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La magie de Diaz

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par Mélissa Perianez
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 2 Histoire de l'art 2013
  

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Partie I. Les Fées : du conte à l'autobiographie d'artiste

La plupart des commentateurs dans la presse de l'époque placent l'oeuvre de Diaz dans le domaine du merveilleux ; ils parlent de « féérie », de visions hallucinatoires, lorsqu'ils n'évoquent pas seulement le soleil, la chair, l'amour qui transpire de son univers. En 1860 Zacharie Astruc écrit ainsi que « sa belle vision plane toujours dans les régions féériques50 », laissant entendre qu'il en a été ainsi depuis que Diaz a fixé cette manière.

Théophile Gautier, partisan de l'onirisme dans l'art pour l'art, l'avertissait cependant en 1855 contre l'obstination dans ses chimères, prenant un tour trop hermétique, répétitif : « M. Diaz vit dans un petit monde enchanté (...) seulement, que M. Diaz se méfie des cercles tracés par la danse des esprits51 ». Il consacre également des lignes assassines52 aux Dernières larmes, un sujet neuf et très différent de sa manière habituelle, mais encore plus incompréhensible, tandis qu'il s'enflamme pour les fairies de Noel Paton (ill. 1), qu'il nomme le « Michel-Ange de la féérie53 ». Gautier est sans doute plus facilement séduit par la narrativité onirique des fairies victoriennes, issues de la tradition de Blake, Reynolds et Füssli54, alors que Diaz doit à Prud'hon « le mystérieux plaisir (...) dans la contemplation de ces scènes dont les sujets sont sans explication » et que Delacroix avait admiré55.

Résolument hermétiques, les fées de Diaz, peintes entre 1858 et 1866 ont beaucoup moins à voir avec le petit peuple et les fairies, qu'avec les marraines issues des contes de Charles Perrault. La Fée dans son activité de marraine, correspond à son étymologie dérivée de « fatum », elle a une ascendance directe avec les Parques, déesses de la Destinée56. Les êtres de contes populaires rejoignent ceux des mythes relayés dans la culture antique. Excepté Le lutin, Effet de clair de lune57

(c. 1861), et Ondine58 (c. 1863) figurant à des catalogues de vente (annexe 1 et 2.b), l'oeuvre de Diaz

50 Astruc, Zacharie, « Diaz », Le salon intime : exposition au boulevard des Italiens, Paris, Poulet-Massis et de Broise, 1860, p. 72.

51 Gautier, Théophile, Les beaux-arts en Europe, 1855, Paris, Michel Lévy, 1855, p. 33.

52 Idem., p. 31.

53 Voir Girard , Marie-Hélène, « Magie et Peinture : le « Michel Ange de la féérie », Théophile Gautier et Sir Noel Paton », Bernard-Griffiths, Simone et Bricault, Céline (dir.), op. cit., p. 285-303.

54 Pour une comparaison avec le genre dérivé de Blake, Reynolds et Füssli, voir Wood, Christopher, Fairies in victorian art, Woodbridge, Antique collector's club, 2000. Chez Dadd par exemple qui propose une figure proche des nymphes, que l'on pourrait comparer à la féérie de Diaz, l'artiste insiste sur la petitesse de la fée.

55 Delacroix, dans la Revue des Deux Mondes, 1846, cité par Lévis-Godechot, Nicole, La jeunesse de Pierre-Paul Prud'hon, recherche d'iconographie et de symbolique, Paris, Léonce Laget, 1997, p. 3.

56 La Fata est l'autre nom de la Parque, les trois Parques étant aussi dénommées Tria Fatae. Pour une documentation assez exhaustive sur différentes occurrences de la figure de la fée dans le folklore et la littérature, voir Rager, Catherine, « Fées », Dictionnaire des fées et du peuple invisible dans l'occident païen, Turhout, Brepols, 2003, p. 309-320.

57 N° 14 de la vente du 4 avril 1861, Tableaux études par M. Diaz, exp. Francis Petit. Il ne figure pas dans le catalogue raisonné.

58 N° 14 de la vente du 11 avril 1863, exp. Francis Petit, vendu 420 F.

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est presque pour moitié occupée par la mythologie latine, comme les Nymphes, dont sont dérivées les Fées séductrices dans le folklore59. Diaz ne nomme « Fée > que de rares personnages dans son oeuvre, dont trois sont manifestement des fées protectrices dont l'activité est de donner. Ces trois sujets, comme trois bonnes fées : la Fée aux joujoux (1858), la Fée aux bijoux (1857 et 1860) et la Fée aux fleurs (deux versions en 1866), ancrent la sensibilité de l'artiste dans l'imaginaire féérique hérité du XVIIIe siècle, lui-même puisant dans de profondes racines. Avec ces trois fées nous pourrons aborder dans le vif la façon dont l'artiste sait retirer du succès comme s'il avait un « don ». C'est en fait une mise en scène de ses propres « dons > que nous découvrons avec ces sujets. Mais avant d'entrer précisément dans la description de la vie de Diaz à travers ces marraines fées de l'oeuvre, un sujet du même titre à la fois traité comme paysage dans une toile et comme scène de genre dans une autre nous permettra de resituer la place des scènes de genre dans l'oeuvre de l'artiste à la vocation de paysagiste. La mare aux Fées, peuplée cette fois-ci de ces fées qui dérivent des nymphes, dévoile qu'au-delà des perceptions, vivent des êtres d'esprit ; ainsi l'étude bascule du monde visible à l'occulté, du réalisme pictural à l'imaginaire teinté de fantastique.

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