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Une approche sociologique de la prise en charge de la malnutrition infantile sévère par l'ong BEFEN dans le département de Mirriah

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par Lamine KALLA ADAMOU
Université Abdou Moumouni de Niamey - Maitrise en Sociologie 2011
  

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6.4.2. Une prise de conscience progressive face à la malnutrition

Remerciements et reconnaissance sont les premiers mots qui sortent des conversations au sujet du centre de récupération nutritionnelle de BEFEN:

« Nous les remercions beaucoup vraiment car ce sont des enfants squelettiques qu'on amène ici mais ils repartent en forme et tout ça est gratuit, nous ne dépensons rien ; c'est vraiment bien fait, cela est salutaire ». (A.I., père d'enfant malnutri, visiteur).

Les familles remercient BEFEN aussi bien pour la prise en charge médicale que pour la prise en charge nutritionnelle :

« Imaginez une mère qui a son enfant malade durant des mois, elle n'a pas les moyens de le soigner. Quand elle nous l'amène, en une semaine son enfant est guéri. Voyez vous-même sa joie et sa fierté. » (Z., Infirmière BEFEN).

T., une grand-mère d'un enfant malnutri, apprécie particulièrement les aliments : « À guidan tamowa, on aide les enfants avec toutes sortes d'aliments. Il y a beaucoup d'aliments riches que l'on donne à l'enfant (lait, biscuit...), il y a du savon pour laver le linge. Si les femmes viennent et reçoivent ces aliments, leurs enfants deviennent gros. »

Autant que la gratuité des soins, ce sont les innovations introduites dans la prise en charge de la malnutrition qui, petit à petit, amènent les parents à prendre conscience de la malnutrition. Tout le monde sait aujourd'hui que la maladie (Tamowa) est en partie liée à l'état nutritionnel de l'enfant, aussi bien en quantité qu'en qualité. Mais les difficultés économiques, combinées avec le nombre élevé de personnes à charge et aux habitudes alimentaires, constituent un frein à la variation de l'alimentation et à l'amélioration de la qualité des repas.

Convaincues de l'apport nutritionnel des plumpy'nut, des mères n'hésitent pas à en acheter pour leurs enfants, malnutris ou non sur les marchés. En effet, une étude de MOUTARI K. (2010 :2), responsable du volet communautaire de l'ONG BEFEN fait ressortir qu'il s'agissait d'un marché noir identifié dans le cadre de ses investigations et qui se situe à la périphérie de Zinder. Ce marché anime tous les jours et est animé par les femmes entre 10h30mns et 12h. C'est le marché dit ``Pontchoss''  dont personne n'a pu fournir la définition précise du mot, mais qui se présente comme un lieu où se traitent « les petites affaires ». Sur ce marché circulent des PPN vendus par des femmes provenant aussi bien de Zinder que des villages périphériques. Un sachet de ce produit se vend à 100FCFA et revient à la vendeuse à 75FCFA.

« Selon certaines interlocutrices, l'introduction des PPN sur les marchés remonte à 2006-2007. On rencontre aussi bien à Zinder qu'à Mirriah, des vendeuses ambulantes des PPN mais pas en milieu rural. Des fillettes âgées de 8 à 10 ans sont utilisées pour proposer cette marchandise aux potentiels clients. » (M.K, responsable du volet communautaire BEFEN).

S., mère des deux (2) jumeaux malnutris vante les mérites du plumpy'nut : « Le biskit (PPN), stimule l'appétit, il ouvre le ventre de l'enfant, le calme et lui fait reprendre le poids. Tous les enfants qui mangent biskit retrouvent vite la santé. ». C'est pourquoi « nous sommes heureuses chaque fois qu'on en donne à nos enfants. ».

Certaines femmes achètent même de vrais biscuits pour leurs enfants, en s'imaginant qu'ils contiennent les mêmes éléments nutritifs ou médicaux que le plumpy'nut.

S., femme de Gaffati (village de Mirriah) attribue la rechute de sa fille malnutrie à l'arrêt de consommation du plumpy'nut : « J'ai eu beaucoup de maternités mais j'ai perdu tous mes enfants. Seuls Nana et son frère ont vécu. Quand on est partis en urgence à guidan Tamowa, j'étais désespérée, je croyais qu'elle allait mourir. Grâce à Dieu et grâce aux gens de Tamowa, elle a survécu. Là-bas, elle buvait le lait, elle mangeait biskit. On a été libéré parce qu'ils pensent qu'elle est guérie totalement. Et pourtant, depuis notre retour, elle refuse de manger. C'est comme si elle avait oublié nos aliments qu'elle mangeait avant. Elle refuse tout. Quand j'achète biskit auprès des femmes qui le vendent elle en mange. Et comme je ne dispose pas tout le temps du biskit, elle est retombée malade. »

Un autre changement important est que la malnutrition lié au sevrage précoce en raison de la grossesse de la mère n'est plus une « honte ». Ce qui va faciliter la prise en charge. Le tamowa lié à la faim n'est pas non plus une honte : « Dans le temps, si un enfant avait tamowa, c'était une honte pour la famille. Les gens s'imaginaient que c'est une incapacité du chef de ménage à nourrir ses enfants ou sa famille. On dissimulait la maladie. Si ça devient grave (diarrhée persistante, fièvre, vomissement, maigreur) et que tu pars à likita (hôpital), si le docteur dit que ton enfant a tamowa, il y en a qui pensent que c'est un dénigrement. Maintenant, personne ne cherche à dissimuler ça.» (S., mère des deux jumeaux malnutris).

La prise de conscience de l'existence de la malnutrition comme maladie est un grand bond en avant. Les crises nutritionnelles ont ouvert les yeux même aux services de santé nigériens et à certains partenaires, comme en témoigne O.M., coordinateur général de l'ONG BEFEN à Niamey :

« La crise alimentaire a permis d'améliorer nos stratégies ; jusqu'à présent, la malnutrition, qui était le «parent pauvre» d'un secteur comme la santé, a commencé à prendre de l'ampleur. On commence de plus en plus à intégrer la dimension nutritionnelle au niveau des structures. On demande qu'il y ait des activités claires au niveau des centres de santé dans le domaine nutritionnel, on réfléchit sur l'amélioration des outils d'animation en milieu communautaire. On a enfin un protocole national de prise en charge de la malnutrition ».

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