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L'orientation sectorielle de l'APD francaise en Afrique subsaharienne (1990 = 2005): les cas du Cameroun et du Gabon

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par Patrick Roger Mbida
Université de Yaoundé II - DEA 2007
  

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B- PORTEE ET LIMITES DES THEORIES DOMINANTES

Ce paysage intellectuel très dense ne s'est pas simplifié ces dernières années. Toutefois chacune de ces clés de lecture a gardé une certaine pertinence en dépit de certaines critiques qui peuvent être portés à chacune.

Tout d'abord commençons par les mérites de chacune d'elles.

Les considérations réalistes d'influence s'affichent plus libres encore qu'au cours de la décennie précédente. La France lie ainsi explicitement aide au développement et influence nationale. Les Américains allouent de manière manifeste des volumes majeurs de leur aide aux pays signataires des accords de Camp David, mais aussi par le passé à des pays comme l'ancien Zaïre ou la Somalie.

En effet, comme le note Van de Walle et johnsthon (1999), à l'époque de la Guerre Froide, de nombreux décideurs Américains considéraient l'aide au développement comme un outil essentiel de politique étrangère pour lutter contre le Communisme international. Les principaux alliés américains en Afrique à l'instar du Zaïre ou la Somalie ont reçu une part disproportionnée de l'aide américaine. Aussi depuis la signature des Accords de Camp David, l'aide américaine octroyée à l'Egypte a été maintenue à un niveau élevé pour des considérations politiques (Van de Walle et Johnsthon, 1999 :101).

La grille néomarxiste, elle, reste confortée par le fait que, les ex-puissances coloniales continuent de consacrer la plus grande partie de leur aide bilatérale à leurs anciennes colonies. La France par exemple continue-t-il à axer ses programmes d'aide au développement sur ses anciennes possessions coloniales en Afrique où elle conserve tout un ensemble d`intérêts (commerciaux, militaires, politiques ...). Pour y parvenir elle doit entretenir une classe dirigeante locale inféodée à sa cause qui lui servent de tête de pont. L'aide ici est octroyée en terme de gratification récompensant la loyauté de cette dernière envers l'ancienne métropole. C'est qui expliquerait le dévoiement de l'aide qui ne profite pas aux populations locales nécessiteuses, destinataire premier de l'aide, leur laissant dans une situation précaire sans cesse croissante.

Le raisonnement néolibéral, quand à lui, à pris une importance considérable avec la formalisation et la diffusion de la théorie des biens publics mondiaux. Apparue en effet dans les débats internationaux à la fin des années 1990, la notion de bien public mondial en constitue un thème important. Cette notion au sens de Marniesse (2005), renvoie à des préoccupations d'intérêts communs pour l'humanité dans un contexte marqué par des interdépendances croissantes entre pays, souvent dangereuses pour l'avenir de la planète parce que ni les marchés, ni les politiques nationales ne sont en mesure de les gérer correctement.

Dans sa relation avec l'APD, il est à noter que si dernière s'inscrit dans une relation Nord/Sud clairement empreinte des considérations globales, elle a par souci de « durabilité », besoin d'être accompagnée d'une production de BPM. Elle peut ainsi venir en appui de la production de ceux-ci, en finançant des actions de développement intégrées à la chaîne de production de BPM comme le financement de dispensaires dans la lutte contre le SIDA, ou le soutien à l'activité économique d'acteurs touchés par des programmes de lutte contre le réchauffement climatique.

Le paradigme libéral, lui, peut toujours observer que l'aide "liée" n'a toujours pas disparu ou encore que la conception de l'aide alimentaire (américaine notamment) n'est pas étrangère aux intérêts du secteur agricole des pays donateurs. Certains donateurs refusent en effet d'accorder une aide aux secteurs dans lesquels leurs intérêts commerciaux sont en concurrence avec ceux du bénéficiaire. Aux Etats-Unis par exemple, l'Amendement Zorinsky, qui interdit toute aide américaine susceptible d'augmenter les capacités des PED à entrer en concurrence avec certains produits agricoles américains sur les marchés internationaux, a conduit ce pays à refuser toute aide au sous secteur d'exportation des produits agricoles, même dans les pays où les exportations des produits agricoles représentent une proportion importante de leur PIB et de leur commerce (Van de Walle et Johnston, 1999 :99)

Quant à la lecture idéaliste de l'aide, elle paraît soutenue par ces questions humanitaires (traversant aussi bien la société civile que les institutions d'aide publique) comme par l'intérêt que portent nombre d'acteurs du développement pour les zones dépourvues de valeurs stratégiques ou commerciales.

Bref, chacune de ces cinq clefs de lecture de l'aide parvient à forger sa légitimité dans le feu de l'actualité mais aussi dans le cadre cognitif. Toutefois malgré le mérite de ces chefs de lecture, il n'en demeure pas moins qu'elles puissent faire l'objet d'une critique.

La grille réaliste, malgré sa pertinence, n'échappe pas à une critique. En effet, sa vision trop étatiste de l'aide ne prenant exclusivement en compte l'aide bilatérale, se trouve diluée de nos jours. En effet, on assiste à une augmentation considérable de l'aide multilatérale grâce à la profusion des I.F.I et même aussi l'entrée des O.N.G dans le politique mondiale de l'aide. La conséquence en est que l'aide bilatérale se trouve concurrencée sérieusement par les aides multilatérales et les contributions des organismes privés. Aussi, en faisant la part belle exclusivement aux fondements politiques et stratégiques dans la politique d'allocation de l'aide, la grille réaliste semble oblitérer les autres piliers qui peuvent sous tendre l'aide internationale à savoir les fondements éthiques, humanitaires et morales, même s'ils sont plus prégnants dans les discours que dans la pratique. Si cela ne faisait aucun doute durant la Guerre Froide, la fin de celle-ci a aussi entraîné une mutation notable des principes directeurs qui sous tendent l'aide internationale, d'autres préoccupations font surface (crise de la gouvernance de la mondialisation, problématique des B.P.M, dette,...) ce qui a provoqué sans doute une refonte des motivations de l'aide internationale qui doivent désormais aller au delà des simples motivations politico-stratégiques de l'aide. Cette refonte est valable aussi bien du côté des donateurs que des récipiendaires.

La grille néomarxiste de l'aide, quant à elle se trouve aujourd'hui en difficulté. Car, s'il faut avouer que les politiques d'aide des ex-puissances coloniales vont prioritairement vers leurs anciennes colonies. Il n'en demeure pas moins qui à partir d'un certain moment (notamment après les années 1990), une révisions de la politique de coopération des Etats donateurs, ex-puissances coloniales, s'est avérée nécessaire, tout au moins dans le discours. C'est ainsi par exemple, qu'on assiste à une mutation de la politique de coopération française en subsaharienne. Notamment dès les années 1997, l'un des éléments majeurs de cette refonte est l'élargissement de la zone géographique d'allocation de l'aide française. On assiste en effet, à l'abrogation du concept de "zone de champ" constitué exclusivement par ses anciennes colonies et territoires assimilés à la création de la Z.S.P (la Zone de Solidarité Prioritaire) qui est un espace géographique regroupant aussi bien les anciennes colonies françaises en Afrique, que d'autres Etats non africains et non francophones, balayant les grandes régions sensibles confrontées aux problèmes de développement (proche orient, Afrique, Asie du Sud-est, Caraïbe). Ceci témoigne d'une certaine volonté de la France de revoir sa politique d'aide qui ne doit plus bénéficier exclusivement à ses anciennes colonies, au regard de liens historiques qui les lient. Mais elle se doit d'être désormais rationnelle et conditionnée par les progrès politiques (Démocratie) et économique des pays récipiendaires (la bonne gouvernance). La grille néomarxiste de l'aide semble faire la part belle à l'octroi de celle-ci à l'aune des intentions des donateurs, sans trop tenir compte des usages que cette dernière fait l'objet au sein des récipiendaires. Elle a une vision instrumentale de l'aide vu des donateurs d'où son rapprochement à la « thèse du complot » sans s'interroger sur les politiques de gestion interne de l'aide reçue, qui aussi doit être prise en considération.

Quant au paradigme néolibéral de l'aide, en insistant sur la diffusion de la théorie des B.P.M, sur lesquels l'aide doit être affectée prioritairement, il semble oublier qu'un consensus mondial n'a pas encore été trouvé sur la définition même à donner au concept de B.P.M . En effet, la communauté internationale, après avoir opté pour une dénomination compliquée et peu explicite, est lente à en donner une définition consensuelle, et à la traduire en politique publique. En plus cette notion semble suspecte, car certains de ses détracteurs n'y voient qu'une nouvelle invention de la mondialisation libérale drapée de fausses bonnes intentions alors que d'autres dans un registre différent, redoutent une entreprise de détournement de l'aide au profit d'enjeux prioritaires pour les pays développés (Marniesse, 2005 :3).

Le paradigme libéral de l'aide, lui, semble faire la part belle à une privatisation croissante des politiques nationales d'allocation d'aide pour les pays donateurs. L'aide internationale ici semble donc obéir à une rationalité des intérêts privés. Or cela n'est que d'apparence, car si on peut reconnaître la prolifération et la capacité d'influence certaine des grands lobbies privés dans la politique d'allocation d'aide, il n'en demeure pas moins que les gouvernements donateurs de l'aide restent souverains et acteurs majeurs dans l'orientation de leur politique nationale d'allocation de l'aide.

Le paradigme idéaliste, enfin, prête aussi le flanc à de sérieuses critiques. Parler d'une aide désintéressée, répondant prioritairement à des impératifs humanitaires et compassionnels serait à notre avis une pure vision de l'esprit, une terrible gageure. Les considérations néoréaliste et néomarxiste de l'aide semblent montrer le contraire, même si on peut reconnaître l'influence certain de certains principes moraux qui peuvent sous tendre l'allocation de l'aide, il n'en demeure pas moins que ces considérations éthiques et compassionnelles de l'aide restent minorées et ne sont que de façade dans la plupart des cas.

Le présent travail s'inscrira donc autour de deux paradigmes de l'aide. Le libéralisme et néomarxisme : dans le cadre du premier, il sera question de considérer que l'aide française allouée au Cameroun et au Gabon dans ces secteurs est significativement influencée par les intérêts financiers en terme de part de marchés que peuvent avoir certains grands groupes industriels français exerçant dans certains de ces secteurs sus étudiés (notamment dans les secteurs sanitaire et agricole)

Le paradigme néomarxiste quant à lui, sera mobilisé pour montrer que "le fait colonial", quoiqu'il s'est quelque peu dilué ces derniers temps, reste néanmoins au coeur de la politique d'aide française au Cameroun et au Gabon. Mais l'idée de fond sera de considérer ici la volonté certaine de la France, vu la modicité significative des fonds qu'elle affecte à ces deux pays dans les secteurs sus évoqués où pourtant les besoins restent énormes,de les maintenir dans une situation d'assistanat permanente,maintenant ainsi le lien dépendance de ces derniers vis-à-vis d'elle. Ceci est d'autant plus pertinent que cette aide est encore constituée majoritairement de dons...

Au-delà de ce qui précède, il apparaît qu'au sein de ce foisonnement théorique sur l'APD, si ce champ théorique se tient au plan cognitif, dans la pratique, on bute sur une complexification de certains de paradigmes fondateurs de l'aide.

Après ce déblayage théorique, une clarification conceptuelle de certaines notions s'avère nécessaire pour pouvoir circonscrire les mécanismes de leur opérationnalité.

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"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein