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Les échanges transfrontaliers entre la ville de Rosso Sénégal et la Mauritanie: Organisation et impacts

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par M. Souleymane DIALLO
Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) - DEA de Géographie 2004
  

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4. Les aspects humains : une variable centrale dans les échanges transfrontaliers.

a) Identité des peuples et des cultures

 « Un pays fait son histoire mais subit sa géographie ». Les populations qui habitent une frontière sont souvent amenées à vivre en étroite symbiose de par leurs cultures, leurs langues, leurs cadres de pensée, leurs valeurs sociales et religieuses qui recoupent des points identiques. Comme nous avons essayé de le montrer dans l'étude des composantes de la population des deux pays, il transparaît clairement que, les communautés vivantes au Nord du Sénégal et au Sud de la Mauritanie n'ont pas renié leurs appartenances ethniques et culturelles qu'elles continuent de conserver jusqu' à présent. Les échanges transfrontaliers sont souvent le fait des populations riveraines. Ici la notion de nationalité est bien présente mais y a une autre valeur toute particulière. Les populations changent de nationalité en fonction des opportunités. Dans certains écrits on parle de ces citoyens comme étant des citoyens transnationaux. Ils sont autant sénégalais que mauritaniens. Pour preuve, au niveau de la frontière, il n'est pas rare de rencontrer des doubles nationalités. Elles sont nombreuses, les individus qui sont à même de présenter aussi bien une carte d'identité sénégalaise au Sénégal et une autre mauritanienne sur le territoire de ce pays. Pour ceux qui le font, l'argument principal est la parade face aux tracasseries qui sont liées aux modalités de traversée et de séjours.

b) Une gestion « souple » de la circulation entre les deux villes voisines

Depuis la fin de la crise sénégalo-mauritanienne en 1992, l'Etat mauritanien exige aux étrangers (sénégalais) souhaitant se rendre sur son territoire de disposer de la somme de 35.000 FCFA communément appelée « devise » pour pouvoir disposer d'un droit de séjours. Cependant il faut noter que cette mesure ne concerne pas les voyageurs qui ont une autorisation de se rendre uniquement à Rosso Mauritanie. Pour ces derniers il suffit de tout juste disposer : d'un carnet de vaccination attestant de l'état de santé normal du voyageur, d'une carte nationale d'identité et d'une autorisation de circuler délivrée par la municipalité de Rosso Sénégal. Cela revient à dire que l'entrée à Rosso Mauritanie est moins contraignante et n'est pas soumise à cette conditionnalité de la « devise ». Les liens sociaux entre les populations des deux rives ont sans doute eu raison des autorités.

Selon Emmanuel GREGOIRE, dans son analyse des périphéries du Niger, « les espaces frontaliers sont aussi caractérisés par les liens familiaux qui peuvent exister entre citoyens de différents pays et les multiples relations qu'ils entretiennent sont les bases sociales »54(*)  des échanges transfrontaliers. La densité de ces liens constitue un élément déterminant. Elle est même une condition de performance des échanges surtout ceux relatifs au commerce. Au terme d'une étude sur « les espaces d'échange, et les territoires en Afrique  de l'ouest », A. LAMBERT reprit par Karine BENNAFLA, note « l'appartenance des africains à des espaces multiples (culturel, cultuel, politique, religieux, marchands, national) et l'usage circonstanciel donc distendu avec le territoire national ». Pour LAMBERT, « les acteurs sociaux et économiques ont le sentiment d'être membre de d'une nation mais ils s'inscrivent en même temps à travers leur groupe de parent, leurs confréries religieuses, leur communauté marchandes, leur appartenance ethnique et régionale, dans des espaces qui dépassent le cadre des Etats »55(*). Selon que la conjoncture leur soit favorable ou non ils mobilisent l'un ou l'autre de ces modes d'appartenance.

Comme montré dans la partie historique des relations entre les deux voisins, les populations de la région que nous étudions sont les mêmes avec celles du sud mauritanien si on prend en considération des critères tels que l'ethnie, la langue, les valeurs sociales, les valeurs culturelles, les modes de production, les systèmes de valeurs. L'aspect humain des échanges transfrontaliers ressort plus nettement si nous les appréhendons dans leur dimension historique. Comme dans beaucoup d'espaces frontaliers, ici aussi on constate que la proximité socio culturelle, socio linguistiques est mis à contribution dans les relations qui se déroulent entre les deux entités. Ils constituent un terreau fertile pour un développement solide et solidaire des échanges transfrontaliers.

* 54 Emmanuel GREGOIRE, (1992), « Quelques aspects des échanges entre le Niger et le Nigeria » in « les terrains du développement, approche disciplinaire des économies du Sud », ORSTOM, PARIS, pp 153-160

* 55 Karine BENNAFLA, (1999), idem.

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