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La magie de Diaz

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par Mélissa Perianez
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 2 Histoire de l'art 2013
  

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Partie III. Irrationalité de la condition humaine à travers Les Maléfices

La scène du Maléfice est celle qui remporta les suffrages de la critique et du public, avec la Descente de Bohémiens, au Salon de 1844. L'envoi de 1844 signe le début de la renommée officielle de Diaz et son entrée définitive dans le petit milieu de l'art parisien, les répertoires de collectionneurs et de marchands. Un critique tient Le Maléfice comme l'oeuvre la plus remarquable et la plus originale de l'envoi ; plus tard elle sera tenue rétrospectivement pour un de ses meilleurs ouvrages319. Baudelaire salue aussi sa « couleur magique ». Jusque-là habitué à vivre de commandes, il compte parmi les fidèles de l'auberge de Ganne. Le tableau lui vaut une médaille de 3e classe, après quoi les ventes dépasseront les 1000 francs par toile ; il devient alors l'élément argenté de la bohème de Barbizon. Déjà l'année précédente, il gagnait facilement sa vie par la réputation qu'il s'était forgée dans le milieu de la vente et des commandes.

L'identification du tableau qui fit le succès du peintre au Salon de 1844 pose encore problème : si le tableau du musée de Lyon passe pour être celui du Salon de 1844 (repr. XII), il ne correspond pas aux descriptions relayées par la critique, qui renvoient, elles, à la composition que Diaz fixe et répète à plusieurs reprises dans sa carrière (repr. XIII) : « (...) deux figures, au milieu d'un paysage fantastique. Une jeune fille, fraiche et radieuse, va droit devant elle au hasard (...). À son côté, l'une des sorcières de Macbeth, ou Méphistophélès grimé en vieille femme, lui souffle dans l'oreille je ne sais quels perfides conseils320. (...) ». La version conservée à Lyon ne comporte pas comme sur certains tableaux de l'artiste, l'année d'exécution accolée à la signature. L'historique321 retrace après son exposition au Salon, sa présence dans la vente Paul Périer de 1846 : il serait alors possible que le tableau ait été exécuté à une toute autre date, avant ou après l'envoi de 1844, et aie été achetée ou reçue comme cadeau par Paul Périer, qui la vend deux ans après le succès du thème au Salon.

Dans une série d'estampes conservées au département des estampes de la Bibliothèque Nationale, c'est un sorcier, à l'attitude comparable à celle de Frollo envers Esméralda, qui se penche à l'oreille de la jeune bohémienne aux cheveux bruns épars. Il la mène dans une grotte, une torche à la main. L'une est imprimée avec la mention « Salon de 1844 » : il faut donc comprendre, puisqu'il ne peut pas s'agir de l'envoi de 1844, que l'identification de cet envoi a été un réel enjeu. Diaz comme souvent, part d'une réinterprétation d'un motif qu'il a observé chez un maître, la Petite Bohémienne espagnole de Rembrandt322 (ill.23), dont la similitude est frappante, puis s'en éloigne. Mais, loin

319 Voir notamment Silvestre, Théophile, « Diaz », op. cit., p. 146.

320 Thoré, Théophile, Promenade au Salon de 1844, op. cit., p. 37.

321 Jullian, René (dir.), Catalogue du musée de Lyon, Vincent , Madeleine, t. VI, La peinture des XIXe et XXe siècle, Lyon, 1995, p. 111-112.

322 Voir Blanc, Charles, L'oeuvre de Rembrandt, Paris, Gide et J. Brandy, 1857.

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d'être simple imitation du maître, la sorcière venait utilement à l'encontre d'une réduction de la violence subie par la jeune fille à un rapport d'opposition des sexes, et ouvrait une multiplicité de lectures, d'où son succès. Plusieurs compositions varient sensiblement l'impression qui se dégage de cette confrontation (repr. XIV à XIX).

La scène représente un personnage d'un âge mur ou âgé entretenant une jeune fille dans une forêt. Le pouvoir du peintre, celui de la suggestion par la sollicitation des sens est mis en abîme dans le tableau, où la jeune fille semble suggérer malgré elle des intentions à son égard. Diaz explore le désir, son thème de prédilection, sous une autre facette, en même temps qu'il met le doigt sur des tenants universels du genre humain. La pensée de La Sorcière, de Michelet trouve un écho ici. L'auteur argumente en faveur d'une science qui n'oublie pas qu'elle vient de l'observation de la nature et du domaine spirituel, et qui à l'envers de la raison de l'homme, retourne aux mains des femmes. Il déplore le reniement de « pensée sauvage » dont la science est issue323.

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams