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La laà¯cisation de l'espace politique en république démocratique du Congo. une analyse critique des rapports église catholique-état de l'indépendance à  2008

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par Sylvain CIRHUZA BALAGIZI
UOB - Licence 2008
  

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III. 3. Le Temps de l'idéologisation autoritariste

Le 12 novembre 1969, le gouvernement décide que le Manifeste de la N'sele soit enseigné obligatoirement dans toutes les écoles de la République à tous les niveaux de l'enseignement. Cette décision d'idéologisation du système éducatif national va heurter les responsables catholiques dont on a déjà vu le rôle et l'importance dans le secteur éducatif117.

A quel titre en effet, devait-on enseigner à tous les écoliers et à tous les étudiants le projet politique d'un parti politique ? Les responsables catholiques protestèrent donc aussitôt contre le projet ; à la place le BEC esquissa un projet de cours de civisme, afin de prouver la volonté et la disponibilité à coopérer du côté catholique.

Mais, alors que cette première question était encore pendante, le gouvernement prit une autre mesure non moins déplaisante pour la hiérarchie ecclésiastique. Le 30 juillet 1969, suite à une manifestation estudiantine par ailleurs réprimée dans le sang, environ 50 étudiants ont été tués à l'occasion d'une marche pacifique. A la même époque, le Bureau politique du MPR prononça la dissolution de toutes les associations de jeunes aussi bien dans l'Eglise que dans les écoles et universités catholiques au profit d'une autre dénommée : la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution (JMPR). Par là, il contraignait l'Eglise catholique à accepter la disparition de ses nombreuses associations de jeunes.

116 W. OYOTAMBWE, op. cit., p. 35.

117 Idem., p. 36.

La hiérarchie catholique essaya de négocier à plusieurs reprises avec le Président Mobutu, en vain. L'affrontement devenait de plus en plus inéluctable118.

A l'issu de l'installation des comités JMPR dans les maisons de formation religieuse et sacerdotale, il va se remarquer des dissensions au sein de l'Episcopat catholique. En effet, en application des décisions de juin et juillet 1969 qui instituaient l'enseignement de l'idéologie du MPR dans des écoles et qui établissaient la JMPR comme unique cadre des activités de la jeunesse, le gouvernement décida l'installation, avant le 1er avril 1972, des comités de la JMPR au sein des grands séminaires et des maisons de formation religieuse sous peine des poursuites judiciaires.

L'Episcopat zaïrois dans son ensemble s'opposa à cette tentative d'embrigadement des futurs prêtres et religieux. Le 08 mars, Mgr Lesombo, évêque d'Inongo et alors président de la CEZ (conférence épiscopale du Zaïre), décida de fermer les séminaires plutôt que de procéder à cette idéologisation des futurs prêtres. Cependant, certains prêtres se voudront réservés ou prudents sur la question. Ainsi, Mgr Bakole, archevêque de Katanga, accepta d'installer les fameux comités JMPR dans deux grands séminaires de sa province ecclésiastique de Kananga. Affaibli par ce genre de trahisons, l'Episcopat finira par accepter, après des pourparlers avec le gouvernement, l'installation des comités JMPR en échange du respect de la finalité religieuse de ces établissements119. Plus tard, le pouvoir décida de dissoudre l'Assemblée épiscopale jugée « subversive » et les évêques furent interdits de se déplacer en dehors de leur leurs diocèses respectifs.118

On peut déceler à ce sujet, la soumission de l'Eglise au régime autoritaire qui venait de s'ériger au Congo. Cette soumission de l'Eglise à l'Etat autoritaire postcolonial s'enracine en partie dans les relations ambiguës qui ont caractérisé les relations des missions avec le pouvoir colonial.

Nous venons de voir à ce titre, comment le Président Mobutu avait tenté de dominer l'Eglise et contrôler son action interne. Mais là encore, il s'agit d'un manquement au principe de laïcité en ce sens que le pouvoir de Mobutu pensait et réussissait d'étendre par imposition, l'idéologie du MPR au sein de l'Eglise, cette dernière devenant ainsi politisée.

On peut à ce titre, imaginer quelques hypothèses. En premier lieu, on peut penser que le pouvoir voulait s'assurer de la main mise sur le système éducatif d'une part pour réduire l'influence du catholicisme dans le secteur public qui n'était pas toujours vue d'un bon oeil, mais aussi pour briser dans l'oeuf un foyer de résistance virtuelle qui risquait de faire ombrage à sa volonté d'hégémonie sans partage. Peutêtre aussi une explication d'ordre psychologique : Mobutu pouvait craindre aussi

118 L. NZUZI, « Zaïre : quatre années de « transition », Bilan provisoire », in L'Afrique politique 1995. Le meilleur, le pire et l'incertain, Paris, Karthala, 1995, p. 256.

119 W. OYOTAMBWE, op. cit., p. 48.

que le moment venu l'Eglise fasse à son détriment ce qu'elle a pu faire contre Lumumba et dont il a été témoin ou acteur direct selon les cas. En face de lui, l'Eglise tenait à maintenir ses acquis en tous genres dont l'enseignement représentait le maillon principal, mue en plus par un soucis d'humanisme et des valeurs chrétiennes dont les principes ne pouvaient en aucun cas coïncider avec les méthodes du nouveau pouvoir.

En second lieu, on peut imaginer la volonté du nouveau régime de contrôler tout seul l'ensemble du processus national de socialisation.

Ainsi, se référant au rôle joué par l'Eglise au temps de la << trinité coloniale >>, le pouvoir mobutiste qui se voudrait l'héritier et le successeur de l'ordre colonial espérait de l'Eglise catholique un apport similaire et lui exigea une sorte de réforme ecclésiastique qui l'insère dans une nouvelle ère socio-idéologique. Chose inacceptable car du point de vue symbolique cela aurait signifié que l'Etat fonde et institue les Eglises qui est un fait du gallicanisme (ce dernier concept entendu comme le fait du régime politique à exercer un contrôle sur les Eglises).

Ce qu'il importe de révéler à ce sujet, est que le gallicanisme ci-haut défini n'est naturellement irréductible au régime autoritaire de la deuxième République où César refuse de reconnaître son incompétence en matière spirituelle.

Cet alliage des causes multiformes et d'intérêts divergents va conduire au bras de fer fatal qui se produira plus tard.

En 1971, le gouvernement décide de laïciser les deux Universités tenues par les Eglises, à savoir l'Université catholique Lovanium de Kinshasa et l'Université Libre du Congo, située à Kisangani et administrée alors par les Eglises protestantes. La fusion de ces deux universités avec l'Université d'Etat de Lubumbashi donna naissance à une nouvelle structure, l'Université Nationale du Zaïre (Congo à l'origine), l'Unaza dont la direction sera encore confiée à l'ancien recteur de Lovanium, Mgr Tharcisse Tshibangu, qui devint le recteur de ce corpus universitaire120.

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