WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La culture sound system: Etat des lieux d'une pratique musicale en plein essor sur le territoire français: le cas du Dub Camp Festival

( Télécharger le fichier original )
par Jeanne VIONNET
EAC Lyon - Master 1 - Manager Culturel 2017
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Introduction première partie

Il nous a semblé important, dans cette première partie, d'expliquer les origines de la culture sound system, contre-culture initialement née en Jamaïque, pour donner le contexte du sujet principal de notre problématique. Cet historique nous permettra de comprendre dans quel cadre l'outil de diffusion, le sound system, a pris une place importante dans la vie quotidienne des jamaïcains pour faire intégrante de leur culture et de leurs racines.

Le terme contre-culture que nous employons ici fait référence à la définition donnée par le sociologue Theodore Roszak créé en 1969. Selon lui, la contre-culture désigne un ensemble de manifestations culturelles, d'attitudes, de valeurs, de normes utilisées par un groupe, qui s'oppose à la culture dominante ou la rejette. Il s'applique à un phénomène structuré, visible, significatif et persistant dans le temps.

Dans un premier chapitre, nous tenterons de retracer brièvement l'historique des musiques Jamaïcaines, indissociables de la culture sound system né en Jamaïque. Dans un contexte où l'île de la Jamaïque était colonisée par l'Angleterre jusqu'en 1962, nous comprendrons dans quel cadre et pourquoi les jamaïcains ont donné naissance à cette contre-culture dans un pays colonisé. Les conditions sociales et politiques de l'île de la Jamaïque ont conduit la population à immigrer pour fuir la misère. Nous découvrirons comment et pourquoi cette culture s'est exportée principalement en Angleterre. Cette immigration massive a provoqué une xénophobie dans la population britannique.

Dans un second chapitre, nous retracerons rapidement l'historique des musiques jamaïcaines en France. Nous porterons notre intérêt sur le mouvement sound system dub en France assurément indissociable du dub et de ses dérivés. Les multiples recherches et entretiens sur le terrain nous permettront de comprendre comment les artistes français se sont appropriés le dub pour ainsi saisir par quels moyens la culture sound system s'est exportée en France grâce à plusieurs acteurs majeurs qui ont contribué à son développement.

11

Chapitre 1 - Naissance et essor d'un contre-culture Introduction chapitre 1

La Jamaïque, petite île des Caraïbes, renferme une richesse culturelle et musicale souvent méconnue du grand public. L'île est le berceau des musiques électroniques actuelles, tant au niveau des techniques de composition que des chemins de création.

Nous découvrirons dans quel contexte les jamaïcains ont inventé plusieurs styles de musiques pour ainsi donner naissance à un outil de diffusion sonore majeur et emblématique dans le monde entier, le sound system. Initialement apparu dans les ghettos de Kingston, capitale de l'île, les sound systems se sont très vite intégrés dans la vie quotidienne des jamaïcains pour aujourd'hui faire partie intégrante de leur culture. Les techniques de composition, de sampling et de mix actuels découlent d'une erreur produite par un producteur de studio.

Nous comprendrons ainsi comment les conditions sociales et politiques de l'île de la Jamaïque ont poussé le peuple jamaïcain à fuir la misère pour immigrer dans d'autres pays, notamment en Angleterre. Le peuple jamaïcain a longtemps souffert de xénophobie en Grande-Bretagne. Cette immigration massive a contribué au développement des musiques jamaïcaines et de la scène sound system puisque les jamaïcains ont emporté l'intégralité de leur culture dans leur bagage, y compris leur sound system. Le seul moyen pour eux de remédier à leur souffrance de dénigrement raciale était d'écouter de la musique sur leur sound system.

Naissance de la culture sound system en Jamaïque

Tout commence à la fin du XIXe siècle, dans les zones rurales de l'île, avec une musique très populaire: le mento, ancêtre du reggae. Ce genre musical, accompagné de danses, remonte aux rituels ashantis1. Il est considéré comme un mélange de rythmes percussifs d'Afrique de l'ouest et il rassemble des influences franco-anglaises avec le quadrille, danse à figures liée à l'histoire coloniale de la Jamaïque sous domination anglaise au XVIIe siècle. Au mento se mêlent des rythmes créoles voisins de Trinidad2, de la rumba cubaine, du tango et de la samba d'Amérique latine. Les paroles reflètent le caractère insaisissable et rebelle d'un peuple refusant de se

1 « Cycle Histoire des musiques caribéennes : le Mento » Cases-Rebelles, mars 2013 [en ligne]. Disponible sur : https://www.cases-rebelles.org/cycle-de-musiques-caribeennes-le-mento/

2 MULLER Philippe, « L'évolution de la musique jamaïcaine et des sound systems, partie 1 », Dub Camp Festival, 23 juin 2017 [en ligne]. Disponible sur : https://www.dubcampfestival.com/levolution-de-la-musique-jamaicaine-et-des-sounds-systems-part-1/# edn1

12

soumettre aux traditions bourgeoises et conventionnelles importées d'Europe3. Les paroles du mento abordent différents registres. Elles peuvent se montrer grivoises (et sont, de fait, une ancienne forme du slackness4 des années 1980) jusqu'à être parfois censurées, elles sont aussi rebelles et insurrectionnelles, représentatives de la dure condition des paysans, travailleurs exploités dans les champs de canne à sucre.

À partir des années 1930, le jazz occupera, en Jamaïque, le devant de la scène. Il sera rejoint, à la fin des années 1940, par le rhythm and blues. L'industrie du tourisme motivera encore l'installation du jazz avec la formation d'orchestres dans les nombreux hôtels, clubs et théâtres à destination des voyageurs aisés. Une grande majorité de la population locale ne peut s'en permettre l'accès : c'est ainsi que les plus pauvres investissent l'espace public, dans les banlieues, pour oublier la misère en dansant et, surtout, en jouant de la musique5.

La diffusion de la musique par les sound systems

À la toute fin des années 1940, les premiers sound systems voient le jour grâce à Hedley Jones, un musicien et inventeur touche-à-tout jamaïcain, pionnier de la culture sound system. Les installations sont initialement équipées d'une simple platine tourne-disque, d'un amplificateur et de plusieurs enceintes, les plus imposantes possibles. Hedley Jones conçoit un amplificateur répondant à toutes les fréquences en hertz (de 15 Hz à 20 Hz) à l'aide d'un égaliseur qui sépare les basses, les médiums et les aigus, un système très rare à l'époque. Il se sert de ce matériel pour diffuser des disques qu'il vendait aux clients de sa boutique de réparation de radios. En 1950, Thomas « Tom » Wong anime des soirées, juste en face de l'espace occupé par Jones. Un beau jour, leurs disques sont passés en même temps. Tout le monde afflue vers Jones, dont le matériel diffuse une meilleure qualité sonore. La légende raconte que Tom commande immédiatement un amplificateur à Jones et le nomme Sound System, dès sa réception. Naît alors une expression entrée dans le langage commun, que l'on peut comparer aux discothèques mobiles6.

À partir des années 1950, la musique jamaïcaine évolue. De nouveaux courants voient le jour sur les sound systems : d'abord le ska*, puis le rock steady* et le reggae*. À l'époque de sa création, et aujourd'hui encore, un sound system ne fonctionne pas seul. Toute une équipe

3 MULLER Philippe, « L'évolution de la musique jamaïcaine et des sound systems, partie 1 » Op. Cit.

4 Paroles à caractère sexuelles.

5 BRADLEY Lloyd (2000), Bass Culture, quand le reggae était roi, Paris, Allia, 2017, p.21

6 CARAYOL Sébastien, « Hedley Jones, père des Premiers sound systems » Philharmonie de Paris, 17 mai 2017 [en ligne]. Disponible sur : https://philharmoniedeparis.fr/fr/magazine/hedley-jones-pere-des-premiers-sound systems

13

de techniciens le compose. Parmi eux se trouvent un opérateur*, un sélecteur*, un MC* et un ou plusieurs boxmen*. Dans un collectif, le sélecteur se compare au disc-jockey actuel : il sélectionne et enchaîne les disques. Le MC chante, parle et improvise sur les titres joués. Sa technique d'improvisation se nomme toasting et donnera naissance, au début des années 1970, au rap des ghettos états-uniens.

Il est admis que les sélecteurs des sound systems s'affrontent régulièrement en sound clash. Cette pratique consiste à organiser des combats musicaux entre plusieurs sound systems, affrontements impliquant une sélection méticuleuse de disques inconnus pour faire danser le public le plus intensément possible. La concurrence est déjà rude. Les sélecteurs sont à l'affût des dernières nouveautés venues des États-Unis. Ils enlèvent les étiquettes des vinyles diffusés pour en garder l'anonymat et, de fait, l'exclusivité. La compétition entre sound systems est si dure que les sound clashs se terminent parfois en véritables rixes. Duke Reid, à la tête du sound system Trojan, est réputé pour avoir en permanence deux armes sur lui7. Certains sound systems, parfois affiliés à des bandes de casseurs, organisent de violentes descentes dans les soirées adverses pour détruire les disques et le matériel.

« Le phénomène des sound systems en est venu à jouer un rôle central au sein de la société
jamaïcaine, façonnant la manière dont sont vécus musique et divertissement
8 ».

La naissance de plusieurs sound systems est associée à une nouvelle pratique commerciale des magasins de vente d'alcool : la musique est diffusée pour attirer la clientèle. Les sound systems y trouvent leur compte en sollicitant le public pour une petite participation financière. Duke Reid9 et Coxsone Dodd sont les premiers à faire affaire, de manière conséquente.

Prince Buster fait ses débuts aux côtés de Coxsone Dodd et monte son magasin de disques. Il crée son propre sound system, The Voice Of The People10, en 1957. Il est alors âgé de dix-neuf ans. Inspiré par Marcus Garvey, il souhaite que son sound system devienne la station de radio du peuple et fait le choix, militant, de diffuser les musiques issues des ghettos et des campagnes de Jamaïque ; contrairement à ses concurrents qui jouent du rhythm and blues

7 GUEUGNEAU Christophe, Jamaïque, 1950-1968. « Naissance d'une nation... du sound system » Mediapart,2 août 2011[en ligne]. Disponible sur : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/020811/jamaique-1950-1968-naissance-d-une-nation-du-sound system

8 CHAMBERLAIN Joshua Sound system, la voix du peuple jamaïcain, Catalogue de l'exposition Jamaïca Jamaïca, 6 avril 2017, p.34

9 Aperçu du sound system de Duke Reid. Cf. Annexe 6, p. 101

10 Aperçu du sound system de Coxsone. Cf. Annexe 6, p. 101

14

américain. Il participe d'ailleurs à l'introduction des musiques rastafaris* dans la musique populaire jamaïcaine.11

Les années 1950 sont marquées par l'arrivée de la radio. Moins de 20% des foyers en sont équipés, mais les plus pauvres s'arrangent entre eux et se réunissent pour écouter, collectivement, les deux seules radios locales12. Mais ces dernières ne répondent pas aux envies de la population jamaïcaine. C'est pourquoi les gens se tournent vers les sound systems des ghettos, qui deviendront un moyen privilégié de diffusion des musiques sur l'île et s'imposeront comme « la voix du peuple ». Cette pratique, tournée par essence vers l'extérieur et l'espace public, a permis aux populations de s'approprier les espaces urbains. Les événements sonorisés grâce aux sound systems sont accessibles à tous et ne sont muselés par aucune forme de censure. Ce sont des lieux de rencontre et d'échange entre les habitants des quartiers, ils constituent un refuge, un véritable espace de cohésion sociale13.

« En Jamaïque, la danse de rue est un événement symbolique car elle reflète la relation duale entre célébration de la communauté et l'appropriation revendicative de l'espace public14 ».

En 1967, deux ingénieurs du son jamaïcains, King Tubby et Lee Scratch Perry, sont à l'origine du développement populaire des musiques électroniques. Ils auraient inventé, de façon fortuite, un nouveau genre. Selon la légende, la prise de voix d'un vinyle de reggae aurait été omise au pressage. La musique diffusée, sans paroles, donna lieu à un nouveau genre ayant connu un succès immédiat dans les foules. Cet « accident » signe la naissance du dub. Depuis, la face A des vinyles contient musique et paroles et la face B reste instrumentale. Les notions de sampling*, de récupération et de remix du dub ont légué un grand héritage technique, esthétique et culturel aux musiques populaires des années 1980 et 1990, que les producteurs, aujourd'hui encore, continuent d'exploiter15. À la fin des années 1960, les sound systems jamaïcains se professionnalisent et créent des emplois. Ainsi, les deux fameux propriétaires de sound systems Duke Reid et Clément « Coxsone » Dodd fondent leur propre studio pour enregistrer des inédits : musiques dont les paroles chantent la gloire de leur sound system dans le but de

11 AUGRAND Alexandre, Le DJ, médiateur de transferts culturels dans la Dance Culture : Comment des cultures globales sont devenue globale. Thèse de doctorat de sciences de l'Homme et de la Société, Université de Paris-Saclay, sous la direction de Damien Ehrhardt, 24 novembre 2015, p. 50

12 Radio Jamaïca Rediffusion et Jamaïca Broadcasting Corporation

13 CHAMBERLAIN Joshua Sound system, la voix du peuple jamaïcain. Op. Cit. p.34-35

14 CHAMBERLAIN Joshua Sound system, la voix du peuple jamaïcain. Op. Cit. p.34-35

15 « Ce que la techno et la house doivent au Dub » One-one-six [en ligne]. Disponible sur : https://one-one-six.fr/ce-que-la-techno-et-la-house-doivent-au-dub/

15

promouvoir le rock steady16. Un disque produit en Jamaïque ne se retrouvait sur le marché seulement après avoir été testé sur un sound system. Évolutions technologiques aidant, de nouveaux instruments électroniques, dont les boîtes à rythme, font leur arrivée. Pendant les deux dernières décennies du XXe siècle, le dub se diffuse de manière accrue et il s'affine, de plus en plus électronique, pour devenir genre musical à part entière.

À la fin des années 1980, le dancehall, également appelé raggamuffin ou digital reggae, s'étend lui aussi, en adoptant un langage plus provocateur que le reggae.

« La Jamaïque peut se targuer d'être la source d'une musique qui, dans toutes ses
déclinaisons, est une des rares à être écoutée aux quatre coins du monde.
17 »

Migration de la culture en Angleterre

Dans les années 1950, la Jamaïque est encore sous domination britannique. Un dixième de la population jamaïcaine émigre en Grande-Bretagne en une décennie. Il s'agit, en majorité, d'ouvriers peu qualifiés, fuyant la misère. Ils emportent avec eux la culture sound system. Ces mutations sociales s'accompagnent de profonds changements socioculturels car les jamaïcains ont emportés leurs propres valeurs et normes, contribuant ainsi à l'émergence de contre-culture tant au niveau religieux (rastafarisme) que musical (sound-system)18.

Le premier sound system jamaïcain fabriqué sur le sol britannique est celui de Duke Vin the Tickler, en 195519. Il popularise la musique jamaïcaine et joue dans plusieurs clubs réputés de Londres. La culture sound system fait partie du paysage underground britannique. Les jeunes jouent dans des caves, friches et autres lieux désaffectés, loin des oreilles et de la vigilance des polices de quartier. À l'origine, l'intention des sound systems est d'éduquer les jeunes, de leur inculquer des valeurs de respect pour éviter qu'ils sombrent dans la délinquance. Les deux messages primordiaux des sound systems sont le partage et l'expérience à travers la musique.

16 BINET Stéphanie, « Les sound systems, plus qu'un son, une religion », Le Monde, 21 juin 2013 [en ligne]. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/06/20/les-sound systems-plus-qu-un-son-une-religion_3433082_3246.html

17 VENDRYES Thomas, « Wi likkle but wi tallawah ! » L'écho musical d'une petite île des Caraïbes, Volume, vol. 13:2, no. 1, 2017, pp. 7-23.

18 « Sound-system: miroir du petit peuple jamaïcain », Samarra Blog, mai 2016 [en ligne]. Disponible sur : http://samarrablog.blogspot.com/2015/05/sound-system-miroir-du-petit-peuple.html

19 GUEUGNEAU Christophe, « Comment la Jamaïque a « colonisé » la musique britannique » Mediapart, 9 août 2011[en ligne]. Disponible sur : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/210711/comment-la-jamaique-colonise-la-musique-britannique

16

Aba Shanti et Channel One Sound system, artistes aujourd'hui reconnus de la scène anglaise, diffusent ces messages, aujourd'hui encore dans leur musique20.

En 1966, Duke Vin the Tickler participe à la fondation du carnaval de Notting Hill. Cet événement se déroule chaque année, le dernier week-end d'août, dans les rues du quartier de Notting21 Hill à Londres. Plusieurs millions de personnes s'y rendent annuellement. C'est le deuxième plus grand carnaval au monde, après celui de Rio. À son initiative, la communauté antillaise de Londres, désireuse faire connaître leur culture à travers la musique, la cuisine, la mode et les traditions afro-caribéennes. À côté de la traditionnelle parade festive, de fait, à dominance culturelle afro-caribéenne, nous retrouvons la culture sound system dans son état le plus pur. Plus de quarante sound systems y diffusent, des heures durant, différents styles de musique : reggae, roots, dub, jungle, grime, drum and bass, hip-hop, jazz, swing, etc.

Au début des années 1970, l'immigration massive des jamaïcains en Angleterre provoque un mouvement discriminatoire terrible. La Grande-Bretagne prend des mesures en limitant l'immigration dans le pays. Les jamaïcains résistent et revendiquent leur culture22. Les sound systems servent à la résistance dans le pays23. C'est une époque où les publics, aveuglément dirigés par la politique anglaise, ne se mélangent pas24.

Lloyd Bradley est né en Angleterre, de parents jamaïcains. Il est l'auteur de « Bass culture : Quand le reggae était roi ». Par le prisme de son vécu, il témoigne sur le carnaval de Notting Hill : « C'était une époque où le public n'était pas mélangé, Londres appliquait une ségrégation raciale efficace. C'est en 1974 que tout a changé. Les sound systems ont commencé à apparaître dans les rues sous le Westway25. C'était des installations adéquates pour la révolution qui se déroulait à cette époque. Les gens faisaient même un cercle dans le public pour les danseurs. Ces ambiances en ont inspiré plus d'un, moi en particulier, qui se sont mis à construire leurs propres sound systems, qui ne passaient pas forcément du reggae d'ailleurs.26 » Comme le démontre Lloyd Bradley, le carnaval de Notting Hill a permis à la culture sound system de se produire en Angleterre pour ensuite attirer un public au-delà des

20 RYCKWAERT Maxime, « Immersion dans l'univers sound system anglais avec Aba Shanti I et Channel One », Pinata Mag, 27 novembre 2016 [en ligne]. Disponible sur : https://pinatamag.com/abashantichannelone/

21 Aperçu du Carnaval de Notting Hill en 1985 et en 2016. Cf. Annexe 7, p. 101

22 HUTCHINSON Kate, « Un peu d'histoire : les racines de Notting Hill », Redbull, 21 août 2013 [en ligne]. Disponible sur : https://www.redbull.com/fr-fr/notting-hill-carnival-history-lloyd-bradley-1974

23 GUEUGNEAU Christophe, « Comment la Jamaïque a « colonisé » la musique britannique » Op. Cit.

24 BEN Rubens, « Les plus beaux sound systems du carnaval de Notting Hill 2016 », Traxmag, 5 septembre 2016 [en ligne]. Disponible sur : http://fr.traxmag.com/article/36223-les-plus-beaux-sound systems-du-carnaval-de-notting-hill-2016

25 Autoroute à l'ouest de Londres

26 HUTCHINSON Kate, « Un peu d'histoire : les racines de Notting Hill » Op. Cit.

17

frontières : « Le Carnaval de Notting Hill est un événement obligatoire pour n'importe quel jeune. Il est passé d'une affaire nostalgique d'immigrants caribéens à un rendez-vous obligatoire pour tous les jeunes londoniens, il fallait y être.27 »

Simultanément, l'Angleterre connaît l'effet Bob Marley. C'est l'émergence d'une réelle reconnaissance des événements ouverts, publics, sonorisés par des sound systems. En 1976, le reggae et le punk s'associent pour créer le mouvement Rock Against Racism. Pour la première fois, des noirs et des blancs jouent sur les mêmes scènes. La culture reggae réunit un nouveau public et prend un nouvel essor, notamment avec Mickey Dread, membre de Channel One Sound system, ou Steel Pulse, qui fera la première partie du groupe The Police28.

L'heure des sound systems récupérés par le mouvement techno

La musique électronique, dont le dub est un ancêtre, n'a pas seulement servi à créer des riddim*. Elle a également pris une autre direction, aux États-Unis comme en Grande-Bretagne, en inspirant tout le mouvement rave de la musique électronique29.

En 1987, à l'heure où Margaret Thatcher, ancienne Première Ministre du Royaume-Uni, décide de fermer l'intégralité des clubs à deux heures du matin, les sound systems vont réintégrer les camions et retrouver, de fait, leur forme originale des années 1970 en Jamaïque. C'est l'époque du Summer of Love, des premières rave parties, où les publics vibrent à l'unisson dans la paix, l'amour, l'unité et le respect. La fête n'a plus de durée, ni de scène, ni de lieu attitré. Le volume sonore n'a plus aucune limite hors celle de la technique et les tenues correctes ne sont plus exigées. Les annonces et points informatifs relatifs à ces événements, souvent clandestins, se font par bouche-à-oreille30. L'expression rave signifie, littéralement, « s'extasier » mais aussi « battre la campagne ». La résistance par le sound system est une référence à cette fameuse Zone d'Autonomie Temporaire. Ce concept a été défini par Hakim Bey, chercheur au MIT31. Ces rassemblements sont une manière de fuir, de résister, sans

27 HUTCHINSON Kate, « Un peu d'histoire : les racines de Notting Hill » Op. Cit.

28 GUEUGNEAU Christophe, « Comment la Jamaïque a « colonisé » la musique britannique » Op. Cit.

29 GUEUGNEAU Christophe, « Comment la Jamaïque a « colonisé » la musique britannique » Op. Cit.

30 DEMOULIN Anne, « Comment Margaret Thatcher est à l'origine des raves et des free parties ? » 20minutes, 8 juillet 2018 [en ligne]. Disponible sur : https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2304067-20180708-video-rave-fait-toujours-rever-comment-margaret-thatcher-origine-raves-free-parties

31 Massachusetts Institute of Technology

18

chercher à faire la révolution mais en créant des espaces de vie temporaires, des lieux cathartiques32.

La première technoparade33 s'est déroulée en Allemagne, en 1989, sous le nom de Love Parade. Elle fut un symbole contre le mur de Berlin et a rassemblé 150 personnes autour d'un sound system véhiculé. Les technoparades sont des événements publics ayant lieu autour des musiques électroniques et, plus particulièrement, de la techno. Elles se déroulent comme un carnaval, dans la rue, autour d'un ou plusieurs camions sonorisés. Elles réunissent des hommes et femmes généralement déguisés, pour allègrement festoyer. De nombreuses technoparades ont lieu dans le monde entier mais la Love Parade a été l'une des plus importantes manifestations musicales après le carnaval de Rio, rassemblant jusqu'à 1 500 000 personnes en 1999.

32 MAILLOT Élodie, « Les liens du son (3/5) - Sound systems et free parties » France culture, 23 août 2017 [en ligne]. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/les-series-musicales-dete/les-liens-du-son-35-sound systems-et-free-parties

33 RHODES Duncan, « The Love is back... », Local Life, 12 janvier 2007 [en ligne]. Disponible sur : https://www.local-life.com/berlin/articles/berlin-love-parade

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net