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Les contes et les mythes en pidgin : facteur d'éducation de l'enfant dans la société africaine traditionnelle dans la région du sud- ouest (BUEA)

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par Anne OBONO ESSOMBA
Université de Yaoundé I - Doctorat en littérature orale et linguistique 2014
  

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I.2.1.2.L'origine et l'expansion du pidgin english au cameroun

Le visiteur qui entre pour la première fois au Cameroun est surpris par la mosaïque de peuples et de langues quelle que soit la région d'atterrissage. Le Cameroun a une civilisation millénaire de peuples divers, qui au gré de l'histoire, se sont retrouvés au sein d'une nation aux frontières fluctuantes. Dans cet univers, il est aisé d'imaginer la difficulté que pose l'usage d'une langue commune à tous, tant la langue en elle-même reflète les diversités identitaires.

Dans ce pays, les peuples ont généralement refusé, et farouchement, quand cela était nécessaire, d'abandonner leur identité linguistique et culturelle au profit d'une autre. On comprend pourquoi le Cameroun apparaît comme l'un des rares pays dont l'identité nationale, linguistique et culturelle, repose sur des langues étrangères à savoir, le Français et l'Anglais.

Cette situation cache mal les efforts entrepris au cours du temps pour réunir les Camerounais au sein d'une seule langue locale. Pourtant, si ces entreprises ont échoué, on pourrait les imputer au fait qu'elles n'ont pas mis en valeur les opportunités qui se sont présentées par le biais du pidgin.

Idiome, transformation, mauvais anglais, langue par excellence, les qualificatifs et les travaux sur le PE parlé au Cameroun ne manquent pas. Mbassi Manga (1973), Echu (2003), Chumbow et als. (1995) et d'autres à l'instar de Todd (1982) ont décrypté et décodé les particularités linguistiques de ce « parler » à la camerounaise. Ils en ont aussi élaboré la structure et la fonctionnalité sociale. Dans cette partie, nous allons monter comment est né le CPE au Cameroun. En réalité, pour comprendre la genèse de cette langue dans ce pays, il faut d'abord parler de l'histoire du Cameroun.

Ø Histoire du Cameroun

Parler de la genèse du pidgin, c'est évoquer l'histoire du Cameroun avec le monde extérieur. D'après l'histoire du Cameroun, l'année 1472 marque le premier contact entre ce pays et l'Europe, le Portugal notamment. En fait, les habitants du littoral camerounais établirent des contacts avec d'importants commerçants et explorateurs portugais, suédois et hollandais .(Mbangwana 2004:79). C'était la période du commerce des épices, des esclaves et de l'or. Schneider révèle que le portugais et ses dérivés étaient pendant cette période en usage constant comme langues commerciales  le long et au-delà des côtes camerounaises où ils s'établirent. Ce fut le premier contact entre les langues camerounaises et les langues venues d'ailleurs. Le Portugais va laisser des traces et une influence linguistique certaine. L'influence du portugais va ainsi durer environ deux siècles.

C'est au XVIIIe siècle que l'influence linguistique portugaise sera secondée par l'anglais. Les britanniques possédaient des comptoirs le long de la côte et établirent un contact direct avec la population pour leur engagement dans la lutte pour l'abolition de l'esclavage. Les commerçants et les abolitionnistes utilisaient donc dans leur inter action un anglais à forte dominance pidgin, c'est-à-dire un anglais primaire, voire informel, mélangé aux langues locales à dessein en vue de favoriser une communication effective et efficiente. L'extension de leur l'influence va ainsi contribuer à éradiquer l'héritage linguistique portugais généré deux siècles plutôt (Mbangwana ibid. : 80).

Dans notre tentative de définir le pidgin, nous avons laissé entendre qu'il est un mélange, une mixture, une mise en commun de plusieurs langues en vue de créer un contexte de communication élargie et une compréhension mutuelle interethnique voire inter-nations.

Aussi sommes-nous en droit de penser que le parler que nous appelons aujourd'hui pidgin est tributaire ou émane des missions d'explorations doublées de visées commerciales d'où la forte présence d'idiomes portugais, anglais et allemands en son sein. Pour être tout à fait complet, faisons une brève illustration :

Portugais

CPE

Anglais

Français

Escola

Sku, skulu

School

Ecole

Tobako

Tobako

Tobacco

Tabac

Piqueno

Pikin

Child

Enfant

Crioulo

Krio

Creole

Créole

Camerões

Kamerun

Cameroon

Cameroun

passav

pass

pass

avancer

sabar

sabi

To know

connaitre

Conference (speech)

palava

conference

conférence

Légende: CPE: Cameroon Pidgin English.

La disposition lexicale observable sur ce tableau démontre à suffisance l'origine et l'évolution des mots appartenant aux langues étrangères qui, en association aux langues locales, composent le pidgin. En résumé, entre 1400 et 1800, portugais et anglais vont contribuer à la naissance et à l'extension d'un parler tout nouveau pour mieux contribuer à la réussite de leurs ambitions commerciales, évangéliques et «humanitaires».

Wolff (2001 :15) précise à ce sujet qu'on retrouve au Cameroun, et ce depuis des siècles, les trois groupes d'interférences linguistiques propres à l'Afrique. Ce sont les groupes Nihilo saharien, l'Afro-asiatique et le Niger-Congo. Ces groupes sont partagés du nord au sud du pays et dans toute sa largeur. Ils se déclinent en de nombreux sous-groupes et en plus de 250 langues et dialectes locaux. Par conséquent, le moins qu'on puisse affirmer est que dans ce pays, c'est à dire au Cameroun, il y a forcément des créations linguistiques créolisées, car ces peuples ont une tradition centenaire de rapports conflictuels ou pacifiques, et partant, des formes de communications linguistiques propres. L'émergence du CPE dans un contexte linguistique aussi riche induit, de ce fait, une forme de créolisation.

Seulement, l'expression en elle-même suppose que le CPE soit une déformation de l'anglais, au même titre que la plupart des autres pidgins. Cet avis (Schneider 1960) laisse penser que les premiers usages du pidgin remonteraient à l'époque coloniale anglaise et allemande au Cameroun. Echu (2003 : 4) indique que, tout au plus à partir du XVIIIe siècle, les colonies allemandes présentent au Cameroun se sont servies du CPE pour communiquer avec les populations locales, tout autant que les Anglais en compétition pour l'établissement d'un protectorat, après les années 1850.

Il est vrai que l'usage du CPE est déjà établi à ce moment de l'histoire du Cameroun. Mais la présence des missionnaires américains et britanniques et celle des explorateurs date d'époques encore plus éloignées. Comment communiquaient-ils ? Et comment les peuples camerounais des côtes ont-ils pu apprendre des rudiments d'anglais sans en « déformer » au moins quelques expressions ? C'est pourquoi d'autres spécialistes font remonter l'usage du pidgin beaucoup plus loin dans le temps. Chumbow (1995), par exemple, a découvert, dans le cadre de ses recherches portant sur les premiers usages du CPE, que les premières formes étaient teintées de portugais. La présence portugaise remonte à 1472comme nous l'avons souligne plus haut, (Mveng 1985), et des rapports commerciaux furent établis à partir de cette année. On peut donc faire remonter les premiers usages du pidgin camerounais, ou encore de sa créolisation et de sa mise en forme au XVe siècle.Même si le CPE proprement dit, favorisé par les mobilités évangélisatrices et les explorateurs, s'est mis progressivement en place à partir des XVIIe et XVIIIe siècles qu'en est-il de son évolution ?

Ø La naissance du Cameroun Pidgin English

Ce que les chercheurs appellent aujourd'hui CPE à jadis connu d'autres patronymes « Cameroon Créole » (Schneider, 1960), « Wes-Kos » (Schneider, 1963), « West African Pidgin English » (Schneider, 1967), « Cameroon Pidgin (CamP) » (Todd, 1982), et « Kamtok » (Ngome, 1986).D'autres érudits ont parlé de « Bush english », « bad english » et « broken english » pour qualifier cette langue. Certains ont même conclu que la grande expansion de cette langue est la conséquence des autres variétés de ce pidgin qui s'est retrouvé au Cameroun tels que le Pidgin English du Nigéria, le Pidgin English du Ghana, qui sont aussi des formes simplifiées de l'Anglais utilisée par la plupart de populations illettrées. Le nom « Cameroon Pidgin English »  a depuis quelques décennies gagné en autocratie (Féral 1978, Menang, 1979), ce qui justement amènent la plupart des linguistes qui avaient encore du recul à trouver un nouveau terrain de recherches et surtout à orienter leur étude sur cette langue. De même, l'adoption de sa terminologie rend relativement sa définition plus facile surtout dans le contexte camerounais et ceci en rapport avec d'autres langues qui sont présents dans le pays.

La naissance du CPE date depuis le 18è siècle lorsque les missionnaires et les commerçants Anglais débarquent sur les cotes West Africains. C'est une langue qui a été développée afin de garantir un échange effectif et permettre une inter action dans le domaine du commerce et de l'évangélisation. Après l'abolition de l'esclavage au début du 19è siècle, cette langue se repend sur toute la région côtière. Elle est utilisée par des anciens esclaves affranchis qui s'installèrent sur l'ile de Fernando Pô, au Liberia et en Sierra Léone, et plus tard ces esclaves se déplacèrent sur les cotes camerounaises et fondirent leur base sur la ville de Victoria, connu à ce jour sous le nom de Limbe pour servir de mains d'oeuvres dans les plantations de la CDC (Cameroon Development Corporation).

La construction des chemins de fer et des routes par les camerounais venus de tout bord fut à l'origine de l'impulsion de cette langue. La présence des travailleurs de divers horizons linguistiques dans les plantations de banane et d'hévéa a été un élément vital pour la propagation dans ces différents camps.Les travailleurs venaient de différents cieux, n'ayant aucune langue de base commune, le PE s'offrit donc comme la langue par excellence capable de combler les manquements en matière de communication. Ce qui signifie que durant toute la période allemande (1884-1916), le CPE était la langue la plus utilisée par les maitres et par les travailleurs.

Toutefois, durant l'occupation franco- britannique au Cameroun (1916), le CPE connu une nouvelle aire dans son histoire. C'est dans la partie anglophone du pays que cette langue prend son envol, elle se voit une fois de plus enrichi par le vocabulaire des langues locales et de l'anglais. Bien plus, avec la naissance de la République Fédérale du Cameroun le 1er Octobre 1961, le CPE connait également l'influence de la langue française, influences auxquelles s'ajoutent les langues locales de la partie francophone du Cameroun. L'on constate ainsi que dans la moitié des années 60, 85° /° du vocabulaire du CPE est issu de l'Anglais, 13°/°, des langues indigènes et 2°/° des autres langues y compris le français et le portugais (Schneider, 1966 :5). Au début des années 70, la courbe change complètement, 80°/° du lexique du CPE est à forte coloration anglaise, 14°/° des langues locales, 5°/° du français, 1°/° des autres langues (Mbassi Manga, 1973). Ce changement drastique prend son s'explication dans l'évolution politique du pays, puisque le pays par de L'Etat Fédéral à un Etat Unitaire. Ce changement de statut fait en sorte que les camerounais de tous bord (anglophones et francophones) ont cette liberté d'aller et de venir à l'intérieur du pays, emportant ainsi dans leurs bagages la langue pidgin.

Le pidgin qui était la lingua franca des anglophones devient une langue aux dimensions nationales. On constate ainsi que, que ce soit en zone rurale ou en zone urbaine, le CPE est utilisé dans les églises, les places du marché, les gares routières et les gares voyageurs, dans les rues et dans d'autres situations informelles.

Tout compte fait, ce « no man's language » continue d'être présent dans la vie quotidienne des camerounais, servant ainsi de pont entre les camerounais de différents couches ethniques. Bien que les ethnologues (2002) estiment le nombre de ses locuteurs à 2 million, cette estimation semble ne pas être convaincante surtout si l'on prend en compte les locuteurs francophones et étrangers dont les nigérians et les ghanéens qui sont éparpillés dans toute l'étendue du territoire national.

Tout comme le français, le CPE est l'une des langues de communication qui couvre pratiquement toute l'étendu du territoire, cette langue permet une inter action entre les européens et la population indigène, et de même une inter communication entre les populations issues de différents groupes ethniques surtout dans le domaine social, économique, religieux.

Cependant, nous avons constaté sur le terrain que cette langue à plusieurs variétés.Autrement dit, le vocabulaire de cette langue épouse la coloration langagière de son milieu .C'est ainsi que, en ce qui concerne les variétés du CPE, Féral (1980 :5) dira à cet effet que, il y a 2 variétés principales de cette langue : celle parlée par les anglophones et celle parlée par les francophones.

Par contre, Todd (1982) ne sera pas de cet avis. Elle distingue plutôt 5 variétés du CPE : Bamenda Camp, Bororo Camp, Coastal camp, Camp des Francophones, Camp liturgique. De tout ce qui précède, l'on dira que il ya 4 variétés de CPE : celle parlée dans les Grass field, c'est-à-dire qu'elle est parlée dans la province du Nord West, la variété des Bororo, la variété de la côte parlée par les habitants du Sud-Ouestet du Littoral et la variété des francophones parlée par les francophones.

Ø Constructions et usages du Pidgin English

Comme nous avons démontré plus haut, les influences linguistiques propres aux langues que sont l'anglais, le français, le portugais et les dialectes camerounais ont influencé le corpus du CPE. Aujourd'hui, le CPE est généralement découpé en deux, voire en trois sous-groupes. Certains parlent du PE anglophone et du PE francophone (Echu 1999). D'autres proposent de diviser le pidgin anglophone en deux, celui du Nord-Ouest et celui du Sud-ouest camerounais. Ces avis et ces dichotomies ne sont pas dénués d'intérêt, car ils partent d'une analyse pertinente du corpus pidgin et de sa construction.

En effet, le pidgin parlé dans la région anglophone du Cameroun contient de nombreuses expressions puisées dans les langues locales de la région, telles que le Bakwéri et le Bafut. L'influence de la langue yoruba du Nigeria tout proche est aussi un élément prégnant de ce type de pidgin. En revanche, le pidgin parlé dans les villes francophones est très différent. Celui-ci est teinté d'expressions propres aux langues côtières apparentées au Bakwéri anglophone, mais surtout, à d'autres langues de l'hinterland camerounais : l'Eton, les langues Bamiléké et, principalement le Duala.

On comprend donc pourquoi la construction du pidgin-english est généralement fonction des langues qui cohabitent avec elle. Mbassi Manga (1973) affirme qu'en 1970, 80% du pidgin parlé au Cameroun était anglicisé, 14% de son corpus venait des langues locales, et 1% du français, de l'allemand et d'autres langues. Or, dix ans plus tôt, le ratio était de 85% pour l'anglais et 13% pour les langues locales (Echu 2003 :11). Cette légère évolution indique que le CPE est une langue fluctuante. En tentant d'établir un corpus et une construction, nous sommes conscients que certaines expressions ne reflètent pas forcément le CPE des années 1970 et 1980.

Cependant, l'on constate que les variétés de CPE sont mutuellement intelligibles pour les locuteurs, qu'ils soient anglophones (APE, Anglophone Pidgin-English) ou francophones (FPE, Francophone Pidgin-English) et ceci quelle que soit la variété et la région de prédilection. Au-delà des particularismes liés aux langues locales, il y a deux fonds communs qui portent l'empreinte de l'histoire et font de cette langue un passeport au Cameroun : les expressions en anglais et en allemand qui ont été « déformées » et ajoutées au lexique. Les régions francophones et anglophones ont toutes deux connu l'occupation allemande, et de nombreuses expressions en pidgin sont d'abord tirées de cette langue.

Par conséquent, les spécificités propres aux différentes régions ne sont pas des obstacles à la communication. Elles s'apparenteraient davantage à une langue parlée avec deux accents différents.

Exemple de quelques emprunts en allemand qui ressortent dans les expressions suivantes :

A

Chouane : allemand : Schwein

 Ex : See me that chouane ! (Regarde-moi ce cochon !)

B

Comanda: allemand: Kommander

 Ex: I go see my commanda. (Je me rends chez mon chef/ mari/commandant.)

Ces deux expressions sont des exemples de ce que la langue allemande a légué au CPE.

Par ailleurs, il faut noter que l'occupation allemande de 1884 à 1916 a été particulièrement difficile pour les populations côtières du Cameroun qui devaient jongler avec une langue difficile, et une réputation de dureté et d'ardeur au travail propre aux ressortissants du Reich. Mveng (1985) révèle que nombre de camerounais ont déserté les chantiers allemands, et certains sont morts d'épuisement, suite aux traitements inhumains dont ils furent l'objet. Par conséquent, dans la représentation populaire, peu de choses portent autant l'empreinte de la force et de la dureté que l'expression Njaman (German, allemand). Le terme est utilisé pour parler d'une personne sans compassion, intransigeante et inhumaine. Chouane exprime une injure, récurrente sur les chantiers allemands, à l'endroit des travailleurs. Ces termes indiquent que la construction du CPE ne se dissocie pas des expériences historiques vécues par les Camerounais. L'expérience allemande en particulier a laissé des souvenirs amers qui sont passés dans le pidgin camerounais.

Bien plus, l'Anglais a plus que toute autre langue laissé son empreinte dans le corpus du CPE camerounais. Quelques expressions courantes sont tirées de cette langue :

A

Baalock : De bad luck. Signifie mauvais oeil, malchance.

B

Bènam : De bend, se baisser.

C

Bushman : De bochiman. L'idée selon laquelle les peuples du Kalahari seraient des sauvages non civilisés a persisté jusqu'à très récemment. En partant de bush « brousse » et man « homme », le PE désigne dans le même sens, un individu ignorant des coutumes occidentales. L'expression synonyme exacte en français est villageois, un « camerounisme » qui part de l'idée que ceux qui vivent en campagne sont moins civilisés que ceux qui vivent dans les grandes villes.

D

Docta : De doctor. Terme très courant dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun.

E

Op-eye : De open eye `ouvrir l'oeil', c'est-à-dire intimider en ouvrant grand ses yeux. Terme très courant dans le FPE, qui est passé finalement dans le français parlé au Cameroun.

F

Mouf : De move, c'est-à-dire bouge, fiche le camp. C'est une injure très courante.

G

Ndock : De duck, canard. Le pidgin-english ndock signifie en réalité gourmand. Mais pour en exprimer la force, on utilise l'image d'un canard sans cesse en train de fouiller avec son bec dans la vase. Pour qui a vu faire les canards surtout au Cameroun, la comparaison et l'interprétation coulent de source.

Ces expressions ne sont qu'une fraction des expressions anglaises utilisées en pidgin camerounais. Elles couvrent des domaines aussi variés et divers que la gastronomie, les relations sociales et les représentations culturelles. D'autres expressions empruntent aux langues locales camerounaises et sont généralement comprises des utilisateurs du P.E. Echu (2003) en fait même un large relevé de ces emprunts dans son article.

Malgré les emprunts nombreux et les expressions créées de toutes pièces, il est admis que le PE parlé au Cameroun est une langue à part entière. Kouega (2001) a démontré que le PE camerounais remplissait de très nombreuses fonctions dans pratiquement tous les domaines de la vie, tant pour les anglophones que pour les francophones qui l'utilisent. Pour lui, le pidgin n'est pas une simple troncation de mots anglais, mais un ensemble très structuré, quoique souple et relativement aisé à construire. Féral (1978 :5) va dans le même sens quand elle fait savoir que : « Ce qu'on appelle pidgin-english au Cameroun est, en vérité, une langue qui a un éventail fonctionnel beaucoup plus large que celui qu'on attribue généralement aux autres pidgins. ».

Bien plus, Mbangwana cité par Atechi .(2006 :11-14), constate que le Cameroun est l'un des pays d'Afrique qui a une situation linguistique très complexe et qui expérimente l'effet des interférences linguistiques et du contact des langues. Une complexité linguistique qui lui a valu le surnom d'e «Afrique en miniature». Ceci résulte du fait que presque toutes les tribus africaines se retrouvent au Cameroun, de même que trois des quatre grandes familles linguistiques du continent. La complexité linguistique tient aussi du fait que le pays regorge plusieurs langues locales dont le nombre exact n'est pas déterminé.

Selon les différentes statistiques et d'après les chercheurs : Chia (1983 :19-32) Dieu et al.(1991 :2)et Mbufong.(2001 :67) parlent de 183 langues. Mbangwana affirme plutôt qu'il existe 247 langues. En dépit des différences, Koenig et al cité par Kouega (2001 :11-22) sont unaniment et pensent que le Cameroun compte 47 langues en deux langues officielles qui sont l4nglais et le Français et un certain nombre de langues véhiculaires. Parlant de ces langues vehiculaires, E.Biloa (2006 :32) dira à cet effet que :

There is general agreement on the number of regional out-group languages. There are Arab choa spoken in North and Adamawa provinces, Mongo Ewondo spoken in the Center and South provinces, and Pidgin English is dominant in the western and littoral provinces as well as the two adjoining Anglophone provinces namely North West and South west.

Autrement dit, les chercheurs s'accordent sur les langues véhiculaires qui existent au Cameroun : l'arabe choa est parlé dans la région du Grand Nord ; le Mongo Ewondo, lui, est dominant dans les régions du Centre, l'Est et du Sud ; le pidgin quant à lui couvre les régions de l'Ouest, du Littoral et les régions anglophones à savoir le Nord-ouest et le Sud-ouest.

Selon les observations faites sur le terrain, nous constatons que les camerounais d'obédience anglophone n'ont jamais accepté l'utilisation du français. Ceci se voit à travers leur laxisme à l'utiliser comme langue de communication. Tandis que les francophones montrent une antipathie quant à l'apprentissage de l'anglais et traitent même ceux qui en font usage « d'anglofools ».

Au travers de ce constat, il est clair qu'aucune de ces langues, qu'elle soit officielle ou locale ne renferme un caractère national. Seul le pidgin semble avoir un caractère national comme nous le fait remarquer Mbangwana (op.cit. 23-44) :

Pidgin English spread in leaps and bounds in the English speaking part out the country, from the coastal region to the grassfield hinterland with about three million inhabitants. Pidgin English also expanded in the French speaking part of Cameroon with more than eleven million inhabitants. Up to 61.8% of urban dwellers in the French speaking zone speak this language and the question one may pose is how does this wide used of Pidgin come about in an area whose prime language is French?.

Autrement dit, le PE s'étend à travers l'étendue du territoire, c'est-à-dire de la région côtière jusqu'au grassfield ayant une population parlante qui s'étend à plus de trois millions d'habitants. Ce Pidgin English est aussi répandu dans la zone francophone avec un taux de plus de onze millions d'habitants. La question qu'on pourrait se poser est celle de savoir d'où provient cette forte expansion du pidgin dans la zone francophone ?

Pour répondre à cette question, Trudgill cité par Mbangwana (Idem : 23-44) nous révèle que :

les bamilékés ont fortement contribué à étendre le pidgin et à le maintenir dans les villes ... pour trois raisons principales : leur hétérogénéité linguistique qui les fait très souvent avoir recours au pidgin alors qu'ils sont entre eux, que ce soit à l'intérieur de leur région ou à l'extérieur ; la forte densité démographique de leur province et leur occupation principalement commerçante les a poussés à immigrer vers les grandes villes en dehors de leur région et de ce fait à «exporter» le pidgin.

Toutefois, Nkemleke constate qu'avec la colonisation, le Cameroun a hérité d'une situation linguistique complexe et problématique. Ceci pourrait être l'une des raisons pour lesquelles jusqu'à présent, le Cameroun n'est pas capable de développer une langue nationale qui servira de marque pour l'identité camerounaise.

En plus des langues officielles, locales et le pidgin, il ya aussi le camfranglais qui vient confirmer cette complexité linguistique du Cameroun. C'est une langue utilisée beaucoup plus par les jeunes et qui est composée du français, de l'anglais, des langues locales et du pidgin comme l'affirment Kouega et Echu.

Ø Localisation du pidgin

D'entrée de jeu, l'on pourrait dire que la définition du pidgin apporte des éclaircissements suffisants sur les régions où le pidgin est le plus utilisé à l'intérieur du triangle national. Au Cameroun, l'on a toujours attaché la dénomination «Pidgin» au vocable « English ». Mbassi Manga que reprend Mbangwana nous fait comprendre que le contenu lexical du pidgin est composé à 80% d'un vocabulaire de source anglaise, 14% de langue indigène, 5% du lexique français, 0,07% d'autres langues ou sources. Cette prédominance lexicale et grammaticale de l'anglais explique l'attribution de cette langue au camerounais d'obédience anglophone. C'est pour dire que le pidgin est prioritairement parlé dans les régions du sud-ouest et du nord-ouest. Soulignons au passage que cette répartition géographique ne tient plus la route.

Comme nous le fait remarquer Mbangwana en 2004, le pidgin est parlé par plus de onze (11) millions d'habitants dans la zone francophone. Plus de 61.8 °/° de la population urbaine dans la zone francophone parle cette langue. De fait, le pidgin au Cameroun n'est plus uniquement l'affaire d'une région, mais de toute la nation dans la mesure où il est possible de le retrouver dans tous les centres urbains où des personnes issues de ces centres différents se retrouvent.

La différence de niveau d'éducation et le souci d'efficacité dans les multiples opérations effectuées amènent les gens à utiliser le pidgin dans les centres urbains. De fait, le pidgin n'est plus l'affaire des zones anglophones, mais de toute la nation même si les pourcentages pour ce qui est de la source de son vocabulaire et le nombre d'usagers accordent la primauté aux anglophones.

Bien plus, Alobwede (1998) considère le pidgin comme « the only language in Cameroon which expresses Cameroonian realities without provoking vertical or horizontal hostilities». En français simple nous dirons que, le pidgin est la seule langue selon Alebwedo qui exprime les réalités camerounaises. Il convient de noter que la prédominance du français dans l'échiquier linguistique Camerounais ne va pas sans influencer l'évolution du pidgin.

En clair, le pidgin intègre progressivement de nombreux mots français en son sein, ce qui fait que la dénomination pidgin english ne mérite plus d'être maintenue. Le pidgin camerounais n'est pas l'anglais, mais la somme instable et évolutive de l'ensemble des langues repérables au Cameroun.

Pour nous résumer, nous admettons que jusqu'aujourd'hui, le pidgin demeure certes beaucoup plus parlé dans les zones anglophones, dans le littoral et à l'ouest du pays, mais il s'étend progressivement au point de devenir une langue à la dimension nationale. La localisation du pidgin ne connaît plus de bornes à l'intérieur du territoire national. Il est parlé aussi bien par les anglophones et les francophones, les scolarisés ou non, les jeunes et les vieux tant en zones urbaines qu'en zones rurales. Cependant, bien qu'étant une langue qui a su gagné du terrain selon certains auteurs, les avis et les attitudes à propos de cette langue restent individuels.

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