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La connaissance scientifique et son processus selon Gaston Bachelard

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par Guylain Mabiala Nlenzo
Institut Saint Augustin - Distinction 2003
  

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III.2. VICTOIRE SUR LES OBSTACLES

Qu'est-ce qu'un obstacle épistémologique? On a souvent présenté le passage de la connaissance naïve aux sciences les plus élaborées comme une sorte de progrès continu, fait d'approfondissement progressif, d'accumulation des savoirs : on parle de progrès des sciences de cette façon. Bachelard veut montrer qu'on ne connaît que contre une connaissance antérieure. Passer au stade de la science, ce n'est pas simplement approfondir, être plus précis, plus rigoureux, c'est rompre avec toute une tradition de préjugés et d'habitudes mentales : "Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé."34 Il faut donc lutter contre les obstacles épistémologiques, les obstacles à la science, inhérents à l'acte même de connaître.

III.2.1 Un aperçu sur les obstacles épistémologiques selon Gaston Bachelard

a) l'expérience première.

"La première expérience ou, pour parler plus exactement, l'observation première est toujours un premier obstacle pour la culture scientifique. En effet, cette observation première se présente avec un luxe d'images; elle est pittoresque, concrète, naturelle, facile. Il n'y a qu'à la décrire et à s'émerveiller. On croit alors la comprendre. Nous commencerons notre enquête en caractérisant cet obstacle et en

32 Idem, La formation de l'esprit scientifique, p.235

33 Idem, Le nouvel esprit t scientifique, p.13

34 BACHELARD, G., La formation de l'esprit scientifique, p. 14

montrant qu'il y a rupture et non pas continuité entre l'observation et l'expérimentation."35

L'expérience première est curieuse ( goût du spectaculaire), enracinée dans la vie quotidienne et ses préoccupations; elle pratique l'extension des concepts ( on veut appliquer aux phénomènes b, c, d ce qu'on croit connaître du phénomène a) au lieu de choisir la rigoureuse compréhension du concept (enrichissement d'une question particulière, approfondissement, expérimentation); elle aime la variété colorée alors que la science exige la variation (modification des paramètres pour expérimenter).

Bachelard donne l'exemple des livres "scientifiques" du XVIIIè siècle qui , par exemple, s'interrogeant sur la cause du tonnerre, en viennent à parler au lecteur de la crainte du tonnerre, cherchant à rassurer, analysant les différents types de crainte,etc.

b) la connaissance générale.

Nous avons déjà signalé le danger de l'extension des concepts. IL y a en effet un risque de généralisation hâtive, qui séduit et satisfait l'intelligence naïve. De telles généralisations bloquent la pensée; l'expérience perd son aiguillon quand les concepts sont sclérosés, on en vient à mépriser le détail, la précision, la rigueur empirique, on ne sait pas "déformer les concepts" (c'est-à-dire les confronter à l'expérimentation, les modifier, les compliquer sainement).

Bachelard donne l'exemple de la coagulation. Au XVIIè siècle, la coagulation est chez certains un concept général qui permet de regrouper les phénomènes les plus divers : le lait qui caille, le sang, le fiel, les graisses, la solidification des métaux, la congélation de l'eau,etc. Cette extension maxima du concept, manifestement abusive, imperméable à la véritable expérimentation et à la pensée mathématique, est la source des erreurs les plus grossières." Une connaissance qui manque de précision ou, pour mieux dire, une connaissance qui n'est pas donnée avec ses conditions de détermination n'est pas une connaissance scientifique. Une connaissance générale est presque fatalement une connaissance vague."

35BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p. 19

c) L'extension abusive des images familières.

La pensée scientifique contemporaine utilise parfois des images, des métaphores, des comparaisons, mais toujours après l'élaboration rigoureuse de la théorie. La pensée préscientifique les utilise avant et l'image n'est plus simplement image, elle prétend être explicative.

d) la connaissance unitaire et pragmatique.

Bachelard regroupe au chapitre 5 deux obstacles épistémologiques qui ne sont pas de même nature:- La connaissance unitaire : Il s'agit du 2ème obstacle (déjà vu) étendu à une vision générale du monde : "Toutes les difficultés se résolvent devant une vision générale du monde, par simple référence à un principe général de la Nature. C'est ainsi qu'au XVIIIè siècle, l'idée d'une Nature homogène, harmonique, tutélaire efface toutes les singularités, toutes les contradictions, toutes les hostilités de l'expérience".Ce obstacle concerne bien évidemment la période préscientifique où sciences, métaphysique et religion ne sont pas encore bien distinguées. Le ton des auteurs est grandiloquent, les sujets sont valorisés (jugements de valeur : par exemple sur le degré de perfection de l'objet (!).Un auteur se refuse à établir un rapport entre les bois pourris qui brillent par phosphorescence et les nobles et pures étoiles (!).). Le besoin d'unité est permanent: on cherche en quelque sorte l'idée "philosophale" qui expliquerait le monde.

- La connaissance pragmatique : il faut que le vrai soit l'utile : "Dans tous lesphénomènes, on cherche l'utilité tout humaine, non seulement pour l'avantage positif qu'elle peut procurer, mais comme principe d'explication. Trouver une utilité, c'est trouver une raison." Il faudrait donc faire une psychanalyse de la connaissance objective pour qu'elle puisse rompre avec les considérations pragmatiques.

e) L'obstacle substantialiste.

Pour comprendre cet obstacle, il faut comprendre ce que certains auteurs ont entendu par substance. Quand Descartes dit : "je suis une substance pensante", il veut dire que, quelles que soient mes façons (modes) de penser (imaginer, réfléchir, me souvenir,etc), qui sont diverses et qui varient, quelque chose demeure identique,

un substrat, un noyau qu'on appelle la substance. Si vous voulez un autre exemple, vous croyez certainement (à tort selon le philosophe anglais Hume) que malgré les changements physiques, psychologiques que vous connaissez dans votre existence, quelque chose demeure, ce que vous appelez "moi", moi hier, moi aujourd'hui, moi demain. Bref, vous croyez que votre moi est une substance.Quand nous parlons des phénomènes naturels, au lieu d'y voir sainement des rapports mathématisables, nous risquons de substantialiser : par exemple, quand nous disons que le ciel est bleu, nous croyons que quelque chose demeure, malgré les modifications, une substance, que nous appelons le ciel. On commence à comprendre ce que peut être l'obstacle substantialiste. Les hommes auront tendance, à l'époque préscientifique (et c'est encore vrai de la plupart des non scientifiques), à considérer le monde comme un ensemble de substances ayant diverses qualités. Ainsi, les premiers électriciens (c'est ainsi que se nommaient les premiers chercheurs dans le domaine électrique) considéraient le "fluide électrique" comme une substance possédant certaines qualités. Comme la poussière "colle" (!!) à une paroi électrisée, on parlait de "qualité glutineuse" (!) de la "substance électrique". A partir de cette substantialisation, on devient peu à peu imperméable aux démentis de l'expérience. Certains électriciens se livrent alors à des expériences dont les interprétations sont tout à fait surprenantes: on imagine par exemple que la "substance électrique" doit nécessairement s'imprégner des substances qu'elle traverse : la substance électrique qui a traversé l'urine a un goût âcre (!), pour le lait, un goût doux, pour le vin, un goût acidulé,etc.Il faut rappeler que la science travaille sur du quantitatif (on mathématise des relations) non sur du substantiel et du qualitatif.Il faudra donc surmonter cet obstacle.On peut rappeler aussi que le substantialisme aime à penser que la substance est dissimulée, à l'intérieur, cachée au regard par une enveloppe et qu'il faut une "clé" pour atteindre le noyau authentique : voir à cet égard l'alchimie.

f) L'obstacle animiste.

Cet obstacle repose sur la valorisation de la vie (le latin anima, quel que soit son sens - air, souffle, âme - est toujours lié à l'idée de vie; animo signifie souffler, emplir d'air, mais aussi donner la vie). A partir de la division en trois règnes, végétal, minéral, animal, cet obstacle consiste à appeler au secours de la chimie et de la physique la biologie naissante, bref à faire du vivant un principe universel

d'explication. On attribue la vie aux minéraux, on parle de leurs maladies, de leurs organes, de leurs veines et artères. On introduit chez les minéraux l'idée de fécondation, de gestation,etc.

A la fin du XVIIIè siècle, les mêmes affirmations sont encore possibles. En 1782, Pott relate plusieurs cas de fécondité minérale : "Tous ces faits, dit-il, prouvent la reproduction successive des métaux, en sorte que les filons qui ont été exploités anciennement peuvent, au bout d'un certain temps, se trouver de nouveau de matières métalliques". Crosset de la Heaumerie rapporte que, dans certains pays, on répand dans la mine usée "des cassures ou des limures de fer", bref, on sème du fer. Après cette semaille, on attend quinze ans puis "à la fin de ce temps on en tire une très grande quantité de fer(...)."36(p.158)

g) L'obstacle de la libido

Tout ce qui a précédé a suggéré au lecteur la présence de la libido: la volonté de puissance chez l'élève, la mine féconde, l'intimité voilée de la substance,etc. Il semble que cet obstacle relève d'une véritable psychanalyse de l'inconscient et des rêveries du scientifique qui risque toujours de projeter ses désirs sexuels sur l'objet de se recherche. On peut citer ce texte proposé par Bachelard:

- ex.1: la sexualité minérale

"Quant à la distinction des sexes qu'on n'a pas encore reconnue dans les métaux, nous avons assez d'exemples qui prouvent qu'elle n'est point absolument nécessaire pour la génération; et en particulier les fossiles pourraient se régénérer par leurs parties cassées, brisées et détachées, toutefois il ne faut pas désespérer qu'on ne parvienne à distinguer un jour de l'or mâle et de l'or femelle, des diamants mâles et des diamants femelles."37

36 BACHELARD, G ., Le nouvel esprit scientifique, p. 158

37 Robinet: De la nature 1766 - cité par Bachelard dans: La formation de l'esprit scientifique - Vrin p. 191

h) la connaissance quantitative.

Cet obstacle peut nous étonner. Nous avons déjà dit que la connaissance par substances et qualités était un obstacle épistémologique. Il faut donc, pour faire de la science, mesurer, quantifier, mathématiser, passer de la qualité à la quantité, ce qui correspond au passage de la subjectivité à l'objectivité. Mais Bachelard précise que la grandeur n'est pas automatiquement objective et que s'il est légitime de faire la critique d'un mathématisme trop vague (voir par exemple la physique de Descartes), on doit aussi se méfier d'un mathématisme excessif, trop précis. L'excès de précision peut devenir un défaut : dès que les relations étudiées sont nombreuses, les approximations sont une nécessité méthodologique. Il y a, dans la période préscientifique, un excès tout gratuit de précision : "Par exemple, Buffon arriva "à ces conclusions qu'il y avait 74.832 ans que la Terre avait été détachée du soleil par le choc d'une comète; et que dans 93.291 années elle serait tellement refroidie que la vie n'y serait plus possible". Cette prédiction ultra précise du calcul est d'autant plus frappante que les lois physiques qui lui servent de base sont plus vagues et plus particulières."

Les obstacles épistémologiques sont à comprendre comme un ensemble des éléments socio-culturels, psychologiques qui deviennent comme des bases sur lesquelles s'édifie notre savoir d'orientation, notre contact avec les objets. A ce propos Bachelard affirme que «quand on cherche les conditions psychologiques de progrès de la science, on arrive bien à cette conviction que c'est en terme d'obstacle qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique»38.

Cela revient à dire, selon Bachelard que, ces obstacles s'avèrent d'une importance capitale. Car, c'est seulement en ces termes qu'il faut parler du progrès, d'une obtention de connaissance scientifique. Connaissance par laquelle l'esprit requiert des informations rectifiées de l'espace réel détachées de l'expérience immédiate.

Par ailleurs, c'est dans l'optique purement intellectuelle qu'il faut poser le problème des obstacles pour autant qu'ils servent des bases existentielles aidant

l'esprit à se démarquer de la doxa afin de se libérer pour une connaissance objective. A cet effet, une coupure est exigée.

Alors que Descartes explique comment l'erreur est impossible, Bachelard la croit, non par le fait de ce qui est extérieur à la connaissance, mais par l'acte même de la connaissance. Ces erreurs nécessitent une rectification qui soit récurrente; et cette rectification est réorganisation du savoir à partir des bases qui sont des erreurs. Car, pour lui, l'esprit humain accède à la science avec ses défauts philosophiques. Il faut donc une remise en question des ces données philosophiques.39

Pour ce, toute connaissance doit subir une transformation rectifiante, reconstruisant. C'est là la fonction de l'esprit. Car pour Bachelard, la raison dans sa contemplation du réel doit se renouveler d'elle-même par le biais de la rectification. Cette rectification est comprise comme une clé de voûte, et suppose au préalable une primitivité de l'erreur.

Elle soumet la connaissance humaine à un continuel perfectionnement. Tout en restant dans cette même optique, Bachelard va suggérer la compréhension du nouvel esprit scientifique comme une conversion des structures de connaissance présupposées. Cette structure, Bachelard la nomme «rectification», «correction» des erreurs premières avec lesquelles l'esprit arrive à la science. C'est seulement après cette victoire, que l'esprit pourra faire son ascension vers un monde objectif. Ainsi l'esprit scientifique se manifestera par une volonté de puissance en vainquant et en surmontant tout ce qui relève de tout obscurantisme culturel, traditionnel, qui va à l'encontre de son idéal, et qui entrave et/ou alourdit sa marche.

III.3. LA NEGATION DYNAMISANTE

Bachelard postule à propos de cette négation comme une issue, un «non» qui ne correspond pas dans sa première considération comme une simple rupture ou un simple refus d'idées, li s'agit d'un «non» qui permet une génération dialectique, une négation qui inclue ce qu'elle nie. Car «de même que toutes les connaissances s'enchaînent de même toutes les non connaissances s'enchaînent aussi. Qui peut créer une science, doit aussi pouvoir créer un non science...; le maître doit pouvoir

produire de la science et de I'ignorance»40. Cette citation nous met d'emblée, en face d'une négation dynamisante, négation qui se veut positive, qui implique une dialectique qui enveloppe et qui généralise.

C'est de la maîtrise de cette négation dynamisante que l'esprit pourra vaincre toute tendance animiste et tout substantialisme pour une vraie connaissance objective. Dans cette même optique de la négation généralisante, l'homme en posant l'existence d'un type de phénomène totalement nouveau, doit s'adonner à un problème de ce type en élucidant la pensée scientifique dans laquelle il a été formé plutôt que de la rompre.

Toutefois, cette idée d'une négation qui se dynamise et s'auto-affirme par son acte de nier, nous la trouvons aussi chez Kuhn, dans sa considération du philosophe comme celui qui se veut traditionaliste et innovateur. C'est cela pour nous pense t-il, une chance, «...d'exploiter pleinement notre talent scientifique, potentiel, si nous admettons que, dans une large mesure, le chercheur en science fondamentale doit aussi être traditionaliste».41

III.4. LA DIALECTIQUE BACHELARDIENNE

Le concept «dialectique», ou mieux, sa pratique, remonte à Héraclite qui affirme que tout coule, que tout change et qu'il y a une stabilité au sein même du changement. Platon va utiliser la dialectique pour expliquer son système de «deux monde». A l'époque moderne, Hegel la présente comme une méthode»triadique». Elle s'articule en trois moments,à savoir: thèse, antithèse, synthèse. Chez Marx, cette trilogie dialectique a d'autres substantifs, à savoir: affirmation, négation, et négation de la négation. Cela veut dire à la fois supprimer et conserver.

La dialectique dans sa forme moderne devient la base de tout développement incessant, auquel on ne peut assigner aucune limite, aucune réalité déterminée. Elle demeure en définitive un raisonnement procédant à I' inverse de la logique classique, fondée sur la non contradiction42.

40 BACHELARD, G., La philosophie du non. Paris, Gallimard, 1990, p.137

41 KHUN, T., La tension essentielle, traditionnelle et changement dans les sciences, p. 319

42 FOULQUIE, La dialectique, p.45

Chez Bachelard, la dialectique dans sa forme moderne est acceptée, mais elle est intégrée dans une structure à grande extension. Elle devient le lieu de complémentarité, et de coordination des concepts. Pour qui se refuse à comprendre aventureusement les milles et une acceptions d'un terme devenu aujourd'hui à tout faire, «la dialectique selon Bachelard, écrit Canguilhem, désigne une conscience de complémentarité et de coordination des concepts dont la condition logique n'est pas le moteur»43.

La dialectique Bachelardienne, en effet se veut une dialectique scientifique. Car, les conditions naissent non des concepts, mais de l'usage inconditionnel des concepts à structure conditionnelle. Par conséquent, il s'avère d'une importance épistémologique que le progrès dialectique consiste non pas à rejeter la conception antérieure, mais à l'intégrer dans une nouvelle conception44. Sans doute pour Bachelard «il n'y a pas développement des anciennes doctrines vers les nouvelles, mais bien plutôt enveloppement des anciennes pensées par les nouvelles...de la pensée non newtonienne à la pensée newtonienne, il n'y a non plus contradiction, il y a seulement contraction»45.

Chez Bachelard, la question ou l'essence de la dialectique se pose en termes de révision et non en termes de négation ou d'antithèse. Il s'agit de réviser dans le sens de corriger un jugement. Cette révision ne se fait pas au hasard, elle ne compromet pas non plus l'acquis. Celle-ci reste plutôt valable dans ce qui était déjà son domaine de validité. Ainsi, l'apport de la dialectique Bachelardienne, c'est qu'elle ouvre l'esprit à l'infinité des combinaisons possibles. Car selon lui, la connaissance scientifique suppose toujours la reforme d'une illusion. Bachelard reforme ou élargie ainsi le cadre dialectique.

III.5. LA COMPLEXITE ESSENTIELLE DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE

En tant qu'entreprise humaine, la science, pour Bachelard, implique des aspects et des composantes qui sont rationnels et réels. A ce titre, interpréter la science comme une activité du type purement rationnel ou purement réel est erroné.

43 CANGUILHEM, Etude d'histoire de la philosophie des sciences, p.136

44 Ibidem

45 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p.58

Car la littérature des dernières années s'est caractérisée par la prédominance d'une vision complètement complexe de la science.

Celle-ci a trouvé un cadre d'expansion dans une vision de valorisation de la science. C'est cet accent mis sur le complexe, pense Bachelard, qui «est une réaction compréhensible contre la forte accentuation du rôle, soit d'individu, soit de la nature»46.

En effet, la réalité est immédiate si elle ne comporte aucune détermination à l'intérieure d'elle-même, et n'entretient aucun rapport avec autre chose. Il en est de même d'un»savoir immédiat» celui de la culture, Il ne peut pas subsister seul; car c'est à la réalité qui a besoin d'être comprise, que Bachelard veut appliquer la raison. Ce dernier, objecte à ceux qui voudraient séparer le raisonnement et le donné de la nature: rationalisme et réalisme.

Cependant, Bachelard pense qu'au tout premier contact de l'homme avec le phénomène (culturel, religieux, psychologique etc...) la première réaction est de savoir qu'il se trouve devant un obstacle suite aux diversités des choses influençant soit notre entendement, soit le sens. C'est seulement grâce à une activité de l'esprit qui est entièrement constructive, qu'on arrive à la science objective.

Nonobstant, Bachelard précise aussitôt que le savoir immédiat suppose, une démarche complexe d'esprit passant d'un terme à un autre. Car la connaissance spontanée de la nature implique un mouvement de la pensée allant du connu à l'inconnu; cela veut signifier comme le dit Bachelard lui-même que «... tout homme dans son effort de culture scientifique s'appuie non pas sur une, mais bien sur deux métaphysiques et que ces deux métaphysiques naturelles et convaincantes.. .sont contradictoires. Pour leur donner rapidement un nom provisoire, désignons ces deux attitudes philosophiques fondamentales tranquillement associées dans un esprit moderne, sous les étiquettes de rationalisme et de réalisme»47.

De cette citation ressort l'idée selon laquelle, Bachelard nous fait savoir que le progrès de la science, nous en sommes convaincu, n'est plus une opération de la rêverie, mais il est réel et concret.

Par conséquent, entre le réalisme et le rationalisme ni l'un, ni l'autre isolement ne suffit à constituer la preuve scientifique. C'est à dire qu'il y a une relation bipolaire très étroite entre la raison et l'expérience48. Toute fois, pense Bachelard, la connaissance du réel reste toujours à désirer et projette des ombres qui nécessitent une élucidation; et cette prise de conscience conduit Bachelard à conclure que, «pour la philosophie scientifique, il n'y a ni réalisme ni rationalisme absolu et qu'il ne faut pas partir d'une attitude philosophique en général pour juger la pensée scientifique. Car cette dernière conduira à subsister aux métaphysiques intuitives et immédiates, les métaphysiques discursives objectivement rectifiées»49.

Cependant, la philosophie du nom dans cette relation du réalisme et du rationalisme est non attitude de refus, mais une attitude de conciliation. Elle n'est pas non plus psychologiquement un négativisme ni ne conduit en face de la nature à un nihilisme, au contraire elle procède en nous et hors de nous d'une activité constructive.

Car «bien penser le réel, nous relate Bachelard, c'est profiter de ses ambiguïtés pour modifier et altérer la pensée. Dialectiser la pensée c'est augmenter la garantie de créer scientifiquement des phénomènes complets, de régénérer toutes les variables dégénérés ou étouffées que la science.. .avait négligées dans sa première étude»50. Car la raison se développe dans le sens d'une complexité croissante.

Mais pour la critique de Bachelard, il s'agit de démontrer l'inexistence de natures simples, de substances simples, des idées simples. Mais «en réalité il n'y a pas de phénomènes simples, le phénomène est un tissus de relation; il n'y a pas de nature simple, de substance simple, la substance est une contexture d'attributs. IL n'y a pas d'idée simples parce qu'une idée simple...doit être insérée pour être comprise dans un système complexe de pensées et d'expériences»51.

De cette citation, nous retenons l'affirmation selon laquelle, c'est du complexe qu'il faut poser le problème dans la science contemporaine. Car la compréhension du simple nécessite une saisie épistémologique du complexe.

48 BACHELARD, G., op-cit, p.98

49 BACHELARD, G., Le nouvel esprit scientifique, p.2

50 Idem., La philosophie du non, p.58

51 idem., Le nouvel esprit scientifique, p.148

38 III.6. CONCLUSION DU CHAPITRE

Tout au long de ce troisième chapitre, nous avons essayé de décortiquer les concepts et les expressions comme «objectivité », victoire sur les obstacles », « négation dynamisante » et « dialectique bachelardienne ». Après avoir analysé ces concepts et ces expressions, nous nous sommes rendu compte que l'esprit scientifique reste un esprit complexe, difficile à saisir.

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