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La laà¯cisation de l'espace politique en république démocratique du Congo. une analyse critique des rapports église catholique-état de l'indépendance à  2008

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par Sylvain CIRHUZA BALAGIZI
UOB - Licence 2008
  

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Section IIIème : Situation sous la deuxième République

La deuxième République a été marquée dans son premier volet par une forte composition des prélats aux politiques avant de sombrer dans divers accrochages pour en finir ensuite, par la recomposition mutuelle entre les deux parties.

A ce titre, la question de la laïcité de l'Etat semble n'intéresser personne et par là, bannie du débat national aux vues des intérêts que l'une ou l'autre des parties tirerait de cette situation de confusion institutionnelle (de l'Eglise et l'Etat). Il sied de passer en revue les éléments marquant cette imbrication.

III. 1. Du Temps du coup d'Etat militaire et sa légitimation par l'Eglise catholique

Le 24 novembre 1965, un coup d'Etat militaire place au pouvoir le lieutenant-général Joseph Mobutu, un croyant fervent catholique apparemment respectueux de l'Eglise, mais aussi le bras militaire dont les adversaires locaux et étrangers de Lumumba se seront servis pour écarter et éliminer l'ancien premier ministre112. Mobutu suspend la jeune démocratie qui s'installait après les troubles qui ont émaillé la période des crises politiques, et congédie les acteurs politiques.

L'Eglise accueillit favorablement et témoigne son soutien à un régime issu de coup d'Etat militaire en ces termes :

« C'est Dieu qui distribue l'autorité. Monsieur le Président, l'Eglise reconnaît votre autorité, car l'autorité vient de Dieu. Nous appliquerons fidèlement les lois que vous voudrez bien établir. Vous pouvez compter sur nous dans votre oeuvre de restauration de la paix à laquelle tous aspirent si ardemment... »113.

Dès lors, l'Eglise et le nouveau régime entretiendront d'altruistes rapports, surtout avec l'entente entre le Président et l'archevêque de Kinshasa à la personne de Malula qui deviendra plus tard, cardinal avec le concours du premier. Le prélat avait cru alors qu'il était possible au regard des intérêts de l'Eglise, de collaborer étroitement (de mener ensemble les affaires de l'Etat) avec le nouveau régime et lancera même l'idée de l'insertion objective de l'Eglise dans le projet nationaliste du nouveau régime.

112 J. CHOME, op. cit., pp. 82-85 et pp. 100-106.

113 Le courrier d'Afrique du 26 Novembre 1965.

A cette époque également, la puissance de l'Eglise catholique vis-à-vis de l'Etat va s'affirmer encore une fois en matière d'enseignement par le fait qu'elle réussi à gérer seul , plus de la moitié d'écoles soit 67,4% dépassant très largement les réseaux protestants et officiels réunis. Tandis que l'Université catholique Lovanium de Kinshasa totalisait 2. 083 étudiants. Face à l'endémique désorganisation du ministère de l'éducation, c'est le Bureau de l'Enseignement Catholique (BEC) qui assurait l'organisation des études sur l'ensemble du territoire national, tous réseaux confondus. En matière sociale, l'action catholique s'orienta vers l'oeuvre caritative et l'action pour le développement, principalement dans les milieux ruraux, au sein des nombreux diocèses. C'est tout naturellement aussi que le gros des cadres de la deuxième République naissante sera formé par l'enseignement catholique114.

En 1967, le nouveau régime, qui a suspendu tous les partis, crée son propre le Mouvement Populaire de la révolution (MPR), dont la doctrine et les principes directeurs sont exposés dans le Manifeste de la N'Sele. Les artisans de ce manifeste, dont l'inspiration tout au service de l'homme et du bien commun est évangélique, sont des prêtres, des catholiques, dont la plus part avaient milité dans les rangs de l'Action catholique, ils menaient la barque nationale sans désavouer leurs convictions, et paraissaient décidés à servir avec désintéressement. L'épiscopat sembla apprécier dans ce régime une manifestation exemplaire du laïcat prenant ses responsabilités d'hommes et de chrétiens dans la nation zaïroise. Par la suite, les prêtres catholiques se présenteront aux élections sur la liste du MPR. Mais en dépit de toutes ces connivences, les relations entre le régime et la hiérarchie catholique vont vite se détériorer115.

Dans l'ensemble, on comprend que si Mobutu avait réussi dans son plan autoritariste, c'est parce qu'il était bien soutenu par l'Eglise catholique qui occasionnait le clientélisme et le culte du chef rendant ainsi légitime un désordre établi. L'Eglise catholique qui était déjà majoritaire au Congo ne pouvait que dans ce contexte, assoupir les revendications démocratiques légitimes en gardant le peuple congolais dans l'ignorance.

Antonio GRAMSCI dûment cité à ce sujet, l'avait prouvé dans son expérience. Selon lui, l'Eglise catholique universelle est capable grâce à son hégémonie, de soutenir le régime de son choix et de démobiliser la société civile dans l'élan du changement, et d'assoupir d'éventuelles contestations populaires face aux abus du pouvoir politique en place. L'Eglise appartient donc à la catégorie sociologique 'appareils idéologiques de l'Etat dont la vocation stratégique consiste à inoculer au peuple les fables de la soumission qui prédisposent l'homme à tendre la deuxième joue après que la première ait été frappée.

114 W. OYOTAMBWE, op. cit., p. 34.

115 Idem.

III. 2. Les premiers accrochages

Un régime pourtant légitimé et consolidé par l'Eglise catholique, n'a pas manqué au fil du temps, à afficher de plus en plus un visage autoritaire et imposer un monolithisme sociopolitique qui ne tardera pas à inquiéter la hiérarchie catholique qui se trouvait déjà confrontée à diverses pressions et menace du Chef-Président. Les violations des droits de l'homme et les exécutions sommaires se multiplient : la pendaison publique des « quatre conjurés de la pentecôte » le 02 juin 1966 à Kinshasa, etc. face à cette situation qui a déstabilisé la hiérarchie catholique se sentant dorénavant menacée, les autorités ecclésiastiques seront encore les premiers à dénoncer les dérives et le laxisme du nouveau pouvoir116.

Depuis lors les rapports entre le pouvoir et l'Eglise vont se détériorer graduellement ; d'une part, l'Eglise entend rappeler le pouvoir politique à respecter ses engagements, tandis que le pouvoir de son côté n'entend recevoir des leçons de l'Eglise et dénonce l'ingérence de l'Eglise dans les affaires de l'Etat et ainsi s'affiche résolu à réprimer toute critique de l'Eglise visant son action.

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