WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La problématique de l'Autre comme Infini dans la philosophie d'Emmanuel LEVINAS

( Télécharger le fichier original )
par Charles NDUMBI KABOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa - Graduat 2009
  

précédent sommaire suivant

I.2. RESPONSABILITE POUR AUTRUI

Lorsque quelqu'un est nommé responsable d'une entreprise, sa grande tâche est de veiller non seulement sur tout ce qui y a comme bien y compris les hommes qui sont sous sa charge, mais aussi attend un compte rendu chaque fois pour l'avancée de ladite entreprise. Mais, cette responsabilité est différente de celle dont parle Levinas, que l'on doit porter sur l'Autre. C'est en recevant ce dernier que l'on prend la responsabilité à son égard, sans attendre un retour; « je suis responsable d'autrui sans attendre la réciproque »11(*), c'est-à-dire que l'Autre (Autrui) n'est donc pas à appréhender dans le cadre d'une « relation symétrique »12(*) comme dans le cadre d'une relation intersubjective, mais dans une relation asymétrique car il n'est pas l'égal de moi, il est plus que moi, il est mon supérieur, il est mon Maître.

Pour ce, Lévinas dit que « le visage où autrui se tourne vers moi, ne se résorbe pas dans la représentation du visage. Entendre sa misère qui crie justice ne consiste pas à se représenter une image, mais à se poser comme responsable, à la fois comme plus et comme moins que l'être qui se présente dans le visage. Moins, car le visage me rappelle à mes obligations et me juge. L'être qui se présente en lui vient d'une dimension de hauteur, dimension de la transcendance où il peut se présenter comme étranger sans s'opposer à moi, comme obstacle ou ennemi. Plus, car ma position (de moi) consiste à pouvoir répondre à cette misère essentielle d'autrui, à me retrouver des ressources. Autrui qui me domine dans sa transcendance est aussi étranger, la veuve et l'orphelin envers qui je suis obligé »13(*). Mais la relation avec un passé d'en deçà tout présent et tout représentable, n'appartenant pas à l'ordre de la présence, est incluse dans l'événement extraordinaire et quotidien de ma responsabilité répondant de la liberté d'autrui, dans la fraternité humaine. La liberté de l'autre, poursuit-il, n'aura jamais plus commencé dans la mienne, c'est-à-dire tenir dans le même présent, être contemporaine, m'être représentable. Elle ne peut avoir commencé dans mon engagement, dans ma décision. La responsabilité pour autrui est le lieu où se place le non-lieu de la subjectivité et où se perd le privilège de la question : où ? Le temps du « dit » et de « l'essence » y laisse entendre le dire pré-originel, répond à la transcendance, à la diachronie, à l'écart irréductible qui bée ici entre le non présent et tout responsable14(*).

Ainsi, nous pouvons estimer que la vie idéale est celle qui laisse une place à l'Autre sans le réifier. La réification ou mieux la chosification est obstruction et annihilation de l'Autre. Se soustraire de ce danger négateur, c'est prendre sa responsabilité, comme le veut bien Saint Augustin, pour la défense, l'estime et la reconnaissance de l'Autre. La responsabilité est donc « la fraternité humaine elle-même, antérieure à la liberté. Le visage de l'autre dans la proximité - plus que représentation - est trace irreprésentable, façon de l'Infini »15(*). Aussi, la responsabilité se définit-elle comme une structure essentielle et fondamentale, c'est-à-dire une des structures fondamentales sine qua non pour l'homme. De tout ce qui précède, il appert que la responsabilité est effectivement ce par quoi nous sommes dignement humains. Qu'en est il alors de la rencontre avec le visage de l'autre qui me rappelle à mes obligations et me juge ?

* 11 E.I., p.95.

* 12 La relation symétrique est différente de la « relation asymétrique », car ce terme <asymétrie> est utilisé par Lévinas pour dire que l'autre est toujours premier et qu'il faut refuser une conception de la responsabilité qui se manifesterait comme l'attente d'un recevoir après avoir donné. Cette notion s'oppose donc à la logique marchande du donnant-donnant. Avec l'asymétrie le moi a toujours une responsabilité de plus que les autres.

* 13 T.I., p.237.

* 14 Cf. A.E., p.24-25.

* 15 A.E., p.184.

précédent sommaire suivant