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Aide au développement peut-elle aider l'Afrique noire à  se lancer au développement durable?

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par Jean-Paul Jean-Paul NABONA BISIMWA
Université Libre dà¢â‚¬â„¢Uvira et des Grands Lacs, ULUGL en sigle - Master complementaire  2012
  

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Conclusion partielle

L'aide internationale présente une double légitimité: la nécessité d'une politique redistributive à l'échelle planétaire, et la promotion de la croissance économique dans les pays pauvres. De là, on comprend mieux certains débats qui traversent la communauté internationale : attribution de l'aide selon les besoins versus selon les facteurs d'efficacité; aide projet versus aide budgétaire. Ces deux fondements se rejoignent néanmoins sur un point: l'amélioration de la situation des plus pauvres, voir l'élimination à terme de la pauvreté dans le monde. Le moyen efficace et dynamique pour atteindre un tel objectif est la promotion de la croissance économique dans les pays du Tiers-

Monde. L'élévation du revenu par habitant dans les pays pauvres est pour cela l'objectif primordial de l'aide internationale. En augmentant le revenu des pauvres, on améliore leur bien-être global (consommation, accès au savoir et aux soins, espérance de vie, qualité de la vie, ...). La pauvreté disparaîtra donc à terme.

Malheureusement, après plus d'un demi-siècle d'aide au développement, la pauvreté ne semble pas reculer véritablement. Malgré les divergences dans les approches statistiques, on note que la pauvreté, même si elle baisse, la diminution du nombre de pauvres est bien en deçà des attentes. La pauvreté aurait même augmenté dans certaines régions. Ce qui entraîne de vives critiques à l'encontre de la politique d'aide menée depuis plus de cinquante ans. Presque toutes les analyses s'accordent aujourd'hui sur le fait que la pauvreté progresse en Afrique sub-saharienne, qui est pourtant la principale région bénéficiaire de l'aide internationale. L'aide au développement aide-t-elle les populations de cette région ? C'est ce que nous examinons dans le chapitre suivant à travers une étude empirique.

CHAPITRE TROIS

ANALYSE EMPIRIQUE DE L'EFFICACITE DE L'AIDE AU DEVELOPPEMENT EN
AFRIQUE SUB--SAHARIENNE

« Au cours des cinquante dernières années, nous, les économistes, avons souvent pensé avoir trouvé la bonne réponse pour générer la croissance économique. La première « solution » fut la croyance en l'aide étrangère ... Aucun de ces élixirs n'a tenu ses promesses ... ».

Citation de William Easterly, The Elusive Quest For Growth 2001).

Depuis les années 1960, le monde vit un accroissement spectaculaire des niveaux de vie, qui est sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Le commerce international et le développement économique ont connu des hausses exponentielles. L'espérance de vie globale s'est améliorée grâce aux progrès de la médecine. Le progrès technologique a connu des avancées spectaculaires. Cependant, selon toutes les mesures statistiques, l'Afrique sub-saharienne n'a pas profité de ce développement global. En fait, dans la plupart des pays de la région, le niveau de vie a même baissé (PNUD, 2004). Et pourtant, la communauté internationale a consacré plus de 568 milliards de dollars américains d'aide étrangère au développement de l'Afrique depuis 196044.

De sérieuses questions se posent alors sur la capacité de l'aide internationale à promouvoir le développement en Afrique sub-saharienne.

Quel effet l'aide internationale a-t-elle sur le développement en Afrique sub-saharienne ? L'aide qui est censée promouvoir la croissance économique dans les pays pauvres en finançant leurs investissements a-t-elle favorisé l'amélioration du bien-être ou encore le revenu par habitant en Afrique sub-saharienne? Pour répondre à ces questions, l'analyse empirique de l'efficacité de l'aide au développement vis-à-vis de la croissance économique dans la région (Afrique sub-saharienne) s'avère fondamentale.

Dans un premier temps (section 1), on va présenter une revue de la littérature empirique sur l'efficacité de l'aide internationale au développement. Dans la section

2, on abordera une description statistique du panel de pays étudiés. On présentera ensuite la méthode économétrique (section 3). Les résultats de nos analyses empiriques sont enfin présentés puis commentés dans la section 4.

Section 1 : Revue de la littérature empirique sur l'efficacité de l'aide au développement

Le champ de l'analyse empirique de l'efficacité de l'aide au développement, déjà exploré dans les années 1970, a connu un regain d'importance au début des années 1990. Sans doute à cause de la fin de la guerre froide qui était une sérieuse motivation de l'aide internationale, mais aussi des rapports faisant état de l'augmentation de la pauvreté dans le monde malgré la politique d'aide. Presque toutes les études sur l'aide ont cherché à identifier son impact sur la croissance économique, sous-entendu que cette dernière s'accompagnera de progrès sociaux. Les résultats dans l'ensemble prêtent à controverse. Ainsi, la grande partie des études menées depuis les années 1980 et 1990 (Mosley 1980, Dowling et Hiemenz 1982 ; Mosley 1987, Mosley et al. 1987, 1992 ; Boone 1994, 1996) concluent-elles à une absence d'effet positif de l'aide sur la croissance économique. Le résultat de Griffen (1970) a même évoqué une corrélation négative entre ces deux variables (aide et croissance économique). Ces conclusions pessimistes sur l'efficacité de l'aide en parallèle aux graves crises d'endettement de plusieurs pays, mais aussi la fin de la guerre froide en 1990 vont,

vers la fin de la décennie 1990, induire l'aide internationale dans une crise de légitimité sans précédent. Se posait alors le paradoxe micro-macro évoqué par Paul Mosley (1987) selon lequel la plupart des missions d'évaluation des projets financés par l'aide internationale concluaient à une

44 Easterly William (2005c).

réussite alors que les analyses au niveau macroéconomique concluaient à un échec. Dans ce contexte pessimiste à propos de l'aide internationale, Burnside et Dollar ont développé l'idée d'une efficacité de l'aide différenciée selon la politique économique menée dans le pays receveur. Dans un célèbre article publié en 1997 puis repris en 2000, Burnside et Dollar ont construit un indicateur de la qualité de la politique économique dans le

pays récipiendaire qu'ils ont croisé avec l'aide internationale reçue45. Ils ont expliqué le taux e croissance du PIB par tête par un certain nombre de variables considérées comme xogènes. Il s'agit de : l'aide au développement en pourcentage du PIB (Aide), un indicateur de l'environnement de politique économique (Pol éco), un indicateur de l'interaction entre l'aide et l'environnement de politique économique (Aide*Pol éco), le logarithme du PIB par tête initial (Log PIB/tête initial), un indicateur de degré de fragmentation ethnolinguistique (frag. ethnoling), le nombre d'assassinats politiques par millions d'habitants (Assassinats pol.), des variables régionales dummy pour l'Afrique sub-saharienne (dummy Afrique sub-saharienne), et pour les dragons d'Asie de l'est (dummy Asie de l'Est), un indicateur de la qualité des institutions (institutions), et un indicateur du mode de financement du gouvernement (M2/PIB) retardé d'une période.

Les données portent sur un échantillon de 56 pays46, et courent sur la période 1970-1993. Le résultat de leur analyse, qui est au coeur du débat sur l'efficacité de l'aide est résumé dans le tableau suivant.

Tableau N°I-8 : Explication du taux de croissance du PIB par tête par l'aide : les
Résultats économétriques de Burnside et Dollar (2000)

Méthode d'estimation

MCO

MDC

Aide

-0,02

(0,13)

-0,24

(-0,89)

Aide-Pol. éco.

0,19***

0,25**

 

(2,61)

(1,99)

Log PIB/tête initial

-0,6

-0,83

 

(-1,02)

(-1,02)

Frag. ethnoling.

-0,42

-0,67

 

(-0,57)

(-0,76)

Assassinats

-0,45

-0,76

 

(-1,68)

(-1,63

Frag. ethnoling*Assassinats

0,79

0,63

 

(1,74)

(0,67)

Dummy Afrique subsaharienne

-1,87**

-2,11***

 

(-2,41)

(-2,77)

Dummy Asie de l'Est

1,31**

1,46*

 

(2,19)

(1,95)

Institutions

0,69***

0,85***

 

(3,90)

(4,17)

M2/PIB

0,01

0,03

 

(0,84)

(1,39)

Pol éco.

0,71***

0,59

 

(3,63)

(1,49)

45 L'indicateur de politique économique est un indice synthétique composé de trois variables : inflation, surplus budgétaire, ouverture au commerce. Ces trois variables sont réunies dans un indicateur composite en les pondérant par leurs coefficients respectifs, préalablement estimés à travers une équation de croissance. La formule de calcul de cet indicateur est la suivante : Ind pol éco = 1,28 + 6,85*surplus budgétaire - 1,4*inflation + 2,16*ouverture au commerce (Burnside et Dollar, 2000).

46 Echantillon de pays : Afrique sub-saharienne : Botswana, Cameroun, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Kenya, Madagascar, Malawi, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Tanzanie, Togo, Zaïre (RDC), Zambie, Zimbabwe. Amérique latine : Bolivie, Rép. Dominicaine, Equateur, El Salvador, Guyane, Haïti, Honduras, Nicaragua, Paraguay, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Jamaïque, Mexico, Pérou, Trinité & Tobago, Uruguay, Venezuela. Moyen orient et Afrique du Nord: Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie, Syrie, Turquie. Asie de l'Est: Indonésie, Corée, Philippines, Thaïlande, Malaisie. Asie du Sud : Inde, Pakistan, Sri Lanka.

Nombre d'observ. R--carré

270

0.39

184

0.47

Légende:

*** indique que le coefficient est significatif avec un seuil de 1% ; ** indique que le coefficient est significatif avec un seuil de 5% ; * indique que le coefficient est significatif à 10%.

NB : MCO désigne « moindres carrés ordinaires » ; DMC désigne « double moindres carrés ». Les t-statistics calculés sont entre parenthèses.

L'idée derrière le croisement de la proportion d'aide reçue (Aide) avec l'indicateur de politique économique (Pol éco) est d'étudier l'impact des politiques économiques dans les pays récipiendaires sur l'efficacité de l'aide au développement.

Alors que l'effet de l'aide sur la croissance économique est non significatif (mais négatif), il devient positif et significatif lorsqu'on la croise avec l'indicateur de politique économique dans le pays récipiendaire. L'aide serait ainsi conditionnellement productive. Elle soutient la croissance économique dans les pays qui mènent de bonnes politiques économiques. Mais dans les pays où l'environnement de politiques macroéconomiques est « faible » ou « malsain », l'aide est sans effet sur la performance économique.

Alors que l'aide traversait une crise de légitimité, l'étude de Burnside et Dollar a constitué une réponse aux détracteurs de l'aide au développement. Leur conclusion a été retentissante dans les institutions d'aide, et consolide le point de vue de Jonathan Isham, Daniel Kaufmann et Lant Pritchett (1995)47 selon lequel les projets de la Banque Mondiale connaissent un meilleur rendement dans les pays où les libertés civiles sont mieux respectées. Les conclusions de Burnside et Dollar (1997) seront reprises et défendues par Banque mondiale (1998), Dalgaard et Hansen (2001), Lensink et White (2001) avec des implications politiques. En effet, si l'aide est plus efficace dans un bon environnement macro-économique, elle devrait cibler les pays pauvres ayant adopté de « bonnes politiques économiques ».

A l'inverse, dans les pays où les politiques économiques sont mauvaises, l'aide financière devrait être remplacée par un dialogue sur le choix de politique et une assistance technique. Ce que la Banque Mondiale résume dans son rapport Assessing Aid comme suit: « If commitment, money - If not, ideas » (Banque mondiale, 1998). Ces conclusions et implications politiques sont mises en oeuvres alors que de nouvelles données devenues disponibles permettent à travers une étude similaire (Easterly et al. 2003) d'infirmer l'efficacité de l'aide au développement même en présence de « bonnes politiques macro-économiques ». En effet, s'inspirant des résultats de Burnside et Dollar (1997, 2000), Easterly, Levine et Roodman (2003) à leur tour se sont intéressés à l'impact de l'aide au développement sur la croissance du revenu par habitant dans le monde en prenant en compte la qualité de la politique économique menée. Ces auteurs ont utilisé l'échantillon utilisé par Dollar, en l'élargissant à d'autres pays, et en élargissant la période; d'autres données courant sur la période 1994-1997 étant devenues disponibles. Ils ont utilisé les mêmes méthodes de spécification que celles utilisées par Burnside et Dollar; la même régression les mêmes variables explicatives.

Ce résultat a remis en cause l'idée admise de Dollar et Burnside selon laquelle l'aide est efficace si elle est accompagnée de bonnes politiques macroéconomiques. Le débat sur l'efficacité de l'aide au développement est donc relancé. Plusieurs autres études comme Levine (2003), Hansen et Tarp (2000, 2001), Guillaumont et Chauvet (2001) ont également abouti à un coefficient proche de zéro et pas significatif surtout quand on introduit d'autres variables explicatives (comme par exemple la population).

47 Ils sont tous chercheurs à la Banque mondiale.

Hansen et Tarp (2000) ont obtenu un coefficient non significatif en introduisant dans l'équation à estimer, un terme quadratique48 de l'aide. L'aide internationale serait donc sans effet sur la

croissance économique des pays récipiendaires. Une étude plus récente (Clemens et al, 2004)
évoque non pas la qualité des politiques économiques menées comme facteur d'efficacité de l'aide, mais ce qu'elle finance. L'aide alimentaire par exemple est contre-productive alors que le financement des infrastructures économiques a un impact positif sur la croissance économique à moyen terme selon les analyses de Clemens et al, (2004).

D'autres analyses sur les déterminants de la croissance économique, et donc pouvant influencer l'efficacité de l'aide dans les pays en développement ont évoqué l'importance d'autres variables telles que : les facteurs historiques notamment la colonisation (Acemoglu, Johnson et Robinson, 2003) ; les facteurs géographiques49 et les maladies (Gallup, Sachs et Mellinger, 1998), la situation par rapport aux tropiques (Clemens et al. 2004 ; Daalgard 2004), les chocs climatiques et ceux liés aux prix à l'exportation et aux termes de l'échange (Collier et Dehn 2001, Guillaumont et Chauvet 2001). La productivité de l'aide au développement serait aussi liée à ses nombreux facteurs.

L'effet de l'aide sur les indicateurs sociaux a été moins étudié dans la littérature empirique sur l'efficacité de l'aide. Sans doute à cause du lien positif sous-entendu entre développement économique et développement social (comme nous l'avons présenté plus haut). Si l'aide favorise la croissance économique, puisque la croissance du revenu engendre le progrès sur le plan social, alors l'aide favorise le progrès social.

Les rares études qui ont évalué directement l'impact de l'aide sur les indicateurs sociaux de bien-être aboutissent aussi à des résultats controversés. Elles se contredisent comme précédemment (au niveau de l'impact sur la croissance économique). Ainsi, Burnside et Dollar (1998) fidèles à leurs idées, soutiennent que l'aide ne favorise la baisse de la mortalité infantile que dans les pays qui mènent de « bonnes politiques économiques ». De même, pour Kosack (2003), l'aide n'a d'effet positif sur l'indicateur de développement humain que dans les régimes démocratiques. Alors que Gomanee et al. (2003) aboutissent à un résultat selon lequel l'aide influence positivement l'indicateur de développement humain (IDH) seulement lorsqu'elle finance les dépenses publiques favorables aux pauvres. La qualité de l'environnement de politique économique ne serait pas déterminante. Mosley et al (1987) tout comme Boone (1996) concluent à l'issue de leurs analyses économétriques que l'aide internationale est stérile. D'après les résultats de leurs études, l'aide internationale n'a aucun effet sur la mortalité infantile.

La conclusion que l'on peut tirer de la lecture de la littérature empirique sur l'efficacité de l'aide est donc un manque de robustesse des résultats empiriques. Face à ce constat, il est nécessaire d'approfondir les analyses en variant les composantes des études ; par exemple en intégrant différents facteurs pouvant influencer l'efficacité de l'aide (facteurs géographiques, termes de l'échange, ...), et en modifiant l'échantillon de pays. En outre, dans les analyses de Burnside et Dollar (1997, 2000) tout comme celles de Easterly et al. (2003), la variable muette « Afrique sub-saharienne » est négative et significative. La région aurait certaines particularités propres, et mérite donc une étude plus approfondie.

En outre, les pays de cette région présentent de fortes similitudes sur plusieurs plans (historique, géographique, économique, culturelle, politique, ...). Ceci permettrait de minimiser l'effet du non

48 Le terme quadratique « aide^2 » est destinée à prendre en compte la non linéarité du lien entre aide et croissance économique, théoriquement fondée par la loi de la productivité marginale du capital décroissante.

49 Dans la mesure où la situation géographique détermine les conditions climatiques et surtout le développement facile des moustiques dans la zone intertropicale, et par conséquent le paludisme, une maladie redoutable dont les répercussions sur l'activité économique sont immenses.

prise en compte de certaines variables comme celles énumérées ci-dessus (facteurs historiques, géographiques, chocs liés aux termes de l'échange, ...) lorsque l'analyse porte exclusivement sur les pays de cette région. C'est ce que nous entreprendrons par la suite.

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