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Cultures maraàŪchères et dynamiques socio-économiques et spatiales dans la communauté rurale de Ndiob (département de Fatick)

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par Aliou NDAO
Université Gaston Berger de Saint-Louis - Master II 2009
  

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I-2-5: Un vaste marché de consommation

La population de Ndiob bien qu'étant essentiellement rurale constitue un grand marché de consommation des produits de la vallée. Une bonne partie des productions maraicheres est vendue en détail aux populations locales a partir des marchés de Ndiob et Darou Salam, Patar, Diakhao Niakhar etc. Cependant les plus grands débouchés sont les centres urbains comme Diourbel, Fatick, Gossas et Bambey.

La forte croissance urbaine observée au Sénégal ces dernières décennies est un des facteurs clés qui ont favorisé la mise en place d'un important marché de consommation pour le maraichage. La plus grande partie des récoltes est acheté soit sur pieds, soit au marché par des commergants (grossistes et demi- grossistes, détaillants etc.) d'origines diverses.

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Rurale de Ndiob (département de Fatick)

D'autres acteurs non moins importants sont les vendeurs de fumier animal. Ce sont en général des éleveurs de petits ruminants, de vaches ou de chevaux gardés au niveau des concessions. Ils jouent un role important dans le développement du maraichage, près de 100% des maraichers interrogés utilisent la fumure animale, cela leur permet de diminuer la quantité d'engrais a acheter.

L'ensemble des acteurs interrogés au cours de nos enquêtes sont répartis entre 18% de propriétaires de terre, 41% de producteurs, 25% de commergants, 9% de structure d'aide et 7% groupements associatives (cf. fig.13.)

Figure 13: Répartition des acteurs du maraîchage dans la CR de Ndiob

P. de terres Producteurs Commerçants ONG

Groupements

25%

7

9% 7%

18%

41%

Source : Enquêtes 2009

A coté de cette forte mobilisation d'acteurs organisés, l'activité maraichère est marquée par une gestion foncière complexe, en raison de la limitation du domaine favorable a son développement. En effet il est important de rappeler que les terres favorables au maraichage (sols deck) et la nappe phréatique se localisent dans la vallée de la CR. Or beaucoup de maraichers n'ont pas de domaine foncier dans cette zone : ils y accèdent de diverses manières.

I-2-6 : L'évolution du foncier dans la CR de Ndiob et sa gestion dans le domaine du maraîchage

La terre est, depuis des siècles, au centre de plusieurs processus socio-économiques, politiques et spatiaux. En effet toute société a besoin d'espace pour habiter, travailler, se nourrir et se mouvoir. « ...le statut foncier joue un role capital non seulement dans la definition des rapports du producteur et de la terre mais dans toute la vie sociale » (P. PELISSIER 1966, p215). Aujourd'hui, face a la forte croissance

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démographique et aux multiples enjeux liés a la surexploitation des ressources naturelles, la terre fait l'objet d'une forte convoitise ; elle est a l'origine de nombreux conflits dans les zones rurales du tiers monde.

Dans la CR de Ndiob, comme dans l'ensemble du Sine, la terre est un bien sacré aux yeux de la masse paysanne sérere. La gestion de ce patrimoine est fortement marquée par la force du régime coutumier, malgré les changements apportés par celui moderne a travers la loi de 1964 sur le domaine national.

1-2-6-1 : Le regime foncier traditionnel : une superposition de droits sur le foncier

La CR de Ndiob abrite de vieilles civilisations agraires dans lesquelles la possession de la terre est un élément fondamental. Ainsi existaient dans le systeme traditionnel de vastes entités territoriales ayant a leur tête des maitres de terres (yaal lang ou laman en sérere). Ces derniers s'appropriaient des terres grace « au droit de feu 0 (yaalo niay) et octroyées aux membres de leurs familles ou aux autres paysans de la communauté qui en faisaient la demande. Ceux-ci avaient a charge de défricher les surfaces qui leur étaient affectées par le laman en vertu du « droit de hache 0 (yaal baakh). Contre cette affectation, les bénéficiaires payaient une redevance qui pouvait prendre diverses formes (cadeaux, prestation de travail, dime sur les récoltes, partage des récoltes, argent, etc.); ils jouissaient ainsi d'un droit héréditaire pour l'exploitation, la gestion, le prêt, la transmission ou la mise en gage du sol, donc d'une certaine sécurité fonciere, mais sous la seule condition d'un renouvellement perpétuel de la redevance. « Le maitre de la hache est détenteur d'un droit d'exploitation imprescriptible aussi longtemps que lui-même et ses descendants continuent a occuper effectivement leur « propriété * et s'acquittent de leur devoirs a l'égard du lamane * (P. PELISSIER, 1966, p217). Ces détenteurs du droit de hache pouvaient dans certains cas concéder temporairement une partie de « leurs terres 0 A des tiers, créant ainsi un autre titre de l'exploitation du sol : le droit de culture.

On assistait également au processus de location temporaire révocable et a la mise en gage dont le prêteur bénéficiait de la disposition du champ gagé aussi longtemps que sa créance ne lui a pas été remboursée.

Dans ce régime coutumier, le droit lamanal est le plus élevé dans la hiérarchie des
droits sur la terre parce qu'étant le plus ancien. Il résulterait d'une alliance conclue

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Aliou NDAO, Mémoire de Master II, UGB, Section de géographie, 2008/2009

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entre l'ancetre uterin du « maitres de terres » et un esprit localise ; et cette alliance a ete conclue quand cet ancetre a procede a la delimitation de l'ensemble des terres sur lequel il allait dorenavant exercer sa juridiction (.Gastellu (1981), cite par H. L6 et M. DIONE (2000, p 4).

La terre etait un bien collectif inalienable, mais transmissible de generation a generation.

En milieu serere, le mode de transmission se faisait au sein du lignage maternel (Guigou et al. 1998). En effet, la societe serere typique etait matrilineaire, les droits de succession, y compris sur la terre, se transmettant non du pere au fils mais de l'oncle maternel au neveu.

Cependant, ce mode d'heritage n'a pu resister a l'influence de l'islam qui fixe des principes fondes sur l'heritage patrilineaire. Ainsi en milieu serere, la terre devient exclusivement un bien des hommes.

Ce regime qui favorisait la minorite lamane a ete remis en cause par l'Etat qui a entrepris au lendemain des independances une politique de reglementation du foncier, avec l'avenement de la loi sur le domaine nationale.

1-2-6-2: Le regime foncier moderne : une redistribution et une « reglementation » de la gestion du foncier

La gestion fonciere contemporaine, dans la CR de Ndiob comme dans d'autres zones rurales du Senegal, est profondement marquee par la loi sur le Domaine national (LDN), promulguee au lendemain de l'independance, et completee, une dizaine d'annees plus tard, par d'autres lois et decrets organisant la gestion de ces terres. Cette loi de 1964 a fortement touche les regimes coutumiers dans le Sine. En effet l'article premier de la dite loi stipule que : « toutes les terres non classées dans le domaine public, non immatriculées et dont la propriété n'a pas été transcrite a la conservation des hypothègues a sa date d'entrée en vigueur constituent de plein droit le domaine national *.

Le droit de requerir l'immatriculation a ete reconnu aux occupants de la terre qui a la date d'entree en vigueur de la loi avaient realise une mise en valeur permanente (O. TOURE et S.M.SECK 2005). Or dans le regime coutumier, les lamanes concedaient une grande partie de leurs domaines fonciers a des tiers qui detenaient le droit de hache ou de culture, et la mise en valeur etait largement saisonnière ou periodique.

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Ces contradictions avec les principes fixés par la LDN, ont abouti au reversement des grands domaines fonciers des lamanes dans les zones de terroirs, une des quatre catégories de terre du domaine national31, correspondant aux terres des communautés rurales régulièrement exploitées par l'habitat rural, l'agriculture ou l'élevage.

Cette loi avait entre autre comme objectif d'éliminer les droits fonciers coutumiers encore largement en vigueur. Ainsi les lamanes de jadis perdirent leur statut de maitre de la terre pour bénéficier du simple droit d'usage. La loi confirme l'appartenance a l'Etat de la quasi-totalité des terres. Dans le même temps, on assiste a un passage d'une appropriation collective (la terre en tant que bien de la famille ou de la communauté ne se transmettant qu'en leur sein) a une individualisation des terres pour une meilleure rentabilité (Niang, 1975).

Malgré quelques contraintes dans le monde rural, le régime moderne a été favorable a une bonne partie des paysans sans terre de la CR de Ndiob, a travers la redistribution du foncier, l'élimination de la forte dépendance aux lamanes et l'incertitude de cultiver de faRon continue sur la même terre. En effet l'exploitation des terres dépendait du montant de la dime réclamée par le lamane (ndalu), qui pouvait être insupportable d'une année a l'autre, et par conséquent aboutir a une perte du droit d'usage ( H. LO et M. DIONE 2000).

Malgré les profondes modifications apportées a la gestion fonciere dans la CR de Ndiob, on note toujours la survivance des droits coutumiers, se traduisant par les pratiques encore courantes du gage, de la location et du prêt, surtout dans le domaine du maraichage. Cependant ces pratiques se font entre gens de confiance et a des durées limitées.

31 L'article 4 de la loi n° 64-46 distingue dans le domaine national quatre catégories de terres en fonction de leur usage : les zones urbaines (habitat urbain), les zones classées (parcs et réserves), les zones pionnières et les zones de terroir (communautés rurales).

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1-2-6-3: yacc's a la terre et le mode faire valoir dans le domaine du maraichage : le « retour » des lamanes

Les sols favorables au maraichage sont essentiellement localisés au niveau de la vallée de Ndiob (la zone de production, cf. carte 4). Ils sont donc détenus par les paysans de la vallée, (les propriétaires des terres) dont 32% exploitent la totalité ou une partie de leur terre avec l'aide des membres de leur familles ou individuellement : ils sont en mode de faire valoir direct. Par contre de nombreux maraichers interrogés au cours de nos enquêtes viennent des villages éloignés de la vallée. Ces maraichers ne disposent pas de terre dans la zone, ils louent ou empruntent des parcelles pour mener leur activité. Ces parcelles sont en mode de faire valoir indirect, elles représentent 68% des exploitations visitées (cf. fig. 14) et sont réparties entre 62% de parcelles louées et 6% de parcelles acquises par prêt (cf. fig. 15). Le mode de faire valoir indirect consiste en effet a louer ses terres a un exploitant qui, en retour paie une certaine somme ou donne une redevance apres la récolte.

Le payement des parcelles varie suivent leur taille et les équipements mis en place (puits, séanes, cloture etc.). Il peut se faire en argent (a un coit allant de 15000 a 35000), comme on peut noter parfois le systeme de « mbey sedoo 032. Ce systeme est différent de celui du lamanat (dans le régime coutumier) oil les exploitants jouissaient d'un droit (droit de hache, droit de culture etc.) sur la parcelle dont ils ne pouvaient perdre que s'ils arrêtaient de l'exploiter. Avec l'avenement de la loi sur le domaine national, les propriétaires terriens louent ou prêtent leurs terres que pour une durée bien déterminée, et le contrat de location peut être rompu a tout moment (en fin de campagne), si un autre locataire présente plus d'intérêt pour le propriétaire. Par mesure de prudence aux regles de la LDN, les prêts et les locations se font rarement pour deux campagnes de production consécutives. En effet la LDN stipule qu' « une terre cultivée par un paysan durant deux années consécutives devient sa « propriété » et qu'il peut demander au Conseil rural de la lui affecter ». Le tableau n°7 montre la répartition des exploitations visitées en fonction des modes d'acces et de mise en valeur des terres.

32 Système où les revenus de l'exploitation sont partagés entre le producteur et le propriétaire foncier.

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Tableau 7: Répartition des exploitations de l'échantillon en fonction du
mode d'accès à la terre et du mode de faire valoir

Mode d'accès

Mode

de faire valoir

Heritage

Location

Prat

Total

Frequence( %)

Direct

16

 
 

16

32%

Indirect

 

31

03

34

68%

100%

Total

16

31

03

50

Fréquences (%)

32%

62%

06%

Source : Enquêtes 2009

Figure 14: Répartition des modes de faire valoir

Direct

Indirect

Série1

16

34

Mode de faire valoire

32%

Direct Indirect

6%

Héritage Location Prêt

62%

Figure 15: Répartition des modes d'accès à la terre

35

Nombre d'exploltations

30

25

20

15

10

5

0

Source : Enquêtes 2009

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Carte 4: La zone de production (domaine foncier favorable au
maraîchage)

1-2-6-3 : Analyse des surfaces d'exploitation

Les exploitations de la vallée de Ndiob présentent dans la globalité des superficies relativement faibles, dépassant rarement 1,5ha

Parmi les 5o exploitations que nous avons visitées, seule la superficie de 19 parcelles a été renseignée : en effet la majorité des maraichers interrogés n'ont pas une idée précise sur la taille réelle de leur exploitation. Ceci s'explique par la forme irrégulière des parcelles, difficile a mesurer. Par mesure de prudence, nous nous sommes

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abstenus a considérer les approximations de la taille de ces parcelles, en se contentant du nombre de parcelles dont la superficie a été renseignée.

Ainsi une classification de ces exploitations nous a donné deux groupes de parcelles dont 16 ont une superficie comprise entre 0,5 et 1 ha et 3 parcelles (exploitations de groupements) qui font plus de 1 ha. (cf. tableau n°8).

Tableau 8: Répartition des exploitations selon la taille

Superficies(en ha)

1-095 -- 1]

1-> 1 1-

1-Inconnues1

Total

Nombre (ni)

16

3

31

50

Fréquence (fi)

32%

6%

62%

100%

Source : enquêtes 2009

Une analyse de la superficie des exploitations montre que les maraichers utilisent dans l'ensemble de petites parcelles, ils cultivent en moyenne 0,70ha avec une superficie maximale de 1,5 ha et une minimale de 0,5ha (cf. tableau n°9). La petite taille des parcelles s'explique par les maigres moyens des producteurs et le fort entretien qu'exigent les cultures maraicheres. En effet la majorite des maraichers interroges expliquent qu'ils preferent exploiter de petites parcelles afin d'assurer un bon entretien (arrosage, sarclage, deparasitage etc.) et avoir de bons rendements que cultiver de grandes superficies dont l'entretien pose probleme. L'utilisation d'engrais chimiques, de fumure animale mais aussi de differentes techniques de culture permettent une forte intensification qui compense la taille reduite des parcelles d'exploitation.

Tableau 9: Analyse de la taille des exploitations

Variables

Maximum

Moyenne

Minimum

Superficies

1,5 ha

0,70 ha

0,5 ha

Source : enquêtes 2009

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L'ensemble des facteurs étudiés dans cette partie montre bien que la communauté rurale de Ndiob dispose d'importantes ressources en termes d'opportunités agronomiques dans le domaine maraicher. En somme le milieu agro-pédologique, malgré un certain nombre de contraintes surtout d'ordre climatique, offre de réelles potentialités pour l'activité maraichère. Le fort peuplement de la zone représente un atout considérable. La main d'oeuvre est importante et majoritairement formée de jeunes ne connaissant que l'agriculture. On note également un fort attachement d'une marge importante de la population a l'activité, se traduisant par une forte mobilisation d'acteurs diversifiés au tour de la filière.

Cependant malgré ces conditions favorables, la performance de l'activité, qui lui a valu son important role dans la vie des populations est la résultante de diverses itinéraires techniques qui assurent sa durabilité dans un contexte climatique instable.

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DEUXIEME PARTIE

CARACTERISTIQUES, INCIDENCES ET CONTRAINTES DU
MARAICHAGE DANS LA C R DE NDIOB

Les cultures maraicheres constituent une innovation dans la communauté rurale de Ndiob. En effet depuis des décennies, le peuple sérere n'a connu que l'agriculture sous pluie comme principale activité de subsistance. Cette agriculture extensive permettait la subsistance d'une population jadis faiblement dense. Cependant cette situation est vite bouleversée sous l'effet de l'explosion démographique et de la dégradation des conditions physiques, facteurs de la crise des systemes agricoles.

Ainsi le maraichage apparait comme une alternative a la crise de l'arachide dans la communauté rurale. Malgré un certain nombre de contraintes cette activité a engendré des incidences importantes dans la CR de Ndiob.

Cette deuxième partie sera essentiellement consacrée a l'analyse des caractéristiques, des contraintes et des incidences socio-économiques et spatiales du maraichage dans la CR de Ndiob.

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CHAPITRE 1 : CARACTERISTIQUES DE L'ACTIVITE MARAICHERE DANS LA CR DE NDIOB

Le maraichage se caractérise entre autre par une forte intensification et l'utilisation d'eaux de surface ou souterraines. Contrairement aux systemes pluviaux, c'est une activité complexe nécessitant diverses méthodes et itinéraires techniques.

Dans ce chapitre, nous nous intéresserons aux techniques de production, a la commercialisation etc.

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