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Synthèses des connaissances actuelles sur les avortements dans l'espèce bovine

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par Pascal Dr NYABINWA
UCAd-EISMV - Doctorat en sciences et médecine vétérinaire 2009
  

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I.1.2.1.2. Tolérance immunologique de l'embryon

L'embryon est composé à 50% de matériel génétique paternel qui devrait être alors considéré comme «non soi» par l'organisme maternel. Ainsi, il serait susceptible d'être détruit au cours d'une réaction immunitaire à médiation cellulaire faisant intervenir les cellules T tueuses spécifiques ou les cellules NK (Natural Killers). Cependant, il existe une protection de l'embryon contre le rejet immunologique par les tissus maternels.

Les cellules NK utérines produisent des cytokines telles que CSF-1 (Colony Stimulating Factor 1) favorisant la croissance placentaire. De plus, l'antigénicité du trophoblaste est réduite en début de gestation.

Chez les ruminants, les antigènes du Complexe Majeur d'Histocompatibilité de classe 1 ne s'expriment pas sur les gamètes et sur les cellules externes de l'embryon au début du développement embryonnaire. Ils s'exprimeront plus tard lorsque les couches externes du placenta se différencient mais cela reste faible. Ainsi, les cellules T n'identifient pas le trophoblaste et donc l'embryon comme un élément étranger. Pour finir, Il existe aussi une immunosuppression à l'interface embryomaternelle. Le trophoblaste est capable de neutraliser le complément, indispensable à l'action des anticorps cytolytiques. Parallèlement, des mécanismes de défense contre un rejet à médiation cellulaire existent [POLL, 2007].

Par ailleurs, en présence de fortes concentrations de progestérones à l'interface embryo-maternelle et grâce à l'existence de protéines de surfaces toxiques pour les lymphocytes T, les cellules du trophoblaste sont résistantes à la lyse par les cellules tueuses et développent une résistance à l'apoptose. Les cellules du placenta sécrètent également des facteurs locaux immunosuppresseurs. Il s'agit de l'INFô sécrété par le conceptus au début de l'implantation.

I.1.2.2. Adaptation de l'organisme maternel à la gestation

L'organisme maternel s'adapte à l'état de gestation par des modifications morphologiques, fonctionnelles et métaboliques.

I.1.2.2.1. Modifications morphologiques

La gestation crée au niveau de l'organisme maternel un état physiologique nouveau et entraîne une série de modifications morphologiques plus spécialement localisées au niveau des organes génitaux.

> L'utérus

L'utérus présente une série de modifications de forme, de volume, de poids, de situation, de rapport et d'aspect. Chez la vache où l'uniparité est pratiquement de règle, le développement plus important de la corne gravide rend l'utérus asymétrique dès le deuxième et surtout le troisième mois de gestation. Les rapports de l'utérus avec les viscères abdominaux et la paroi abdominale se modifient au fur et à mesure que se poursuit l'état gestatif, il se loge entre la face droite du rumen et la paroi abdominale chez la vache [DERI VAUX et ECTORS, 1980].

L'augmentation du poids de l'utérus et sa distension s'accompagnent d'un amincissement de la paroi musculaire. Les artères utérine et utéro-ovarienne s'allongent, s'hypertrophient et deviennent fluctueuses; l'artère utérine devient nettement perceptible dans l'épaisseur du ligament large et l'ondée sanguine, particulièrement importante à partir du quatrième mois de gestation chez la vache.

> Le col utérin

Suite aux modifications utérines, le vagin s'allonge progressivement et le col utérin finit par se situer en avant du bord antérieur du pubis. Le col est obturé par un mucus consistant, très épais qui est un produit de sécrétion des glandes cervicales; constituant un bouchon muqueux dont la liquéfaction se produit au moment de la parturition [GAYRARD, 2007].

> Les ovaires

Au niveau des ovaires, il y a la mise en place du corps jaune gestatif ce qui entraîne l'arrêt des cycles ovariens.

> Les glandes mammaires

Les mamelles s'hypertrophient progressivement avec le développement des canaux galactophores et des acini, et en fin de gestation, les tissus pelviens s'oedématient et les ligaments sacro-sciatiques se ramollissent et s'affaissent pour donner lieu à ce qui est appelé «l'état croqué» [GAYRARD, 2007].

I.1.2.2.2. Modifications fonctionnelles

L'état de gestation entraîne d'importantes modifications fonctionnelles au niveau de l'organisme maternel. Les fonctions les plus concernées sont:

+ la respiration: la consommation d'oxygène par le foetus entraîne une hypoxie avec comme résultat une hyperventilation due essentiellement à une augmentation de la fréquence respiratoire.

+ la circulation: il y a une irrigation plus importante de l'utérus et des mamelles et une augmentation de la fréquence cardiaque.

+ la fonction endocrine: il y a une hyperactivité des glandes thyroïdes, surrénales et adénohypophyses.

+ la fonction rénale: il y a une augmentation de la diurèse, une tendance à la rétention hydrique, sodée et glycosurie. Ces modifications sont le résultat d'une hyperactivité de la glande surrénale [GAYRARD, 2007].

I.1.2.2.3. Modifications métaboliques

L'état de gestation entraîne des modifications au niveau du métabolisme qui se traduisent surtout par une augmentation de l'anabolisme gravidique. La stimulation de l'anabolisme protidique entraîne un bilan azoté positif; l'anabolisme des lipides et des glucides est aussi augmenté. Cet anabolisme sert à la croissance du foetus au dernier tiers de gestation vu que 75% du poids à la naissance est acquis au dernier tiers de gestation [GAYRARD, 2007].

I.2. Durée de la gestation

La durée de gestation correspond au nombre de jours écoulé entre la fécondation et la mise bas. La durée de la gestation est variable en fonction de l'espèce, de la race et de l'individu.

Chez la Holstein, elle est de 275 #177; 15 jours [KAMGA-WALADJO, 2003]. Chez les montbéliardes, DIOUF (1995) a observé une durée de gestation de 276#177;10 jours. De même, BADAI (2008) au Cameroun chez la Holstein, Métisse Holstein et Métisse Montbéliarde a observé respectivement la durée de gestation de 276,8 #177; 23,6 jours; 277,1 #177; 11,4 jours et 285,3 #177; 9,8 jours.

Notons que dans une même espèce, la durée de gestation varie en fonction :

~ de la taille de la portée : chez la vache, la durée de la gestation est plus courte en cas de naissance gémellaire (de 3 à 6 jours) ;

~ de l'âge de la femelle: la durée de la gestation est plus courte chez les primipares (de 2 à 3 jours chez la vache);

~ du sexe du foetus: chez la vache, la gestation est allongée de 2 à 3 jours chez les foetus mâles [DRAME, 1996].

Selon DIOUF (1991), la durée de gestation est de 293 #177; 2jours chez le zébu, et de 288,2 #177; 6,8 jours chez la N'dama. KAMGA-WALADJO et al. (2006) en Guinée, chez la N'dama ont observé une durée de gestation de 280,1 #177; 8 jours, de 264,5 #177; 3,5 jours en gestation gémellaire et de 255 jours pour une portée de triplé. Retenons que chez la vache, la gestation dure en moyenne 282 jours, avec des extrêmes de 277 à 295 jours.

I.3. Régulation hormonale de la gestation

Une fois que le signal embryonnaire est identifié par l'organisme maternel, l'événement essentiel du maintien de la progestation et de la gestation est la persistance du corps jaune pendant toute ou une partie de la gestation, avec corrélativement la persistance d'une production en quantité importante de la progestérone qui permet le maintien de l'état de gestation par blocage de la sécrétion de GnRH (Gonadotropin Releasing Hormon) empêchant toute décharge ovulante de LH, ce qui suspend l'activité sexuelle cyclique de la femelle.

Ainsi, un équilibre hormonal gravidique s'établit, permettant le maintien de la gestation. Chez toutes les espèces animales, la gestation est caractérisée par une augmentation considérable de la progestéronémie; la principale source de la progestérone en début de gestation est le corps jaune.

Le foetus intervient dans le maintien de l'équilibre hormonal gravidique en inhibant l'activité lutéolytique de la PGF2á d'origine utérine. Dès le début de la gestation, l'embryon inhibe cette activité lutéolytique de l'utérus. Chez les ruminants, le trophoblaste sécrète une protéine appelée la trophoblastine ou Trophoblastin Protein 1 qui neutralise l'activité lutéolytique de la PGF2á [MARTIAL cité par THIAM, 1996].

I.4. Hormonologie de la gestation

Diverses hormones (progestérone, cortisol, prostaglandines, prolactine, hormone somatotrophine, etc..) et diverses protéines et glycoprotéines sont impliquées dans divers processus biologiques tels que l'établissement de gestation, le maintien du corps jaune, la croissance foetale et mammaire.

I.4.1. Early Pregnancy Factor

De nature glycoprotéique, l'Early Pregnancy Factor (EPF) encore appelé early conception factor (ECP) apparaît quelques heures après la fécondation dans le sang de la plupart des espèces animales dont la vache [NANCARROW et al., 1981], la truie [MORTON et al., 1983], et la brebis [CLARKE et al., 1980]. Ce facteur existe en fait sous deux formes: l'une sécrétée par l'ovaire ipsilatéral à la corne gestante (EPF-B) [NANCARROW et al., 1981]et l'autre synthétisée par l'oviducte (EPF-A) [MORTON et al., 1980]. Leur synthèse ovarienne est initiée par un petit peptide appelé zygotine [OROZCO et al., 1986] et est donc indépendante de la présence du placenta.

Il se pourrait que ce facteur contribue à diminuer l'immunocompétence des lymphocytes en début de gestation et ainsi faciliter la reconnaissance immunologique de l'embryon par l'organisme maternel [MORTON et al., 1984]. La détermination de sa concentration constituerait un bon moyen d'identification d'une mortalité embryonnaire si ce n'était le manque de reproductibilité de son évaluation plasmatique, imputable au fait qu'elle est influencée par de nombreux facteurs biologiques.

I.4.2. Zygotine

Identifiée chez la brebis [MORTON et al., 1979], la truie [MORTON et al., 1983] et la vache [NANCARROW et WALLACE, 1980], la zygotine ou EPAF (Embryo Platelet Activating Factor) possède des propriétés chimiques, biochimiques et physiologiques comparables à celles du PAF (Platelet Activating Factor), facteur produit notamment par les neutrophiles, le foie et les muscles lisses [HANAHAN, 1986].

Elle induit la production par l'oviducte et l'ovaire porteur du corps jaune d'un facteur précoce de la gestation appelé EPF.

1.4.3. Interféron tau bovin

L'interféron tau (IFNô) bovin est une des principales protéines sécrétées par le conceptus bovin âgé de 16 à 25 jours [HELMER et al., 1987]. Le mécanisme d'action de l'IFNô inclut l'inhibition des récepteurs à l'oestradiol, la réduction conséquente des récepteurs d'ocytocine, et elle induit localement l'inhibition des sécrétions de PGF2á et diminue la sensibilité du corps jaune à l'action lutéolytique des PGF2á [HANSEN et al., 1999].

Malgré l'importance de l'IFNô dans l'établissement de la gestation chez la vache, cette protéine ne présente pas d'intérêt en tant que test diagnostic de gestation car aucune méthode ne permet de la détecter dans la circulation sanguine maternelle [AYAD et al., 2006].

I.4.4. Hormone chorionique somato-mammotrope

Le placenta produit une hormone lactogène placentaire (PL), connue également sous le nom hormone chorionique somato-mammotrope. Cette hormone présente une homologie structurelle et fonctionnelle avec l'hormone de croissance et la prolactine (PRL) [AYAD, 2006]. Les premières publications qui ont rapporté l'existence d'une hormone placentaire à activité endocrine multiple remontent aux travaux de SELYE et al. (1933) lesquels, dès cette époque, ont montré chez la rate le rôle non essentiel de l'hypophyse dans le maintien de la gestation et le déclenchement de la lactation.

Chez la vache, l'existence d'une réponse lactogénique au niveau des cotylédons à des stades gestatifs divers a été décrite pour la première fois en 1976 par BUTTLE et FORSYTH.

Après cinq jours de culture, ces auteurs ont obtenu une réponse lactogénique correspondant à environ 300ng de prolactine bovine par millilitre de milieu. Cette glycoprotéine possède plusieurs isoformes de masses moléculaires s'étalant de 30 à 34kDa, elle est secrétée par les cellules binucléées et trinucléées du placenta [ARIMA et BREMEL, 1983]. Le dosage radioimmunologique (RIA) du bPL (Lactogène placentaire bovine) a été décrit par BECKERS et al. (1982) pour mesurer les concentrations de l'hormone chez les vaches et leurs foetus.

Le bPL devient dosable dans le sérum maternel à un moment très variable selon les individus allant du 26ème au 110ème jour après fécondation. Les concentrations maternelles de bPL augmentent progressivement pour atteindre les valeurs de 1 à 2 ng/ml aux environs de la parturition. Les faibles concentrations maternelles contrastent aussi avec celles observées chez le foetus, lesquelles varient de 25 à 30 ng/ml au 90ème jour pour ensuite diminuer graduellement et rester à 5 ng/ml à la période prénatale (figure 3).

La liaison du bPL à des récepteurs présents dans la glande mammaire, le foie, l'endomètre et le corps jaune a été démontrée par BECKERS (1983). Dans la glande mammaire, le bPL paraît exercer une influence sur le développement du tissu lobuloalvéolaire. Sa capacité lactogène a été démontrée in vitro par FORSYTH (1986). D'après HAYDEN et al. (1979), la production laitière chez les ovins est corrélée avec la sécrétion de l'hormone entre la 1 1ème semaine de gestation et la mise-bas.

L'apparition tardive de l'hormone lactogène placentaire dans le sang maternel des bovins confère toutefois à ce dosage peu d'intérêt pour le diagnostic de gestation et restreint son utilisation à un diagnostic tardif de gestation.

Figure 3: Profils plasmatiques de l'hormone lactogène placentaire bovine chez la mère et le foetus. [Source: BECKERS et al., 1982]

I.4.4. Progestérone

I.4.4.1. Définition

La progestérone est une hormone stéroïdienne à 21 atomes de carbone, et d'un poids moléculaire de 314 daltons; elle provient du cholestérol sanguin et de l'acétate. La progestérone, la 20â (béta) hydroxyprogestérone et la 1 7-hydroxyprogestérone constituent les 3 progestagènes naturels chez la vache et ont en commun les 4 cycles du cyclopentanoperhydrophénanthrène ou noyau stérane. La progestérone reste le chef de file des progestagènes et le plus important sur le plan physiologique.

I.4.4.2. Biosynthèse

La progestérone est synthétisée et secrétée essentiellement par les cellules lutéales du corps jaune et le placenta mis en place suite à l'implantation de l'embryon. Le principal précurseur est le cholestérol. La transformation du cholestérol en progestérone passe par la prégnénolone obtenue suite à 2 hydroxylations en C20 et C22 et grâce à la cholestérol-20 desmolase qui scinde le cholestérol en acide isocaproïque et en 5â-prégnane-3á-ol-20 one (prégnénolone) [HORTON et al., 1994].

I.4.4.3. Régulation

Le contrôle de la biosynthèse de la progestérone dépend en grande partie de l'équilibre entre les hormones secrétées par l'hypothalamus, l'hypophyse, l'ovaire et l'utérus (Figure 4).L'hypothalamus secrète le GnRH qui commande la libération épisodique des hormones gonadotropes LH (Luteinizing Hormon) et FSH (Follicule Stimulating Hormon) dans la circulation générale. La LH est sécrétée de façon pulsatile par l'hypophyse et stimule la libération de l'oestradiol et de la progestérone par l'ovaire.

Quant à la FSH, elle permet la croissance folliculaire. Sa sécrétion est régulée par celle d'oestradiol et d'inhibine secrétées par le follicule. La progestérone exerce une rétroaction sur la sécrétion hypophysaire de GnRH et affecte ainsi la synthèse de LH et de FSH. Ce feed-back négatif de la progestérone cessera à la lutéolyse et une nouvelle phase folliculaire sera initiée par la FSH.

Figure 4: Régulation de la biosynthèse des principales hormones ovariennes.
[Source: UNCEIA, 2005]

I.4.5. Prostaglandine E

Le rôle exact de la prostaglandine E produite par les blastocystes ovins et bovins [MARCUS, 1981; MILVAE et HANSEL, 1980] reste à démontrer. Elle serait impliquée dans le maintien de la gestation étant donné son effet lutéotrope [SHELTON et al., 1990] et l'augmentation de sa concentration dans la corne gestante après le 12ème jour de gestation.

I.4.6. Trophoblastine

De nature protéique, la trophoblastine est synthétisée par le trophectoderme [GODKIN et al., 1984]. Ce facteur a été identifié chez la brebis (oTP-1: ovine Trophoblast Protein -1) chez la chèvre (cTP-1: caprine Trophoblast Protein-1) et chez la vache (bTP-1: bovine Trophoblast Protein 1) [HELMER et al., 1987; MARTAL et al., 1979; HEYMAN et al., 1984]. Une grande homologie d'effets et de structures existent entre les trophoblastines de ces espèces.

La trophoblastine est identifiée dans le liquide de lavage de la cavité utérine vers le 8ème jour de gestation chez la brebis [BAZER, 1989] et le 12ème jour chez la vache [HUMBLOT et DALLA-PORTA, 1984; THATCHER et al., 1985; BAZER, 1989]. Sa concentration augmente de manière synchrone avec les changements morphologiques de l'embryon. Chez la vache elle peut encore être détectée jusqu'au 38ème jour de gestation [BAZER, 1989].

I.4.7. Protéines spécifiques de la gestation

I.4.7.1. Définition

Les protéines associées à la gestation sont des molécules synthétisées par les cellules binucléées du trophoblaste. Elles appartiennent à la famille des protéases aspartiques. Elles possèdent une grande similarité entre elles et sont au nombre de quatre à savoir la PSPB (Pregnancy Specific Protein B), la PSP-60 (la protéine sérique de gestation), la bPAG (Pregnancy Associated Glycoprotein) et la SBU-3 identifiée pour la première fois par GOGOLIN-EWENS et al. (1986) et considérée comme restant confinée dans les cellules binucléées.

Chez les bovins, la détection de ces protéines associées à (ou spécifiques de) la gestation, dans la circulation sanguine maternelle est utilisée couramment comme méthode de diagnostic de gestation à partir du 30ème jour après la saillie ou l'insémination artificielle [HUMBLOT et al., 1988 ; ZOLI et al., 1992 ; MIALON et al., 1993].

Bien que des concentrations significatives de PAG puissent être détectées chez certaines femelles à des stades plus précoces, l'exactitude du diagnostic de gestation posé avant le 30ème jour après la conception, peut être compromise par des différences individuelles dans le profil de sécrétion des PAGs par l'embryon en développement [CHAVATTE-PALMER et al., 2006; SOUSA et al., 2006], tout comme d'ailleurs par l'incidence élevée de la mortalité embryonnaire durant cette période critique [KUMMERFELD et al., 1978 ; SREENAN et DISKIN, 1983].

La mise au point de dosages radio-immunologiques chez la vache [SASSER et al., 1986], la chèvre [HUMBLOT et al., 1990], la brebis [RUDER et al., 1988; EL AMIRI et al., 2004] en rend l'intérêt particulièrement évident pour le diagnostic de gestation et l'étude des avortements.

Par rapport au dosage de la progestérone, la détermination de la concentration en PSPB ou PAG offre l'avantage de pouvoir être réalisé quel que soit le stade de gestation pour autant que le prélèvement ait été effectué plus de 30 à 35 jours après l'insémination. Le degré d'exactitude des diagnostics de non-gestation est également plus élevé (85 %) [EL AMIRI et al., 2004]. A l'inverse étant donné sa demi-vie particulièrement longue surtout si la gestation a été menée à son terme, il est impératif de respecter au cours du postpartum une période d'attente de 100 jours pour effectuer un diagnostic chez la vache [HUMBLOT et al., 1988; HUMBLOT, 1991].

I.4.7.2. Biosynthèse

Les protéines et glycoprotéines associées à la gestation sont synthétisées par les cellules binucléées présentes dans les couches superficielles du trophectoderme et plus précisément dans les granules de ces cellules binucléées [ZOLI et al., 1992]. Ces produits de synthèse sont stockés dans des granules denses occupant plus de 50 % du cytoplasme [LEE et AX, 1986] et relargués directement dans la circulation maternelle après migration des cellules binucléées (figure 5).

Figure 5: La migration des cellules binucléées chez la vache: 1) cellule binucléée; 2) contact avec les microvillosités; 3) fusion avec les cellules maternelles et formation de cellules trinucléées à vie courte; 4) exocytose des granules; 5) cellules trinucléées présentant un cytoplasme réduit et un nucleus dense; 6) cellule réabsorbée par le trophoctoderme [WOODING et WATHES, 1992].

I.4.7.3. Expression des PAGs durant la gestation

Chez la vache gestante, les concentrations en PAG sont détectables au plus tôt à partir des 1 9-22ème jours après conception pour atteindre des concentrations de 3 à 6 ng/ml aux alentours des 33-37ème jours de gestation [PERENYI et al., 2002], avec cependant de grandes variations individuelles. En pratique, les prélèvements sont effectués à partir du 35ème jour après la saillie parce que chez plus de 98% de vaches, la détection n'est possible qu'au 30ème jour de l'insémination ou de la saillie fécondante [ZOLI et al., 1992; LOPEZ GATIUS et al., 2007].

Le seuil de positivité est de 0,8 ng/ml chez les vaches au 35ème jour de la conception. La concentration des PAGs continue d'augmenter dans le sang maternel jusqu'au jour de la parturition.

Ainsi, TAINTURIER et al. (1996) ont montré dans leur étude qu'à ce moment, les concentrations atteignent 1400ng/ml alors que SOUSA et al. (2003) ont montré des concentrations de l'ordre de 1018,04#177; 560,85 ng/ml chez le zébu azawak au Burkina- Faso (Figure 6).

Figure 6: Profil moyen des PAGs au cours de la gestation [Source: SOUSA, 2003]

I.4.7.4. Expression des PAGs après la gestation

La cinétique des PAGs dans le sang maternel au cours du post-partum se caractérise par la persistance d'une quantité résiduelle importante de la protéine (CHEMLI, 1999). Les PAGs ne disparaissent du sang maternel qu'environ 120 jours après la parturition. TAINTURIER (2000) indique que les concentrations passent de 1400 ng/ml à 165 ng/ml le 21ème jour du part, elles disparaissent complètement entre 100 et 120 jours après la mise bas alors que chez le zébu Azawak [SOUSA, 2003], de la 1ère semaine de parturition à la 6ème semaine les concentrations des PAG chutent considérablement: elles passent de 1018,04 #177; 850,85 ng/ml à 41,27 #177; 14,85 ng/ml (Figure 7).

Figure 7: Concentration des PAGs post-partum chez 10 femelles zébus

Azawak. [Source: SOUSA, 2003]

I.4.8. Facteurs de croissance

Des multiples facteurs contrôlent de manière autocrine ou paracrine le développement des premiers stades de l'embryon [HEYNER et al., 1993; GANDOLFI, 1994] et la différenciation endométriale tels le transforming growth factor, l'insulin growth factor I et II, l'epidermal growth factor [PARIA et al., 1990], l'insuline, le platelet derived growth factor, le basic fibroblast growth factor [LARSON et al., 1992], mais aussi une multitude d'autres protéines plus spécifiques à l'oviducte (Oviduct Specific Protein). Il est prématuré d'en envisager l'utilisation dans les milieux de culture des embryons car les premières tentatives réalisées n'ayant enregistré aucune amélioration du développement embryonnaire [FLOOD et al., 1993].

I.5. Déclenchement du part

La parturition ou mise bas correspond à l'ensemble des phénomènes mécaniques et physiologiques qui aboutissent à l'expulsion du ou des foetus et de ses annexes hors des voies génitales, chez une femelle parvenue au terme de sa gestation. L'ensemble des phénomènes mécaniques qui contribuent au processus de mise bas est placé sous un contrôle endocrinien (Figure 8). Ainsi, la mise bas intervient suite à la rupture de l'équilibre hormonal gravidique, dont l'axe hypothalamo-hypophysaire du foetus en est l'origine.

Une étude menée par DERIVAUX et ECTORS (1980) montre qu'au moment de la mise bas, on observe une chute de la progestéronémie, un pic d'oestrogènes, de corticostéroïdes, de prolactine et une légère baisse de concentration de LH.

I.5.1. Chute de la progestéronémie

La chute de la progestéronémie lève l'inhibition exercée par cette hormone sur les contractions utérines. La progestéronémie chez la vache passe de 7 à 8 ng/ml à 1 ng/ml au moment du part [DERIVAUX et ECTORS, 1980]. En effet, cette baisse se produit en deux phases, il s'agit d'abord d'une réduction assez marquée puis une chute très brutale due à la lyse du corps jaune gestatif dans les dernières 48 heures. Cette chute de la progestéronémie en fin de gestation est aussi signalée par MORALES et al.(1988).

I.5.2. Augmentation des oestrogènes

Elle a lieu environ quarante deux heures (42h) avant la mise bas et suit la chute brutale de la progestérone. On observe un pic jusqu' à 5 ng/ml. Les oestrogènes à l'absence de progestérone en forte quantité ont une action d'une part de stimuler les contractions utérines, et favoriser la synthèse de la PGF2á (par le placenta et l'utérus) qui a un effet contracturant de l'utérus et dilatateur du col utérin, et d'autre part elle exerce une action au niveau de la symphyse pelvienne par un phénomène d'imbibition, qui est à l'origine des relâchements des parois.

I.5.3. Augmentation de la cortisolémie

La cortisolémie maternelle augmente avec la difficulté du vêlage; on peut donc supposer que l'augmentation de la concentration du cortisol est une réponse maternelle au stress de la parturition. Ainsi, sa concentration chez la vache passe de 4 à 6ng/ml le jour du part [DERIVAUX et ECTORS, 1980]. Le cortisol agit surtout sur la production placentaire d'oestrogènes qui vont augmenter au moment de la parturition.

I.5.4. Augmentation de la concentration de la prostaglandine

La concentration de la prostaglandine subit une très forte hausse au moment du part, ce qui favorise une augmentation à la fois du tonus de base des contractions et de leur fréquence [MARTIER et al., 1986]. Ce sont les oestrogènes qui stimulent la synthèse de prostaglandines de type E, qui jouent un rôle dans le ramollissement du col, et de type F, qui vont lyser le corps jaune et donc stopper sa production de progestérone, puis provoquer les premières contractions myométriales une fois que la progestérone aura cessé de bloquer la parturition.

I.5.5. Augmentation de la concentration d'ocytocine

Le pic de l'ocytocine est atteint au moment de l'expulsion du foetus. Elle est due d'une part aux modifications hormonales, et d'autre part à une incitation nerveuse reflexe, appelée«reflexe de Fergusson», issue des organes génitaux et due à la dilatation du col et du vagin. DERIVAUX et ECTORS (1986) montrent qu'une fois le foetus est engagé dans la filière pelvienne, la distension du col et du vagin conduit à la libération de l'ocytocine qui est un contracturant utérin, contribuant à l'expulsion du foetus et surtout à la délivrance.

I.5.6. Augmentation de la concentration des PAGs

La concentration des PAGs continue d'augmenter dans le sang maternel jusqu'au jour de la parturition. Ainsi, TAINTURIER et al. (1996) ont montré dans leur étude qu'à ce moment, les concentrations atteignent 1400ng/ml alors que SOUSA et al. (2003) ont montré des concentrations de l'ordre de 1018,04 #177; 560,85 ng/ml chez le zébu azawak au Burkina Faso (Figure 7, page 22).

Cette augmentation très rapide de la concentration des PAGs dans la circulation périphérique dans les jours qui précèdent la mise-bas pourrait être liée aux modifications physiologiques relatives au déclenchement de la parturition. Elle pourrait être à l'origine des changements chimiques préparant l'expulsion du placenta après la parturition.

Figure 8: Régulation endocrinienne de la parturition.

[Source: INSTITUT DE L'ELEVAGE, 2000]

Au terme de ce chapitre consacré à la physiologie de la gestation, nous avons évoqué les principales phases de la gestation, sa durée, sa régulation, ses hormones et le déclanchement du part. Il en ressort que la gestation qui commence par la fécondation et se termine par la mise bas, nécessite des modifications endocriniennes, fonctionnelles, métaboliques et morphologiques de l'organisme maternel tant qu'il n' y ait pas des pertes en cours de gestation.

Paradoxalement, dans l'espèce bovine, la fréquence des pertes en cours de gestation ou avortements sont fréquentes et compromettent ainsi toute tentative d'amélioration génétique bovine. Ces pertes de gestations regroupent les mortalités embryonnaires, les avortements cliniques dûment constatés par l'éleveur ou le vétérinaire, les retours en chaleurs de l'animal ou encore les diagnostics de non- gestation posés par le vétérinaire

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