alors c'est chacun qui y a déposé les ingrédients de sa culture d'origine.Autrement dit, l'on retrouve dans la langue pidgin, les idiomes des deux langues officielles et une kyrielle de langues locales, de telle sorte que dans cette langue, c'est chaque groupe qui se retrouve représenté, c'est chacun qui se sent concerné, c'est chacun qui se sent visé.

Le pidgin n'est pas l'apanage d'une communauté linguistique dite anglophone ou francophone, c'est pour cela que nous nous insurgeons contre l'appellation pidgin English. C'est une langue véhiculaire à l'échelle nationale.

Ce que nous voulons dire en résumé c'est que, ce que nous désignons comme « culture pidgin » est en fait la culture nationale, dans ses différentes variétés exprimées dans une langue rassembleuse et unificatrice : le pidgin.

La langue pidgin est en somme un plurilingue exprimant une multiculture camerounaise. La culture contenue dans la langue pidgin apparaît être le condensé, la quintessence d'une identité culturelle camerounaise. C'est pourquoi l'on pourrait dire que le pidgin est avant tout pour la nation camerounaise héritage ; c'est pourquoi il pourrait être une voie pour l'unité nationale.

Par ailleurs, s'il existe une quantité de langues locales camerounaises, aucune ne parvient à satisfaire les besoins de la communauté toute entière, de par son extension dans l'espace et le temps. Quelques unes assurent une fonction véhiculaire au-delà de leurs communautés d'origine (le fufuldé, fang béti...) mais, cela ne suffit pas.C'est dans ce contexte que nous suggérons que le pidgin présente l'avantage d'être parlé par toutes les strates, toutes les couches de la société ; puisqu'il est compris et parlé du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, qu'il soit choisi dans le triple souci «de forger l'unité nationale» face aux multiples langues nationales et officielles.

En plus, ne dit-on pas souvent que la connaissance qu'un peuple a du monde est liée et résulte de/à sa langue ? Ainsi, autant de langues ou de systèmes linguistiques, autant de visions du monde. Pourquoi ne pas essayer de rehausser ou de revaloriser l'image du pidgin au lieu de le stigmatiser ? D'autant plus qu'on ne peut se soustraire à lui, étant donnéqu'il fait partie prenante de notre héritage culturelle et historique. Cette identité complexe, sinon multiple devient dans ce contexte à la fois un atout et un modèle. C'est sans doute dans ce même ordre d'esprit qu'Amin Maalouf propose pour sa part cette nouvelle définition de l'identité, qui prend en compte

La somme de toutes les appartenances et au sein de laquelle l'appartenance à la communauté humaine prendrait de plus en plus d'importance, jusqu'à devenir l'appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières.

L'identité serait donc cette personne qui se situe à la lissière de plusieurs langues, ou de plusieurs pays, elle aurait une identité faite de tout cet ensemble d'éléments qui l'ont façonné.

Bien plus, comme le dit Joseph Kizerbo.32(*)le problème de langue en Afrique est fondamental parce qu'il touche à l'identité des peuples1(*)41. Et l'identité est nécessaire pour le développement comme pour la démocratie. Les langues (qu'elles soient véhiculaires ou vernaculaires) touchent aussi à la culture, aux problèmes de la nation. Le plus souvent,l'expérience a montré que lorsqu'on s'exprime dans une langue qui n'est pas originellement la nôtre, on s'englue dans une expression mécanique et mimétique de soi. Alors que lorsqu'on s'exprime dans sa langue maternelle l'imagination est libérée.

Au vu de ce qui précède, le pidgin ne renferme pas en son sein la culture d'un peuple ethno-tribale, mais la culture telle que vécue par l'ensemble des camerounais. C'est pour cette raison que nous pouvons affirmer qu'il apparaît comme une alternative pour l'unité camerounaise. Car, «l'on a toujours tendance à croire quele plurilinguisme d'un pays le condamne à utiliser la langue de l'ex-colonisateur comme dénominateur commun .(1980 :53), alors que le plurilinguisme tient en compte toutes les langues quelles qu'elles soient.

* 32 J.Kizerbo, « l'asphisie des langues africaines serait une descente aux enfers » in hpp://wwwwww.africultures.com/php/index.php ?nav=article&no=3201.

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