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Repenser la liberté comme mystère chez G. Marcel. une approche analytico-herméneutique de : "les hommes contre l'humain".


par Freddy KAKULE KANAMUNGOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa (USAKIN) - Graduat 2020
  

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III.2.3. Dégradation de l'idée de service

Dans ce monde caractérisé par l'émergence des techniques et des industries, il est important de s'arrêter un bon bout de temps pour s'interroger sur la place et la valeur de l'homme dans tous ces changements qui se déroulent à une vitesse supersonique. La triste réalité c'est que le monde contemporain est tenté davantage à réduire l'homme aux fonctions qu'il rend dans la société. De ce fait, Marcel constate que l'époque contemporaine se caractérise par ce qu'on pourrait sans doute appeler «  la désorbitation de l'idée de fonction ». C'est-à-dire, l'individu tend à s'apparaitre à lui-même et à apparaitre aux autres comme un simple faisceau de fonction73(*).

Réfléchissant sur la civilisation industrielle et technicienne de 1933, Marcel se rend compte que dans cette civilisation l'accent est beaucoup mis sur la notion de fonction. Pour ne pas limiter d'application et aller dans la profondeur des choses, il préfère considérer cette notion dans son acception générale. Ainsi, définit-il la fonction comme « quelque chose que l'on a »74(*). Sur ce, la fonction est une réalité faisant partie de l'ordre de l'avoir. Cette définition générale englobe à la fois les fonctions vitales, psychologiques et sociales. Les fonctions nutritives et sexuelles font partie de la fonction vitale, aussi les fonctions sociales correspondent-elles aux différentes tâches et service que l'on peut bien rendre dans la société telle que médecin, infirmier, agriculteur, artiste etc. Les fonctions psychologiques quant à elles, se situent au milieu de deux autres.75(*)

En effet, Marcel ne voit pas du mal en ce que l'homme soit invité à accomplir différentes fonctions dans la société. Il n'est donc pas mauvais qu'un menuisier vaque librement à son travail ou qu'un chauffeur de transport en commun fasse son travail pour faciliter le déplacement intra-urbain. A ce sujet Marcel, s'interroge : « la noblesse de l'homme ne consiste-t-elle pas après tout à s'acquitter le mieux possible des fonctions qui sont les siennes ?»76(*)

La notion de service prend donc des allures dégradantes et dépréciatrices quand on en fait un usage abusif et quand la société technocratique en fait une généralisation pathologique. Par conséquent, la dignité humaine est reléguée au second plan et c'est maintenant le travail et le rendement qui définissent l'homme. Le service devrait être fait en principe dans le respect de la dignité du serviteur. C'est-à-dire, l'employé doit à tout prix jouir de ses droits fondamentaux et être payé en fonction du contrat signé.

Par ailleurs, dans les sociétés technocratiques, l'homme est pris comme une machine de production et cela en dépit de sa liberté et sa dignité. Le grand défi des sociétés industrialisées est, d'après Marcel, le fait que « l'individu est amené à se traiter lui-même de plus en plus comme un agrégat de fonction »77(*). En d'autres termes, l'homme est dégradé lorsqu'il se réduit à un simple faisceau des fonctions vitales et sociales. Une société ainsi fondée réduit l'individu à une seule de ses dimensions, elle le rend semblable à une machine et traite l'homme comme un matériel.

De ce qui précède, il s'avère nécessaire de s'interroger sur les conséquences de la dégradation de l'idée de service. Marcel souligne en premier lieu la tristesse et l'intolérable malaise de celui qui se voit réduit à vivre comme s'il se confondait effectivement avec ses fonctions. En second lieu, il déclare que la vie dans un monde axé sur l'idée de fonction est exposée au désespoir, à l'altération et à la dépersonnalisation des rapports humains.78(*)

* 73 Cf. G. MARCEL, Position et Approche Concrète du Mystère Ontologique, op. cit., p. 46.

* 74 IDEM, Etre et Avoir, op. cit., p. 106.

* 75 Cf. D. BANONA NSEKA, Technique et dignité humaine, op. cit., p. 50.

* 76 G. MARCEL, Le mystère de l'être II, op. cit., p.50.

* 77 IDEM, Position et Approche Concrète du Mystère Ontologique, op. cit., p. 46.

* 78 Cf. Ibid., p. 49.

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