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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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L'exemple des débuts de l'opération Turquoise vu par Le Monde

Nous avons déjà abordé les questions de l'opération Turquoise. Dans cette partie consacré au Monde, il est néanmoins intéressant d'y revenir. Sur le traitement de Turquoise, on peut citer l'exemple des deux journalistes qui vont la suivre sur place. Le premier Jean Hélène, fait preuve d'une relative liberté de ton. Il est même par moment critique à l'égard de l'opération française. Il fait d'ailleurs part de ses hésitations. « Parmi tous ceux qui serrent avec chaleur les mains des soldats, qui agitent des bouquets de fleurs ou des drapeaux français, parmi tous ces jeunes gens qui dansent de joie, combien d'assassins? »2(*)0

Jean Hélène est même encore plus critique à certaines occasions, ce qui étonne dans les colonnes du Monde : « Visiblement, la mission française n'a pas été comprise de la même façon par tout le monde et il y a fort à parier que les autorités rwandaises demandent un jour aux soldats français de les aider à traquer « les ennemis de la Nation qui menacent la population ». »20

Jean Hélène ne s'est pas toujours distingué pour son analyse sur la question rwandaise. Néanmoins, il semble, dans les quelques jours durant lesquels il couvre Turquoise se distinguer des informations relayées par le service de presse de l'armée française - bien que son article soit encore nourri de caractère ethnique, puisque il est intitulé « Liesse chez les Hutus, soulagement chez les Tutsis » -. Cela ne durera cependant que 48 heures. Son statut de pigiste au Monde, sans doute la raison de sa relative liberté de ton, fait qu'il est remplacé par une officielle de la rédaction : Corinne Lesnes. La nouvelle envoyée spécial du Monde va être plus prudente dans ses analyses.

Elle publie un article, le 28 juin, sous le titre « Les ambiguïtés de l'opération Turquoise ».

« Soucieuses de manifester à tout instant leur neutralité, après une intervention trop tardive pour ne pas continuer à alimenter, sur place, des arrières pensées, les forces françaises se sont efforcées de limiter les relations avec les personnages officiels à ce que le général Lafourcade appelle des « contacts de politesse » avec les « autorités locales » : préfets, gendarmes, bourgmestres. »2(*)1

Cet article peut à tout le moins apparaître comme un euphémisme, et surtout, il passe sous silence une information essentielle, connue au moment de la rédaction de l'article : l'armée française travaillait avec les autorités locales, notamment certains préfets. Autorités locales qui, répétons-le, avaient permis le génocide.

Alison Des Forges livre un constat dans son ouvrage « Aucun témoin ne doit survivre ».

« Les commandants français ordonnèrent à leurs troupes d'encourager les responsables civils et militaires locaux à « rétablir leur autorité », persistant dans leur opinion que le génocide était le résultat d'un échec gouvernemental plutôt que d'un succès. Les soldats suivirent leurs ordres. Même dans les régions où ils démantelaient les barrières et chassaient les miliciens, ils n'envisagèrent aucune action contre les autorités locales. Ils travaillèrent tous les jours avec les préfets Kayishema et Bagambiki et beaucoup d'autres de leurs subordonnés, même en étant au courant des charges qui pesaient contre eux. »2(*)2

Au vu de la réalité, l'article de Corinne Lesnes n'apparaît pas vraiment comme une représentation fidèle de la réalité. En tout cas, il cultive les non-dits sur l'intervention française.

Et Corinne Lesnes va continuer de couvrir l'événement pour Le Monde. Elle publie un nouvel article, « Une mission sur le fil du rasoir », le 5 juillet. Elle évoque le face à face entre les troupes françaises et celles du FPR. Elle s'appuie également sur une description étonnante, celle du préfet de Gikongoro, Laurent Bucyabatura et semble ne pas se méfier de son statut, alors qu'il est clair que les préfectures rwandaises ont contribué à la mise en place du génocide.

« Le préfet de Gikongoro, déjà chargé de 250 000 réfugiés qu'aucune organisation humanitaire ne vient aider, est d'un calme parfait. Son Petit Robert du « Français primordial » sur une table, Laurent Bucyiabatura s'interroge sur l'utilité de la mission des Français. « Si le FPR continue d'avancer, les Français vont fuir avec nous. Si la mission ne change pas, c'est inutile qu'elle soit venue ». »2(*)3

En résumé, le côté humanitaire, même relatif, de la mission française est insuffisant. L'article prône tout simplement une intervention plus poussée contre le FPR, en rapportant les propos d'un préfet, chargé de réfugiés. Depuis, ce même préfet a été mis en examen, le 31 mai 2000, en France, pour crime de génocide et crime contre l'humanité.

* 20 Le Monde, Jean Hélène, Liesse chez les Hutus, soulagement chez les Tutsis, 27 juin 1994

* 21 Le Monde, Corinne Lesnes, Les ambiguïtés de l'opération Turquoise, 28 juin 1994

* 22 Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre, Karthala, 1999

* 23 Le Monde, Une mission sur le fil du rasoir, Corinne Lesnes, 5 juillet 1994

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