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Le baccalauréat: Un rite de passage dans une société moderne occidentale comme la France ?

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par Abdou Khadre LO
Université de Caen Basse-Normandie - Maîtrise de Sociologie 2000
  

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INTRODUCTION

Dans des sociétés qui aujourd'hui semblent irrémédiablement portées vers la techno-science et font de la rationalité et du progrès leurs chevaux de bataille, parler de faits tels que le rite de passage au sein de ces sociétés même, ne pourrait-il pas être une inadéquation et un non-sens caractérisé ? Telle est la première question que nous nous sommes posée, à la réflexion de notre sujet de mémoire.

En effet, les sociétés modernes occidentales n'ont-elles pas fait pour la plupart le deuil de beaucoup de leurs pratiques ancestrales, pour ne pas dire la totalité ?

Ces mêmes sociétés n'ont-elles pas fait le pari de la modernité et de la rationalisation en enterrant depuis le siècle des lumières beaucoup d'us et coutumes, avec tout ce qui était classé dans le registre de l'obscurantisme et du mysticisme ?

Mai 1968 n'a-t-il pas été pour les jeunes générations - dans une certaine mesure - le dernier coup de pied donné dans la fourmilière des moeurs, donc de l'autorité des plus âgés sur les plus jeunes c'est-à-dire de ceux qui savent sur ceux qui ne savent pas? Les rites de passages font-ils toujours sens dans les sociétés modernes occidentales ? D'ailleurs, existe -il encore, tout simplement des rites de passage dans ces sociétés ? Si oui, le baccalauréat qui nous intéresse ici, en fait -il partie ?

Assurément nous ne pouvons pas répondre, d'entrée, par l'affirmative à toutes ces questions qui sont assez complexes. D'ailleurs avons nous affaire, ici, à des questionnements ethnologiques ou sociologiques ? Une problématique que nous nous proposons d'évacuer hic et nunc.

En effet, notre démarche se veut d'être prudente si nous nous inscrivons dans la linéarité qui fait que l'objet d'une ethnologie, considérée naguère comme « exotique » devient à un moment donné de l'histoire, objet d'une sociologie moderne. Ce qui était exclusivement du domaine de l'extérieur, du lointain, de

l'exotique ou du « primitif » peut relever désormais aussi de l'immédiat, du proche et du moderne. L'ouverture de l'ethnologie aux sociétés modernes et la multiplication des terrains d'études ont permis d'explorer des aspects de la vie moderne et de les mettre en parallèle avec des phénomènes observables dans les sociétés traditionnelle.

Ainsi le concept de rite a quitté le domaine des sociétés «  primitives » et exotiques pour devenir un « analyseur du contemporain » pour parler comme Martine SEGALEN1(*).

II y a aujourd'hui un élargissement du champ d'étude de l'ethnologie ou plus exactement de l'Anthropo-sociologie.

La grille qui permettait de lire les sociétés traditionnelles est loin d'être obsolète pour la compréhension des sociétés modernes. Des notions comme celle de rite de passage, qui jusqu'à l'époque du structuralisme straussien renvoyaient à l'immobilisme et à la répétition dans les sociétés traditionnelles sont aujourd'hui légitimement utilisables dans les sociétés modernes contemporaines à mobilité fréquente et statut transitoire.

C'est dans cette optique que nous nous demandons si à l'instar des sociétés

traditionnelles, où la vie de l'individu est marquée de forte empreinte et de manière consensuelle par les différents rites de passage qui font de l'enfant un adolescent puis un adulte, l `école de Jules Ferry1(*) ne constitue pas une échelle dont l'ascension n'est possible à l'étudiant (terme générique que nous employons indistinctement pour déterminer tous les apprenants du système scolaire) qu'à condition de franchir au fur et à mesure les différents passages que sont les examens. Les examens qui marquent la fin d'un cycle d'étude.

En effet il semble évident que la progression de l'étudiant dans le système

scolaire nécessite le passage des différents examens tels que le Brevet, le

Baccalauréat, le Mémoire (de maîtrise par exemple) ou la Thèse.

Aussi, notre interrogation s'articule autour de l'idée selon laquelle ces examens

constituent ou peuvent constituer des rites de passage. Notre étude s'intéresse ici particulièrement au baccalauréat.

Notre but est d'essayer de voir, avec précision, en quoi le baccalauréat avec toute la symbolique et la représentation qu'en ont les français, marque l'entrée du lycéen dans un monde autre. Autrement dit : En quoi le baccalauréat constitue t- il un rite de passage ? Cette question ne faisant sens que si nous sommes d'accord sur la définition du rite de passage.

L'intérêt d'une telle étude est aussi de souligner les significations que revêt le passage de l'examen tant auprès de l'examiné(e) que des autres : les examinateurs et les spectateurs que sont les proches parents de l'étudiant.

L'apprenant n'est plus tout à fait le même selon qu'il est en préparation du

baccalauréat ou selon qu'il a passé l'épreuve. II y a un avant et un après l'examen. Il y a une ritualisation très forte du baccalauréat. Mais la ne sommes nous pas déjà entrés dans le vif du sujet ?

Précisons d'abord que dans notre étude, nous avons préféré recourir à l'entretien qui aujourd'hui est de plus en plus utilisé dans les sciences sociales. En effet, depuis une cinquantaine d'années, différentes disciplines des sciences sociales ont constamment recouru à l'entretien pour étudier des faits dont la parole est le vecteur principal. Même si nous savons que l'entretien dans les sciences sociales est un outil irrecevable du point de vue de l'idéal scientifique ( chère à la « science sociale appliquée » et à « l'ergonomie » ( human engineering ) , il s'avère être irremplaçable pour accéder à des connaissances dont l'intérêt scientifique est manifeste.

Ainsi, pour avoir le point de vue des lycéens, nous avons voulu utiliser l'outil que Alain Blanchet 1(*) considérait comme étant « le plus évident ». Nous avons préféré le qualificatif au quantitatif dans une étude où la subjectivité des interviewés est inévitablement mise à contribution. L'emploi de l'entretien (semi-directif) nous paraît plus judicieux dans le cas présent - nous traitons de rite de passage - que toute méthode quantitative.

En effet, utiliser les méthodes quantitatives reviendrait, pour nous, à faire le choix du « Eklären » (expliquer) au détriment du « Verstehen » (comprendre) ; or nous ne pouvons pas traiter l'objet de notre étude comme une chose. Ce serait mettre la sociologie ou l'anthropo - sociologie dans les « Naturwissenschaften », c'est-à-dire les sciences de la nature ou sciences nomothémiques et écarter les « geisteswissenschaften » ou sciences de l'esprit, sciences idiographiques. Aussi préférons-nous ne pas céder à « l'inhibition méthodologique » dont parle C. Wright - Mills.

Notre terrain d'étude a été le milieu scolaire, où bien entendu la question du baccalauréat est omniprésente. Plus précisément, nous nous sommes rendus dans les lycées Victor Hugo, Jean Fresnel et Saint-Ursule (Toutes ces écoles étant situées dans le calvados) sans oublier l'Université de Caen - Basse Normandie.

A Victor HUGO, établissement public, nous espérions pouvoir interviewer des élèves de différentes séries : L, ES, S... Finalement la direction ne nous a autorisé à prendre rendez-vous qu'avec les élèves de terminale littéraire ( L). Nous ne nous expliquons toujours pas à ce jour, les raisons de cette restriction. Est-il moins « préjudiciable » de prendre un peu du temps des littéraires que des scientifiques, par exemples ? Pour notre part, nous considérons que c'est une population très intéressante dans la mesure où nous pensons que pour les élèves de la série L, le rapport au baccalauréat est particulier. Nous développerons ce point plus tard.

Jean FRESNEL est aussi un lycée public où nous avons pu interroger - grâce à

la précieuse collaboration de la direction - des élèves venant de différentes

terminales et des étudiants en brevet technologique et scientifique (BTS).

Au lycée catholique privé Saint Ursule, nous avons pu compléter la liste de nos interlocuteurs. Des élèves de terminale et des étudiants (BTS) nous ont consacré un peu de leur temps.

Des étudiants de l'université de Caen ont répondu avec assez

de spontanéité à nos sollicitations et nous ont apporté de précieux renseignements.

Au total, nous avons pu interroger quatre vingt quatre ( 84) personnes ; ces entretiens servant surtout à étayer la troisième partie de notre travail. Nous articulons notre étude autour de trois axes.

Pour ne pas traiter du baccalauréat comme d'un rite de passage, a priori, nous nous proposons d'inverser la taxinomie de la phrase le baccalauréat, un rite de passage en : un rite de passage, le baccalauréat.

Ainsi, nous pouvons définir dans un premier temps ce qu'est un rite de passage, pour analyser dans notre seconde partie le baccalauréat à travers son histoire, avant de redonner dans une ultime étape à la phrase sa forme initiale : le baccalauréat, un rite de passage.

* 1 Ségalen. M, Rites et rituels contemporains, Edition Nathan, Paris, 1998.

* 1 Si « L' école de Jules Ferry » est un terme très usité, nous verrons que le système scolaire français doit autant, sinon plus à Victor Duruy et à d'autres qu'au célèbre administrateur.

* 1 Blanchet. A, L'entretien dans les sciences sociales, donold, Paris, 1985.

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