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La laà¯cisation de l'espace politique en république démocratique du Congo. une analyse critique des rapports église catholique-état de l'indépendance à  2008

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par Sylvain CIRHUZA BALAGIZI
UOB - Licence 2008
  

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III. 5. La mystification du pouvoir face à la volonté de laïcisation de l'Etat

Une modification de la constitution en 1974 institue le mobutisme, défini comme << l'ensemble des actes et dires du président Mobutu >>, comme doctrine nationale. Fait nouveau : le préambule de ladite constitution proclame explicitement la laïcité de l'Etat et évoque pêle-mêle Dieu, les Ancêtres, l'Afrique et le Monde.

En décembre de la même année, le gouvernement promulgue une série de mesures qui ont mécontenté profondément la hiérarchie catholique. La fête de Noël est supprimée du calendrier national ; en outre toutes les écoles détenues par les Eglises (83,5 % des effectifs globaux de l'enseignement national) sont étatisées, en corollaire, les cours de religion ne pourront plus être enseignés dans les établissements publics étatisés, tout comme les crucifix et autres icônes religieuses seront retirés de tous les édifices publics (écoles et hôpitaux). Les facultés de théologie protestante et catholique seront proscrites au sein de l'UNAZA.

A cet effort conjugué par le pouvoir autoritaire de laïciser l'espace public et la reprise de conscience de la nécessité de reprendre les fonctions régaliennes de l'Etat longtemps tenues par les Eglises notamment l'enseignement et la santé, va s'en suivre la conséquence qui fut le mouvement qui tendait à imposer le mobutisme comme religion d'Etat, Mobutu étant désormais le << Messie >>de la nouvelle religion authentiquement Zaïroise.

Le 04 décembre 1974, Monsieur Engulu, ministre des Affaires politiques, déclare : << Dans toute religion et de tout temps il y a des prophètes. Pourquoi n'y en aurait-il plus aujourd'hui ? Dieu a envoyé un grand prophète : c'est notre guide prestigieux Mobutu Sese Seko. (...) Ce prophète est notre libérateur, notre Messie. (...) Jésus est prophète des juifs, il est mort. Le Christ ne vit plus. Lui, il se dit Dieu. Mobutu n'est pas Dieu, il ne se dit pas Dieu, il mourra aussi. Mais il conduit son peuple vers une vie meilleure. Comment ne pas honorer, vénérer celui qui fonde la nouvelle Eglise du Zaïre ? Notre Eglise est le Mouvement Populaire de la Révolution. Notre chef est Mobutu. Nous le respectons comme on respecte le pape. Notre loi est l'authenticité. (...) Notre Evangile, c'est le mobutisme, le Manifeste de la N'Sele... Que vient faire le crucifix dans nos édifices publics ? Il doit être remplacé par l'image de notre Messie. Et les militants auront à coeur de placer à ses côtés sa Mère glorieuse : Mama Yemo (...) La sainte Vierge était aussi honorée comme mère du prophète Jésus >>126.

125 A. NGBABENDU ENGUNDUKA et E. EFOLO NGOBAASU, Volonté de changement au Zaïre, vol.1,

<< De la consultation populaire vers la conférence nationale, Paris,L'Harmattan,1991,p.30.

126 ENGULU, cité par W. OYOTAMBWE, Op. cit., p. 73.

Face à cette situation, l'épiscopat catholique se battra pour reconquérir ses positions en particulier dans le domaine de l'enseignement et la santé.

III.6. Les conflits d'intérêts et la légitimation idéologique par des confessions religieuses

Certains pensent que durant toute cette période de lutte entre Mobutu et les Eglises, on aurait pu espérer une solidarité inconditionnelle des différents Eglises, du moins chrétiennes, pour conjurer la dictature naissante.

Mais nous nous estimons qu'en vertu du principe de séparation des pouvoirs religieux et politique ainsi que celui de non immixtion dans les affaires respectives, cela serait une fois de plus permettre aux Eglises de s'ingérer dans les affaires politiques. En tout cas, les pesanteurs de l'histoire et la divergence d'intérêts des toutes les confessions, empêcha un déploiement d'une telle solidarité, d'autant plus que rien n'établit irréfutablement que ces conflits d'intérêts aient eu pour principal enjeu réel la dictature ou, inversement, la démocratisation du régime. Aussi à intérêts divergents réactions divergentes.

W. Oyotambwe stipule que les Eglises protestante et Kimbanguiste, pour ne citer que les plus importantes, semblèrent se régaler de cette atmosphère autoritariste et en profitèrent pour conquérir quelques faveurs de la part du pouvoir politique. Sans broncher, elles manifesteront leur soutien au projet politicoidéologique du Chef-Président.

a) L'Eglise du Christ au Zaïre (Congo)

Lors des premières campagnes de l'authenticité et des premiers affrontements avec la hiérarchie catholique par le cardinal Malula interposé, en février 1972, la hiérarchie nationale des Eglises protestantes réunies au sein de l'Eglise du Christ au Zaïre (E.C.Z) apportera un soutien sans failles au chef du MPR : « nous soussigné, membres du Comité exécutif national de l'Eglise du Christ au Zaïre, réunis en session extraordinaire à Kinshasa, (...), déclarons solennellement notre fidélité et soutien au Président-Fondateur du parti national, le MPR, Chef du Gouvernement et Général de Corps d'Armée, le citoyen Mobutu Sese Seko. Nous appuyons avec soulagement la lutte combien noble pour l'authenticité. (...) C'est ici où s'affirment la grandeur, la profondeur et l'originalité de la politique du deuxième régime. Nous saluons avec fierté la politique sociale du Nouveau Régime visant l'amélioration des conditions humaines, gage de la paix durable et du bonheur

social >>127.

127 E.C.Z, « L'Eglise et l'authenticité Zaïroise >>, cité par P.B. KABONGO-MBAYA, op. cit., p.310.

Plus tard, à l'occasion du douzième anniversaire de l'indépendance nationale, ça sera le tour du pasteur (et plus tard Mgr) Bokeleale de déclarer encore plus solennellement et sans ambages l'allégeance de l'E.C.Z au général Mobutu qu'il affublera de tous les attributs messianiques, avant de le magnifier et de l'élever au rang de Noé, Abraham, Joseph, Moise, David, Jésus-Christ, Martin Luther King et Jean XXIII. Le président de l'E.C.Z enchaînera donc en disant : << Dieu a besoin de l'homme pour résoudre les problèmes dans le monde (...) Après cinq ans, comme nos musiciens le chantent, le Seigneur nous a donné un homme. C'était le général Mobutu Sese Seko, avec une mission claire et nette : apporter la paix au Zaïre et sauver notre pays >>128.

Ces déclarations des représentants de l'E.C.Z rendaient ainsi au régime un hommage du genre que le Chef-Président affectionnait pour consolider le culte de la personnalité que ses thuriféraires laïcs déploient déjà avec un zèle inégale ; du moment que l'éloge venait d'une personnalité religieuse, le culte prenait du relief et le chef de l'Etat ne restera pas indifférent à ce supplément de taille.

b) Le Kimbanguisme

Du coté de l'Eglise Kimbanguiste, ce fut aussi un soutien de tout instant à la nouvelle << religion authentique >>. A l'instar des protestants, les Kimbanguistes vont se rapprocher du pouvoir pour consolider le statut de troisième Eglise nationale que celui-ci venait de leur conférer. Il est significatif que tout au début de la campagne de l'authenticité, le président de la République se soit rendu en pèlerinage à Nkamba, accompagné de son épouse, et qu'il ait assisté au culte kimbanguiste à Matete pour célébrer le vingtième anniversaire de la mort de Simon Kimbangu129. Ainsi, lorsque le pouvoir interdit le port des prénoms chrétiens, Diangenda (le chef spirituel de l'E.J.C.-S.K.) diffusa une circulaire ordonnant aux pasteurs kimbanguistes de baptiser seulement avec les noms << authentiques >> tout en demandant aux kimbanguistes << de se pénétrer de la philosophie de l'authenticité et de se soumettre à l'éducation permanente du parti pour mieux comprendre la portée exacte des enseignements du Manifeste de la N'Sele >>128.

Ce soutien du Kimbanguisme ne pouvait jamais faire défaut au Président de la République ; même quand le culte de la personne du guide atteignit son paroxysme et que l'anticléricalisme du régime se renforçait, le chef spirituel Diangenda demandera à tous les kimbanguistes de rester toujours derrière le guide pour le triomphe de la Révolution nationale.

Ici, il faut comprendre le fait que le kimbanguisme est naturellement un mouvement à doctrine politico-religieuse nationaliste et local et qu'il ne pouvait que dans ce contexte, adhérer à une idéologie politique de l'authenticité.

128 E.C.Z, Op. cit., p. 312.

129 S. ASCH, L'Eglise du prophète Kimbangu. De ses origines à son rôle actuel au Zaïre, Paris, Karthala, 1983, p.71.

Les Eglises protestantes et kimbanguiste ayant adhéré au projet politique, celle qui tergiversait à suivre l'exemple devait être une Eglise au service de l'extérieur. Le président de la République le dira en termes ci-dessous : « Je dis que ce pays et le parti n'ont rien à voir avec l'extérieur, c'est-à-dire avec toutes les institutions extérieures à notre République ; que ces institutions soient politiques, économiques ou spirituelles. Nous ne pouvons plus accepter la domination politique, économique ou spirituelle imposée de l'extérieur... Avant l'indépendance on citait les trois pouvoirs : l'Administration, les sociétés (industrielles) et l'Eglise. Les deux premiers ont cédé la place, il n'y a pas des raisons qu'il n'en soit pas de même pour l'Eglise... Jamais je n'ai eu de problèmes avec les protestants, ni avec les kimbanguistes, parce qu'ils ne reçoivent pas de mots d'ordre de l'étranger. Mais les évêques zaïrois en reçoivent (...) Ce sont des agents au service de l'étranger >>130.

Il ressort clairement de ce qui précède que le plan de Mobutu était non seulement de vouloir étendre son idéologie de l'authenticité aux Eglises mais aussi et surtout il voulait se tailler le monopole sur ces dernières, qu'il institue, qu'il domine, qu'il contrôle et dont il se sert pour consolider son pouvoir au nom de l'authenticité. Chose naturellement antithétique avec la laïcité de l'Etat. C'est ce que nous avons appelé le régime gallicanisme mobutien plus haut.

On peut remarquer une autre intentionnalité non déclarée c'est-à-dire un souhait inavoué du régime mobutiste, était donc de pouvoir compter sur un partenaire ou un allié, et c'est cette volonté qui justifie sa satisfaction vis-à-vis des protestants et des kimbanguistes. L'allusion faite à l'« extérieur >> dans l'attitude des catholiques résultait de la dépendance du catholicisme congolais vis-à-vis de l'Occident qui rend cette Eglise facilement réceptive des décisions dictées de l'extérieur. L'Eglise catholique s'apercevant que ses intérêts pourraient être menacés et défavorisés par cette vision de la politique, s'érigea ici en quelque sorte en contrepoids face au totalitarisme du régime mobutiste, mais cette opposition ne durera pas longtemps, le régime ayant déployé tous les moyens possibles pour la mâter ou, tout au moins, la récupérer.

c) Le mariage entre l'Eglise catholique et le MPR

La décennie 80, alors que l'Eglise catholique montrait face au régime, un comportement de réticence, verra se consolider une réelle collaboration entre L'Eglise et le régime du président Mobutu, couronnant ainsi un rapprochement amorcé depuis la fin de la précédente décennie. Mais pendant que le pouvoir décidait la dissolution de l'Assemblée épiscopale, Mgr. Kesenge de Molegbe, prononcera un discours dont voici l'extrait : « (...) comme le Christ est venu sauver le monde, ainsi Mobutu est venu sauver le Zaïre (...) >>131.

130 P.B. KABONGO-MBAYA, Op. cit., p. 307.

131 R. LUNNEAU et alii , Chemins de la christologie africaine, Paris, Karthala, 1988, p. 58.

En 1982, le MPR cesse d'être un simple parti unique pour s'ériger en PartiEtat et, en tant que tel, << unique source de pouvoir et de légitimité politique au Zaïre >. Paradoxalement, la position de l'Eglise va se conforter progressivement sur l'échiquier du pouvoir mobutiste et, même dans le partage de ce pouvoir, l'influence de l'Episcopat deviendra de plus en plus grande et manifeste. On le consultera par exemple au moment des formations de gouvernement ou d'interminables remaniements ministériels. Certaines personnalités laïques devront une ascension fulgurante en politique comme dans d'autres domaines à la faveur d'un soutien ecclésiastique.

Certains congrégations religieuses, dont les jésuites et les scheutistes, etc., s'illustreront dans les stratégies de promotion de leurs protégés (anciens élèves, cadres) en les plaçant à des postes de premier choix sur le marché d'emploi. Ainsi, assistera-t-on à une profusion d'associations d'anciens élèves de tels ou tels pères : les anciens des pères scheutistes (ADAPES), les élèves des frères maristes ou lazaristes, etc., deviendront des véritables foyers d'ascension sociale, d'emplois ou de facilités diverses132.

Pendant ce temps, le tissu économique s'effrite à un rythme effréné, tandis que les violations des droits de l'homme en tous sens étaient devenues monnaie courante. Les Eglises chrétiennes confondues, vont se taire et s'aligner par hypocrisie derrière le discours du verset biblique << A César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu>. Signe de temps, c'est au début de cette décennie 80 que naît une vive contestation du régime à l'intérieur même de son organe dirigeant sans que les hiérarchies religieuses appuient officiellement les revendications de ce mouvement.

Il faut préciser ici que les réunions épiscopales ne reprendront qu'à l'événement de la zaïrianisation, concept par lequel, l'on entend le décret qui voulait à ce que la gestion des entreprises agricoles, commerciales et de transports appartenant aux étrangers deviennent la propriété des citoyens zaïrois. Cela parce que les évêques zaïrois ont laissé faire et ont déclaré leur fidélité à l'Etat et au régime en place.

Cependant, En 1978, à l'issu de l'échec de la politique économique nationale (zaïrianisation, radicalisation), le président de la République arrête une série de mesures pour redresser l'économie. Parmi ces mesures, il décrète la nouvelle politique de stabilisation, surnommée la rétrocession. Les entreprises zaïrianisées sont rendues à leurs propriétaires étrangers à condition que 40% des capitaux reviennent à des nationaux (...). La dette extérieure grandissante provoque une dévaluation de fait d'environ 50%. Lors de la mise en vigueur de ces mesures fin 1976, il était déjà question de rétrocéder les écoles aux Eglises.

132 R. LUNNEAU, Op. cit., pp. 59-60.

La gestion des écoles va effectivement être rétrocédée aux Eglises, du moins celles dites nationales (catholique, protestante et kimbanguiste) ; après plusieurs mois de négociations, un accord est signé à cet effet au début de l'année 1977. Selon les termes de cet accord, les réseaux scolaires radicalisés depuis trois ans sont rétrocédés aux trois Eglises, mais la gestion de ces écoles se fera dans le cadre de l'Education nationale, c'est-à-dire que l'Etat en reste le pouvoir organisateur. Ce nouveau cadre de collaboration convaincra les Eglises à reprendre lesdites écoles, ce qui leur permettra, mutatis mutandis, de retrouver leur influence dans la conduite des affaires publiques et parmi les jeunes.

Il faut préciser que cet accord intervient dans un contexte sociopolitique marqué par l'aggravation de la crise économique, la grogne sociale, la multiplication des sectes politico-religieuses, la réapparition des partis politiques d'opposition en exil et les mécontentements de la population suite à certaines attitudes des membres du parti.

Au demeurant, chaque fois qu'il y avait soulèvement pour revendiquer le changement contre le régime de Mobutu qui excellait déjà dans une corruption généralisée, les évêques congolais s'y opposaient à ce qu'ils qualifiaient << l'agression barbare du pays>>. C'est le cas de la première guerre de Shaba où les évêques congolais se rallieront à la thèse officielle pour condamner l'agression des ex-gendarmes katangais, appuyée selon eux, par des puissances étrangères. Simultanément, l'E.C.Z. et l'E.J.C.S.K. rappellent leur << indéfectible attachement au << Guide de la Révolution zaïroise authentique >> et désapprouvent << l'agression barbare >> du pays.

Le régime de Mobutu ne survivra que grâce à ce soutien des Eglises qui mobilisaient toute la population à s'opposer à ce mouvement qui revendiquait le changement institutionnel, mais aussi grâce au soutien des 1. 500 soldats marocains dépêchés à sa rescousse sur le front pour épauler les forces armées zaïroises débordées par l'avancée de l'ennemi133. La collaboration entre l'Etat et les trois Eglises va ainsi se consolider.

De juin 1976 à juillet 1980, lors de la célébration du centenaire de la deuxième évangélisation du Congo-Zaïre par l'Eglise catholique, le cardinal Malula après avoir été agressé chez lui par la force secrète du président de la République pour avoir publié un document dénonçant le mal zaïrois, craignit pour sa vie durant plusieurs mois, jusqu'à l'intervention du pape Jean Paul II qui reçut tour à tour au Vatican le président Mobutu et le cardinal Malula en 1979, probablement pour dissiper les craintes du cardinal en assurant au président un certain soutien.

Cette année du centenaire, proclamée année de << solidarité et du partage >> par l'Eglise catholique sera donc dominée par un modus vivendi concrétisé par l'acceptation de l'invitation faite au pape de se rendre au Zaïre et par la nomination

133 C. BRAECKMAN, Le dinosaure : le Zaïre de Mobutu, Paris, Fayard, 1992, p. 83

du cardinal Malula à la présidence du conseil d'administration des OEuvres de Maman Mobutu134.

Toutefois, ici aussi, la trêve dans le sempiternel conflit Mobutu-Eglise sera de courte durée, puisque l'Episcopat zaïrois publie un nouveau document dénonçant `le mal zaïrois', tandis que le cardinal Malula pour sa part adresse aux chrétiens une lettre pastorale sur le même sujet à l'occasion de l'anniversaire de son épiscopat. Mais, cette fois, la crise qui en résultera sera vite décrispée à cause de la préparation de la visite du Souverain pontife au Zaïre135.

III.7. Le Temps des dénonciations

Les dénonciations par l'Eglise catholique avaient justement commencé depuis la publication du document intitulé : << le mal zaïrois » par le cardinal Malula avant la visite du pape au Zaïre.

Durant son séjour sur le sol zaïrois, le pape s'est exprimé sur plusieurs thèmes : besoin d'aide internationale pour que l'Afrique recouvre une indépendance réelle, nécessité du développement agricole au Zaïre afin de satisfaire la demande alimentaire locale, devoir de l'Eglise africaine de combattre l'injustice et la corruption, l'africanisation du christianisme,...136

Comprenons de ce qui précède comment le pape à son passage au Congo a confirmé l'opportunité suite à l'observation de la défaillance de l'Etat providence, de récupérer le social par l'Eglise catholique congolais se fondant ainsi sur sa doctrine socio-politique susmentionnée. Mais, on le verra plus tard, cette doctrine cache la réelle ambition de l'Eglise de s'approprier les affaires du monde qui pourtant relèvent de la politique en vertu du principe : << A Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César » d'origine biblique

Un an après la visite du pape, la joute Eglise-Etat connaîtra quelques escarmouches. En effet, le 23 juin 1981, Mgr Kaseba, évêque de Kalemie, a rendu public un autre message du Comité permanent des évêques du Zaïre qui reprenait ses critiques sur les racines profondes du mal zaïrois. Les évêques y dénoncent << l'exploitation éhontée, le pillage organisé au profit de l'étranger et de ses relais, pendant que le gros du peuple croupit dans la misère ». Ils évoquent aussi la crise économique caractérisée par les prix débridés, les salaires bloqués, les pénuries diverses ; ils stigmatisent en outre les dérives politiques : les enlèvements, les arrestations arbitraires et les tortures. A l'endroit des occidentaux qui soutenaient ouvertement le régime mobutiste, les prélats rappellent que << les peuples font eux-

134 Idem, p. 84.

135 Ibidem, p. 88.

136 W. OYOTAMBWE, Op. cit., p. 60.

mêmes leur propre histoire et que c'est au peuple congolais de faire la sienne >>, puisqu'en aucun cas « ses amis étrangers ne sauraient se substituer à lui >>137.

Cette dénonciation pourrait apparaître sous les yeux de tout analyste critique comme une manière pour l'Eglise profitant de la défaillance des institutions étatiques, de faire leur contre campagne en les imputant de tous les maux du pays et ainsi faire sa campagne en éveillant les consciences de leur état d'exploité. Ainsi donc, la stratégie de l'Eglise était de vouloir récupérer la confiance du peuple congolais et lui témoigner sa solidarité dans la conduite des affaires. Nous le disons car, nous referant au contexte de l'époque, après cette dénonciation, c'est l'Eglise qui a su mobilisé autour de lui les plus des soutiens populaires grâce aux services caritatifs et sociaux de base et pour cela elle réussi à conquérir un espace privilégié en politique. Par conséquent, l'allégeance est plus faite à l'Eglise qu'à l'Etat.

Suite à cette situation où l'Etat se trouve affaibli, Mobutu trouve tardivement la nécessité d'appliquer stricto sensu, la séparation des deux domaines : religieux et politique. Sa réaction ne se fit entendre ; dans un discours prononcé lors de la tenue de la troisième session du MPR où il exigea impérativement que le clergé cesse de s'occuper de politique, accusant par la même occasion les clercs

d' « ingérence dans les affaires de l'Etat >>. A cette même occasion, le parti pour réaffirmer sa puissance, décida que les membres de la JMPR seront désormais présents dans toutes les paroisses pour s'assurer que les homélies et les prédications ne versent pas dans les problèmes qui relèvent du temporel» ; une association membre de la JMPR en particulier dénonce que les paroisses du pays sont transformées en véritables tribunes politiques ; (...) une sévère mise en garde vient à point nommé car la religion a ses prêtres et la politique les siens.

Dans la foulée, les évêques réactionnaires vont subir des nouvelles intimidations. Dès cet instant, la pléthore des services de sécurité du régime va s'ingénier à infiltrer toutes les réunions épiscopales ainsi que toutes autres sortes de rassemblement ecclésiastique, dans le but de repérer les « réactionnaires >> et les subversifs, jusqu'au coeur des institutions de l'Eglise. Exploitant à son compte les dissensions déjà perceptibles au sein de la hiérarchie et du clergé dans son ensemble, le pouvoir atteindra facilement son but : l'Eglise va compter dans ses propres rangs ceux des agents d'information au service du pouvoir. Le malaise se réinstalle alors. Néanmoins, la diplomatie vaticane, semble-t-il, va peser de son poids pour apaiser les tensions ainsi avivées ; mais cette fois-ci apparemment, c'est plutôt l'Eglise qu'elle va contraindre à ne point se mêler de la politique, au silence et à la résignation, de sorte que petit à petit celle-ci va se résoudre à la soumission au Chef de l'Etat138.

Sommes toutes, les relations entre l'Eglise et l'Etat zaïrois étaient tantôt conflictuelles, tantôt de collaboration mais quel que soit le contexte, étaient des

137 S.ASCH, Op. cit., p. 89.

138 S. ASCH, Op. cit., p. 106.

rapports de force au regard des intérêts de chacun. Cela étant, la question de laïcité de l'Etat avec ses principes directeurs notamment la non immixtion dans les affaires respectives, ne disait, que ce soit aux responsables de l'Eglise ou aux politiques, absolument rien et le contraire était vrai à chaque rapport. L'Eglise semblait donné surtout l'image d'une institution corrompue jusqu'à son plus haut degré, à savoir un pape accordant une promotion à un dignitaire ecclésiastique à la demande d'un pouvoir despotique.

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