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Aide au développement peut-elle aider l'Afrique noire à  se lancer au développement durable?

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par Jean-Paul Jean-Paul NABONA BISIMWA
Université Libre dà¢â‚¬â„¢Uvira et des Grands Lacs, ULUGL en sigle - Master complementaire  2012
  

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2. La philosophie de la Banque mondiale: promouvoir la croissance dans les pays pauvres à partir de l'aide pour éliminer la pauvreté

Depuis les années 1950, les institutions de Bretton Woods soutiennent la thèse selon laquelle l'aide internationale est la politique à mener pour promouvoir la croissance économique dans les pays pauvres et vaincre la pauvreté. Ces organismes tels le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont choisi leurs politiques sur la base d'un consensus : les pays pauvres manquent d'investissement, car ils manquent d'épargne. En augmentant leurs investissements grâce à l'aide internationale, on augmente leurs taux de croissance économique. La croissance du revenu produit à son tour, des effets bénéfiques pour la réduction de la pauvreté. L'aide au développement permettra ainsi d'éliminer la pauvreté dans le monde.

2.1. Aide internationale et croissance économique

Les analyses et prévisions de croissance économique que fait la Banque mondiale concernant l'efficacité de l'aide au développement sont essentiellement basées sur le cadre théorique du modèle Harrod-Domar (Easterly 1999, 2001)29que nous présentons en bref ci-dessous. La production totale d'une économie Y est liée aux stocks de capital ( K ) et de travail ( L) de l'économie considérée par la relation suivante:

Dans les pays pauvres, il y a une pléthore de main d'oeuvre; et donc le facteur limitant est le facteur capital. De là, l'output total peut s'écrire simplement:

Les productivités moyenne ( PMK ) et marginale ( PmK ) du capital sont donc données par:

(2)

Les productivités moyenne et marginale du capital sont donc égales et constantes. Il y a de ce fait, une hypothèse implicite dans ce modèle; celle selon laquelle la productivité du capital

29 Easterly (1999 ; 2001 ; 2005) fait une vive critique à ce modèle qu'il juge inadapté à l'analyse du développement. On y reviendra plus loin.

n'est pas décroissante. L'équation (1.b) indique que la production totale est proportionnelle au stock de capital dans l'économie.

Le stock de capital augmente grâce à l'investissement. Si on ignore la dépréciation du capital, la variation ou l'augmentation du stock de capital est égale à l'investissement.

Soit K0 le stock de capital initial et I1 l'investissement réalisé au cours de la période t , qui peut être d'une ou plusieurs années. La production totale de la période t est donnée par:

(3)

L'augmentation de la production totale que génère l'investissement réalisé (ou encore l'augmentation du stock de capital) est donnée par:

(4)

En divisant le montant de l'investissement réalisé au cours de la période t par l'augmentation de la production qu'il génère au cours de la même période, on obtient un coefficient indicateur de la qualité ou encore de l'efficacité de l'investissement réalisé.

(5a)

Le terme est appelé ratio incrémental capital-output (en anglais incremental capital-

output ratio; en abrégé ICOR). C'est l'inverse de la productivité moyenne et marginale du capital. Il est supposé dépendre des caractéristiques de chaque économie, constant et compris entre 2 et 5 dans les analyses de la Banque mondiale (Easterly, 1999).

L'équation (5.a) implique que:

 

(5b)

Ainsi, plus l'ICOR est élevé, moins l'investissement est rentable. Une valeur d'ICOR élevée signifie que l'investissement réalisé n'est pas d'une bonne qualité ou que la productivité du capital dans l'économie considérée est faible30. A partir de la valeur de l'ICOR, on peut prévoir l'augmentation du PIB si on connaît le montant de l'investissement réalisé. Supposons par exemple qu'une économie A donnée à un ICOR égal à 3. Selon ce modèle, il faut un investissement de 3$ pour augmenter le PIB de 1$. Reconsidérons l'équation (1b). En différenciant la production totale et en divisant chaque membre par Y, et en tenant compte du fait que le stock de capital de l'économie augmente grâce à l'investissement (la dépréciation du capital est ignorée), on obtient l'expression de ã le taux de croissance de la production totale (PIB) :

(6)

i représente le taux d'investissement de l'économie.

Cette présentation stylisée de la croissance du produit total signifie un fait remarquable : le capital (créé par les investissements en usines, en équipements, ...) est le déterminant de la croissance du PIB et il dépend de l'épargne. Le taux de croissance de la production totale est d'autant plus élevé que l'investissement réalisé ( i ) est élevé, ou que la qualité de l'investissement est bonne (ICOR faible). Lorsqu'on multiplie le taux d'investissement d'une

économie de á %, on multiplie son taux de c par 1 á õ · ?? pour cent.

30 Ceci peut être lié à des handicaps structurels de l'économie. On y reviendra plus loin.

Soit une économie B donnée. Si au cours d'une période t, elle enregistre un taux d'investissement de 25% et que le taux de croissance de son revenu total (PIB) est de 6%, alors son ICOR est de :

Par hypothèse, l'investissem niquement par l'épargne lorsque le pays vit en
autarcie (pas de transfert avec l'extérieur). En supposant que toute l'épargne est investie, on a l'égalité suivant: j = s . Avec s désignant le taux d'épargne de l'économie. Le taux de croissance de la production totale peut encore s'écrire alors:

(7)

Pour une économie dont l'épargne est faible, la croissance sera aussi faible.

Pour augmenter le taux de croissance du revenu, il faut et il suffit d'augmenter le taux d'investissement ( j ) et donc le taux d'épargne ( s ).

De là, le modèle semble fournir une explication claire des différences de croissance entre les économies. Les pays pauvres caractérisés par un stock de capital faible, ont un revenu faible; et donc un taux d'épargne faible. En effet, du fait que la consommation a un niveau incompressible, lorsque le revenu est faible, sa proportion consommée est élevée; le taux d'épargne est dans ce cas faible. La faiblesse de l'épargne dans les pays pauvres contraint l'investissement. Leur taux de croissance économique est donc condamné à rester faible. Ils sont ainsi fermés dans le cercle vicieux de la pauvreté : c'est la trappe31 à sous-développement.

Figure I--19 : Trappe à pauvreté dans le modèle Harrod--Domar

Connaissant l'expression du taux de croissance du revenu total (équation 7), on peut déterminer l'expression du taux de croissance économique (taux de croissance du revenu par habitant) si on connaît le taux de croissance démographique.

Soit y le revenu moyen par habitant, Y le produit total et L la population totale. Il vient: y =Y/ L . On a alors : In y = InY- InL . De là, on détermine l'expression dey ã le taux de croissance du revenu par habitant en fonction de ã le taux de croissance du produit total et de n le taux de croissance démographique.

On a :

(8.1)

Ou encore:

 

(8.2)

On déduit de l'équation (8) que, le taux de croissance démographique étant fixé (supposé connu),

31 On reviendra plus loin sur ce concept de trappe.

il existe une valeur minimale pour le taux d'épargne pour que l'économie croisse à taux nul.

Le niveau minimal de taux d'épargne pour que la croissance économique ne soit pas négative est donc donné par:

(9.1)

Ainsi, pour une économie dont l'ICOR est égal à 4 et le taux de croissance démographique 2,5%, il faut que l'épargne soit égale a 10% pour assurer un maintient du niveau de revenu par habitant.

La représentation graphique suivante montre le rôle de l'épargne:

Figure I--20 : Le rôle de l'épargne

Lorsque le taux d'épargne est inférieur au seuil économie croît à taux négatif, puisque

le niveau de l'épargne domestique ne permet pas au taux de croissance garanti ( s/õ ) de s'ajuster

au taux de croissance naturel ( n ). Au-delà de ce seuil le taux , de croissance devient positif.

Lorsqu'une éie est à gauche de , si elle veut sortir de la trappe, elle

d gmenter son épargne pour franchir ce seuil. Dans le cas des pays pauvres, cette
augmentation est impossible du fait de la faiblesse de leurs revenus. D'où la nécessité d'une aide extérieure (apport extérieur d'épargne) pour combler le déficit d'épargne dans ces économies. En finançant massivement l'investissement dans les pays pauvres grâce à l'aide internationale au développement, les pays tombés dans la trappe à pauvreté peuvent amorcer leur processus de croissance économique et s'échapper de la trappe. La croissance économique pourra ensuite s'auto entretenir. D'où le « big push » envisagé dans les années 1960.

Le modèle permet de déterminer l'investissement manquant à une économie pour atteindre un taux de croissance initialement fixé comme cible. On détermine ainsi le besoin d'aide extérieur de l'économie en fixant un taux de croissance objectif correspondant à la croissance naturelle de l'offre de main-d'oeuvre (taux de croissance démographique).

On a :

(10)

Où désigne le taux de croissance économique souhaité (considéré comme cible);

= l'investissement en volume nécessaire pour atteindre ce taux, S l'épargne

domestique en volume et = l'investissement manquant pour atteindre le taux de croissance

souhaité. Pour permettre à l'économie d'atteindre le taux de croissance ,

il faut et il suffit de lui apporter le volume d'investissement manquant grâce à l'aide extérieure. On a alors:

Z=Im (où Z désigne le montant à transférer en aide internationale). C'est le « financing gap » ; c'est-à-dire le manque de financement de l'économie. En lui apportant une aide de ce montant, on obtient un taux de croissance économique égal au taux souhaité:

(11)

Le volume d'aide nécessaire pour atteindre la croissance cible est alors donné par l'expression :

(12)

Par exemple pour la Zambie, le PIB en $ US était estimé en 2004 à 5,4 milliards ; et l'épargne totale à 1,01 milliards (Banque mondiale, 2006). Si on suppose que l'ICOR vaut 4.5 en Zambie, et si compte tenu de la croissance démographique du pays, on se fixe un objectif de croissance de 9% pour le PIB de ce pays pour l'année 2005, le volume d'aide au développement à lui accorder pour atteindre la croissance cible serait:

Il faudra alors un apport de 1,177 milliards de $ à la Zambie en aide extérieure pour qu'elle puisse atteindre le taux de croissance économique souhaité.

Une variante du modèle du « financing-gap », mais qui lui est très voisine est le modèle à « double déficits » (ou encore « two-gap model » en anglais) de Hollis Chenery et Alan Strout 1966). Cette variante du modèle détermine le manque de financement de l'économie à partir de deux déficit: le déficit d'épargne (ou déficit intérieur) et le déficit au niveau des échanges en capital avec l'extérieur (ou déficit extérieur encore appelée «contrainte des devises»). Le modèle part de l'équilibre global emplois-ressources, qui s'écrit en comptabilité nationale lorsque l'économie est ouverte avec l'égalité:

(13)

M désigne les importations et X les exportations. L'équation (13) signifie que le déficit intérieur d'épargne (investissement - épargne) est égal au déficit extérieur (importations - exportations). Mais cet équilibre est ex-post. Les deux déficits peuvent être inégaux ex-ante. Ce qui affecte le taux de croissance économique. Le modèle à double déficit peut se résumer ainsi:

-- En économie fermée

(14)

Et le taux de croissance économique est:

 

(15)

Le taux de croissance cible étant fixé, le besoin de financement se détermine comme précédemment dans le cadre du modèle Harrod--Domar.

-- En économie ouverte:

Les importations pour les pays en développement sont scindées en deux catégories: les importations de biens et services échangeables, et les importations en capital. Si chaque unité de capital importé était échangeable avec la production intérieure, le taux de croissance serait:

En réalité, dans les pays en développement, l'augmentation de la capacité de production de ÄY nécessite 13 unité de capital importé (les biens d'équipements notamment). Soit F l'investissement en capital importé. On a :

(16)

Pour financer cet investissement en capital importé, le pays recourt aux devises gagnées à l'exportation. Soit å la part de la production intérieure exportée.

L'équilibre est assuré si :

(17)

Ce qui suppose que le pays doit suffisamment produire des biens d'exportations pour couvrir les importations en capital. Or les prix des matières premières et des produits exportés (café, cacao, ...) sont faibles par rapport aux biens d'équipement importés (ordinateurs, tracteurs, ...). On note en outre pour les pays pauvres, une détérioration des termes de l'échange. Les prix des biens exportés sont en baisse constante32 alors que le prix des biens d'équipement déjà élevés, sont en augmentation.

On a donc:

(18)

Dans ce cas, la capacité d'importer qui dépend des devises gagnées de l'exportation contraint la croissance économique. Entre le taux de croissance garanti par les exportations ( ) å 13 et le taux de croissance garanti par l'épargne ( ) ( ) 1 s õ · , le taux de croissance effectif sera le plus petit des deux (Chenery et Strout, 1966). Une solution au problème est donc que l'aide internationale finance également le déficit extérieur pour assurer les importations en capital nécessaires à la croissance souhaitée.

Néanmoins, depuis 1980, la Banque mondiale utilise une version remaniée du modèle à double déficit. Elle introduit la substitution entre les biens importés et les biens produits. La propension à importer n'est plus fixe, elle varie en fonction du différentiel de prix entre les deux catégories de biens. Le maniement du taux de change devient alors le moyen de lever la contrainte en devises. L'évaluation du besoin de financement des pays pauvres (et donc de l'aide à leur octroyer) se réalise alors selon le seul cadre du modèle Harrod--Domar, comme étudié précédemment.

C'est sur cette base que se fait le calcul des aides à la Banque mondiale (Easterly 1998, 1999b, 2005). A partir d'une estimation par pays, on peut déterminer le volume total d'aide nécessaire sur le plan mondial. Le programme actuel des OMD (Objectifs du Millénaire pour le développement) est aussi entièrement fondé sur cette philosophie. La citation ci-dessous montre que c'est bien sur la base de ce modèle qu'on a estimé le volume d'aide nécessaire pour qu'à l'horizon 2015, on puisse réduire de moitié par rapport à son niveau de 1990, la pauvreté dans le monde33.

Pour estimer l'aide additionnelle nécessaire pour réduire la pauvreté de moitié par rapport à son niveau de 1990, nous commençons par un modèle simple, le modèle de croissance à «double-déficits» selon lequel, le taux de croissance dépend du niveau d'investissement et d'un paramètre d'efficacité (ICOR)34 qui permet de déterminer la croissance économique à partir de l'investissement », (Devarajan, Miller et Swanson in World Bank Policy Research Working Paper 2819, Avril 2002).

32 Selon les estimations de l'Organisation des Nations Unies (ONU), de 1986 à 1990 (en 5 ans), la chute des cours des produits de base a coûté 50 milliards de dollars à l'Afrique.

33 www.un.org/objectif du millénaire pour le développement

34 Le terme entre parenthèse a été ajouté juste pour précision.

En conclusion, l'aide au développement peut être une solution aux problèmes de croissance économique dans les pays pauvres. Parce qu'ils ont un niveau de revenu faible, les pays du Tiers*monde n'investissent pas assez. Leur stock de capital est par conséquent faible; ce qui contraint le revenu aussi à rester faible. Ils sont ainsi enfermés dans le cercle vicieux de la pauvreté. En finançant massivement l'investissement dans ces pays grâce à l'aide internationale, on augmente significativement leur stock de capital. Par là, on peut les amener à briser le cercle vicieux du sous-développement (ou à sortir de la trappe), amorcer le processus de croissance économique qui pourra ensuite s'auto entretenir. Le second pilier (ou fondement) de la philosophie de la Banque mondiale est la thèse selon laquelle, grâce aux effets bénéfiques de la croissance économique (ou du revenu moyen), l'aide pourra éliminer la pauvreté dans le monde. C'est ce second fondement que nous examinons par la suite.

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