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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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L'implication française

L'intervention de la France au Rwanda, dès le début des années 90 puis pendant le génocide, a ajouté à la confusion et à la désinformation. Elle a accentué la pression exercée sur les observateurs. Il est donc essentiel de se pencher sur l'intervention française en elle-même.

« La question de l'intervention française augmente les enjeux politiques des récits contradictoires du génocide : la dénonciation des compromissions françaises n'implique pas seulement le dérapage coupable d'une politique africaine opaque et affairiste ; elle met en cause les valeurs mêmes sur lesquelles repose la cohésion nationale et la question est, dès lors, : la République s'est-elle salie au Rwanda ? »3(*)0

Les opérations

Il faut remonter à octobre 1990 pour analyser la première véritable intervention française visant à soutenir le gouvernement alors au pouvoir au Rwanda. Une rébellion, conduite par des immigrés rwandais, majoritairement Tutsi, tente d'envahir le Rwanda depuis l'Ouganda voisin. Cette rébellion est conduite par Fred Rwigyema, tué au second jour des combats, et par Paul Kagamé. Les deux hommes occupent des positions clés dans l'armée ougandaise et ce sont surtout des soldats excellemment formés.

« Dans une déposition faite devant le juge Bruguière, , le journaliste américain Wayne Madsen expliquera comment l'élite des cadres de l'armée ougandaise a été instruite à la guerre subversive au centre spécialisé de Fort Benning, aux Etats-Unis, Paul Kagamé s'est pour sa part formé dans le saint des saints de la spécialité, le centre de Fort Leawenworth, au Kansas. »3(*)1

Cette précision sur la formation des chefs militaires, et notamment de Paul Kagamé, qui menacent le gouvernement rwandais, est essentielle. François Mitterrand y voit aussitôt une preuve d'une tentative d'ingérence anglophone dans une sphère d'influence francophone. Dans les jours qui suivent l'attaque du mois d'octobre 1990, la France décide donc d'agir et d'afficher son soutien au régime. Un régime « raciste, violent, entamant déjà une répression barbare contre les Tutsis, qui culminera en 1994. »31

La France ne va cependant pas ménager son soutien au régime, tout en cherchant à convaincre de la nécessité d'un processus démocratique, mais sans aucun succès. Paris envoie quelques centaines d'hommes et surtout des dizaines de tonnes d'armes. « En octobre 1990, les 314 militaires français de Noroît - les 1ère et 3ème compagnies du 8ème régiment parachutiste d'infanterie de marine (RPIMa) - ne participent pas officiellement au combat, mais ils n'y vont pas de main morte. »3(*)2

Les militaires vont ainsi aider directement l'armée rwandaise. Ils forment ses cadres et ses soldats, fournissent des pièces d'artillerie et pallient les insuffisances tactiques. Une fois l'avancée du FPR contenue, la France laissera même sur place un contingent, la compagnie Noroît, et va installer plusieurs DAMI, soit des détachements d'assistance militaire.

La présence militaire va se poursuivre et prendre une forme volontairement orientée vers la formation à partir de mars 1993 avec la mission Chimère. Celle-ci consiste à l'envoi d'une vingtaine d'hommes du 1er RPIMa chargés d'encadrer l'armée rwandaise. La mission parlementaire chargée d'étudier l'engagement de la France à la période du génocide rwandais a évidemment étudier ces faits attentivement.

« Si la France n'est pas allée au combat, elle est toutefois intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des Forces armées rwandaises. (...) Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR au maniement d'armes perfectionnées. (...) »3(*)3

Dès les premiers jours du génocide, en avril 1994, la France va se distinguer de la communauté internationale. François Mitterrand n'était pourtant pas prêt à envoyer des soldats sur place.

« Nos soldats ne sont pas destinés à faire la guerre partout. Nous n'avons pas les moyens de le faire et d'être les arbitres internationaux des passions qui aujourd'hui bouleversent et déchirent tant et tant de pays. »32

Cependant, alors que l'ONU tergiverse et ne décide d'envoyer que quelques centaines d'hommes, 270 exactement, le 21 avril, le président français va se laisser convaincre, via son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, de la nécessité d'envoyer des troupes sur place. Le Premier ministre, Edouard Balladur, est réticent et tient à poser une limite d'importance : que l'opération se fasse dans un cadre « strictement humanitaire et exclusivement destinée à sauver des vies humaines, quelle que soit l'origine ethnique des personnes menacées. »32

L'opération Turquoise est née. Elle est approuvée le 22 juin par le Conseil de sécurité de l'ONU dans sa résolution 929. Il n'est toutefois pas fait mention d'un soutien officiel de l'ONU à la France pour la mettre en oeuvre. En clair, les Nations Unies laissent la France isolée. Seuls quelques contingents sont fournies en support par le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Tchad, la Mauritanie, l'Egypte, le Niger et le Congo. Mais les Etats-Unis, par exemple, se refusent à mettre à disposition des avions C5 destinés à transporter du matériel lourd. Pour l'anecdote, l'opération Turquoise sera donc contrainte d'acheminer son matériel dans des avions Antonov, loués pour l'occasion à la Russie.

* 30 Nicolas Bancel et Thomas Riot, Génocide ou « guerre tribale » : les mémoires controversées du génocide rwandais, Université de Strasbourg, 2009

* 31 Histoire secrète de la Cinquième République, La Découverte, 2006

* 32 Histoire secrète de la Cinquième République, La Découverte, 2006

* 33 op. cité p.23

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