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La laà¯cisation de l'espace politique en république démocratique du Congo. une analyse critique des rapports église catholique-état de l'indépendance à  2008

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par Sylvain CIRHUZA BALAGIZI
UOB - Licence 2008
  

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III. 4. L'attitude des Eglises face au « recours à l'authenticité »

Le 04 octobre 1971, le général Mobutu lance le mouvement de << l'authenticité >>, une révolution culturelle qui visait la libération économique et politique des africains par un processus de désaliénation mentale. Par ce courant, il s'agissait de redonner à l'homme noir sa fierté, sa dignité d'être négro-africain, que le colonisateur lui a fait perdre. Pour Mobutu, le retour (et plus tard le recours) à l'authenticité signifiait << l'affirmation du peuple zaïrois tout court, là où il est, tel qu'il est, avec ses structures mentales et sociales propres >>121.

120 W. OYOTAMBWE, Op. cit.,, p. 104.

121 Discours du président de la République du Zaïre, le général Mobutu, à la 28è Assemblée de l'ONU, le 4 octobre 1973.

De ce fait, le pouvoir s'investit dans une vaste entreprise de propagande et de quête de l'identité africaine, dont la première phase consistera dans la réhabilitation et la restauration de ce que l'ordre colonial aurait détruit ou détrôné. Ainsi, la République Démocratique du Congo fut baptisée « République du Zaïre », les grandes villes, les vues et avenues vont également porter des noms « authentiques » afin d'effacer à tout jamais le souvenir et les traces du colonialisme. Un nouvel élan populaire et nationaliste, par certains moments xénophobe, naîtra de cette campagne menée tambour battant à renfort de vaste propagande et des folkloriques séances d'animation populaire.

Par la suite, en critiquant la campagne de l'authenticité, un journal belge posa la question de l'usage des prénoms chrétiens de tradition occidentale dans la logique de cette exaltation du passé culturel africain. Les autorités politiques perçurent cette observation comme un défi et y rétorquèrent avec emportement ; Mobutu lui-même se défit de ses prénoms de Joseph Désiré et les remplaça par un post-nom : Sese Seko Kuku Ngbendu Wazabanga. Aussitôt, une loi fut promulguée portant interdiction du port des noms à consonance étrangère avec interdiction aux prêtres de baptiser en employant des prénoms chrétiens. Il semble que le changement ou le bannissement de ces prénoms occidentaux étaient déjà à l'étude et que les autorités politiques tergiversaient à les interdire juste par peur de heurter davantage la sensibilité des responsables catholiques. Le commentaire de la presse belge ne sera que la goutte d'eau qui fera déborder le vase122.

Durant ce déferlement de la campagne de l'authenticité, l'hebdomadaire catholique Afrique chrétienne fit à son tour un autre commentaire qui ne plaira guère au pouvoir.

« Allons-nous exhumer de la nuit du passé une philosophie africaine originale qui n'a pu être, si du moins elle a un jour existé, que l'expression d'une vie sociale à jamais périmées ? (...) Il ne s'agit plus aujourd'hui de nous procurer l'éphémère satisfaction de réclamer à grands cris qu'on reconnaisse notre droit d'être nousmêmes et de nous amuser à saccager notre passé de colonisés. (...) Il faut passer aux actes et imposer par des réalisations de tous ordres notre dignité d'hommes africains. La question n'est pas de brandir des slogans sur notre originalité nos valeurs ...Mais bien de mettre en oeuvre, aux yeux du monde, cette originalité et ces valeurs »123.

Le journal ne croyait pas si bien dire, au regard de l'évolution ultérieure de l'authenticité. Malgré la justesse et la pertinence d'un tel propos, le pouvoir préféra y lire une désinvolture supplémentaire de l'Eglise et d'un homme en particulier, le cardinal Malula. L'hebdomadaire catholique fut saisi et frappé d'interdiction ; dans

122 cf. CRISP, cité par KABONGO-MBAYA, Op. cit., p. 301.

123 Idem, p. 303.

son sillage, toute la presse religieuse, sans distinction de confession, sera prohibée. La tension entre le régime et les autorités religieuses avait atteint son comble.

Tout au long de ce processus d'absolutisation du pouvoir, le cardinal Malula se révéla de plus en plus critique à l'égard du régime. Aussi, au plus fort de la crise entre l'Eglise et l'Etat, ce qui va créer un conflit entre Mobutu et Malula. Ce dernier sera la cible des autorités politiques. Sa lettre pastorale sur les noms chrétiens n'avait pas plu au pouvoir et, en plus on lui imputait la paternité de l'article critique paru dans Afrique chrétienne contre l'idéologie de l'authenticité. En représailles, le cardinal subira quelques brutalités avant d'être dépossédé de sa résidence qui deviendra le quartier général de la JMPR ; il s'exila ensuite au Vatican, le temps que les diplomates du Saint-siège négocient avec le général pour dénouer la crise.

Dans l'entre temps, une campagne radiodiffusée battit son plein contre l' « évêque diabolique », le « caméléon », la campagne de l'authenticité s'étant du coup transformée en un déchaînement passionnel contre le patron de l'Eglise catholique. Mobutu jura qu'aussi longtemps qu'il sera chef de l'Etat du Zaïre, Malula ne pourra plus exercer son épiscopat dans son pays. Au cours d'un meeting, Le Chef-Président s'en pris personnellement à Malula et proféra à son encontre des propos fort désobligeants ; il affirma entre autres que Malula n'avait aucune qualité d'homme de Dieu, qu'il disputait des places d'honneur aux manifestations publiques ; il laissera insinuer même que c'est grâce à lui, Mobutu, que Malula avait été élevé à la dignité cardinalice. Puis, il essaya d'apaiser les fidèles catholiques et l'opinion internationale en affirmant que ce conflit était strictement une affaire personnelle entre lui Mobutu et Malula, et que cela n'engageait ni l'Etat ni l'Eglise catholique. Enfin, il tendra la main aux évêques modérés et comptera sur le soutien, même discret, de ceux dont les rapports avec Malula n'étaient point harmonieux124.

Après le rappel de Malula auprès du Saint-siège et les négociations en vue de son retour au Zaïre, le climat va se détendre entre l'Eglise et l'Etat. C'est le temps où les deux institutions vont se reconnaître une cause commune dans la quête de l'identité culturelle. Au synode romain de 1974, le cardinal tiendra un langage visiblement proche des idéologies mobutistes ; il se voudra même compréhensif vis-à-vis de l'authenticité et souligna, en des termes clairs et vigoureux, la nécessité d'africanisation du christianisme.

C'est sur base de ce rapprochement que nous pensons que le mouvement d'africanisation du christianisme dans l'Eglise catholique résulta de l'authenticité mobutiste en plus que certains théologiens congolais ont entrepris de mettre en exergue l'interpénétration ou la complémentarité entre l'idéologie de l'authenticité et la théologie africaine et la pertinence de la première pour la dernière. Toujours à ce sujet, Gbabendu Engunduka et Efolo Ngobaasu écrivent : « l'Eglise congolaise de

124 P. B. KABANGO-MBAYA, Op. cit., p. 40.

MALULA et consorts en a été bouleversée et à dû, ensuite, passé du christianisme colonial au christianisme de l'authenticité >>, non pas authentique125.

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