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Repenser la liberté comme mystère chez G. Marcel. une approche analytico-herméneutique de : "les hommes contre l'humain".


par Freddy KAKULE KANAMUNGOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa (USAKIN) - Graduat 2020
  

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III.3.3. La situation du philosophe dans le monde d'aujourd'hui

Marcel n'a pas passé sous silence les défis à relever du philosophe contemporain vivant dans un siècle dominé par le progrès des sciences expérimentales et de la technique. Il part de prime abord de l'idée et l'image que le monde se fait du philosophe. Il constate en effet que l'idée du philosophe, si nous nous référons à l'antiquité, a subit au cours de l'histoire une véritable dégradation et cela dans la mesure où la notion même de la sagesse « Sophia » a perdu sa quintessence, du moins sa vénérabilité originelle.

Ce faisant, il déclare : « le philosophe au XIXe Siècle s'est réduit dans la très grande majorité des cas au professeur de philosophie qui, trop souvent est un spécialiste, à quelque degré intoxiqué par sa propre spécialité, qui débite devant ses étudiants ou parfois devant un public bien plus étendu soit son système, si par hasard il en a un, soit plus fréquemment une décoction des systèmes, soit enfin une histoire des systèmes qui ont précédé le sien»81(*).  Il remarque que dans certains pays et plus particulièrement en France, les professeurs de philosophie succombent littéralement sous des taches professionnelles qui n'ont rien, dans la plupart de cas, de spécifiquement philosophique. Et c'est en raison du nombre énorme d'étudiant, qui tous préparent et passent des examens.

Il est alors difficile mais pas impossible, de nos jours, de trouver un professeur de faculté qui reste véritablement philosophe, c'est-à-dire qui garde sa puissance de méditation ou plus profondément encore qui conserve une certaine virginité de l'esprit. S'il y parvient, c'est évidement au prix d'un effort héroïque, et à condition, bien entendu, de mener une vie presque ascétique. Mais cet ascétisme, admirable en soi, comporte inévitablement une rançon. Le grand risque est de se retrancher de la vie commune des hommes et vivre à la façon du pur contemplatif perdu dans une solitude érémitique82(*). Il est clair que là où la philosophie est conçue et faite de cette façon, ses possibilités de rayonnement sont très réduites.

Eu égard à ce qui précède, nous remarquons que Marcel était habité par la nostalgie de l'antiquité philosophique grecque, et invite les philosophes contemporains à faire un recul dans le passé afin de se ressourcer pour mener à bon terme leur rôle dans la société. Un autre danger souligné par Marcel est que lorsqu'un philosophe recherche des vastes audiences à la presse ou à la radio et fait figure de touche-à-tout, risque de trahir de la façon la plus grave sa vocation fondamentale du  philosophe83(*). Il lance de ce fait une interpellation au philosophe de ne pas être sujet de ce qu'il qualifie de « flatterie-provocatrice ».

Il illustre cela par un exemple d'un philosophe bien connu et de grande renommée qui avait déclaré aux journalistes Suisses qui l'accueillaient sur le champ d'aviation où il venait d'atterrir : « Messieurs, Dieu est mort ! ». Ce qui est désolant, d'après Marcel, c'est que dès le moment où cette affirmation est claironnée devant des journalistes, où elle se propose dans certaine manière comme phrase publicitaire du journal, elle se dégrade non seulement au point de se vider de toute sa signification, mais aussi de se convertir en une risible parodie. De plus, Marcel souligne qu'il existe une différence existentielle entre le soupir nietzschéen et cette espèce de déclaration qu'on est tenté de qualifier «  publicitaire » car elle est de toute évidence destinée à faire sensation.

Aussi interpelle-t-il les philosophes qui s'engagent dans l'action politique qu'au lieu d'éclairer l'opinion publique, se laissent emporter par la foule. Le danger qui les guette consiste en fait à prendre position, beaucoup plus tôt sur les papiers comme dans la réalité, et plus souvent par des signatures des manifestes ou des motions de destitution, sur des questions dont ils ont la connaissance la plus superficielle, une connaissance par oui dire qui est en vrai dire une ignorance pure84(*). Cette même situation se vit en RD Congo où actuellement nous assistons à une vague de destitution des gouverneurs dans différentes provinces. Nous constatons ça et là que l'élite congolaise s'embourbe dans le fanatisme politique. Et c'est pour cette raison que Marcel martèle sans ambages que «  le premier devoir d'un philosophe dans le monde d'aujourd'hui est de combattre le fanatisme sous quelque forme qu'il se présente85(*) ».

En résumé, nous venons de parcourir les différentes tentations du monde contemporain auxquelles les philosophes sont perpétuellement soumis. Marcel les invite à un engagement pour l'avènement d'un monde meilleur dans l'humilité. Car, pour lui, « la grandeur du philosophe est d'être au clair sur les limites de son savoir et de reconnaitre qu'il y a des domaines où son incompétence est absolue »86(*). En un autre langage disons que le philosophe doit êtreperpétuellement en garde contre la prétention de tout connaitre.

* 81 G. MARCEL, Les hommes contre l'humain, op. cit., p. 80.

* 82 Ibid.

* 83 Ibid., p. 81.

* 84 Cf. G. MARCEL, Les hommes contre l'humain, op. cit.,p. 83.

* 85Ibid., p. 86.

* 86Ibid., p. 84.

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